Quand Harry se réveilla le lendemain matin, Hermione était déjà là. Il l'accueillit chaleureusement, comme il l'aurait fait en sortant du coma s'il avait été dans son état normal. C'était bon de voir ses amis, d'être sûr de son passé et de ses sentiments !
Et même s'il regrettait amèrement de n'avoir même pas pu assister à l'enterrement de ceux qu'il aimait et qui n'avaient pas survécu à cette guerre, même s'il en souffrait, cela en valait la peine, il se sentait vivant et humain aussi à cause de cela.
Il n'avait jamais autant compris que ce matin là les paroles du Professeur Dumbledore à la mort de Sirius.
A présent il pouvait vraiment rire, pleurer sincèrement la mort des leurs avec Hermione, s'émouvoir de l'arrivée dans sa chambre de la famille Weasley amputée de deux de ses membres et plus tard confier à Luna Lovegood que sa théorie s'était révélée juste, ce qui la mit dans une joie qu'elle montra de la plus extravagante des façons en trépignant comme un enfant et en exécutant une curieuse danse.
Par contre, ce qu'il n'avait pas prévu et pourtant qui était si logique, c'est qu'elle lui demande qui était cet amour qui l'avait sorti de sa léthargie.
Il le lui révéla, la sachant une personne de confiance, en se disant qu'il ne devrait pas tarder à aborder le sujet avec Drago pour avoir son accord pour en parler aux autres. Après tout, leur secret était-il encore nécessaire ?
Quand ce fut le tour de la visite quotidienne de Drago, il voulut se lever pour l'attendre devant la porte, mais sa jambe était encore douloureuse et ses efforts imprudents trop récents : il ne le put pas. Cependant, il réussit à l'accueillir assis et à peine Drago s'approcha-t il du lit qu'il se jeta dans ses bras. Il faillit dans sa précipitation se retrouver à terre ce qui amusa beaucoup l'ex Serpentard. Harry se dit que décidément Drago aimait se moquer de lui mais ne s'en vexait pas, surtout quand, comme à présent, il l'embrassait avec une telle sensualité qu'il ne pouvait qu'en gémir doucement.
Puis le médicomage l'ausculta comme de coutume et Harry se saisit d'une des mains qui passait au-dessus de son corps pour la poser directement sur son torse, mais Drago n'apprécia pas l'invite : il prenait son travail à cœur et Harry en fut quitte pour une claque agacée sur le bout des doigts.
A partir de ce moment, Harry ne broncha plus, refusant même de le regarder quand le praticien lui annonça qu'ils reprendraient dès demain la rééducation puisqu'il s'était remis de son attaque à une vitesse miraculeuse.
Harry ! Je vais devoir partir. Tu pourrais au moins me dire au revoir !
Salut, à demain.
Harry… Arrête de bouder comme un gamin !
Pourquoi t'en vas-tu si vite ? Du moment que tu n'as plus rien de professionnel à voir avec moi tu t'empresses de fuir !
Je ne fuis pas, je suis sur mon lieu de travail ! Je ne peux pas faire ce que je veux…
Pourtant, hier soir, il me semble que tu as bien fait ce que tu voulais…
Et je n'en suis pas fier, mais je n'ai pas pu te résister. Maintenant tu es rétabli, dans quelques jours tu pourras sortir d'ici. Ce genre d'incident ne se reproduira plus. Mais une fois hors de cet établissement, rien ne nous empêchera de rattraper le temps perdu.
Ok… Mais tu es fatiguant d'être à ce point raisonnable…
Et moi je suis fatigué que tu le sois si peu ! Mais je t'aime quand même va…
Ta bonté te perdra !
Je sais ! A propos de sortie…
Oui ?
Est ce que tu as décidé de l'endroit où tu veux habiter ?
Hier je ne savais même pas si je pourrais sortir un jour alors tu me prends un peu au dépourvu mais… Tu as une suggestion ?
J'ai de la place chez moi. On a déjà perdu un an, je pourrais quitter l'hôpital dans quelques mois pour me remettre à la recherche… Je serai plus souvent disponible, et puis cela te laisserait le temps de te remettre et de réfléchir à ce que tu veux faire par la suite…
Tu me proposes de vivre avec toi ?
Les yeux de Harry brillaient d'étoiles et Drago fut un peu contrarié de voir son offre pragmatique devenir une demande romantique puis il baissa les bras, se disant qu'il était inutile de nier que c'était aussi parce qu'il mourrait d'envie d'être avec lui plus souvent.
Oui. Réfléchis-y, tu me donneras ta réponse plus tard.
C'est tout réfléchi : c'est oui !
Parfait. A demain !
Drago !
Quoi encore ?
Tu ne vas pas partir comme ça !
Et comment devrais-je le faire alors ? A cloche-pied ?
J'ai même pas droit à un bisou ?
Tu veux que je te borde aussi ?!
Le ton était moqueur mais pourtant Drago revint sur ses pas et se pencha vers lui pour un baiser qui se voulait rapide mais qui s'intensifia en un temps record. Assis sur le lit, il goûta avec plaisir la langue joueuse de son ami qui s'enroulait autour de la sienne mais quand il sentit une main se faufiler entre eux pour caresser à travers sa blouse et son pantalon son entrejambe, il réagit violemment et s'écarta d'Harry avant que ses sens ne le poussent à accepter d'aller plus loin, lui faisant oublier ses devoirs. Il fit bien puisqu'à peine rajustée sa tenue, une nouvelle visite entra dans sa chambre. Décidément, Harry était intenable.
Dans l'après midi, Ron vint le chercher avec une chaise roulante : on lui interdisait de présumer de ses forces, soit, mais il était grand temps qu'il quitte cet établissement pour rendre hommage à ceux qu'il avait aimé. Les deux hommes avaient toujours été du genre bavard entre eux, mais la tournée des cimetières sorciers d'Angleterre s'effectua dans un silence religieux. En quelques heures, Harry déposa plus de bouquets de fleurs qu'il n'en avait vu de toute sa vie. Il eut la surprise de croiser Petunia Dursley sur la tombe de ses parents, mais elle fit mine de ne pas l'avoir vu arriver et quitta les lieux rapidement sans un regard dans sa direction. Ces visites posthumes avaient beau ressembler à un inventaire sinistre des victimes de la guerre, elles étaient pour Harry un rituel nécessaire pour retrouver en lui la paix qui lui manquait encore. Bien que bouleversé par ces adieux à faire et se sentant coupable de n'avoir pas été là, il ne l'aurait avoué pour rien au monde mais… Il était soulagé de n'avoir devant lui que des pierres propres et lisses auxquelles faire face : ses amis étaient morts sans qu'il n'ait à s'en rappeler comme tels : il les avait quitté vivants. Il ne devrait pas porter en lui le souvenir de leur corps démembrés, brûlés par des sorts, il ne serait pas marqué par l'image mentale persistante de proches aux yeux ouverts sur le néant. Pas de paupières à refermer, pas de corps vulnérables. Ils pourraient rester à jamais, au fond de sa mémoire, aussi forts et vivants qu'il les avait connu. Aussi pénible que cette épreuve fut, Ron resta toute l'après midi près de son ami, les faisant transplaner de cimetière en cimetière, déposant parfois une main sur son épaule quand il sentait l'émotion trop forte. Il était une présence silencieuse mais forte à sers côtés.
Mais Harry, ce jour là, n'eut pas que le deuil des morts à supporter.
Il est parfois des personnes, qui mises face à une réalité qu'ils refusent d'admettre disparaissent tout aussi sûrement sans pour autant cesser de vivre.
Ron fut de ceux là. Quand il raccompagna, sous le soleil couchant Harry à l'hôpital, celui-ci, touché par la façon dont il l'avait accompagné tout ce temps se sentit assez en confiance pour lui raconter ce qu'il lui avait caché jusque là. Ron ne l'avait même pas écouté jusqu 'au bout : quand il avait compris les penchants de son ami, son visage avait pris un air dégoûté que Harry ne lui avait pas vu depuis le jour où celui-ci s'était regardé dans le miroir, accoutré de la robe de soirée que lui avait donné sa mère pour le bal du tournois des trois sorciers. Mais quand il avait su vers qui le cœur du brun était tourné, il avait fermé son visage et était parti sans se retourner, sans un mot. Harry avait essayé de le retenir, mais d'un geste brusque Ron s'était dégagé, regardant obstinément ailleurs en continuant d'avancer.
Ce deuil là, inattendu malgré tout, était peut être le plus dur à supporter. Hermione avait eu beau lui dire que cette tête de mule qu'elle aimait malgré tout allait forcément revenir vers lui, Harry n'en était pas si sûr : il se rappelait encore trop nettement les plaisanteries de mauvais goût que Ron aimait faire dans les dortoirs des Gryffondors et de la haine qu'il avait pour son cousin. L'amitié de Ron, comme la sienne d'ailleurs, ne serait pas assez forte pour combattre l'intolérance de l'un et la rancœur de l'autre.
Harry consola sa déception dans les bras de Drago le soir venu, puis il n'en fut plus question : il avait bien mieux à faire avec lui, il était heureux de retrouver leurs conversations joueuse entre eux, cette complicité.
Quelques semaines plus tard, une conférence de presse très attendue eut lieu à Ste Mangouste. La moindre feuille de chou avait dépêché son meilleur journaliste pour couvrir l'évènement : Harry Potter était enfin guéri et s'apprêtait à sortir de l'hôpital.
Quels étaient ses projets ? On l'imaginait déjà marié avec toutes les stars du moment.
Sa vengeance était-elle assouvie ? Certains le disaient ivre de représailles…
Souffrait-il de troubles post-traumatiques ?
Et surtout, surtout, se demandait-on à Sorcière Hebdo dans le courrier des fans depuis des mois, allait-il rester « le sorcier le plus sexy du siècle » ?
La salle grouillait de curieux bavards. Les photographes avaient littéralement l'œil collé à leur objectif pour être les premiers à prendre un cliché du « héros »
Quand Harry arriva dans la pièce, les flashs sorciers crépitèrent à tel point qu'on aurait dit un feu d'artifice aveuglant qui fut suivit d'une brume épaisse. On dut ouvrir les fenêtres pour y voir plus clair. Harry se dit qu'il était temps qu'ils copient le système moldu sur ce point. Encore un peu amaigri et s'appuyant sur une canne ornée d'un vif d'or en son pommeau, il avait fière allure et offrit un sourire avenant aux journalistes qui jouaient des coudes pour s'approcher plus près et levaient déjà la main pour poser leur questions avec autant d'empressement qu'Hermione durant sa scolarité. Un à un, il leur donna la parole et leur répondit, sinon en leur donnant tous les détails qu'ils souhaitaient, du moins le plus aimablement possible ce qui ravissait tout le monde. Quand, après deux heures d'interrogatoire qui en aurait lassé plus d'un, les mains se fatiguèrent de se lever, Harry, sans se départir du même sourire, demanda : « J'espère que vous êtes satisfaits de ce que vous avez appris aujourd'hui ? ». Un brouhaha affirmatif lui assura que oui. « Car c'est la dernière fois que vous m'interrogerez, ou même que vous serez autorisés à écrire à mon sujet ». Un silence stupéfait suivit cette annonce. « Demain matin, paraîtront vos dernières informations sur Harry Potter. Alors profitez en bien. Demain vous n'écrirez ni plus ni moins que ce que je viens de vous dire, sans circonvolutions ou hypothèses abracadabrantes. Et à partir d'après demain, le journal qui se permettra de publier le moindre entrefilet me concernant se verra poursuivi par mon avocat ». Harry désigna d'un mouvement distrait de la main un homme qui sortit alors de l'ombre et que tous reconnurent comme étant Alan Fletcher, l'avocat le plus renommé du pays, qui n'avait jamais perdu un procès, intransigeant et incorruptible. Harry reprit : « Tout détenteur de carte de presse ne devra plus s'approcher de moi à moins de 200 mètres et si une photo, la plus anodine, paraissait, le journal qui l'aurait publiée se verrait condamné à me verser une rente à vie. Et croyez-moi, j'ai l'intention de vivre très longtemps... En conclusion : trouvez-vous un autre sujet de scoop ». Et sur ces mots il quitta, toujours le sourire aux lèvres, la salle sous les regards médusés.
Le lendemain, les journaux ne traitaient presque que de Harry Potter, de la une au quatrième de couverture. L'actualité politique en était réduite au format de la rubrique des chiens écrasés. On donna toutes les informations possibles, commenta à n'en plus finir la décision du sujet de leurs articles, mais le lendemain les lecteurs affamés d'information sur leur célébrité préférée ne trouvèrent rien à se mettre sous la dent. Au bout d'une semaine, un journal en perte de vitesse tenta bien hardiment un article recueillant des témoignages de proches du héros, proches dont Harry n'avait pour la plupart même pas connaissance de l'existence, mais ce fut son dernier tirage, et Harry reversa la totalité des indemnités versées ainsi obtenues à des associations de victimes de la guerre dont il se sentait malgré tout responsable, ce que personne ne sut puisque aucun journaliste ne tenta plus ne serait-ce que de nommer le nom du jeune sorcier : Harry était donc devenu Celui-dont-on-ne-doit-pas-écrire-le-nom. Et il en était enchanté. Le public finit par se lasser d'attendre un ragot quelconque et finit par retourner son intérêt comme avant la guerre vers les stars du Quidditch, se passionnant notamment pour un gardien de but du nom de Ron Weasley. Harry souriait tristement à chaque fois qu'il voyait sa photo à la une : le rouquin avait enfin la gloire et l'intérêt qu'il lui avait si souvent jalousé. Harry s'était imaginé que le jour où son ami serait enfin reconnu à sa juste valeur, il s'en réjouirait à ses côtés. Mais les choses tournent rarement comme on les imagine à 12 ans.
Harry s'était installé chez Drago et était confiant dans son avenir. Certes, tout ne serait pas facile : il faudrait affronter les réactions de ses amis, pour ce qu'il en restait, apprendre à vivre à deux, se tourner vers d'autres projets qu'un combat contre Voldemort … Au fond tout cela consistait en une seule chose : apprendre à vivre, non plus à survivre. Le « Survivant » n'était plus, et il était grand temps qu'il connaisse la vie d'un sorcier comme les autres, si les autres lui en laissaient la possibilité…
FIN
Voilà, c'est ici que je vous laisse. Cette fanfiction aurait dû être deux fois plus longue. J'aurais dû écrire la vie quotidienne de notre couple préféré, et puis le jour où le monde aurait su, de bouche à oreille, que Harry et Drago étaient ensemble et de là ça aurait dégénéré. Drago aurait été sérieusement agréssé, Harry devenant cette fois de soignant, faisant de son mieux. Ron qui ne réagit toujours que trop tard serait alors revenu vers son ami pour le soutenir, parce que malgré tout c'est son ami et que Drago ne méritait pas ça. Et petit à petit, Harry et Drago seraient devenu les symboles volontaires ou non de la lutte contre l'homophobie. Mais cette suite, vous ne l'aurez pas, ne m'en voulez pas. Je vais vers d'autres horizons, en prenant mon temps cette fois plutôt que d'écrire vite pour vite publier et créer mon propre univers ; celui de JKR est magnifique mais à présent je m'y sens à l'étroit. Je vous remercie tous pour vos commentaires, vos encouragements, votre enthousiasme et vous dis à bientôt pour un dernier OS à paraître dans le Troisième Œil qui lui aussi s'arrêtera bientôt pour muter en 5ème pied. En attendant, prenez le votre et joyeuse année 2010 !
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