Debout dans un coin de la pièce, Marinette étouffe un bâillement discret. Non pas qu'elle s'ennuie, bien au contraire, mais la fatigue commence à se faire sentir. Ses paupières se font lourdes, et son corps plus lourd encore.

- « Hey, ne t'endors pas », la taquine gentiment Alya, surgissant soudain à ses côtés. « Tiens, bois ça », poursuit-elle en lui tendant une des tasses de café fumantes qui reposent dans le plateau qu'elle tient en mains.

- « Alya, tu es géniale ! », s'exclame Marinette avec reconnaissance, tout en s'emparant du précieux breuvage. « Merci ! Je ne sais pas ce que je ferai sans toi ! »

- « Tu finirais la soirée endormie par terre dans mon salon », réplique son amie en riant. « Encore. »

Marinette grimace en réponse et Alya s'éloigne, laissant dans son sillage l'écho d'un nouvel éclat de rire. La jeune styliste suit son amie des yeux avec un sourire amusé, puis reporte son attention la boisson qui lui a été gracieusement offerte. Elle clôt un instant les paupières, inspirant à pleins poumons pour humer la délicieuse odeur qui flotte à présent dans les airs.

Alya est peut-être une piètre cuisinière, mais force est de reconnaître qu'elle s'y connait en matière de cafés.

Marinette rouvre les yeux et porte doucement sa tasse à ses lèvres. Souriant de satisfaction, elle savoure le goût amer qui se dépose sur sa langue, la sensation du liquide brûlant qui descend dans sa gorge, et l'impression vivifiante d'avoir son esprit qui se réveille enfin. Son corps longtemps accoutumé à cette boisson réagit dès la première gorgée, comme si la caféine s'infiltrait directement dans ses veines pour donner à la jeune femme le regain d'énergie dont elle avait besoin.


A présent que sa propriétaire est sortie de son état de semi-somnolence, le cerveau de Marinette se remet doucement en marche. Le regard de la jeune femme se perd dans le vague, tandis que ses pensées vagabondent vers les dernières heures qui viennent de s'écouler.

Pour l'instant, Marinette ne regrette pas d'avoir dérogé à ses projets habituels pour participer à cette soirée. Pas une minute, pas une seconde.

Mais elle espère juste qu'elle en pensera toujours de même lorsqu'elle rentrera chez elle et qu'elle traversera les rues de Paris. Qu'elle descendra ces avenues décorées de rouge et de noir en l'honneur de Chat Noir et de celle qu'elle était autrefois, qu'elle passera sous les banderoles célébrant leur victoire sur leur ennemi de toujours.

Marinette boit distraitement une nouvelle gorgée de café et laisse échapper un soupir.

D'ordinaire, elle fuit Paris à cette période de l'année.

Dès que les premiers jours d'été arrivent, la ville se pare des couleurs de ses deux héros. Du rouge, des pois noirs, des empreintes d'un vert électrique, des coccinelles, des félins aux couleurs sombres apparaissent, envahissant jusqu'aux plus petits recoins de la capitale. Impossible d'y échapper. Tout Paris vibre pour ses héros, clame son amour avec un enthousiasme qui pourrait être considéré comme excessif s'il n'était pas aussi sincère.

Les Parisiens aiment leurs bienfaiteurs, et en dépit des années, leur ferveur reste toujours aussi grande.

Marinette devrait être touchée par tant de reconnaissance, elle le sait. Mais ces marques d'amour ne sont pour elle qu'autant de coups de poignards qui percent son cœur, encore, encore et encore. Ses anciennes blessures se rouvrent, saignent de plus belle, menacent de faire rebasculer la jeune femme dans les bras de ses anciens démons.

Dès que les premiers jours d'été arrivent, Marinette étouffe, lutte, tente de survivre comme elle le peut.

La capitale fête ses héros et Paris devient un enfer pour elle.

Un enfer pavé de noir, de rouge et de vert, où tout lui rappelle de biens trop douloureux souvenirs.

Une affiche de Chat Noir placardée au coin d'une rue. Un magasin arborant fièrement ses propres couleurs. Une émission à la télévision, un article sur internet. Une conversation dans la rue. Tout, tout, absolument tout la renvoie à son passé. A chaque fois, la jeune femme doit lutter contre l'envie furieuse de se noyer dans son travail, de brûler de nouveau ses nuits pour s'empêcher de réfléchir.

C'est un combat de tous les instants.

Alors, fuyant sa peine, Marinette prend des vacances et part loin, très loin, aussi loin que possible de la capitale.

Du moins, c'est ce qu'elle fait d'habitude.

Mais cette fois, les choses sont différentes.

Cette fois, Adrien est de retour.

Nino et Chloé ne se sont guère étendus sur les épreuves qu'a traversé le jeune homme, mais Marinette ne doute pas un instant que ces dernières années ont probablement été plus dures encore pour lui qu'elles ne l'ont été pour elle. Elle a peut-être perdu son coéquipier, mais lui a perdu son père, la seule et unique famille qui lui restait.

Alors, quand Nino a proposé cette soirée, Marinette n'a pas hésité une seconde.

Adrien a besoin de tout le soutien que ses proches peuvent lui offrir, et tant pis pour ses propres blessures.


Comme attiré par un aimant, le regard de la jeune femme se pose sur Adrien.

Quand elle a pris conscience de ce qu'elle éprouvait pour Chat Noir, Marinette a pensé être enfin allée de l'avant. Ou tout du moins, avoir réussi à se détacher d'un amour impossible pour mieux se briser le cœur sur un autre, mais c'est un autre sujet.

Elle était persuadée de ne plus ressentir que de l'amitié pour Adrien. Une amitié altérée par la culpabilité irrationnelle qu'elle ressent toujours vis-à-vis de l'arrestation son père, une amitié à laquelle se mêlerait certainement toujours une indéniable tendresse, mais une simple amitié quand même.

Elle en était sûre et certaine. De tout son cœur, de toute son âme.

Mais à la seconde où elle a retrouvé Adrien, le choc qu'elle a ressenti lui a fait l'effet d'un coup de poing dans la figure.

Violent, imprévisible, et fort, fort, si fort qu'elle en est restée un instant étourdie.

Marinette était certaine d'avoir tourné la page. Mais le charme d'Adrien l'a happée comme au premier jour, emportant avec lui son cœur et toutes ses solides résolutions. Marinette a tenté de lutter. De se convaincre qu'elle était simplement nostalgique des jours anciens, que la douce chaleur qui réchauffait sa poitrine n'était qu'un vestige, un écho de ce qu'elle avait pu ressentir un jour pour le jeune homme.

Puis, tout au long de leur soirée de retrouvailles, Marinette a commencé à redécouvrir celui qui était autrefois son camarade de classe. Elle a réalisé qu'avec les épreuves et les années, il était devenu encore plus sérieux que l'adolescent qu'il était, plus mélancolique aussi. Mais que malgré tout, il débordait toujours de cette gentillesse qui avait un jour fait fondre son cœur. Qu'il était toujours le jeune homme sensible et sincère qu'il était auparavant. Celui qui plaçait l'amour de ses amis et de sa famille par-dessus tout, celui qui pouvait s'émerveiller même des choses les plus simples, celui qui était toujours prêt à encourager et soutenir son prochain.

Et rapidement, Marinette a dû se faire à l'évidence.

Ses sentiments pour Adrien sont toujours là, plus vivaces que jamais.

Elle l'aime encore.

Même après toutes ces années. Même après son silence, son absence, même après sa propre fuite et ses errances londoniennes, elle l'aime encore et toujours.

Elle l'aime.

Mais elle n'aime plus que lui.

A présent, Marinette se sait aussi amoureuse de Chat Noir. Même après toute ces années, même après ce silence, aussi.

A croire que son cœur refuse d'apprendre de ses erreurs.

Chat Noir a disparu, Adrien est de retour. Ce seul fait devrait mettre fin au dilemme de Marinette. A quoi bon s'accrocher à quelqu'un qui a disparu de sa vie sans un mot ni un geste, alors que son premier amour est réapparu ?

Mais les choses sont malheureusement loin d'être aussi faciles.

Marinette n'arrive pas à oublier Chat Noir, pas plus qu'elle ne réussit à passer outre ce qu'elle ressent pour Adrien. Elle les aime, tous les deux, en dépit du bon sens. Adrien et Chat Noir hantent ses pensées à chaque instant, au point qu'elle n'arrive plus à réfléchir. Comme si son cerveau était trop plein de souvenirs de ces deux garçons pour fonctionner correctement. Dès qu'elle cesse de se concentrer, son esprit s'évade inlassablement vers ceux qui règnent sur son cœur.

Elle n'arrive pas à ne pas penser à eux.

Les encouragements timides d'Adrien. Le regard étincelant de Chat Noir. La gentillesse de son ancien camarade de classe. Le courage sans bornes de son partenaire. Leurs rires. Leurs sourires.

Sa tête est remplie d'images d'Adrien et de Chat Noir, et elle ne sait plus quoi faire.

Marinette s'en veux d'être ainsi écartelée entre deux garçons.

Elle devrait avancer. Elle devrait choisir.

Quelque part, les choses pourraient être simples. Chat Noir ne reviendra plus, et Adrien est là. Mais Marinette se refuse à faire le moindre geste envers son ami. Pas maintenant. Pas tant que son cœur récalcitrant n'aura pas enfin décidé d'abandonner Chat Noir.

Marinette veut se laisser le temps de faire le point sur ses sentiments. Elle ne veut pas – ne peut pas – s'engager avec quelqu'un en étant ainsi partagée.

Surtout pas avec Adrien.

Après tout ce qu'il a traversé, le jeune homme ne mérite pas un cœur coupé en deux. Il mérite un amour plein et entier. Un amour qui ne sera consacré qu'à lui, et à lui seul.

Un amour que pour l'heure, Marinette est incapable de lui offrir.


Dans la poche de Marinette, un téléphone vibre soudain, l'arrachant à ses pensées. La jeune femme sort l'appareil, regarde l'écran, soupire.

Une notification du Ladyblog.

Evidemment.

Le blog d'Alya a beau compter bien moins de visiteurs qu'à l'époque où sa propriétaire recensait quotidiennement les exploits des héros de Paris, il n'en reste pas moins fréquenté par de fidèles abonnés. Et lorsque l'été arrive, une foule de curieux se mêle immanquablement aux habitués, redonnant au Ladyblog sa grandeur d'antan.

Chaque année, c'est la même chose.

Les nostalgiques de Chat Noir et Ladybug se retrouvent, discutent, échangent.

La date anniversaire de la défaite du Papillon est devenue leur signal. Elle les attire, les regroupe, les rassemble dans une sorte de communion fiévreuse. Durant quelques intenses semaines, le Ladyblog fourmille d'une activité digne de ses plus grands jours. Les théories sur la disparition soudaine de Ladybug et Chat Noir refont surface, les témoignages réapparaissent et les hommages fleurissent, envahissant la toile comme un raz-de-marée d'amour à la gloire de ceux qui ont protégé Paris.

Le Ladyblog est devenu un sanctuaire virtuel, un temple en hommage aux deux héros.

Mais Marinette est lasse de toute cette agitation.

Lasse de ces questions sans réponses, de ces bonds que fait son cœur fatigué à chaque fois qu'un nouveau message apparait sur le site, lasse d'espérer en vain un signe de la part de Chat Noir.

Peut-être est-il temps pour elle d'abandonner définitivement le Ladyblog. De lâcher ce fil ténu qui la rattache encore à son ancienne vie, ce lien fragile qui lui fait espérer en vain qu'elle va retrouvera un jour son coéquipier.

Peut-être est-il temps pour elle de tourner la page.

Alya comprendra.


Malgré tout, les vœux pieux de Marinette attendront un autre jour. Est-ce de la curiosité ? De l'inconscience ? De l'espoir ? Toujours est-il que la jeune femme ouvre machinalement la notification qui l'attend toujours sur son écran.

Certainement un hommage de plus, se dit-elle. Ou une énième hypothèse expliquant pourquoi son coéquipier et elle se sont soudain évanouis des rues de Paris.

Mais lorsque ses yeux se posent sur les quelques lignes de texte, Marinette se fige.

Sous le choc, son téléphone manque de lui tomber des doigts.

Ses mains se mettent à trembler, son souffle s'étrangle, ses muscles se tétanisent. Marinette peut littéralement sentir le sang refluer de son visage, la laissant aussi livide et frissonnante que si elle venait de basculer dans une rivière de glace.

Mais au creux de sa poitrine, au contraire, tout s'éveille, tout s'embrase. Son cœur se met à battre fort, fort, plus fort qu'il ne l'avait jamais fait depuis plus de trois longues et douloureuses années. Si fort qu'il donne l'impression à Marinette qu'un brasier s'est allumé au plus profond d'elle-même, réveillant des émotions dont la violence lui donne le vertige.

Le cœur au bord des lèvres, Marinette vacille, serre son téléphone contre elle, s'accroche à ce fragile objet comme on se cramponne à une bouée de secours alors qu'on est en plein naufrage.

Son teint à présent d'une pâleur de craie alerte Alya, qui se précipite aussitôt vers elle.

- « Marinette ? », s'inquiète sa meilleure amie en arrivant à ses côtés. « Tu vas bien ? »

Gorge nouée par le choc, Marinette lui tend son téléphone d'une main tremblante.

Elle n'a pas la force de parler. Pas maintenant. Pas alors qu'elle vient de découvrir ces quelques lignes qu'elle désespérait de voir un jour. Ces quelques lignes qui font basculer son univers, exploser ces certitudes, renaitre ses espoirs perdus.

Ces quelques lignes écrites par Chat Noir.

« Ma Lady,

Je suis tellement, tellement désolé. Je ne mérite pas ton pardon, mais je suis sincèrement désolé de ce qu'il s'est passé. Il ne se passe pas un jour sans que je regrette. Je n'aurai jamais dû partir comme ça. Je n'aurai jamais dû partir tout court.

J'ai abandonné mes responsabilités. J'ai abandonné Plagg. Et surtout, je t'ai abandonnée. J'ai trahi ta confiance et je mériterai mille fois que tu refuses de me reparler.

Tu me manques.

Chaque jour, chaque heure, chaque seconde.

Je suis tellement désolé.

Je ne veux pas que les choses se terminent comme ça. Je veux te revoir. Même si ce n'est que pour une seule fois. Je comprendrai parfaitement que tu refuses et que tu veuilles que je disparaisse définitivement de ta vie. Tu en as parfaitement le droit, surtout après ce que je t'ai fait. Mon attitude n'a pas été celle d'un coéquipier digne de ce nom.

Je suis désolé, ma Lady. Je regrette, je regrette tellement ce que j'ai fait, et je donnerai tout ce que j'ai pour te revoir.

Je te demande pardon.

Chat Noir. »

Les yeux d'Alya s'écarquillent de surprise, et elle tend une main hésitante pour la poser sur le bras de Marinette. Doucement, précautionneusement, comme si elle craignait que son amie ne s'écroule au moindre contact.

- « C'est lui qui a écrit ça ? », lui demande-t-elle dans un souffle. « C'est vraiment lui ? »

Marinette déglutit péniblement, tout en hochant mécaniquement la tête.

- « Oui », répond la jeune femme d'une voie nouée par l'émotion.

Oui.

Un simple et unique mot, qui concrétise toutes ses attentes, tous ses espoirs.

Une réponse à ses prières, qui lui fait soudain prendre conscience que pour une fois, il ne s'agit pas là d'un de ces cruels rêves qui ne lui sont que trop familiers.

- « Oui », répète-t-elle avec un peu plus d'assurance, prenant lentement la mesure de ce que cette réponse implique.

Oui.

Chat Noir est là. Quelque part.

Et il lui a répondu.

Marinette étreint son téléphone de toutes ses forces, comme s'il s'agissait du plus précieux des trésors.

- « Je suis sûre que c'est lui », poursuit-elle enfin, les yeux brillants d'une émotion difficilement contenue. « Tu te rappelles des créatures magiques dont je t'avais parlé ? Celles qui nous donnaient nos pouvoirs ? Les kwamis ? »

Voyant Alya hocher brièvement la tête, Marinette se penche légèrement vers son amie. Le regard de l'ancienne héroïne est fiévreux, et son cœur bat désormais si fort qu'il résonne jusque dans ses tempes.

- « Nos kwamis avaient des noms », reprend Marinette d'une voix fébrile, tout en prenant garde à ne pas parler trop fort. « Le mien s'appelait Tikki, et celui de Chat Noir, Plagg. Plagg ! », répète-t-elle en appuyant volontairement sur le mot. « Je ne l'ai jamais dit à personne, pas même à toi. Et pourtant, celui qui a écrit ce message parle de 'Plagg' ! »

- « Donc c'est forcément Chat Noir… », conclut aussitôt Alya, suivant rapidement le raisonnement de son amie.

- « Soit lui, soit quelqu'un qui connait suffisamment bien les miraculous pour être au courant du nom de son kwami », approuve Marinette. « Mais c'est lui. J'en suis certaine. C'est lui. Il faut que ce soit lui », martèle-t-elle d'une voix désespérée.

Alya la jauge pensivement du regard, puis, soudain, l'attrape brusquement par le poignet.

- « Suis-moi », lui lance-t-elle d'un ton autoritaire.

Surprise, Marinette obtempère sans opposer la moindre résistance. Alya traverse le salon à grands pas, l'entraine dans un minuscule couloir et la fait entrer dans la minuscule pièce qui lui sert de bureau. Elle la lâche le temps d'aller fouiller dans le tiroir d'un meuble voisin, puis revient vers elle au bout de quelques secondes.

- « Tiens », lui dit-elle en déposant un téléphone dans la paume de sa main. « C'est celui de mon père, il l'a oublié ici la dernière fois qu'il est venu ».

Alors que Marinette lui jette un regard interrogateur, Alya poursuit son discours.

- « Tu n'as qu'à envoyer son numéro par message privé à ce prétendu Chat Noir et attendre qu'il te rappelle », continue-t-elle avec une assurance que son amie est loin de ressentir. « Si c'est lui, tant mieux. Et si c'est juste un type qui se fait passer pour lui, au moins il ne pourra pas remonter jusqu'à toi. Mais au moins, tu seras fixée », conclut-elle triomphalement.

Abasourdie par la tournure des évènements, Marinette reste un instant muette. Tout va vite, trop vite, et son cerveau peine à suivre. Elle se sent étourdie, nauséeuse, et les battements fébriles de son cœur ne font rien pour l'aider à retrouver son calme.

Son regard va de l'appareil qui repose dans sa main à Alya et inversement, alors que son esprit tente désespérément d'assimiler ce qui est en train de se passer.

Envoyer ce numéro à Chat Noir.

Etre appelée par Chat Noir.

Parler à Chat Noir. Enfin.

Après tant d'années d'attente, tant d'espoirs déçu, tout cela lui semble terriblement irréel.

Marinette se sent comme dans un état second, et c'est tout juste si elle entend Alya lui souhaiter bonne chance et lui annoncer qu'elle montera la garde devant la porte afin que personne ne la dérange.

Et à peine une poignée de secondes plus tard, Marinette se retrouve seule.

Seule avec le Ladyblog, et un numéro de téléphone à envoyer à Chat Noir.


Du coin de l'œil, Adrien voit Alya entrainer précipitamment Marinette dans les profondeurs de son appartement.

Mais avant qu'il ait le temps de se poser la moindre question, son attention est distraite par Nino. Son meilleur ami s'approche de lui, son regard rivé au sien et une expression indéchiffrable inscrite sur son visage. Adrien ouvre la bouche, mais avant qu'il n'ait le temps d'articuler la moindre parole, Nino lui tend son téléphone en haussant un sourcil circonspect.

Il ne faut à Adrien qu'une fraction de seconde pour reconnaitre la page du Ladyblog et pour apercevoir le message que lui montre son ami.

Le message qu'il vient tout juste de poster en réponse à celui que sa Lady avait laissé des mois auparavant.

- « J-Je… Je… », balbutie Adrien, pris de court.

Il aurait dû se douter que Nino et Chloé le confronteraient au sujet de ces quelques lignes qu'il a écrites impulsivement, mais sur le moment, il n'a pensé qu'à sa Lady.

Ces mots sont un appel de détresse. Une urgence vitale. Un cri du cœur.

Il y a mis tous ses espoirs et toute son âme, et à présent, il ne sait que dire.

- « Hey, du calme », le rassure Nino en posant une main affectueuse sur l'épaule de son ami. « Tout va bien. Mais Je… Je ne… Ok, je sais que tu n'aimes pas parler d'elle », poursuit-il d'une voix hésitante, tout en jetant un regard inquiet à Adrien. « Mais je… »

Nino s'interrompt et Adrien tressaille instinctivement, saisissant aussitôt ce que son ami tente de sous-entendre.

D'elle.

De Ladybug.

Celle dont il refuse d'ordinaire de parler, même avec ses meilleurs amis.

Mais pas ce soir.

D'un léger hochement de tête, il encourage Nino à poursuivre.

- « Je… J'étais surpris », reprend le jeune DJ avec un soulagement visible. « Depuis le temps, je ne pensais pas que tu lui répondrais. Et je voulais te dire de ne pas t'étonner si – »

Un bip impérieux le coupe en pleine phrase, alors qu'une une icône apparait dans l'angle du téléphone d'Adrien.

Un message.

Un message privé.

- « Ah, ça commence… », soupire Nino en secouant légèrement la tête. « Justement, je voulais te prévenir. Avec ce que tu as écris, plein de gens vont essayer de te contacter pour te poser des questions, donc ne t'étonnes pas si tu… »

Mais quoi qu'allait dire Nino, ses paroles meurent quand son regard se pose de nouveau sur le visage d'Adrien.

- « Adrien ? », murmure-t-il d'une voix inquiète.

Mais le jeune homme l'entend à peine. Le monde extérieur semble s'être brusquement évanoui, alors que toute son attention est focalisée sur les quelques chiffres qui dansent à présent sous son regard.

Un numéro de téléphone.

Un seul et unique numéro de téléphone, envoyé par sa Lady.

Il ne faut manifestement que quelques secondes à Nino pour prendre la mesure de la situation. Il donne une tape affectueuse sur l'épaule de son ami, le félicite, lui adresse de précieuses paroles d'encouragement.

Puis, devinant visiblement qu'Adrien brûle désormais de se retrouver seul pour pouvoir tenter de contacter sa coéquipière, Nino l'informe qu'il va retrouver Chloé.

- « Ne t'inquiète pas, ça va bien se passer », lance-t-il à Adrien avec un ultime sourire d'encouragement. « Elle ne chercherait pas à te contacter si elle t'en voulait. »


Alors que Nino s'éloigne, Adrien se rapproche instinctivement de la fenêtre. Il pose une main tremblante contre le mur, appuie son front brûlant contre le verre froid de la vitre, ferme un instant les yeux pour tenter de retrouver son calme.

En dépit de ses efforts, son pouls s'emballe. Il résonne furieusement dans sa cage thoracique, dans ses tempes, allant jusqu'à couvrir presque tout bruit extérieur. Mais à l'intérieur de son esprit, un seul nom se fait entendre, éclipsant tout le reste.

Ladybug.

Jamais il n'a été aussi proche de la retrouver.

Adrien rouvre lentement les paupières, puis tape le numéro de téléphone d'un geste presque mécanique.

Ladybug.

Il n'arrive à penser à rien d'autre.

Le cœur au bord des lèvres, il écoute les « bip » s'égrener à son oreille avec une lenteur désespérante. Et soudain, quelqu'un décroche. Adrien tente aussitôt de parler. De prononcer un mot, une parole, n'importe quoi pour signaler sa présence. Mais sa gorge est sèche, ses mots s'étranglent.

De l'autre côté de la ligne, il peut entend une respiration hachée, nerveuse, aussi pénible que la sienne.

Et soudain, une voix.

Une voix tremblante, émue.

Une voix qu'il avait cru ne plus jamais entendre un jour.

- « Chat ? »


Note :

J'avais dit que le chapitre 6 serait le dernier ? Il semblerait que je sois toujours aussi nulle en estimations. Je dirai bien que normalement, le 7 sera le dernier, mais bon… Je me contenterai de dire qu'on se rapproche tranquillement de la fin xD