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Chapitre 6 : Le regard d'une mère

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Wilson était assis à la droite du lit de House depuis un long moment déjà. En face de lui, serrant de ses deux mains le maigre bras de son fils, se tenait la mère de House. Et il ne savait que dire. Comment briser ce silence insupportable. Il savait qu'elle avait été choquée par toutes les révélations qu'il lui avait fait. C'était une mère, et en tant que mère elle ne se pardonnerait jamais d'avoir laissé son fils être si malheureux, même si elle n'y était pour rien.

- Il est si pâle…

- C'est parce qu'il a perdu beaucoup de sang.

Quel idiot… Tout ce qu'il trouvait pour réconforter une mère morte d'inquiétude pour son petit garçon, c'était des explications médicales dont elle se fichait probablement. Il sentit son portable vibrer dans sa poche.

- Excusez-moi, je dois sortir un instant. Je reviens tout de suite.

Elle acquiesça d'un simple hochement de tête et il se dirigea en silence vers le couloir.

***

- Wilson.

- Bonjour James, c'est Lisa.

- Oh…

- Je vous dérange ?

- Non, j'étais juste… J'étais avec la mère de House.

- Oh.

Il sourit face à leurs réponses similaires.

- Comment est-ce qu'elle l'a pris ?

- Bien.

- Bien ?

- Enfin, je crois. Aussi bien que possible en tout cas. Elle n'a pas quitté son chevet depuis plus de quatre heures.

- Vous avez parlé au médecin ?

- Non, mais il m'a promis de me prévenir s'il y avait quoi que ce soit de nouveau.

- James, qu'est-ce qu'on peut faire ?

Il soupira.

- Lisa…

- Ne me dites pas qu'on ne peut qu'attendre, je vous l'interdis, c'est clair ?

- Croyez-moi, croyez-moi vraiment, j'aimerais pouvoir vous dire qu'il y a quelque chose à faire, quelque chose qui pourrait aider, ne serait-ce qu'un tout petit peu. Je serais prêt à tout pour que les choses changent, pour que son état s'améliore, pour ne plus le voir immobile, mourant, dans son foutu lit d'hôpital. Je suis là, et je prie à chaque instant pour qu'il se réveille, mais je ne vois rien, rien qui puisse aider.

Il reprit enfin sa respiration, ayant débité ces paroles sans interruption. Cuddy en resta sans voix, ne trouvant rien à répondre. Elle semblait seulement prendre conscience de la gravité de la situation.

- Je suis désolé. Je suis… Je suis épuisé, et sur les nerfs, et je ne crois pas que je sois vraiment capable de tenir une conversation.

- James…

- Je ferais mieux d'y aller. J'ai dit à la mère de House que je n'en avais pas pour longtemps.

- Prenez soin de vous. Il aura besoin d'un ami à son réveil.

Wilson ricana nerveusement.

- Ouais, en partant du principe qu'il va se réveiller…

Il raccrocha précipitamment pour ne pas lancer Cuddy sur un nouveau sujet de discussion. Il se sentait si fatigué…

En se retournant, il observa un instant son ami et remarqua que sa mère s'était assoupie sur son fauteuil, serrant toujours désespérément le bras de son fils. Ne voulant pas la tirer d'un sommeil dont elle avait visiblement besoin, il décida d'aller se dégourdir les jambes dans les couloirs du service. Tous les membres du personnel médical qu'il croisait lui lançaient des regards compatissants et pleins de pitié. Etait-il vraiment comme ça au quotidien ? Pour la première fois, il comprenait la réaction des proches de ses patients, leurs comportements parfois agressifs… Parce que pour la première fois, il était le proche d'un patient.

Arrivé au bout du long couloir principal qui desservait tout l'étage, il s'arrêta devant les distributeurs de boisson et de nourriture. Il prit deux grand cafés très serrés et quelques paquets de petites choses à grignoter pour ne pas tomber d'inanition. Puis, lentement, il retourna vers la chambre où l'attendait la vision macabre de son ami, pas tout à fait mort, plus tout à fait vivant, dans un état dont personne ne savait s'il sortirait un jour.

***

Cuddy reposa le combiné du téléphone sur son socle les larmes aux yeux. Elle sortit un petit miroir de poche de son sac à main et soupira en voyant ses traits tirés. Comment les choses avaient-elles pu dégénérer à ce point ? Elle pensa avec une pointe d'ironie que ce jour où elle avait convaincu Stacy d'accepter l'opération de House avait amené des changements qu'elle n'aurait jamais imaginé. Si seulement elle avait su à ce moment-là ce que ça impliquerait…

Complètement impuissante, elle avait vu House s'enfoncer d'année en année, plonger de plus en plus dans son addiction à la Vicodin, tenter plusieurs fois de mettre fin à ses jours, souffrir, encore et toujours souffrir. A cause d'elle.

***

Lorsque Wilson pénétra dans la chambre de son ami avec dans les mains les provisions qu'il venait d'acheter, la mère de House s'éveilla et lui jeta un regard désespéré.

- Je suis désolé, je ne voulais pas vous déranger…

- Non, je t'en prie James, entre ! Je me suis simplement assoupie quelques minutes.

- Je vous ai amené un café et de quoi manger.

Elle prit le gobelet fumant mais laissa de côté la nourriture.

- Merci pour le café, mais je n'ai pas très faim.

- Vous devez manger. Vous rendre malade n'aidera pas Greg à aller mieux. Il a besoin de vous en bonne santé Madame House.

Elle lui rendit un pâle sourire et prit finalement un paquet de gâteaux qu'elle avala péniblement.

- James, je veux que tu sois honnête avec moi.

Il fronça les sourcils et releva la tête avant de répondre.

- Bien sûr.

- Est-ce que Greg va se réveiller ?

Il déglutit et lutta pour ne montrer sa détresse à une mère déjà accablée. Hésitant entre la ménager et reprendre son rôle de médecin froid et clinique, il se décida enfin et prit la parole.

- Il est dans le coma, un coma assez profond. Actuellement, les médecins ne peuvent rien pour lui si ce n'est le maintenir en vie grâce à toutes ces machines que vous voyez.

En croisant son regard, Wilson comprit qu'il avait répondu à ses attentes. Elle semblait un peu apaisée, comprenant à présent clairement la situation.

- Explique-moi.

- Vous expliquer quoi ?

- Les machines. A quoi est-ce qu'elles servent ?

Wilson inspira profondément. Elle cherchait de l'espoir, une raison de croire que son fils n'allait pas mourir, et une manière de briser ce silence qui paraissait déjà annoncer la fin. En même temps, ce serait aussi un moyen pour lui de se rassurer, de se retrouver dans son élément, peut-être de se sentir moins impuissant.

- Cette perfusion permet de le nourrir et de l'hydrater. Celle-ci injecte du sang dans son organisme, parce qu'il en a perdu beaucoup. Tout ce que vous voyez là enregistre ses battements cardiaques, sa tension et son activité cérébrale. Et ce tube, ici, ... ... ... ... ... ... ...

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