Sixième partie

Les jours qui suivirent le départ des deux astériennes furent les plus longs à s'écouler. Georgianna fut bien entendu, la plus consciente de cette état de fait dans la mesure où elle savait à quoi attribuer la lassitude qui la gagnait, mais lorsqu'elle réalisa que Charles et William ressentaient également tous les deux un grand vide, qu'ils attribuèrent à un manque de distractions, elle se demanda si elle ne devrait pas les informer du drame dont ils avaient été à la fois les principaux acteurs et les victimes. Les voyant multiplier les séances d'entrainement, organiser un tournoi de billard, ajouter une seconde soirée de danse le jeudi et faire venir des artistes ambulants sans que cela ne change quoi que ce soit à leur état d'âme, elle comprit qu'elle n'avait pas le choix et se décida à leur raconter ce qu'elle savait en commençant par leur faire voir l'enregistrement vidéo dont elle avait conservé une copie.

Tout en étant d'abord sceptique en entendant sa sœur évoquer les sentiments qu'il avait développé pour la cadette, William n'eut d'autre choix que d'y croire lorsqu'il se vit aussi joyeux et anxieux juste avant de sonner à la porte de sa cabine, frais douché et manifestement pressé de la retrouver. Puis, lorsqu'il s'entendit répéter après le roi Max tel un automate qu'il n'était pas amoureux de la jeune femme, il s'empressa de conclure avec philosophie que les choses étaient mieux ainsi.

-Il ne faut pas oublier Georgie, qu'une histoire d'amour impliquant un commandant et un subalterne est à proscrire. Sans compter, il faut le dire, que Charles et moi sommes très chanceux de ne pas être tourmentés par les symptômes désagréables qui viennent de pair avec une peine d'amour, conclut-il avant de prendre congé des deux autres et s'en retourner dans sa cabine.

Charles, de son côté, ne prit pas la chose aussi légèrement. Un profond malaise l'habita pendant plusieurs jours, au point où il en vint à demander à Georgianna de lui faire repasser la bande vidéo recueillie dans la cabine d'Élisabeth. Une fois qu'il eut la confirmation – en image – que Jane et Élisabeth avaient également été influencées par leur père, il cessa de se sentir aussi mal à l'aise, n'ayant plus le sentiment d'avoir agi légèrement en abandonnant une femme qui était toujours amoureuse de lui.

À l'autre bout de la galaxie dans le vaisseau qui conduisait les astériens sur leur planète d'accueil, où Max et les deux autres étaient déjà installés depuis quelques mois, Cédric se préparait à son tour à révéler aux deux jeunes princesses la vérité à propos de l'usage abusif que le roi Max avait fait don. La réaction des deux astériennes ne se fit pas attendre et leur décision fut somme toute irrévocable. Elles refusèrent de suivre leur père sur la planète d'accueil et demandèrent plutôt d'être transférées sur la base principale de l'association. Suivant les conseils de Cédric, elles entrèrent en contact avec les plus hautes instances de cette organisation afin rendre compte de leur situation si particulière.

Aussitôt qu'elles eurent la chance de rencontrer un conseiller, celui-ci se révéla très préoccupé par leur histoire et leur permit de rester sur la base centrale en attendant que leur dossier soit étudié par le comité directeur. Deux jours plus tard, le conseiller vint les revoir et leur apprit que leur requête avait été acceptée, mais qu'elles ne pourraient se soustraire aux tests de sélection puisque seuls les résultats qu'elles y obtiendraient détermineraient le champ d'activité qui pourrait leur convenir.

-Si vous voulez devenir membre à part entière de l'association, vous devez vous prêter à ces tests. Cela nous permettra de connaître vos forces et vos faiblesses et de vous diriger vers la carrière qui vous convient le mieux.

-Nous sommes d'accord, répondit Jane après avoir jeté un œil en direction de sa sœur.

Au terme du premier test, les résultats de Jane mirent immédiatement en évidence ses talents de télépathe que les autorités n'eurent d'autre choix que de l'orienter vers le «councelling».

-Vous êtes destinée à devenir conseillère et à ce titre vous serez constamment sur la passerelle du vaisseau où vous serez envoyée. Vous devrez toujours être présente également lorsque le plus haut gradé à bord entrera en communication avec une personne de l'extérieur.

Après seulement quelques semaines, Jane se forgea une réputation d'excellence qui lui valut de se retrouver sur la liste restreinte des candidats possédant les qualités requises pour accéder non seulement aux postes les plus intéressants mais également les plus dangereux. Vers la fin de sa formation, elle croulait sous les offres d'emploi, mais devint la seule candidate à avoir été personnellement recrutée par le Général Duke.

Lorsque les évaluateurs compilèrent les résultats obtenus aux même tests de sélection par sa sœur cadette, ils furent si étonnés qu'ils n'eurent d'autre choix que de la soumettre à une simulation virtuelle, qui leur permettrait entre autre d'évaluer le nombre d'années qu'elle pourrait sauter sur les quatre habituellement nécessaire pour former un «leader».

-Vous avez obtenu une cote rarement atteinte à ces tests. À ma connaissance, une seule autre personne avait déjà obtenu ce résultat.

-Et qu'est-ce que ça fait de moi?

-Vous êtes un leader naturel. À cet égard et compte tenu de votre don d'astérienne, nous pensons que vous devriez entrer à l'académie des officiers supérieurs. Si vous êtes motivée, d'ici un an, vous pourriez même devenir second sur l'un de nos nombreux vaisseaux.

-Vous me voyez vraiment diriger un vaisseau? S'étonna la jeune femme.

-Et même plus… mais l'échelon de Commandant ne peut s'obtenir qu'après avoir été Capitaine pendant quelques années.

-Mais je ne veux pas devenir Commandant… Je ne crois vraiment pas être faite pour ça.

-Vos résultats disent le contraire. Qu'avez-vous à perdre de toute façon…

-Puis-je y réfléchir?

-Je vous donne 24 heures.

Après avoir pris de temps d'en discuter avec sa sœur, Élisabeth communiqua ensuite avec Cédric pour lui apprendre la nouvelle, s'étonnant de l'entendre lui répéter qu'il croyait que c'était un très bon choix pour elle.

-Je ne comprends pas pourquoi vous dites cela? S'énerva-t-elle.

-Élisabeth, soupira le jeune homme avant de s'esclaffer, l'académie n'est pas une prison voyons. Si tu changes d'idée, tu pourras partir quand tu veux.

-Tu as raison…C'est vrai. J'ai bien fait de t'en parler. Tu es de bon conseil.

Fidèle à son habitude, Cédric termina la conversation en essayant de lui donner des nouvelles de Max, qui, depuis le départ de ses deux filles, ne cessait de dire qu'il avait été injustement traité par elles.

Pendant une année entière, les deux sœurs furent donc séparées, mais également tellement occupées qu'elles ne virent pas le temps passer. Élisabeth fut obligée de suivre un entraînement très exigeant physiquement et intellectuellement. Elle apprit également à démêler les différentes espèces répertoriées dans l'ensemble des galaxies et à connaître les caractéristiques de chacune d'elles. En un temps record, elle se vit octroyer la plus haute note jamais accordée, ne tirant de cet exploit aucune fierté particulière, absolument certaine que ses résultats avaient été rehaussés par ses caractéristiques astériennes. Au bout d'un an de formation, alors que Jane était déjà en mission depuis 1 mois avec le Général Duke, les membres de l'académie la convoquèrent pour lui faire une offre.

-Chère Élisabeth, vous êtes la fierté de l'académie, lui annonça le Général en lui serrant la main. Nous sommes très contents de vous. La seule chose qu'il vous reste à apprendre, c'est à gérer votre stress en temps réel. À découvrir comment prendre des décisions alors que vous êtes prise avec une foule d'autres problèmes. Nous avons tout lieu de croire que vous êtes prête pour la partie terrain de votre formation.

-Déjà?

-Oui, je sais. Normalement, les humains n'y arrivent qu'au bout de trois ans. Mais que voulez-vous, compte tenu de vos résultats, de vos caractéristiques personnelles et de votre vécu, nous sommes convaincus qu'il ne faut plus attendre. Voilà pourquoi, nous allons vous assigner une place sur un vaisseau et que vous y serez évaluée par un de nos meilleurs officiers.

-Vous croyez vraiment que je suis prête?

-Affirmatif. Toutefois, pour rendre la chose encore plus difficile, nous allons vous envoyer sur un vaisseau qui est présentement en route pour réaliser une mission très délicate et surtout extrêmement dangereuse. Vous y agirez en tant que second bien entendu. Le Commandant est le seul maître à bord, vous ne devrez pas l'oublier. C'est votre supérieur immédiat et c'est également lui qui nous tiendra informé de vos progrès ou des problèmes que vous rencontrerez. Avez-vous des questions?

-Et comment… Sur quel vaisseau allez-vous m'envoyer et quand?

-Sur le Grondeur huit. Je me suis laissé dire que vous y aviez déjà des amis?

-Oui, déglutit-elle avant de se reprendre, mais il y a une éternité que je ne les ai vus…

-Très bien… vous partirez dès demain matin. Bonne chance capitaine Bennet.

-Merci mon Général.

Aussitôt qu'elle eut quitté son bureau, le Général Duke en profita pour communiquer avec le Commandant Darcy afin de le prévenir de cette décision et lui confier cette nouvelle mission.

-Général Duke… Quel bon vent vous amène? Lui répondit la voix joyeuse du Commandant.

-Commandant Darcy, je voulais vous apprendre que je vous allez recevoir un nouvel aspirant capitaine dès demain.

-Hein? Mais ce n'est pas possible maintenant voyons, nous partons pour Lucia. L'avez-vous oublié?

-Non… pas du tout.

-Mais vous savez ce que ça veut dire… Il s'agit d'une mission classée 6… Celle-ci est trop dangereuse pour que je puisse avoir aspirant capitaine à bord.

-C'est qu'il ne s'agit pas d'un aspirant ordinaire. Il s'agit d'un candidat exceptionnel.

-En quoi?

-Il a réalisé sa formation de base en 1 an! Le seul et l'unique à avoir réalisé ce prodige avant lui était…

-Moi… je sais! Mais permettez-moi quand même d'être sceptique. Après tout, souvenez-vous, ma première affectation n'était pas de cet ordre là non plus.

-Vous allez devoir vous en remettre à mon jugement Commandant.

-Vous croyez vraiment que l'homme en question est bien au fait de ce qu'il aura à accomplir?

-Premièrement, je n'ai jamais dit qu'il s'agissait d'un homme, deuxièmement, oui, cette personne a été informée de la teneur de la mission.

-Une femme, vous voulez que je supervise une femme alors que nous nous apprêtons à mener une mission de niveau 6?

-Envisageriez-vous de ne pas vous conformer à mes ordres?

-Non, répondit William. J'ai confiance en votre jugement. C'est juste que… Écoutez Général, faites-moi plaisir, répétez bien à cette personne que je ne lui ferai pas de cadeau… Mission de classe 6 ou pas… elle devra travailler comme n'importe quel homme, termina-t-il.

-Je crois que vous ne serez pas déçu… d'autant plus que je me suis laissé dire qu'il s'agit d'une personne que vous connaissiez…

-Ah oui? Qui est-ce?

-Vous verrez demain, lenargua son supérieur avant d'ajouter : Toutefois, je me permets de vous informer qu'elle ne m'a pas semblé plus heureuse que vous de savoir que vous seriez son superviseur…

-Douce perspective, ironisa le commandant avant de mettre fin à cette conversation.

Le lendemain matin, William se leva de très bonne heure, ne pouvant s'empêcher d'éprouver une grande nervosité à l'idée de rencontrer le nouvel aspirant capitaine. La veille au soir, en compagnie de Charles, ils avaient cherché pendant de nombreuses minutes, passé en revue l'ensemble de leurs connaissances, mais n'avaient pas réussi à trouver l'identité de la personne que l'association allait leur envoyer.

Vers 8h00, ils se présentèrent tous deux dans la salle de téléportation, anxieux de rencontrer ce nouveau capitaine. Lorsque le faisceau s'illumina, ils découvrirent avec stupéfaction avec qui William allait devoir réaliser cette délicate et dangereuse mission sur la planète Lucia : Élisabeth? Dites-moi, c'est bien vous? Balbutia Charles en lui tendant la main pour l'aider à descendre de la structure.

-Capitaine Bennet, pour vous servir, rétorqua-t-elle en arrivant près de lui. Je suis contente de vous revoir Capitaine Bingley.

Encore sous le choc, William se fit violence pour ne pas quitter la pièce et aller se réfugier dans sa cabine. Il finit par cacher sa nervosité dans une formule de politesse tout ce qu'il y a de plus banale, bienvenue à bord Capitaine Bennet.

-Commandant Darcy, je suis heureuse de me soumettre à vos ordres, lui répondit-elle en le saluant selon son rang, mais tout aussi froidement que lui.

Tout en inclinant légèrement la tête, William ne put que répéter : Classe 6… vous savez que la mission est de niveau 6?

-Risque énorme de perte de vie et peu de chance de succès, déclama Élisabeth en citant la définition qui correspondait précisément à ce niveau de mission.

-Cette définition est bien en dessous de la réalité, la prévint-il en haussant légèrement le ton.

-Suivez moi Capitaine Bennet, lesinterrompit Charles Bingley pour leur éviter une violente prise de bec, je vais vous guider jusqu'à votre cabine, ajouta-t-il en l'entraînant avec lui.

-Je vous retrouve tous les deux sur la passerelle dans dix minutes, leur ordonna William avant qu'ils ne franchissent la porte.

-Je suis tellement surprit de vous revoir Élisabeth, et content, ça va de soi, affirma chaleureusement le Capitaine une fois seul avec elle dans le corridor.

-Je suis bien heureuse aussi, j'étais aussi très nerveuse je dois bien vous l'avouer, mais grâce à votre accueil, ça va mieux maintenant.

-Que devient votre sœur?

-Elle est sur le vaisseau du Général Duke. Elle est devenue première conseillère.

-Wow… vous êtes impressionnantes toutes les deux. Vous en avez fait du chemin, s'enthousiasma le jeune homme.

-Georgianna est-elle toujours à bord?

-Non, elle nous a quittés il y a quelques mois. Elle a accepté une mission sur la planète Luciol.

-Luciol, vraiment? Alors elle va sûrement tomber sur Cédric et sa sœur. C'est là qu'ils se sont installés tous les deux. Cédric n'est pas un guerrier… c'est plutôt l'élevage et l'agriculture qui l'intéressait.

-Et votre père?

-Je ne sais même pas s'il est vivant, lui confia-t-elle d'un ton agressif, et j'avoue ne pas m'en soucier. Jane et moi ne lui avons pas pardonné son intervention. Vous êtes au courant, je crois?

-Euh, oui. Par Georgianna justement.

-Dites-moi, les habitudes sont-elles les mêmes à bord?

-Pour ce qui est des heures de repas oui, mais n'oubliez pas que dans cinq minutes, William nous attend pour nous expliquer comment nous devront agir pendant cette fameuse mission. De nouvelles normes de sécurité devront nécessairement être respectées en son absence.

-Je n'en doute pas, convint Élisabeth avant jeter un œil sur la cabine inoccupée devant laquelle Charles s'était arrêté. Comprenant qu'il s'agissait de la sienne, Élisabeth en profita pour le remercier : Je dépose mes choses et je vous rejoins sur la passerelle.

-Élisabeth, l'arrêta Charles juste avant qu'elle ne franchisse le seuil de la cabine, laissez-moi vous mettre en garde, William n'était pas très heureux lorsqu'il a appris que vous alliez venir servir sous ses ordres. Je ne saurais trop vous conseiller la prudence…

-Je suis un capitaine consciencieux et bien formé. Ne vous en faites pas pour moi. Et merci de votre gentillesse Charles. Vous n'avez pas changé.

Lorsqu'elle voulut retourner sur la passerelle après avoir déposé son petit sac de voyage, Élisabeth ne se fia qu'à sa mémoire pour trouver la passerelle et s'étonna d'arriver devant une cabine plus grande que les autres. Consultant le gps intégré de sa montre bracelet, elle découvrit qu'elle se trouvait devant les quartiers du Commandant.

-C'est à n'y rien comprendre… se secoua-t-elle avant de rebrousser chemin et suivre le chemin proposé par son appareil de localisation.

Lorsqu'elle fit son entrée sur la passerelle et tenta de se mêler aux autres sans se faire remarquer, Élisabeth sursauta lorsque le Commandant s'adressa directement à elle pour la critiquer. Vous êtes en retard de cinq minutes.

-C'est que… débuta-t-elle froidement avant de repenser à la mise en garde de Charles, lâcher un profond soupir et lui répondre, tout sourire, vous me voyez désolée Commandant et pardon tout le monde, ça ne se reproduira plus.

-Bien, reprit-il d'un ton aussi froid que si elle ne s'était pas excusée. Écoutez-moi tous. Voici les plans que j'ai reçus de l'amiral Sullivan, poursuivit-il en dirigeant un rayon laser directement la carte spatiale qui venait d'apparaître à l'écran, c'est là que notre équipe débarquera. Une fois sur place, nous suivrons la route indiquée en rouge jusqu'au premier point de relais dans la montagne. Puisque nous nous déplacerons de nuit, nous dormirons au moins une journée entière à cet endroit précis. On y retrouve une grotte confortable, mais tout de même glacée. Une fois arrivés là, ajouta-t-il en désignant un gros point noir déjà très visible sur la carte, nous devrons faire face à des créatures hybrides et immatérielles redoutables. Elles ne peuvent être maîtrisées que par ceci, précisa-t-il en révélant une petite fiole qui contenait un liquide bleu qu'il tenait au creux de sa main. Seulement, pour que ce produit fasse effet, il faudra le leur faire avaler. Nous nous cacherons donc dans la petite crique que vous voyez ici et nous attendrons une ouverture pour aller verser le contenu de la fiole dans leur nourriture. Une fois qu'elles seront droguées, nous pourrons aller délivrer les deux terriens que ces bestioles maintiennent prisonniers.

-Bastien et Socrate, énonça Élisabeth à voix basse.

-Exactement, oui, soupira brusquement le commandant,irrité de s'être fait couper la parole.

-Pardon commandant, s'excusa-t-elle aussitôt.

-Ces deux chercheurs détiennent des secrets qu'il faut à tout prix préserver et qui ne doivent pas tomber entre de mauvaises mains. Tout le monde a bien compris? Pas de question?

-Les créatures dont vous avez parlé… quels sont leurs pouvoirs? Lui demanda la jeune femme pendant qu'elle cherchait toujours à les identifier. Commandant? Insista-t-elle, croyant à tors qu'il ne l'avait pas entendu.

-Capitaine Bennet, tout ce que nous savons présentement sur ces bestioles est noté dans le dossier qui vous a été remis à votre arrivée. Si vous l'aviez lu, comme tous ceux qui sont ici, vous ne m'auriez pas fait perdre mon temps avec cette question, s'impatienta-t-il. Vous auriez su que toutes les équipes envoyées là-bas, ont échoué. Personne n'est revenu vivant.

Serrant la mâchoire autant que les poings, Élisabeth se contenta de baisser les yeux, se maudissant de ne pas avoir cherché dans sa cabine, le dossier contenant le résumé de la mission, tel que rédigé par le Commandant.

-Commandant? L'interpella Charles en lui montrant le dossier qu'il avait oublié de remettre à la jeune femme à son arrivée.

-Ah, oui! Merci de me le rappeler Charles. N'oubliez pas d'aller voir le Capitaine Bingley, c'est lui qui va vous remette la liste de vos tâches et celles des effets que vous aurez à transporter.

-C'est que… reprit Charles avant d'être arrêté par la jeune femme qui lui faisait signe de ne pas intervenir.

-J'ai oublié autre chose Charles? Lui demanda tout de même le Commandant.

-Euh, déglutit-il bien qu'il ne comprenait pas pourquoi Élisabeth ne souhaitait pas qu'il prenne sa défense. Non, mon Commandant, tout a été dit.

-Très bien, reprit William, vous pouvez maintenant aller vous préparer. Ai-je besoin de vous rappeler que nous partons dans une heure, lança-t-il à la ronde pour terminer, ne laissant planer aucun doute que son message ne s'adressait qu'à la jeune femme.

Pendant qu'elle attendait à l'écart que se dissipe le petit attroupement qui s'était immanquablement formé autour de Charles, Élisabeth s'attristait de l'attitude du Commandant à son égard.

«Nous nous étions pourtant quittés en bon terme, songea-t-elle en soupirant, devrais-je me retirer de cette mission», considéra-t-elle sérieusement en ramassant le dossier que Charles fut enfin en mesure de lui passer.

-Je suis désolé Capitaine Bennet, lui souffla celui-ci en lui faisant spontanément l'accolade.

-Capitaine Bennet, l'interpella la voix du Commandantà l'autre bout de la passerelle. Je souhaiterais m'entretenir avec vous, veuillez me suivre s'il vous plait…

-À vos ordres Commandant, s'empressa-t-elle de répondre avant de jeter un dernier regard en direction du Capitaine Bingley, hocher discrètement la tête pour lui faire comprendre qu'elle avait parfaitement saisi son avertissement et presser le pas afin d'aller rejoindre le Commandant qui lui tenait la porte de son ascenseur personnel.

Dans l'étroit habitacle à bord duquel ils furent tout de même confinés pendant pas moins de deux minutes, ils n'échangèrent aucune parole. L'atmosphère était chargée d'électricité, mais pour rien au monde, la jeune femme n'aurait osé prendre la parole. Elle regardait droit devant elle, perdue dans ses pensées, toute occupée à recenser les moments pénibles de sa formation, ne comprenant pas pourquoi ces difficultés, ne lui semblaient rien comparées aux émotions qui l'assaillaient à la seule pensée que le commandant puisse remettre en question son professionnalisme et son efficacité.

Se tenant tout aussi droit qu'elle, le Commandant quant à lui se demandait plutôt pour quelle raison il avait été aussi irrité en découvrant les regards complices qu'avaient échangés ses deux Capitaines. Il ne savait pas encore ce qu'il allait dire à la jeune femme, mais il savait qu'il avait intérêt à trouver un sujet rapidement puisqu'ils allaient bientôt arriver à sa cabine.

Une fois devant celle-ci, William se tourna pour lui faire face et l'étudia sévèrement.

-Capitaine Bennet. Vous avez compris qu'il y a très peu de chance pour que nous puissions revenir vivants de cette mission n'est-ce pas?

-Oui mon Commandant.

-Il est encore temps de changer d'idée.

-Changer d'idée? Mais pourquoi voudriez-vous que je change d'idée, s'enquit-elle en haussant légèrement le ton.

-J'ai le pouvoir de vous ordonner de rester à bord du vaisseau…

Ouvrant la bouche pour répliquer, Élisabeth la referma tout aussi vite, prit une grande respiration puis rétorqua : Je ferai comme vous me l'ordonnerez Commandant.

Presque déçu de sa docilité puisque seule son obstination aurait pu lui permettre de lui ordonner de rester à bord et donc de lui sauver la vie, William ne put que lui répéter de se présenter à l'heure, le lendemain. Je ne tolèrerai aucun retard.

-Bien commandant, lui répondit-elle en le saluant respectueusement.

Arrivée dans sa cabine, Élisabeth jeta le dossier que Charles avait omis de lui remettre sur son lit, parcourut la liste du matériel dont elle serait responsable pendant la mission puis remis de l'ordre dans ses propres affaires. Elle rangea ses vêtements, vida le reste du contenu de son sac sur le bureau devant elle, heureuse de mettre la main sur le dernier message qu'elle avait reçu de Jane. Ramassant celui-ci, elle découvrit également la lettre d'annulation de mariage que William lui avait rendue lorsqu'il était venu lui dire adieu dans la salle de téléportation. Relisant le texte légal que celle-ci contenait, elle réalisa pour la première fois, qu'elle ne l'avait jamais contresignée.

«Officiellement, on est toujours mariés» s'amusa-t-elle avant de replier la feuille et de la ranger dans le dossier qu'elle avait bien l'intention de lire avant de s'endormir.

Après une très bonne nuit de sommeil, la nouvelle recrue arriva sur le pont avec quelques minutes d'avance. Elle eut alors pleinement le temps de remettre à Charles une enveloppe contenant non seulement le document d'annulation qu'elle avait finalement signé, mais également une lettre destinée à Jane qu'elle lui demanda de lui faire parvenir s'il lui arrivait malheur.

-Capitaine Bingley, je veux que vous sachiez que je suis très heureuse de vous avoir rencontré…

-Moi de même Capitaine Bennet. Mais je souhaite de tout cœur que vous nous reveniez…

Le Commandant pénétra sur la passerelle au moment même où Charles serrait Élisabeth sur son cœur. Ayant eu le temps d'apercevoir l'air renfrogné de son ami, Charles se pencha une dernière fois vers la jeune femme afin de lui chuchoter: Faites attention à William. Je le sens bien déterminé à vous prendre en faute… il ne veut pas de vous sur cette mission.

-Je regrette qu'il n'ait pas confiance en moi, lui confia alors la jeune femme.

-Vos compétences ne sont pas en cause ici…

Redressant la tête en entendant le commandant se racler la gorge, Charles leva les yeux vers lui, s'éloigna de la jeune femme et s'installa pour écouter ce que William avait à dire.

-Bon, je constate que tout le monde est là. Capitaine, je vous laisse le commandement du grondeur, lui annonça-t-il en lui serrant la main. Après un dernier regard dans sa direction, il se tourna pour faire face aux trois chargés de mission et leur lança alors qu'ils avaient les yeux rivés sur lui: En route….

…À suivre…

Miriamme