Equipe/Joueur: Charlie Weasley, Olivier Dubois, Pénélope Deauclaire, Irma Pince, OCs.
Rating: K
Disclaimer: Univers et personnages empruntés à J. K. Rowling, sauf les OCs, évidemment.
Note : C'est les vacances, ma bêta adorée (que je remercie chaleureusement, Cybèle) elle aussi est en vacances, alors la suite risque de ce faire attendre. Je vais tout de même tenter de conserver mon rythme, je vous promet rien.
Ce chapitre est un peu plus long que les autres, profitez en bien !
L'Orgueil des Lions.
Toute cette histoire avait mal tourné.
Personne, sauf extraordinairement Olivier, n'avait pu le prévoir, mais ça avait tourné d'une manière catastrophique.
Au petit matin, le coq invisible avait chanté dans les oreilles des six membres de l'équipe (inutile pour Charlie qui était déjà levé et déjà parti) ainsi que des deux remplaçants, leur intimant de se rendre presto sur le stade de Quidditch.
Charlie arriva le premier, mais ça c'était normal : Charlie était toujours le premier sur le terrain de Quidditch. Olivier était déjà là, ce qui était normal aussi, parce qu'il arrivait toujours en même temps que son capitaine ou peu après, mais ce qui l'était moins c'était que Grant arrive troisième. Habituellement, Grant arrivait avant-dernier ou bon dernier à la limite du retard ; mais là, en même temps, c'était la pointe du jour et Grant se savait plus matinal que Charlie. Enfin, ce n'était pas difficile d'être plus matinal que Charlie et pourtant, même si le capitaine était plus une créature du soir, il était quand même arrivé le premier et Olivier le deuxième donc, en fait, c'était quand même bizarre qu'il arrive troisième. Ledit batteur marqua un arrêt pour s'éclaircir les idées. Cinq heures du mat', même pour lui, ça restait tôt.
Grant claironna un bonjour en déboulant dans les vestiaires ; autant bien commencer cette journée. Charlie grommela une réponse indistincte, visiblement pas dans sa meilleure humeur. La tête dans une armoire, le capitaine tentait de sortir la malle contenant les balles en dépit de son épaule blessée. Et Olivier lui lança un regard d'avertissement proche de l'agonie.
- Attends, je vais t'aider... commença Grant, se voulant serviable.
Après tout, si habituellement il arrivait en retard, c'était précisément pour éviter d'avoir à préparer les affaires. Il pourrait peut-être se rattraper aujourd'hui... Il arrêta ses pensées en avisant le visage cramoisi de son ami.
- Non mais je ne suis pas un Cracmol, non plus ! tonna-t-il, le front en sueur, réprimant une grimace. Charlie se redressa, une main contre son flanc, avant de la rabaisser vivement. Le roux fixa Grant et Olivier d'un oeil noir, les mettant au défi de faire la moindre remarque, puis déplaça son attention sur le sujet de son ire. Vu l'intensité du regard, Grant n'aurait pas été étonné de voir la malle se réduire en poussière.
Olivier tira timidement sur la robe du batteur et lui indiqua la porte des vestiaires de la tête. Grant aurait bien aimé sortir lui-même les balles mais, si c'était pour rendre furax Charlie, il allait l'attendre dehors avec le Dubois.
À peine étaient-ils sortis des vestiaires qu'Olivier fit, la voix partant dans les aigus :
- J'espère qu'il ne va pas aggraver sa blessure !
- Il sait ce qu'il fait, non ? Charlie est un grand garçon.
Olivier le regarda comme si Grant était un demeuré, avant de se désoler :
- Ça va pas, ça va pas du tout.
Dawe arqua un sourcil circonspect. Olivier tenta d'expliquer :
- Ce n'est pas un comportement de capitaine, alors l'équipe ne sera pas une équipe.
Comme son interlocuteur ne semblait toujours pas saisir la gravité de la situation, Dubois s'enflamma et réessaya :
- Je veux dire, le capitaine n'est pas comme ça d'habitude, alors s'il ne se comporte pas comme le capitaine qu'il est normalement, l'équipe ne le reconnaîtra pas et ça ne va pas aller et...
- Olivier, laisse tomber.
Grant ne comprenait pas et il devait admettre que ça ne l'intéressait pas plus que ça, les considérations de Dubois sur la normalité des capitaines de Quidditch. Une douce voix hurla depuis les vestiaires de rappliquer illico et de se mettre en tenue. Ils s'entreregardèrent, pas très motivés pour retourner dans l'antre de la bête.
- Toujours aussi aimable, commenta Grant. Vivement qu'il se calme.
Olivier tourna vers lui des yeux écarquillés.
- Tu crois sincèrement qu'il va se calmer ?
Dawe éclata de rire et, d'une petite tape sur l'épaule, il lui répondit :
- Mon fils, Weasley ne reste jamais bien longtemps en colère.
- Mais il n'est pas en colère ! répliqua « Mon fils » d'une toute petite voix.
Charlie explosa à ce moment-là : « En plus, il faut que je vienne vous chercher !? ».
- Ah ? Noooon.... Maman n'est pas en colère du tout ! ironisa Grant en prenant les devants.
Olivier marmotta qu'il ne saisissait pas et le suivit, la tête basse, avec la sensation de se jeter dans la gueule du dragon.
Le reste de l'équipe arriva pile poil pour les sauver d'un énième sermon sur le pourquoi il est si important de nettoyer, gratter, cirer, assouplir, bref de prendre soin de son matériel.
Lorsque Septimus, Cesar, Marvin et les remplaçants Nicolaus et Acuben arrivèrent, ils furent accueillis par un grognement assorti d'un cordial « Montrez-moi vos tenues ». Il fallut tout de même cinq minutes au capitaine pour qu'il se rende compte d'un vide dans son équipe.
- Où est O'Beara ?
Et là, chose que Grant n'avait pas imaginée possible, l'humeur de Charlie se dégrada. Il éclata en invectives, soulignant le fait qu'étant sensément une équipe ils auraient dû s'assurer de sa présence. Le capitaine passait en revue les punitions possibles quand un glacial « Je suis là, Charlie » le coupa dans son élan.
Wilzamine se tenait très droite dans l'encadrement de la porte. Elle ne salua personne, se contentant de fixer Weasley.
- Tu es en retard, cracha son capitaine.
La poursuiveuse serra les poings.
- De quel droit... commença-t-elle doucement.
Elle s'interrompit, la mâchoire crispée. Visiblement, Wilzamine tentait de reprendre le contrôle d'elle-même. Le rouge s'empara de son visage, s'étala sur son cou pour tout envahir jusqu'à la pointe des oreilles. O'Beara craqua et, prenant une grande inspiration, elle hurla dans la petite pièce :
- Non mais, pour qui tu te prends !?
Charlie sursauta et répliqua vertement :
- Qui je suis ?
- Ça va pas de nous lever à pas d'heure ?! poursuivit-elle, ignorant complètement ce que son opposant répliquait sur le même niveau sonore :
- Figures-toi que je suis ton capitaine et que je vous lève aux heures que je veux !
- On a dépassé le stade des rois de droit absolu depuis quelques centaines d'années. C'est pas pour nous faire tyranniser par un nabot roux à l'école !
- Vous suivrez l'entraînement que je vous donnerai et tu vas pas venir faire ta petite contestataire !
- Cinq heures du matin, mais faut être malade pour imposer ça ! C'est pas parce que t'es barge que tu dois nous faire subir toutes tes lubies !
- Vous ferez exactement ce que je vous dirai de faire et toi, tu te la fermeras !
- C'est toi qui vas m'écouter ! Surtout, tu ne recommences pas un coup comme celui de ce matin ou, crois-moi, il ne restera pas assez de toi pour te reconnaître !
- Ouhhh j'ai peur !
- Tu devrais ! Parce que là, vraiment, tu as dépassé toutes les bornes !
Tout au long de leur dispute, elle s'était pas à pas avancée jusqu'à lui faire face. Elle lui pointa un index rageur sous le nez pour bien souligner sa colère. Charlie montra instinctivement les dents et, plus mauvais que jamais, il répondit :
- C'est vous qui avez dépassé toutes les bornes avec votre Quidditch de minables !
La gifle claqua dans un silence de mort. Wilzamine avait frappé avec tant de force que la marque de sa main se découpait en blanc sur la joue de Charlie. Ce dernier n'avait pas bronché, encore sous le choc de voir son amie violente. Les yeux de la fille le vrillèrent pendant qu'elle ajouta :
- Ça... tu n'avais pas le droit. (Elle conclut, écœurée :) Tu vas regretter, aujourd'hui.
- Tu m'as frappé, fit-il, revenant enfin de ce qui venait de se passer. T'es virée.
- Non, Charlie, contra-t-elle en lui fourrant son sac dans le ventre.
Elle s'était arrêtée de tonitruer, et c'est d'une voix déterminée qu'elle termina :
- C'est moi qui pars.
Dans le même silence surréaliste qui venait de s'imposer, elle quitta les vestiaires.
Trente secondes s'écoulèrent sans que personne ne bouge. L'équipe croyait que Wilzamine reviendrait sur ses déclarations et Charlie se demandait s'il parviendrait à se calmer. En vain. Il tempêta alors que personne ne se décidait à ouvrir la bouche.
- Qu'est-ce que vous attendez ? Que vos tenues s'enfilent toutes seules ?
- Tu devrais aller la chercher, Capitaine, commenta Olivier, inconscient des regards d'avertissement de ses co-équipiers.
- Et pourquoi je devrais faire ça, Dubois ? feula Charlie.
- Parce qu'il en va de l'équilibre de l'équipe.
- C'est elle qui est partie, tu l'as entendue. Je vais pas aller ramper à ses pieds. Elle veut pas de nous, je veux pas d'elle.
- C'est pas bon, répliqua Olivier.
- Je t'ai rien demandé, Dubois. Tu sors et tu fais cinq tours de stade, tu me diras ce que tu en penses, ordonna-t-il, mauvais.
- C'est pas bon du tout, souffla Olivier en quittant les lieux.
L'atmosphère sembla s'épaissir comme de la poix avec ce deuxième départ. Et cela ne s'améliora pas quand Weasley fut toujours aussi incapable de sortir la malle restée dans son armoire. Cesar ne put s'empêcher de remarquer qu'avec un seul bras c'était juste impossible, la valise était trop lourde. Ils furent sûrs que la matinée serait catastrophique quand il s'avéra que Charlie n'avait pas encore assez récupéré pour lancer un 'simple' sortilège de lévitation.
- Mais enfin, sois raisonnable, tenta d'argumenter Septimus, tu es encore convalescent !
Sur cette remarque, il écarta son capitaine de l'équipement qui osait faire de la résistance, s'en chargea et sortit avec.
Grant fixait la porte des vestiaires, se demandant s'il pouvait vider les lieux lui aussi sans se faire lyncher. Il y avait peu de chances. Leur capitaine prit encore cinq minutes pour leur expliquer le programme de l'entraînement entre deux grincements de dents. Il baptisa ça 'Renforcement Musculaire'. Deux petits mots pour cacher le fait qu'ils ne toucheraient pas à un Souafle, qu'ils feraient beaucoup d'abdominaux et encore plus de pompes.
Il restait encore un quart d'heure lorsque Charlie envoya chercher le deuxième coffre de balles dont disposait Poudlard.
- Pour quoi faire ? questionna Septimus.
Ils n'avaient pas encore ouvert le premier, après tout. Charlie se contenta de le fixer. Longtemps.
- Ça va, je discute pas.
Il s'exécuta.
Charlie, qui s'était toujours montré constant dans sa bonne humeur (il lui en fallait beaucoup pour se mettre en colère), prouva tout au long de la journée qu'il disposait aussi d'une rancœur infinie. Grant ne le lâchait plus d'une semelle, mais au bout de neuf heures, Weasley était parvenu à faire fuir la plupart de ses amis.
Il grogna pendant le petit déjeuner, rouspéta pendant ses heures d'Histoire de la Magie et, malheureusement, tomba sur Crurispurpureus pendant la récréation. Les Gryffondors savaient que les Serpentards se pavaneraient après le match. C'était une certitude de la même trempe que le ciel était bleu ou que le Soleil se levait le matin. Venir les narguer à l'infirmerie n'avait été que le commencement. Comme ils le savaient, ils s'y étaient plus ou moins préparés pendant le week-end, seulement rien ne les avaient préparés à ... ça. Et surtout, Grant s'imaginait qu'il aurait derrière lui toute l'équipe pour contenir leur turbulent (et très susceptible) capitaine. Malheureusement, il n'y avait que lui. Juste lui pour faire face à... ça. Ça, c'était le capitaine des Verts portant avec un air de conquérant sur les épaules une magnifique peau beige. Le col était plus touffu et plus sombre. Il s'approcha de Charlie, suivi de toute sa clique.
- Ho, Weasley, admire donc ma nouvelle cape ! Mon père vient juste de me la faire parvenir par hibou express. Il est tellement fier de mon match.
Il exécuta un petit tour sur lui-même, tandis que Charlie passait de son rouge (à présent coutumier) à l'écarlate.
- Dégage ! aboya-t-il avant de le dépasser.
- Toi qui t'intéresses tant aux bêtes, Homme des Bois, as-tu reconnu celle qui donne un cuir aussi soyeux ? l'arrêta Gildas.
Charlie pivota et le fixa droit dans les yeux sans desserrer les dents.
- Je suppose que non. C'est du lion, bien sûr ! Votre peau est à la pointe de la mode.
Tout se passa très vite. La 'cour' de Gildas éclata de rire, une baguette apparut dans la main de Grant, tandis que Charlie entreprit de se jeter en poids et volume sur son homologue vert. Dawe réagit juste avant que Weasley ne percute Crurispurpureus, le rattrapant par les épaules. La seconde de folie passée, Gildas cria au scandale :
- Vous avez un sérieux problème mental, tirer les baguettes juste parce que l'on discute chiffons ? Soyez sûrs que j'en réfèrerai à notre directeur de maison.
Charlie rua en lançant un chapelet d'invectives. Dawe resserra sa prise sur son ami avant de réaliser qu'il appuyait sur sa blessure. Weasley ne semblait pas s'en rendre compte, et pourtant son teint était passé de pourpre à blême en un temps record.
- Tu manques tellement d'imagination dans tes insultes, Weasley, que c'en est pitoyable ! Remarque, cela ne m'étonne point outre mesure, avec les affligeants géniteurs que tu te traînes.
- Crève ! hurla Charlie. Il s'échappa de la prise de Grant, profitant de ce que son ami rangeait sa baguette.
- Charlie, mais ne fais pas attention à ces crétins ! Viens, on s'en va ! s'écria le batteur en même temps.
Le blond rattrapa son ami juste avant qu'il ne plante un coup de poing en plein dans la figure de son ennemi. Il lui fit une prise de tête pour le bloquer sans lui faire de mal et le tirer en arrière.
- Viens, on s'en va.
Grant Dawe avait bien remarqué, lui, que Gildas n'avait pas esquissé un mouvement de défense. Le Serpentard n'attendait que ça, que Charlie l'agresse, pour pouvoir s'en plaindre à Rogue. Weasley, qui avait décidé de perdre son cerveau pour la journée, écrasa le pied de Grant dans l'espoir que celui-ci le lâche.
- Je vais faire de toi de la pâtée pour chat ! pesta le roux, tandis que Dawe raffermissait sa prise.
- Charlie, on s'en va.
Grant ne sut jamais à qui cette dernière invective était adressée avant que Charlie ne décide de perdre aussi sa langue. Et c'est en le traînant qu'il le ramena jusque dans le grand hall. Gildas les suivit sur quelques mètres en commentant :
- Vous êtes vraiment pathétiques, j'espère que vous en avez conscience !
Puis le détestable bonhomme trouva enfin quelque chose d'autre à faire.
Ce fut comme si Charlie n'avait attendu que ça. Dès que les Serpentards disparurent de leur environnement immédiat, le capitaine fut pris de tremblements et son visage se couvrit de sueur.
- Hey ? OK, je t'emmène chez Pomfresh.
- Je vais bien.
- Tu vas pas me faire un malaise, au moins ? Viens t'asseoir.
- Mais non, je vais bien !
Il grogna pour faire bonne mesure mais Grant ne voulut rien entendre et le traîna jusqu'à la Grande Salle. Posé sur une chaise, Charlie sembla récupérer un peu , malheureusement son humeur ne changea pas d'un iota. Ses lèvres étaient blanches et son front semblait peler tellement il transpirait.
- Tu devrais retourner à l'infirmerie. Tu as vraiment une sale gueule.
- Fous-moi la paix, grincha son vis-à-vis.
- Certainement pas. Tu vois, tel que je suis, je vais te faire chier jusqu'à ce que tu craques. Dans tout ça, on aura pas pu profiter de notre récré.
Puis Grant se rappela du programme de son ami, il jugea utile de souligner :
- Pas de connerie, hein, avec Nez-Crochu ! Ton frère nous fait gagner plein de points en ce moment, ce serait chouette d'ajouter la coupe des maisons à notre palmarès.
Charlie se contenta de lui lancer une œillade noire comme toute réponse et Grant sut que c'était pas gagné. Dawe songea à convoquer un conseil de guerre.
- Ça va pas, ça va pas du tout !
- On l'avait compris, Dubois, grinça Marvin.
Il fronça le nez et se mit à surveiller leurs alentours. Manquerait plus que le sujet de leur réunion se pointe à l'improviste.
Dubois continua comme si son partenaire ne l'avait pas interrompu.
- C'est pire qu'une catastrophe, c'est calamiteux, cataclysmique !
- Dubois, tu nous saoules, là !
Marvin avait accompagné sa remarque d'un vilain coup de poing sur l'épaule d'Olivier.
Le gardien glapit, laissa passer une seconde avant de dire d'une toute petite voix ce qui l'inquiétait réellement :
- Wilzamine est partie.
La morosité tomba sur la tablée.
- On est là pour arranger ça, rappela subitement Septimus.
Comme pour se persuader que c'était possible, il ajouta :
- On va la ramener.
- On va avoir du mal, après ce matin. Vous vous rendez compte qu'il a tenté de nous assassiner ? grimaça Marvin, qui la prenait mauvaise.
- Qu'est-ce que tu racontes ? s'insurgea Grant. Il n'a jamais voulu nous tuer.
- Non, c'est vrai, les six Cognards, c'était juste une preuve d'amour ! contra Marvin sur le même ton. Le poursuiveur se demandait encore où Weasley avait bien put trouver les deux derniers Cognards qui avait eu raison de lui.
Un silence consterné plana quelques secondes avant que la 'présidente' de l'assemblée n'arrive en courant à moitié. Vu les lieux, il valait mieux se montrer discret.
Le cheveu en l'air, le souffle court, Pénélope poussa du pied la chaise pour pouvoir jeter ses livres sur la table.
- OK, Olivier, c'était quoi, cette urgence ? questionna-t-elle de but en blanc. Elle allait ajouter quelque chose quand elle avisa l'équipe réunie autour de la table. Ils faisaient une tête encore pire que lors de leur défaite et elle ignorait qu'il était possible d'avoir l'air encore plus déterré.
- D'accord. Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Charlie a viré Wilzamine, commença Olivier.
- Et il nous mène la vie dure, ajouta Cesar, qui enchaîna par le menu sur les événements du matin. Comment ils avaient été cruellement tirés de leur lit à cinq heures moins le quart, comment l'affreux gallinacé invisible n'avait cessé de chanter sur leurs épaules que lorsqu'ils s'étaient mis en route pour le terrain de Quidditch. Comment, à leur arrivée, Charlie était déjà dans une humeur massacrante, comment ça ne s'était pas arrangé avec Wilzamine qui mettait les pieds dans le plat. Et surtout comment cette dernière avait collé une baffe monumentale à leur capitaine avant d'annoncer qu'elle quittait l'équipe. Il termina sur quelques mots à propos de l'effroyable entraînement où ils avaient enchaîné les pompes et les tours de stade avec des parcours d'obstacles.
- Personnellement, je trouve que les exercices étaient bien choisis, vu que le but de ce matin était le renforcement musculaire, chose importante pour...
Olivier n'acheva pas sa phrase, sa voix s'éteignant sous les regards noirs de ses collègues.
- Et puis, dans la journée, il a quand même trouvé le moyen de nous faire perdre soixante points, compléta Cesar.
- Il paraît qu'il a dit à Rogue d'aller se faire voir chez les Magyars à Pointes, fit Grant.
- C'est quoi, les Magyars à Pointe ? demanda Olivier.
- Ça doit pas être vrai, sinon on aurait perdu bien plus que soixante points, estima Septimus.
- J'étais en Arithmancie mais je sais qu'à la base on devait avoir perdu dans les deux cents points... J'ai entendu les hurlements de nos... compatriotes... McGo a dû intervenir.
- OK, c'est bien, tout ça, intervint Pénélope, mais...
Face aux regards outrés, elle se reprit :
- Non, c'est vrai, c'est pas bien, cependant... qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse, au juste ?
- Dubois a dit que tu étais une bonne conseillère en communication, expliqua Marvin. Alors on s'est dit que tu pourrais nous aider à établir une sort de... de... de plan d'attaque pour nous ramener Willy et remettre notre capitaine à l'endroit.
Pénélope ne put retenir un soupir, se pinça l'arrête du nez et s'installa confortablement sur sa chaise.
« Ces Gryffondors... », songea-t-elle. « Ils s'imaginent vraiment qu'on peut faire ce genre de choses ? Attaquer pour ramener les gens... Ils sont vraiment une espèce à part. ». Puis son regard erra sur son entourage. Ils avaient établi leur... 'conseil de guerre' entre le rayon 'Sports Modernes' et celui 'Sports Antiques'. Soit ceux qui étaient à l'exact opposé du bureau de madame Pince. C'était un bon endroit, en somme, bien choisi pour se cacher à la vue et à l'ouïe fine du cerbère. Sauf qu'elle doutait que cette équipe de ... Gryffondors... y ait à peine songé. Pénélope en fut convaincue quand elle vit ce que tenait Dubois entre les mains : ' Le Quidditch à Travers les Âges '. Non, il ne tenait pas le livre entre les mains, il ... il le caressait ??
Ainsi, il l'avait au moins à moitié écouté quand elle lui répétait que la théorie était aussi importante que la pratique. « Un Gryffondor qui lit, on aura tout vu ! » Pénélope reprit sa pensée. Percy lisait. Mais elle doutait régulièrement que son compagnon appartienne réellement à cette maison. Oui, mais si ce n'était pas un Gryffondor, qu'était-il ? Certainement pas un Serdaigle - il avait ce côté borné qui l'aurait fait souffrir au sein de sa tour où l'on remet tout en question en permanence. Pas à Poufsouffle, définitivement pas à Poufsouffle. Serpentard, alors ? Non, il ne comprenait pas grand-chose aux complots ; pour être honnête, il n'y comprenait rien du tout. Percy ne vivait pas dans la même réalité. Alors...
- C'est vraiment un Gryffondor ? C'est pas possible, réfléchit-elle à haute voix.
- Quoi ? demanda Dubois, l'air confus, une main toujours sur la couverture de l'ouvrage.
Sauf qu'il était hors de question qu'il le prenne, ce bouquin. Il ne fallait surtout pas qu'il l'ouvre. Comment faire pour qu'Olivier lâche prise sans réveiller ses soupçons ? Cette considération la ramena sur l'objet de sa présence et surtout de la présence des autres.
- Bon, ce que vous me demandez, c'est une médiation, définit-elle. Pour que médiation il y ait, il faut que les parties en conflit se rencontrent et acceptent au moins de s'écouter.
- Hein ? intervint très intelligemment Marvin.
- Je doute sérieusement qu'on parvienne à mettre Charlie et Willy dans la même pièce. Ce sont tous les deux des grandes gueules bornées et avec un ego de bonne dimension, remarqua Septimus.
- J'ai l'ai prévenue de cette réunion, et elle est pas là, révéla Olivier.
- Qui ça ? redemanda Pénélope.
- Mais Wilzamine ! Elle veut pas revenir ! s'affligea le gardien avec de grands gestes des bras, agitant par la même occasion le livre qu'il tenait. Pénélope fut prise d'un tic à la paupière droite.
« Ne l'ouvre pas ! » admonesta-t-elle intérieurement, priant pour que la télépathie existe, tandis que Septimus, inconscient du drame qui se jouait, faisait la réflexion :
- Pas si sûr, Willy n'est jamais à l'heure. Elle est pire que Grant et c'est pas peu dire. Quoi que, dans ton cas, je soupçonne fortement ta fainéantise.
- Merci, Sept, moi aussi je t'aime.
- Il faut leur tendre un piège, médita Cesar.
« Oui, une diversion et je lui chipe le tome des mains. Ouais, non. C'est pas ce qu'on fait de plus discret. »
- On pourrait pas rester honnêtes ? questionna Septimus. Parce que lorsque Charlie s'apercevra qu'on a voulu le rouler, il ne pourra plus rien écouter du tout. Et nous allons mourir dans d'atroces souffrances.
« Le mettre dans la confidence pour qu'il me rende le bouquin ? Percy m'étranglera quand il l'apprendra. Quoique, si je manœuvre bien, il ne le saura jamais... »
- Et comment on fait pour qu'ils supportent la présence de l'autre plus de trois secondes ? interrogea Marvin.
- On présente bien la chose ? proposa Olivier.
« Tu dois me laisser ce satané bouquin parce que j'y échange des mots doux avec mon galant (non : amoureux, il ne comprendrait pas galant). »
- Je vois pas avec quels arguments on pourra faire ce miracle... répliqua Cesar Doors.
« Parce que cet idiot est persuadé que si je lui envoie ça par hibou il sera discrédité aux yeux des professeurs. Sauf qu'il ne voit pas que du coup les autres s'imaginent des choses sur son compte. Ha, et dans son monde, les joueurs de Quidditch sont des illettrés et les gens cultivés – comprendre ici tous ceux qui ouvrent un livre en dehors des heures de cours - se désintéressent de ce sport. »
- Le piège, c'est plus facile, insista Doors.
- Non mais franchement, vous vous souvenez ? Ce sont nos amis !
Pénélope prit une inspiration et, avant que Septimus n'ait pu continuer sa révolte contre le procédé, elle rappela :
- Revenez sur Terre, voyons, elle n'est partie que depuis ce matin, ça ne peut pas être si grave.
Le lourd silence qui accueillit sa déclaration commença à la faire douter.
- Elle l'a frappé, redit Olivier.
- Et ils sont caractériels, fit Septimus.
- Ah ça oui ! s'enflamma Cesar. Ils ont mauvais caractère et sont tellement dans ce qu'ils font, tellement...
- Passionnés ? suggéra Pénélope avec une grimace.
« Note mentale : se rappeler que les Gryffondors viennent d'une autre planète. TOUS les Gryffondors. »
- C'est tout à fait ça ! Ils ont le sang chaud ! approuva Cesar.
- C'est plus chaud, là, c'est bouillant, remarqua Grant.
Il garda son air sérieux l'espace d'une seconde, puis tous les garçons éclatèrent d'un rire gras.
- Mais chuuuut ! Madame Pince ! les reprit Pénélope en se faisant l'effet d'une puéricultrice.
« Les hommes et leur humour à deux noises.... pff ! » se désola-t-elle intérieurement.
- Bon, fit-elle à voix haute, maintenant il faut travailler sur le traité de paix.
Cesar et Marvin continuèrent à chercher la chausse-trappe parfaite ; Septimus, avec Grant, compilait une liste des arguments pour ramener Charlie à la raison et espérer calmer Wilzamine et Olivier, lui, avait ressorti son fameux carnet rouge pour y écrire Merlin savait quoi. Pénélope le vit se relire, puis prendre avec détermination 'Le Quidditch à Travers les Âges'.
« Tu n'as pas vraiment besoin de ça, tu sais ? » Au lieu de quoi elle interpella Dubois :
- Pourquoi, à ton avis, Charlie a fondu un câble ?
Olivier reposa le livre (« Ouf... ») puis considéra la question avec beaucoup de sérieux. Au point que Pénélope dut étouffer un petit rire.
- Je dirais que c'est lié à notre défaite.
Pénélope leva un sourcil. Ça, c'était une évidence. Mais parfois il était utile de citer les évidences. Le gardien continua, sur un ton étrange, comme s'il avait du mal à croire à ce qu'il disait :
- Il a envie qu'on progresse mais c'est clair, il ne sait pas comment... comment faire pour que son équipe le suive. (Puis il s'enflamma :) Il est pourtant du devoir de tout joueur de chercher à atteindre l'excellence ! Ah ! Ça, il faut que je l'écrive !
Ce qu'il fit sur le champ. Puis il fronça les sourcils, l'expression de nouveau soucieuse :
- Je devrais peut-être lui faire lire mes réflexions.
« Du moment que tu lâches le livre, tu fais ce que tu as bien envie de faire. » Mais il n'empêche qu'elle avait un minimum de conscience professionnelle :
- Sois logique, ce n'est qu'un brouillon, tu devrais plutôt lui faire lire une version plus travaillée et structurée.
« Quelque chose qui ne te mettra pas une honte pareille. »
- Tu as raison. Tu sais, j'ai fait ce que tu m'as conseillé, confia-t-il en montrant le livre. J'ai lu le résumé, il a l'air passionnant ! Je ne savais pas qu'il y avait des livres sur le Quidditch ! conclut-il, enthousiaste.
« Meurs ! »
- C'est bien, tu as vu d'autres titres qui t'intéressent ?
- Madame Pince m'a conseillé de regarder les autres 'ouvrages écrits par le même auteur', expliqua-t-il en s'apprêtant à l'ouvrir.
« Sale vieille pie analphabète desséchée ! » Pénélope attrapa des deux mains le livre. Le gardien la regarda de travers, confus. « Réfléchis ! Réfléchis ! Réfléchis ! » Son cerveau tournait à plein régime mais elle avait du mal à trouver une excuse potable pour l'empêcher de lire. D'habitude, elle prêchait plutôt l'inverse.
- Ah vous êtes lààà ! Je vous ai cherchés partout ! Et puis j'arrivais pas à me débarrasser de Madame Pince. Vous savez qu'elle ne m'a pas crue, au début, quand je lui ai dit que j'étais élève ici ? OK, je suis jamais venue mais bon, c'était pas une raison. Ouah, franchement c'est immense ici, j'ai jamais vu autant de livres !
- Wilzamine ! Tu es là ! bondit Olivier, oubliant sur le moment le livre et Pénélope qui allait avec.
« Merci Merlin ! Promis, je serai une sorcière sage à présent. Enfin, pour une semaine. Promis. »
Pendant que Dubois faisait un résumé détaillé de tout ce qui avait été dit et envisagé (piège compris), Pénélope retira discrètement toute sa correspondance. « Tant pis, aujourd'hui il aura droit à un hibou de l'école. Et puis il faudra se trouver une autre cachette, comme l'historique des Bavboules de 1809 à 1875. » Restait à espérer que ce bourrin de Gryffondor ne s'aperçoive pas que certaines pages étaient, disons, comme parfumées. Bien qu'elle doute sérieusement qu'il puisse en deviner la cause. Olivier termina son résumé et il attendit de voir la réaction de Wilzamine, qui ne se fit pas attendre :
- Je ne vais certainement pas ramper à ses pieds pour que ce crétin change d'humeur !
- C'est pas pour son humeur, c'est pour l'équipe ! contra Septimus avec emphase tandis que les autres opinaient de la tête avec ferveur.
- Mais c'est pour vous que je suis partie ! Il n'a pas à vous traiter comme ça !
La tablée explosa en commentaires.
- Silence ! ordonna si sèchement Pénélope qu'ils lui obéirent comme un seul homme. Elle jeta un regard suspicieux aux alentours. C'était pas le moment que Pince se pointe. Ses lettres étaient toujours sous son sac, et pas dedans. Et honnêtement, elle préférerait garder pour elle les petits cœurs rouges palpitants sur fond rose. Elle jeta ostensiblement un œil à sa montre et commença :
- Wilzamine est dans son droit. Il est parfaitement normal qu'elle réagisse à ce qui peut s'apparenter à de la provocation. Cependant, vous avez aussi raison de considérer les sentiments de votre capitaine. Il s'est parfaitement comporté ces dernières années, donc vous pouvez lui pardonner ce faux pas. Je vous propose d'intégrer un article dans le traité de paix stipulant que seul les volontaires iront aux entraînements matinaux. Par ailleurs, pour conserver la cohésion au niveau de l'équipe, ceux qui s'en abstiendront devront s'entraîner par eux-mêmes au cours de la journée.
L'équipe semblait bluffée par sa déclaration. Pénélope ne put retenir un air hautain, qui se décomposa dès que Wilzamine ouvrit la bouche :
- N'empêche que c'est pas demain qu'on me verra lécher les bottes de qui que ce soit.
« Mais quelle tête de mule ! »
- On m'avait avertie que tu avais peur de Charlie.
- Peur ? Moi ?! s'offusqua O'Beara.
- Sois honnête avec toi-même, continua Pénélope. Si tu refuses une joute verbale avec Charlie Weasley, c'est bien parce que tu as peur de perdre la face, non ?
- Certainement pas ! tonna la poursuiveuse-chanteuse.
- Baisse d'un ton, on pourrait t'entendre, la reprit Pénélope. (Puis elle conclut :) Alors tout va bien, ce soir après le repas je vous retrouve tous dans votre salle commune, et on clôturera ce malheureux événement.
Elle fourra sans en avoir l'air ses lettres dans son sac et quitta une table stupéfaite. En sortant, elle croisa Madame Pince qui fonçait au pas de charge du côté des rayons des sports, d'où s'élevait un certain brouhaha.
« Trop facile ! »
oOo
À suivre.
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