Heu… bonsoir ? *grand sourire*
Que dire sinon que je suis désolée d'avoir mis autant de temps à poster. Comme je n'ai pas envie de m'étendre sur mes malheurs et ma vie, je dirais juste que j'ai quitté mon boulot et pris des vacances méritées. L'inspiration s'était lamentablement enfuie. Je n'arrivais pas plus à lire des fanfic qu'à écrire. Et ne parlons même pas des jdr par forum où je suis… Mais en début de semaine, à 1heure du matin, l'inspiration est revenue, genre « bonsoiiir, je t'ai manqué hein ! ». Je me suis remise à l'écriture vendredi après-midi et j'ai fini le chapitre assez vite. La BO d'Hunger Games dans les oreilles m'a bien aidé.

Je crois que j'ai répondu à tous les reviews signées, si j'en ai oublié, vous avez le droit de me hurler dessus. Pour les autres, je remercie rapidement mais très fort ceux qui m'ont mis en favoris et autres, ainsi que les revieweurs Anonyyyyme et Jadecroft à qui je ne peux répondre en privée.

Je vous laisse retrouver Katniss, Haymitch et Peeta démêler le bordel dans lequel ils se sont mis.

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Perdre pied


Période couverte: 27 mars


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Hier soir, j'étais dans un état si lamentable que je n'ai pas trouvé la force de courir après Peeta. Mon mal de crâne me faisait voir double, et mon estomac vide me tiraillait au point de me plier en deux, comme des spasmes.
Alors j'ai pris le chat, et je suis rentrée chez moi.
Je n'étais pas belle à voir mais fort heureusement, personne ne m'a vu. Sae était déjà partie, une assiette de ragout trônait sur la table pour toute signature. J'ai rangé le plat au réfrigérateur, incapable d'avaler quoique ce soit à part un médicament. A croire qu'elle lit dans les pensées, Sae m'avait laissé quelques pilules. Je les ai avalées tant bien que mal et suis allée m'écrouler sur mon lit, où j'ai dormi d'un sommeil comateux jusqu'au matin.

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Plissant les yeux, je regarde le soleil par la fenêtre. Il doit être aux alentours de neuf heures. Je ne pousse pas l'enquête plus loin car j'ai l'impression que les rayons me traversent le crâne et se répercutent dedans, rebondissant contre sa paroi. Le médicament a fait effet, mais j'ai toujours l'impression d'avoir le mal de mer, et ma sensibilité est décuplée.
Prendre ma douche est une épreuve. Je règle la pression de l'eau au minimum mais ça me prend presque une heure de grimaces et de gémissements pour être à peu près propre. Chaque goutte sur ma peau me brûle, et me rappelle le brouillard empoisonné de la seconde Arène. Cette comparaison m'arrache un rire désabusé.

Quand je descends dans la cuisine, Sae est déjà là, à s'activer. Le bruit des couverts qui s'entrechoquent résonne dans ma tête dans un ballet métallique qui me donne envie de retourner sous ma couette.
Mais ma nourrice m'accueille d'un :

- Haymitch est passé il y a trente minutes. Il veut te parler, il voudrait que tu ailles le voir.

Mon expression doit certainement être comique pour arracher un sourire à Sae. Moi qui pensais pouvoir être tranquille quelques jours, que le souvenir de son dérapage tiendrait mon mentor à distance, c'est plutôt raté !
Si même la honte ne le retient plus !
Quoique tout bien réfléchi, la honte ne l'a jamais arrêté…

- Je ne veux pas savoir comment tu as passé ta soirée, ça ne me regarde pas, en attendant…

Elle me tend une clef que je détaille avec curiosité. Qu'est-ce c'est ?
Elle répond à ma question muette.

- C'est le double des clefs de Peeta. C'est le Dr Aurélius qui a exigé qu'elles soient là. Au cas où…

Au cas où Peeta perde le contrôle…
Je regarde le trousseau avec appréhension.

- Je crois que tu vas en avoir besoin aujourd'hui.

Sae ne rajoute rien mais me montre ainsi qu'elle a tout compris. Cette femme est douée d'une pénétration psychologique assez surprenante. Elle sait, sans avoir besoin de mots, qu'il s'est passé quelque chose entre Haymitch, Peeta et moi hier soir. Moi qui ai toujours dit que seul un champion pouvait en comprendre un autre, je concède à Sae qu'elle est une des rares personnes à comprendre un peu ce que l'on vit.

J'attrape les clefs et les fait tourner entre mes doigts.
Aller voir Peeta.
Lui expliquer qu'il a tiré des conclusions hâtives et fausses.
J'ai peur de ce que je vais trouver derrière la porte de sa maison.

- Allez, haut les cœurs Katniss! C'est comme un pansement, si on tire d'un seul coup, la douleur est forte mais dure moins longtemps !

Je grimace, peu convaincue. Mais de toute façon, je ne peux pas faire durer ça plus longtemps. Un silence donnerait raison à… à rien du tout !
J'enfile mes bottes avec difficulté – je ne sais pas dans quelle position j'ai dormi mais j'ai affreusement mal au dos – et je sors dans le matin encore frais du District Douze.
Je me donne une gifle mentale pour avancer car je commence à vouloir rentrer chez moi pour la fallacieuse raison de la température encore hivernale. Serrant les clefs dans ma main au point d'en imprimer la marque dans ma paume, je marche jusqu'à chez Haymitch et avant d'avoir le temps de réfléchir, je toque à sa porte.
Celle-ci s'ouvre rapidement sur un Haymitch qui doit sortir de la douche comme l'attestent ses cheveux est encore tôt, il n'a pas encore bu assez pour que ça se voit.

Je l'observe pendant qu'il m'invite à rentrer dans son salon, une pièce peu habituée à recevoir des visiteurs ou même abriter son propriétaire, donc relativement rangée et propre. Haymitch a enfilé une tenue qui doit venir du Capitole, semblable à celle qu'il portait lors de ma première Moisson. Il la porte plutôt bien, et, abstraction faite de son penchant abyssal pour l'alcool et de ses blessures, je suis étonnée qu'aucune femme n'ait essayé de rentrer dans sa vie. Ses yeux gris de la Veine lui vont bien, il a dû plaire aux femmes du Capitole. Mais Snow n'avait plus aucune arme à brandir pour le vendre à ses créatures, il y a donc échappé.
Peut-être aurait-il préféré louer son corps que perdre ses proches ? Oui, il l'aurait fait. Comme je l'aurais fait aussi, si cela avait pu sauver Prim.

Je secoue la tête pour chasser ce genre d'idée et m'assoit sur un fauteuil moelleux en gémissant de bonheur. Haymitch me lance un regard goguenard puis m'explique :

- C'est le genre de désagrément auquel on doit faire face quand on boit plus que de raison, mais je te garantis que cela passe avec le temps.
- Je n'ai aucune envie d'en prendre l'habitude, et je suis étonnée de vous entendre parler de raison, vous…

Mon ton ironique ne lui échappe pas. Mais je n'ai pas envie de prendre des gants. Je suis abasourdie qu'il ne semble même pas gêné de se retrouver face à moi. Aurait-il oublié ?

- La légende selon laquelle l'alcool mène à l'amnésie est donc vraie ?

Cette remarque le trouble assez pour qu'il trébuche sur un coussin avant de s'assoir. Oh non, il n'a pas oublié.

- J'assume entièrement ma faute, et j'en suis désolé, mais je pense que moins on en parlera, mieux cela vaudra.

Sa franchise ne me surprend pas finalement. Haymitch n'est pas un homme aimant entretenir des non-dits et des malentendus. J'affine son jugement :

- Nous devons au moins expliquer à Peeta.
- Tu dois le faire !
- Je vous demande pardon ? Vous êtes gonflé ! Ce n'est pas ma faute à la base que je sache.
- Sans doute, mais il t'écoutera plus que moi, et tu le sais.

Je n'en suis pas certaine. Peeta et lui ont des rapports cordiaux. Cependant j'admets que mes mots auront plus d'effet sur lui. Positif ou négatif, c'est ce que je vais devoir découvrir. Mais cela ne le dispense pas de prendre sa part dans la tâche qui m'incombe.

- Vous êtes allé le voir ?
- Pas encore, j'ai peur qu'il m'accueille d'un coup de poing dans la figure.
- Est-ce si grave ?
- A mon sens, si je peux éviter, oui.
- Très bien, je vais y aller, mais après, vous prendrez le relais.
- Te voilà bien courageuse ce matin !
- Je n'ai pas trop le choix, je n'ai pas envie qu'il pense qu'il s'est passé quelque chose entre vous et moi !

J'illustre ma remarque par une moue dégoutée, et Haymitch est assez intelligent pour ne pas s'en formaliser.

- Je ne te propose pas un café donc.
- Non merci, à l'avenir, je vais éviter de boire quoique ce soit dans cette maison.

Je me lève, le regarde, puis lui tourne le dos et sort de la maison. Je ne lui en veux pas. Cela restera un souvenir gênant mais ça ne sert à rien d'entretenir de la rancune contre lui. Je préfère encore pester contre le Capitole du temps des Jeux.

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Il est plus dur en revanche d'essayer d'entrer chez Peeta. Je me balance d'un pied à l'autre pendant quelques minutes quand j'entends, venu de l'intérieur, un bruit de verre brisé. J'appuie sur la poignée mais le battant résiste. Fébrilement, j'essaye de trouver la bonne clef pour ouvrir. Mes tremblements n'aident pas à la tâche.
Je finis par entendre le clic révélateur et pousse la porte. Je veux courir vers la source du bruit mais me trouve arrêté par ce que je vois.
Je n'étais jamais rentré chez Peeta. Sa maison est identique à la mienne, à la différence que ses peintures sont accrochées de partout sur les murs, et ce, dès l'entrée. Je ne m'y vois pas, et cela me rassure. Il n'a pas vraiment besoin de m'avoir sous les yeux toute la journée pour achever sa guérison. Mais je vois tout le reste.
Nos premiers Jeux, et les Seconds. Le District Treize, la rébellion. Rue, la Renarde, et même Cato. Finnick, Clove, le gymnase d'entraînement...
Je me sens oppressé, cernée, prise au piège. Comme si je me retrouvais de nouveau là-bas. Comment fait-il pour vivre entouré de mes cauchemars ?
Je fuis vers l'étage et j'appelle :

- Peeta ?

Aucune réponse mais je sais qu'il est là-haut. Je recommence, plus fort :

- Peeta ?
- NE MONTE PAS !

La colère de sa voix me stoppe aussi efficacement qu'un coup de poing en pleine figure.
Que faire ? M'en aller ?
Un nouveau bruit de verre brisé me décide à continuer ma montée. L'escalier grince et il l'entend.

- JE TE DIS DE T'EN ALLER, JE NE VEUX PAS TE VOIR !

Je poursuis quand même, cherche l'origine de sa voix et fini par le trouver. Réflexe de chasseuse, je reste d'abord à distance.
Et rien n'aurait pu me préparer à ce que je vois.
Devant une chambre, Peeta est assis, les genoux relevés, le visage dans les mains, et gémit :

- Va-t-en Katniss, je suis en crise, ne m'approche pas.

Je comprends qu'il me parle de crise mentale, qu'il doit être en proie à des hallucinations douloureuses. Désemparée, je lui souffle la première chose qui me vient :

- Si ce que tu vois brille, c'est que c'est faux Peeta.

Il découvre son visage et darde ses yeux remplis de colère sur moi. Comme au temps où il était revenu du Capitole après sa torture.
Ce n'est pas moi qu'il voit. Ou alors, il ne sait pas.
Je me sens impuissante.

- Ce que j'ai vu hier ne brillait pas. Ça ne devrait pas me toucher, et pourtant JE SOUFFRE Katniss ! Je ne sais pas pourquoi, je ne devrais pas, et je souffre !

Que répondre à ça ? Que je ferai tout pour ne pas qu'il souffre à cause de moi ?
J'en ai tellement assez de causer tant de douleur autour de moi ! J'essaye tous les jours d'éviter de blesser à nouveau, et pourtant, je ne fais que ça. Dès que j'ouvre la bouche, dès que je fais un geste, c'est une erreur, une maladresse.
Dans un monde où tout se reconstruit, le mien s'écroule autour de moi, et pourtant je ne tombe pas, je m'accroche à mes erreurs, à la souffrance des autres. Ne suis-je que ça ? Un tourment ?

Comme je ne réponds pas, Peeta me regarde, et le trouble de son regard se dissipe un peu. J'ai l'impression qu'il revient à lui, à notre réalité. C'est alors qu'il me jette au visage une boite de pilule et seules mes habitudes de chasseuse me permettent d'éviter.

- On me soigne, je sais ce que j'ai. La plupart du temps, je sais faire la différence entre ce qu'on a voulu me faire croire, et ce qu'il s'est passé. A cet instant, je sais la faire.

Je ne comprends pas ce qu'il veut m'expliquer. Ce qu'il voit, ce qu'il imagine.

- Tu es un monstre, une créature génétiquement modifiée qui ne cherche qu'à me faire du mal, me torturer, me tuer. Ça, ce sont mes visions. On a tenté de m'expliquer que rien de cela n'est vrai. Et pourtant, hier, j'ouvre une porte et te vois dans le même lit que notre Mentor, qui a choisi de te sauver toi, à mes dépens. Ça, c'est la réalité. Alors où est la frontière ?

Je suis paralysée par tant de haine. Par ce que son imagination lui souffle. Et parce que si ses raisons sont fausses, sa réflexion est vraie. Je suis un monstre.
Mais je me cabre tout de même contre ses supputations.

- Qu'insinues-tu Peeta ? Que je suis l'amante d'Haymitch depuis le début, et que c'est pour cela qu'il a choisi de me sauver plutôt que toi ?
- Je ne l'insinue pas. C'est exactement ce que je pense.
- Pauvre imbécile…

L'insulte est sortie avant que je puisse me taire. Je ne sais pas pourquoi je ne peux pas m'empêcher de dire ce que je pense aux moments les plus critiques !
Il se redresse et s'approche de moi tel un prédateur et m'accule contre le mur du palier. Son visage est seulement à quelques millimètres du mien. Son souffle balaye une de mes mèches de cheveux et je refuse de baisser les yeux.
Ses pupilles ne sont pas dilatés, il n'hallucine vraiment plus. C'est la rage qui le porte, réellement, sa colère contre moi, une colère qu'il ne doit qu'à lui, et à moi.
Soudain, je sens quelque chose contre mon ventre tendu par l'angoisse. Quelque chose de pointu, qui, je le devine, pourrait me blesser.
Cherchant une échappatoire, je dirige mon regard derrière Peeta et avise alors le désordre sans nom qu'il a laissé dans la chambre. Des meubles renversés, et surtout, beaucoup de verre brisé. Je comprends que c'est avec un tesson de bouteille dangereusement cassé qu'il me menace.
C'est la seconde fois en deux jours que je me retrouvé prise au piège, sauf que ce n'est pas moi qui ait l'arme aujourd'hui.
Mon instinct de survie me souffle de lui donner un coup de pied dans le ventre pour le faire reculer.
Mais psychologiquement je n'en ai pas la force. La tension qui maintient mon corps debout disparaît et mes épaules s'affaissent. Je gémis :

- Vas-y Peeta, tue-moi puisque tu en meurs d'envie. Je ne te fais que du mal, je suis un montre, tu l'a dit…

Ses yeux se plissent de surprise et mes mains rejoignent les siennes pour les entourer et diriger son arme. Je les retiens quelques secondes le temps de dire :

- Mais avant, je veux que tu saches que Haymitch et moi n'avons rien fait. Je le jure sur ce que j'ai de plus cher ici, sur ce que j'ai eu de plus précieux, je le jure sur Prim.

C'est presque comique. Nous n'avons pas su nous tuer dans l'arène, incapable de survivre avec la mort de l'autre sur la conscience, ce qui a mené à la révolte.
Et là, loin de ce monde qui n'existe plus, nous sommes incapables de vivre tous les deux ensembles. Où se trouve le juste milieu ?
Je ferme les yeux et me prépare à ma fin, plus calme encore que toutes les fois où j'ai failli mourir.

Et rien… Je ne sens rien.
Parce que Peeta est tombé à mes pieds, lançant loin de lui le morceau de bouteille, et, recroquevillé, il pleure.
Je réalise que je ne l'ai jamais vu pleurer ainsi. C'est un chagrin immense qui secoue son corps et lui arrache des cris.

Je me laisse glisser contre le mur, me griffant le dos au passage et l'étreint avec toute ma force possible. Je ne sais pas s'il comprend tout ce que je veux faire passer par ce geste.
Je ne pleure pas, mais nos détresses mutuelles se font écho. Je pensais que Peeta était plus fort que moi, plus fort que tout ça. A le voir venir tous les jours dans ma maison, agir comme si rien n'avait changé, je pensais qu'il avait une plus grande force d'âme que la mienne, qu'il avait grandi plus vite que moi, qu'il pouvait supporter. Je m'accrochais sans me rendre compte à ça, comme une bouée, parce qu'il tenait bon, qu'il est meilleur que moi.
Je me rends compte qu'il est encore plus fragile que moi et il s'ouvre en pleurant ce qu'il a sur le cœur :

- Katniss, tu es la seule qui me reste, et regarde-nous, rien n'a changé, on se fait du mal, on se tue à petit feu. Si je t'avais tué, il me restait plus rien, plus rien… Ma famille a été tuée dans le bombardement du District, mes amis aussi, je suis devenu fou. Les meilleurs médicaments du monde ne pourront jamais effacer ça. On est seul, je suis seul

Peeta est en train de perdre pied. Si nous sombrons tous les deux, qui viendra nous sauver ?

Perdue dans mes pensées, cherchant un miracle, je regarde par la fenêtre en face de moi. Un oiseau noir et blanc passe rapidement en battant des ailes et me remet les idées en place.
J'ai la réponse, bien entendu, depuis le début, sauf que je n'arrive pas à l'admettre. C'est à moi de nous sauver maintenant, à moi de nous faire repartir du bon pied, ou du moins, nous faire survivre assez longtemps pour que ça en devienne une habitude.
Allez, geai Moqueur, il est temps de prendre tes responsabilités !

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Je passe lentement ma main dans ses cheveux, la descend le long de son cou, puis ses bras, vers ses mains, comme pour le réveiller doucement. Un frisson lui parcoure le corps et Peeta lève ses yeux vers moi, intense. Je donnerai tout pour me laisser aller à l'envie qui m'oppresse à m'en faire mal, celle de l'embrasser, de retrouver ce sentiment qui me faisait tant vivre. Surtout quand je lis dans ses yeux qu'il ne m'arrêterait pas. Son frisson s'est mué en tremblement et ses mains s'ouvrent et se ferment convulsivement autour des miennes. Les secondes qui passent sont terriblement chargées d'émotion. Mes yeux fixent ses lèvres gercées. Il se déplace un peu sur ses genoux, comme prêt à avancer, à m'embrasser.
Mais ce n'est pas une bonne idée. Je ne peux pas nous laisser faire ça. Ce ne serait pas nous rendre service de nous perdre dans une étreinte pareille, nos deux âmes brisées ne s'en sortiraient pas guéries, je sais, je sens que ce serait le début d'une spirale infernale.
Je finis par baisser la tête, forçant ma nuque à ployer alors qu'elle ne le veut pas, luttant contre mon propre corps à m'en faire mal, pour regarder ses mains.
Elles sont couvertes de sang.
Je me rends compte que Peeta s'est blessé sur tout le corps pendant sa folie destructrice, sur les mains, les bras, et même le visage. Certaines blessures sont superficielles, d'autres assez profondes.

- Peeta, tu es blessé ! Lève-toi, je vais te soigner !

Je me lève et force sur mes bras pour l'entraîner avec moi. Il se laisse faire comme une poupée de chiffon, et je dois le soutenir sur mon épaule afin de descendre les escaliers et le traîner jusqu'au canapé. A ma grande surprise, il est plus léger que je le pensais, que dans mon souvenir. Il est trop léger.
Je fronce les sourcils et palpe son torse et son ventre. Je marmonne quand je découvre sur ses vêtements larges cachent le fait qu'il a beaucoup trop maigri.

- Peeta ! Manges-tu quand tu es chez toi ?

Car chez moi, il fait toujours honneur aux plats de Sae et mange aussi ses petits pains au fromage. Il ne me répond pas. J'en déduis que non. Je soupire :

- Ha, ils sont beaux les champions des soixante-quatorzième Hunger Games !

Comme il ne bouge pas, je le laisse affalé et vais dévaliser sa pharmacie. Elle est heureusement remplie de tout ce dont j'ai besoin. Je reviens les bras chargés de bande, désinfectant, fils, aiguilles, pansements et étale tout sur la table. Sans le regarder, je vais chercher dans la salle de bain de quoi laver ses plaies. Puis je le force à se coucher convenablement, un oreiller derrière le dos pour le soutenir, sur le large canapé. En dessous, je déniche une couverture épaisse que je pose à côté, pour plus tard. Puis après m'être lavé les mains et avoir approché un petit tabouret rembourré, je me mets à le laver doucement.
La fraicheur de l'eau le sort de sa catatonie, il me regarde enfin et murmure :

- On dirait ta mère…

Sa remarque me rappelle autre chose, et je ne suis pas la seule car il continue sur sa lancée :

- Je crois… je crois que tu m'as soigné comme ça aussi dans l'arène non ? Réel ?
- Réel Peeta, mais c'était bien pire que ça. Ne t'inquiète pas.
- Je ne m'inquiète pas.

Il dit la vérité, je le vois dans ses yeux. Il a de nouveau confiance en moi. Sommes-nous donc destinés à nous faire du mal pour mieux nous soigner ensuite ?

Cette constatation ne m'aide pas à calmer le tremblement de mes mains quand j'essaye de passer le fil dans le chas d'une aiguille. Il s'est entaillé profondément sur l'avant-bras gauche. Il ne grimace pas quand je commence à le raccommoder. Pourtant, je ne suis pas bien douée.
Je continue en silence mes soins, et trente minutes plus tard, j'en vois le bout. Le temps de constater qu'il ne doit pas plus dormir que moi la nuit. Son visage est mangé par ses cernes.
Je dois le faire manger à présent, et envisage un instant d'aller chercher Sae pour lui mijoter quelque chose, puisque je suis encore moins douée en cuisine qu'en médecine. Mais je sais bien qu'il faut que je le fasse moi. C'est à moi de prendre soin de lui.
Le laissant allongé, les yeux mi-clos, je rejoins sa cuisine et fouille un moment avant de trouver de quoi faire une épaisse soupe de légumes. Je manque une ou deux fois de m'arracher un doigt en utilisant le matériel haute technologie de la cuisine, et vient m'assurer que Peeta va bien le temps de la cuisson.
Quand tout est prêt, je lui amène un bol et un pain au fromage sur un plateau. Cette fois-ci, il grimace.

- Non, je n'ai pas faim.
- Et pourtant, tu vas manger Peeta, ou crois-moi, je vais te faire avaler ça de force !
- Tu as fait ça aussi dans l'Arène, réel ?
- Réel, et là je n'ai pas mis de sirop de sommeil, car je compte bien que tu sois raisonnable et dorme ensuite.
- Non.
- Et si je partage avec toi ?
- Comme un enfant ?
- Tu te comportes comme un enfant, alors s'il faut en arriver là !

Je lui tends une cuillère de soupe qu'il avale avec mauvaise volonté. Puis un morceau de pain qu'il met un temps infini à manger. Je me retiens de soupirer de frustration. J'avais oublié à quel point il était butté quand il était malade.
Cela prend une heure en tout pour lui faire avaler la moitié du bol et du petit pain. Ses yeux se ferment tous seuls alors je pose le plateau et passe ma main dans ses cheveux pour le détendre. Et là, il me surprend :

- Chante-moi une chanson Katniss…
- Une chanson ? Tu es sérieux ?

Mais laquelle lui chanter ? Je serai incapable d'entonner de nouveau la chanson du saule, trop attachée au souvenir de Prim et de Rue.
Puis je sais. La balade dont il se souviendra, celle que j'ai chanté ce jour-là à l'école, celle qui l'a rendu amoureux de moi. Je commence à chanter doucement et il grimace.

- Tu as mal ?
- Non… Ce n'est pas ça…
- Ça brille ?
- Oui… mais ça va passer. Ils ont essayé de salir ce souvenir au Capitole. Ils ont eu du mal. Je peux avoir le dessus, reprendre le contrôle de ma tête.

Mon cœur se serre à l'imaginer lutter contre le venin qui voulait détruire un souvenir si précieux.
Pendant qu'ils tuaient Lavinia et Darius pour entretenir la terreur.

- Je peux chanter autre chose si tu veux Peeta.

Il m'attrape le bras avec force et me supplie :

- Non, s'il te plait Katniss, je veux retrouver ce souvenir, s'il te plait…

Alors je continue, pendant qu'il se bat contre lui-même. Il semble y arriver un peu, et au bout de deux paragraphes, c'est avec un léger sourire qu'il s'endort.
J'arrange la couverture sur lui, et me lève pour fermer les rideaux. A travers la vitre, je vois Haymitch qui s'approche et vais le plus doucement possible entrebâiller la porte.
Puis je rejoins Peeta, tournant volontairement le dos à mon Mentor. Quand j'entends ses pas se rapprocher, je murmure :

- Vous arrivez après la tempête Haymitch, comme c'est pratique.
- Je n'avais pas de paratonnerre sur moi.
- Et moi je n'ai pas la patience pour votre humour.
- Comme c'est pratique…

Son ironie me rend folle. Je me retourne pour lui faire face mais ma colère s'envole quand je le vois réellement inquiet de l'état de Peeta.
Je lui raconte à voix basse et à demi-mot ce qu'il s'est passé. Il soupire, passe sa main dans ses cheveux puis attrape mes mains. Le contact me fait bondir en arrière quand je repense à la veille, mais il insiste.

- Tu es en piteux état aussi, assied-toi, je vais te soigner.

Je regarde mes mains et découvre avec stupéfaction qu'il a raison. Les morceaux de verres que j'ai enlevé des plaies de Peeta, ceux au sol du palier m'ont blessé. Les mains et les genoux, où le sang à tâché mon pantalon.
Alors je le laisse faire. Parce qu'il a réellement envie de prendre soin de moi.
Il se confie sans que je lui demande :

- Tu as fait du bon travail, ce n'est pas facile de le gérer quand il fait une crise, je sais de quoi je parle.

Et je me souviens. Dans le Treize, c'était lui qui se chargeait de ramener Peeta à la réalité, c'est lui qui s'est donné du mal, contre les médecins et leurs théories toutes faites, à faire comprendre comment pouvait fonctionner la maladie de Peeta, parce qu'il savait mieux qu'eux ce dont le Capitole était capable.
Je ne dis rien, mais pendant qu'il me soigne, nous nous regardons, et il n'y a pas besoin de mot.
Par la porte restée ouverte, Buttercup rentre et vient se frotter à moi.
Haymitch se lève pour fermer le battant, puis sort une bouteille d'alcool, la pose sur la table basse et annonce :

- Je vais rester aujourd'hui.
- Pas besoin, je vais prendre soin de lui.
- Je sais.

Je repense à hier. Quand je me suis dit qu'il y avait un lien fort entre lui et moi. Et je le regarde, Haymitch, vainqueur des cinquantième Hunger Games. Puis j'observe Peeta, et enfin le chat.

Haymitch Abernathy, Peeta Mellark et Buttercup.
Ils sont ma nouvelle famille, celle que je n'ai pas choisie mais dont j'ai tellement besoin. Plus que jamais.

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Voilà voilà. Je n'avais pas prévu de tant faire sombrer Peeta mais après tout, que sait-on de ses souffrances, de comment il a traversé toutes ses épreuves ? Il ne peut pas tout le temps être fort notre Peeta.
Je ne préfère pas donner d'estimation de temps pour la parution du prochain chapitre. J'espère la semaine prochaine, si je reprends le rythme.
Merci à ceux qui sont encore là d'avoir lu, et merci de prendre le temps de me donner votre avis, ça fait tellement plaisir à chaque fois !