Note: Et bien voilà la suite si attendue de l'après-midi Quidditch !

RARA :

Lolitamaguis : Salut et merci encore de ton soutien et de ta review ! Oui c'est triste que Harry n'ai pas d'enfant alors qu'il cherche désespérément à recréer une famille. Pour ce qui est d'en reconstruire une, tu verras ;). Je ne peux pas dévoiler toutes mes cartes maintenant. ^^ A lundi prochain.

Marie la Petite : Merci beaucoup pour ta review. J'espère que ce chapitre te plaira tout autant. A bientôt !


OCTOBRE :

Les enfants jouèrent encore une bonne heure avant de les rejoindre à la table et venir prendre un goûter revigorant. Granger fit venir des jus de trois sortes différentes, des biscuits secs et des muffins que les enfants s'empressèrent de dévorer.

-Ola les gosses on se calme ! Place à l'arbitre ! Vous savez comment ça se passe, si vous voulez rejouer une prochaine fois, il faut payer le tribu de nourriture, faites passer les biscuits ! Scorpius, vu que c'est ton premier match avec nous, je t'exonère de l'impôt frugal mais attention à la prochaine fois !

Intimidé par le géant roux, Scorpius lui tendit de suite son muffin.

-Regardez les mioches, c'est comme ça qu'il faut faire ! Le ptit nouveau à tout compris. Maintenant, balancez la bouffe !

Teddy, l'ado aux cheveux bleues, lui lança un muffin en plein milieu du front.

-Ben quoi...t'as bien dit balancez la bouffe, se dédouana l'adolescent.

Weasley fit mine de remonter ses manches en fronçant les sourcils.

-Harry ne te laissera pas me frapper Ron. Ne fait pas le faux méchant avec moi !

Potter arriva derrière l'adolescent et posa ses deux mains sur ses épaules et le fit s'asseoir vigoureusement sur sa chaise. Teddy tourna la tête vers lui légèrement paniqué.

-Tu arrives à un âge mon cher filleul, où je ne suis plus là pour te défendre face à tes bêtises. Surtout celle qui consiste à gâcher de la nourriture dans l'antre de ton oncle glouton. Assume tes actes. Ron ? Il est à toi.

Les yeux de Weasley brillèrent de joie et de malice mêlées. L'adolescent commença à regarder autour de lui inquiet et surpris que son parrain ne prenne pas sa défense.

-C'est vrai je peux ? demanda Ron. Oh par Merlin, tu vas morfler sale gosse, je vais te faire payer toutes ses années d'humiliations et de conneries en tout genre !

-ROOOONN ! Cria Hermione en l'entendant jurer.

Teddy sauta sur ses pieds et partit en courant, suivit de près par un Weasley furieux et hilare à la fois, exemple parfait de santé mentale.

Les enfants regardèrent la course poursuite seulement deux secondes avant de repartir, comme d'un commun accord, à l'assaut du buffet sucré.

-Tu vas vraiment laisser Ron l'attraper ? demanda Granger en accueillant sa fille sur ses genoux.

-Comme si il allait faire quoi que ce soit.

Granger lança un sort de nettoyage sur sa fille qui était recouverte de terre séchée.

Draco observait ces scènes de familles à la fois de l'intérieur car il était présent autour de la table, et à la fois de l'extérieur, comme s'il observait un troupeau d'animaux et qu'il devait en décrire plus tard le comportement. Il se sentait comme un étranger dans son propre pays, presque illégal. Granger, Potter et Weasley avaient toujours été ses rivaux voir ses ennemis. Comment en était-il arrivé à venir jouer au Quidditch avec eux ? Comment était-ce possible ? Certes, Granger était une femme étrange et elle avait toujours eu des lubies bizarres mais Weasley ? Comment avait-elle convaincu Weasley ? Il avait été si courtois avec lui, malgré ses petites piques, à quel moment avait-il oublié tout ce qu'il s'était passé ?

Draco se tourna vers Potter et l'observa servir les enfants en biscuits et autres. Elle était là sa plus grande question. Comment arrivait-il à se trouver dans la même pièce, ou dans le cas présent dans le même jardin, sans faire une syncope ? Potter qui avait refusé son amitié quand ils se sont rencontrés. Potter avec qui il s'est bagarré toute son adolescence. Potter qui a failli le tuer. Potter qui lui a sauvé la vie.

Comme si trop penser à lui avait allumé un capteur entre ses deux ronds de bouteille, Potter tourna la tête vers lui. Il était recouvert de poussière et d'herbe. Son pantalon était recouvert de tâches vertes.

Ils se fixèrent dans dire un mot, sans sourire durant plusieurs dizaines de secondes. Jusqu'à, en fait, que Granger pose sa stupide main sur la stupide épaule de Potter. L'ex-auror tourna la tête immédiatement vers elle. Draco reporta son attention sur le pommeau de sa canne et sentit le regard de Potter se reposer sur lui. Il soupira intérieurement mais ne leva pas les yeux.

Scorpius le fit sortir de ses pensées en venant s'asseoir contre lui. Il était lui aussi recouvert de terre et des amas d'herbe étaient coincés dans ses cheveux. Draco se retint de sourire et lui lança un sortilège de nettoyage. L'enfant frissonna en sentant la magie de son père passer sur lui.

-Ta magie est plus chaude que d'habitude, dit-il en croquant à pleine dent dans un muffin.

Draco le regarda circonspect.

-Ah…Peut-être. Tu t'es bien amusé ? lui demanda-t-il en se retenant de lever les yeux vers la table où se trouvait Potter.

-Ouiii ! S'exclama son fils. On pourra revenir ?

Mal à l'aise, Draco déglutit et caressa les cheveux de son fils.

-On en reparlera, promis.

Draco tourna les yeux vers Granger qui lui sourit avant d'hocher la tête comme pour signer un accord tacite.

Au loin, Draco aperçut Weasley qui avait finalement attrapé l'adolescent qui tentait de s'échapper de ses bras en transformant son corps dans des positions et des aspects plus étranges les uns que les autres.

Potter rigola à côté de lui et Draco tourna la tête pour le regarder. Une mèche noire et grise tombait devant ses yeux et ondulait avec le vent. De fines rides d'expression marquaient le coin de ses yeux sous ses lunettes. Ce simple spectacle le bloqua pendant plusieurs secondes avant qu'il ne se reprenne et retourne son attention sur son fils.

Une dizaine de minutes plus tard, ils rentrèrent tous à l'intérieur. Les enfants s'installèrent dans le séjour et se mirent à partager leurs exploits du match précédent. Scorpius avait fait une belle impression, surtout auprès de Rose qui ne le lâchait pas des yeux et n'arrivait pas à lui parler sans bégayer. Draco aurait pu trouver cela mignon si son fils n'avait pas le même comportement vis-à-vis d'elle.

-Vous êtes les bienvenus dès que tu le souhaites, dit Granger en arrivant derrière lui.

Elle tenait dans ses bras le plaid qu'elle portait à l'extérieur et une expression de plénitude illuminait son visage.

Draco suivit son regard. Weasley était en train de construire une tour avec des cubes en bois avec son fils.

Le regard de Draco parcourut la pièce et il trouva Potter en train de jouer une bataille de carte explosive avec son filleul. Potter était en train de perdre et Draco suspectait qu'il ne faisait pas exprès du tout. Il soupira.

-Je suis contente que vous soyez venus. Harry et toi partagez une histoire compliquée, c'est bien qu'elle ne soit plus juste que rivalité inutile.

-Je...quoi ?

Granger balaya l'air devant elle avec sa main.

-Oh rien. Je peux me permettre de te poser une question ?

-Qui suis-je pour t'en empêcher. Si Snape n'y arrivait pas…

Granger fit une grimace mais rigola finalement.

-Ha ha...tu m'as dit l'autre fois que Scorpius était chez sa mère. Vous êtes divorcés ?

-Dans mon monde, Granger, on ne divorce pas. Nous sommes séparés. En bons termes.

-Elle voit souvent Scorpius ?

Draco leva un sourcil. Pourquoi Granger lui posait-elle autant de question ?

-Non...pas vraiment...un week-end par mois environ. Elle ne vit plus en Angleterre et les portoloins internationaux fatiguent le petit.

-Je comprends. Comment tu le vis toi ?

Draco tapa sa canne instinctivement au sol.

-Sérieusement Granger ? Je n'ai pas vraiment envie de parler de ma femme là.

Potter profita de ce moment pour arriver vers eux mais fit une seconde d'arrêt en l'entendant parler.

-Je...je dérange ?

Granger sourit avec un air malicieux et lui fit un signe négatif de la tête.

-J'allais aller préparer le dîner.

-Nous n'allons pas tarder, répondit Draco.

-Déjà ?! s'exclama presque Potter.

-Cela fait cinq heures que nous sommes là, je trouve ça pas mal déjà Potter.

-Oui, oui...c'est juste que je n'ai pas vu le temps passer.

-Trop de bonnes compagnies j'imagine.

-Peut-être, répondit Potter en regardant les enfants jouer dans le salon.

Draco observa Potter. Pourquoi cet idiot n'avait-il pas d'enfant ? C'était évident qu'il en désirait. Draco était étonné qu'aucune femme ne lui ait offert son corps dans ce but. Mais après tout...Potter n'était peut-être pas attiré par le sexe opposé, lui non plus. Cette réflexion le fit frissonner. Potter gay...cela mettrait le monde sorcier sans dessus dessous.

Draco secoua discrètement la tête pour changer l'ordre de ses pensées. Il tendit sa main vers Potter et attrapa son poignet. L'ex-Gryffondor se raidit à ce contact mais se laissa faire. Draco prit sa main dans la sienne et passa son pouce sur sa paume.

-Tu admires ton travail ? demanda Potter la voix légèrement tremblante.

Draco renifla avec dédain.

-J'admire surtout le résultat de ta maladresse. Il y'a une marque sur la pulpe de ton index.

Potter ramena sa main à lui et inspecta son doigt.

-C'est à peine visible !

-À peine cela reste visible.

-Je ne l'avais même pas vu.

-Pour ta défense, Potter, tu ne vois pas grand chose.

Le brun leva les yeux au ciel.

-Et pour ta défense tu es bien trop perfectionniste et porté sur les apparences.

Draco croisa les bras sur son torse sans s'en rendre compte. Ses sourcils se froncèrent, créant une ride oblique entre eux.

-J'aspire juste à faire un travail propre et soigné. Concept abstrait pour toi je n'en doute pas.

Mais alors que Potter cherchait une pique acerbe à lui balancer au visage, Scorpius fit irruption et vint s'accrocher à la jambe de son père. Il passa une de ses mains sur ses yeux fatigué et bailla.

-Papa ? On peut rester ici ce soir ?

Draco passa une main dans les cheveux de son fils et s'accroupit devant lui en posant un genou à terre.

-Scorpius tu tiens à peine debout. Tu es épuisé. On va rentrer. Dis au revoir à tes ...dis au revoir à tes amis.

L'enfant, épuisé, ne cherche pas à négocier avec son père pour rester plus longtemps et se dirigea vers les autres enfants pour leur dire au revoir.

-Je ne t'aurais jamais imaginé père, sorti Potter de nulle part.

Draco se releva en s'appuyant sur sa canne et passa une main dans ses cheveux.

-Encore une insulte Potter ? Vraiment ?

-Mais non ! Je ne…

-Je te demanderais de ne pas te servir de mon fils pour ce genre de réflexion.

-Mais…

Draco tourna le dos à Potter et commença à s'éloigner pour trouver la maîtresse de maison et prendre congé.

Pour qui se prenait Potter ? A lui faire ce genre de réflexion !

Mais alors qu'il se perdait dans ses pensées et dans la visualisation d'une torture tout spécialement personnalisé pour Saint Potty, ce dernier lui attrapa le bras pour le faire se retourner vers lui.

-Tu n'as pas compris ce que j'ai dit Malfoy ! Merlin ce que tu peux être susceptible ! Je n'ai rien dit de mesquin ! Je t'ai juste dit que je ne t'avais jamais imaginé père...jusqu'à ce qu'on se revoit...et...et je trouve que tu fais un bon père. Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que tout ne soit qu'insulte et attaque avec toi ? Est-ce que je ne peux pas avoir envie d'avoir une vraie conversation ?

-Cela me paraît peu probable...Et fort suspect pour être honnête.

-Pourquoi ?

-Peut-être parce que nous ne sommes pas amis Potter ? Et peut-être parce qu'aucun de nous deux n'a envie de devenir ami avec l'autre ? Ce n'est pas parce que nous avons ouvert nos boutiques l'une à côté de l'autre que cela veut dire que nous devons nous rapprocher. Je ne me plains pas de notre entente cordiale et je ne vois pas pas trop d'un mauvais oeil le fait que mon fils devienne ami avec la petite des Weasley...mais toi et moi Potter ? Non.

Draco se mordit la langue de frustration. Pourquoi fallait-il toujours qu'il parle sans réfléchir ? Etre éloquent il savait faire, mais dire ce qu'il pensait vraiment était une qualité dont il n'avait jamais été pourvu.

Contre toute attente Potter se mit à sourire, dévoilant ses dents blanches immaculées qui contrastaient avec la noirceur de sa barbe. Ses yeux se plissèrent derrière ses lunettes et il fit mine de porter sa main à sa poitrine.

-Oh Malfoy tu brises mon petit coeur !

-Tu as un coeur ?! C'est déjà ça, nous voilà rassuré !

Scorpius arriva vers eux en tirant son sac. Il clignait des yeux presque frénétiquement pour tenter de les garder ouverts et il se mit à bailler si fort que Potter s'y mit aussi.

-Bien...je pense que nous sommes tous fatigués, dit le brun en rigolant, je ne vais pas tarder non plus.

-Au revoir monsieur Potter, répondit l'enfant.

-Au revoir Scorpius, tu as très bien joué aujourd'hui.

Potter salua Draco d'un mouvement de tête et s'éloigna en direction des enfants qui commençaient tous, à l'exception de Teddy, à s'endormir sur les fauteuils et canapés du salon.

Granger arriva vers eux et lui sourit en comprenant qu'ils désiraient rentrer.

-C'est le meilleur moyen que je connaisse pour les mettre au lit facilement, dit-elle en regardant Scorpius chanceler contre la jambe de son père.

Draco regarda son fils s'endormir debout. Il n'aimait pas le fait de porter son fils en public mais Scorpius était si fatigué qu'il craignait qu'il n'arrive pas à le suivre. D'un coup de baguette, il rétrécit le sac de l'enfant et le plaça dans la poche de son manteau et se pencha vers lui. Il posa sa canne contre le mur et attrapa Scorpius par les aisselles et le prit dans ses bras. Scorpius s'accrocha à son cou, accueillant l'étreinte paternelle de manière salvatrice. Draco rattrapa sa canne et prit appui dessus.

-Merci pour le somnifère Granger.

-Avec plaisir. Les enfants viennent jouer tous les dimanches. Ron et moi ne sommes jamais de garde en même temps, il y a toujours quelqu'un pour les accueillir. Et puis Harry est disponible, quand Ron n'est pas là, c'est lui qui arbitre les matchs.

Le regard de Granger dévia sur le salon et elle émit un petit rire. Draco tourna la tête pour voir ce qu'elle regardait avec tant d'amusement. Potter s'était allongé dans le canapé et Rose et Hugo s'étaient enroulés contre lui, Teddy était assis devant le canapé, les bras croisés et la tête en arrière appuyée sur le coussin moelleux. Tous les quatre dormaient paisiblement.

Une émotion de tendresse parcouru Draco et il resserra son fils contre lui. Potter respirait la tranquillité et la paix et il avait beau mépriser instinctivement ces gamins Weasley, durant l'espace d'une demi seconde, il voulut être à leur place.

-C'est un sacré somnifère en effet. Il a assommé le saint sauveur du monde sorcier, ironisa Draco.

-Oui en effet.

-Je ne sais pas trop comment dire ça...mais...merci Granger. Scorpius a passé un très bon moment.

-Avec plaisir.

-Tu diras au revoir à ton mari de ma part. Je suis sur qu'il ne m'en voudra pas d'être parti sans le saluer en personne.

-Bien sur.

-Au revoir Granger.

-Au revoir Draco.

Draco sourit. Granger avait vraiment décidé d'insister avec ce truc de prénom. Il pouvait s'y faire mais qu'elle n'attende pas qu'il l'appelle par son prénom à elle en retour. Ou du moins pas dans l'immédiat.

Draco s'approcha de la cheminée, fit basculer son fils sur la hanche gauche, pris sa canne dans sa main gauche et se servit une poignée de poudre de cheminette avec sa main droite. Il chancela un instant en pénétrant dans l'antre sombre et énonça le nom de sa maison avant de disparaître dans une nuée de flamme verte.


Hermione faisait la vaisselle quand Harry arriva vers elle en se frottant les yeux.

-J'ai raté le dîner ?

-Oui. Tu avais l'air épuisé, je n'ai pas voulu te réveiller.

-Tu as bien fait mais je meurs de faim maintenant.

-Je t'ai sauvé une part de dinde, elle est au frigo.

-Merci

Harry ouvrit le réfrigérateur, attrapa l'assiette que son ami lui avait mise de côté et pris dans sa main le petit mot qui était posé dessus. L'écriture de Ron s'étirait en de longs mots peu lisibles pour un oeil non entraîné :

"J'ai mangé ton dessert."

Harry sourit.

-Ron est partit ?

Hermione tourna la tête vers lui avant de relancer son sortilège de vaisselle.

-Oui. Il a une mission de repérage mais il ne devrait pas rentrer tard.

Harry attaqua son plat et son regard se fixa sur le verre devant lui. Ses pensées commencèrent à dériver sur les évènements de la journée. Andromeda et son problème d'invasion de cafard. Teddy et sa crise existentielle à propos de son retour à Poudlard après les vacances. Malfoy et son fils. Malfoy.

-A quoi tu penses ? demanda son amie en s'installant avec une tisane en face lui.

-MMm à rien. Les enfants sont couchés ?

-Oui. Tôt. Comme tous les dimanches soirs.

-Tu m'étonnes.

-Tu avais l'air de penser à quelque chose, le tortura-t-elle.

-Oh non rien...je suis juste fatigué, mentit-il.

-Tu te rends compte que tu ne peux rien me cacher ?

-C'est ce que j'aime te laisser croire, répondit Harry en lui faisant un clin d'oeil.

-Et j'aime te laisser croire que je ne sais pas déjà depuis plusieurs semaines à qui tu penses en ce moment précis.

Harry leva les yeux vers elle. Il ne pouvait cependant rien laisser transparaître.

-Tu bluffes ! lança-t-il.

Hermione poussa délicatement sa tasse sur le côté et croisa ses bras sur la table.

-Oserais-tu jouer à ça avec moi Harry James Potter ?

Harry déglutit.

-Tu bluffes, insista-t-il moyennement sûr de lui.

-Tu penses que parce que tu ne mets pas de mot sur ce à quoi tu penses, que je ne peux pas le lire mais les mots ne représentent que 7% du langage. Le langage corporel en représente 58%. Jusqu'à aujourd'hui, je ne faisais qu'avec le ton de ta voix qui représente les derniers 35% du langage mais maintenant, j'ai tout un panel de choix pour lire que tu penses à Malfoy.

Harry adorait son amie mais quand elle commençait à parler chiffre et à poser ses arguments issus de bouquins pour appuyer ses élucubrations, comme tout le monde, elle l'agaçait. Qu'importe qu'elle ai raison. Elle avait toujours raison.

-Tu n'y es pas du tout, se défendit Harry inutilement.

-Dois-je vraiment insister pour te prouver que j'ai raison...ou dois-je te laisser y penser plus longtemps...et tu viendras me voir après ça pour me dire que j'avais raison. Parce que j'ai vu la façon dont tu le regardes...ou plutôt dont tu essayes de ne pas le regarder...

Harry souffla.

-Tu n'y es pas du tout, répondit-il en se pinçant l'arrête du nez.

-Qu'est-ce-que tu vas faire ?

-Je viens de dire que tu n'y es pas du tout.

Hermione haussa les épaules innocemment.

-Harry...tu sais aussi bien moi que cette situation est à la fois dangereuse et...pas si inattendue que ça.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

-As-tu jamais été aussi passionné par quelqu'un que tu l'as été de Malfoy à Poudlard ? Tu ne pensais qu'à lui tout le temps. Tu l'observais sans arrêt dans la Grande Salle. Tu t'imaginais toujours qu'il fomentait un mauvais coup.

-Et j'avais toujours raison.

-Mais un adolescent de quinze ans ne devrait pas penser à ça.

-J'étais formaté pour penser comme ça Hermione.

-Je sais...mais il y avait plein d'autres Serpentard dans le même cas que Malfoy...Et tu n'en as jamais soupçonné aucun d'entre eux. Tu pensais plus à lui qu'à Ginny Harry…

-Mais parce qu'avec lui ça a toujours été spécial ! Depuis le premier jour ! On s'irritait mutuellement !

-Et tu penses que c'est normal ?

-...si tu me disais plutôt où tu veux en venir que je puisse rentrer chez moi et hésiter entre m'immoler par le feu ou me prendre une cuite.

Hermione se leva, se dirigea vers un placard en hauteur et attrapa une bouteille de vin blanc moldu. D'un mouvement de baguette, elle appela deux verres à pieds et les fit se poser devant eux.

-Je ne travaille pas demain, dit-elle en voyant le regard surpris de son ami.

-Dis plutôt que tu ne veux pas me laisser tranquille !

-J'aime avoir le fin mot de l'histoire.

-Tu m'en diras tant…

Hermione les servit en vin et porta son verre à ses lèvres. Harry leva son verre vers elle en guise de salut et le bu d'une traite.

Un silence pesant s'installa entre eux. Harry n'avait pas réellement envie d'avoir cette conversation, ni en ce jour ni jamais. Pour autant, il savait que son amie ne le laisserait pas partir sans avoir décortiqué ses moindres pensées.

-Vas-y...explique moi puisque tu sais si bien les choses.

Un grand sourire illumina le visage de la brunette et Harry ne put s'empêcher de sourire aussi.

-A quoi ressemble les hommes que tu vois ?

-A des hommes Hermione.

-...je sais bien. Je te demande de me les décrire.

Harry leva les yeux au ciel ne voyant pas où elle voulait en venir.

-Grands...blonds...minces...les yeux cl..

Hermione hocha la tête, ravie d'avoir vu juste et les resservit en vin.

-Ça ne veut rien dire...c'est juste que…

-Que tu es attiré par des hommes qui ressemblent à Malfoy depuis des années. Que tu parles de lui à chaque fois qu'on se voit. Que tu étais plus ravi que Rose à l'idée qu'il vienne aujourd'hui avec son fils et que vous vous êtes dévorés des yeux toute l'après-midi. C'était si évident que je suis étonnée que même Ron n'ai rien vu ! Et je sais que tu as demandé à avoir le dossier sur les Purificateurs Blancs.

-Je ne le dévore pas des yeux !

-A d'autres !

Après une minute de silence, Harry reprit.

-Il est marié.

-Séparé, contra Hermione.

-Ça ne veut rien dire.

-Les sang-purs ne divorcent pas Harry.

-Il n'est pas gay.

-Autant que toi.

-Ecoute Hermione...j'apprécie...mais...ce n'est pas réaliste...et puis...non ...c'est de Malfoy qu'il s'agit ! Ce n'est...ce n'est juste pas possible ! Ça passera.

-Ah bon ?

Il la remercia intérieurement de ne pas avoir fait de remarque au « ça passera ».

-Oui.

-Et comment ?

-Il faut que ça passe ! Voilà comment.

-Oh Harry…

-Ne me fais pas le coup du :"Oh Harry…" Herm. S'il-te-plaît.

-Très bien. Mais…tu n'es plus auror Harry. Tu ne peux rien faire avec ce dossier.

-Je sais.

-Alors pourquoi ?

Harry se leva en posant ses deux mains sur la table.

-Je ne veux plus en reparler, d'accord ? demanda-t-il presque implorant.

Hermione hocha la tête compréhensive.

-Très bien, répéta-t-elle.

Harry hocha la tête lui aussi et passa dans le couloir récupérer son manteau. Il enroula son écharpe rouge autour de son cou et enfonça son bonnet sur la tête. Ainsi emmitouflé il repassa la tête par la porte de la cuisine et regarda son amie.

La tête baissée sur son verre, elle réfléchissait. Harry pouvait le dire car il la regardait réfléchir depuis 20 ans.

Il n'y avait pourtant rien à réfléchir. Il devait oublier cette chose bizarre qu'il ressentait à chaque fois qu'il voyait Malfoy. Il devait oublier le dossier sur son bureau.

-Bonne nuit Herm.

Hermione tourna la tête vers lui et lui sourit.

-Bonne nuit Harry.

Il s'en voulu presque de la laisser seule dans sa cuisine en face d'une bouteille de vin ouverte mais il savait qu'elle n'allait jamais se coucher tant que son mari n'était pas rentré et comme elle l'avait si bien précisé, elle ne travaillait pas le lendemain. Il ne serait pas étonné qu'elle s'installe devant la télévision et regarde une série comique moldue, un verre de vin à la main.

Harry jeta la poudre de cheminette et énonça le nom de sa maison.

En pénétrant dans son salon il se félicita, encore une fois, d'avoir revendu le Square Grimmaud, lugubre et glauque, et d'avoir construit cette maison au fin fond de la forêt galloise. Il y faisait le vide.

Une nuit tranquille allait peut-être enfin l'accueillir.


Au vu du retard qu'il avait prit, Harry avait décidé de se concentrer sur les commandes qu'il avait déjà prises et de fermer sa boutique aux nouveaux clients pour la semaine. Au fond de lui, il avait surtout besoin de prendre du recul et de réfléchir sans avoir personne en train de lui parler de leurs petits-enfants. Besoin de déconnecter d'avec les gens et de se concentrer sur la seule chose qui lui faisait tout oublier et ne penser à rien : travailler son bois.

Sur la porte il avait affiché un mot expliquant que compte tenu du nombre de commande qu'il avait en cours actuellement il n'en prendrait pas de nouvelle et que pour toute urgence ses clients pouvaient lui envoyer un hibou.

Après avoir jeté un sortilège sur les vitres pour que personne ne le voit à l'intérieur, il décida de travailler sur l'armoire qui lui donnait du fil à retordre depuis plusieurs semaines.

Deux jours passèrent sans qu'aucun événement ne se produise.

Tous les jours, Harry observait Malfoy se rendre au salon de thé d'en face. Tous les jours à 16h30 pile. Toujours un thé Earl Grey. À chaque fois qu'il en revenait, il passait devant la boutique de Harry et lisait la pancarte.

Ce jeudi n'était pas différent. La pluie tombait en fine goutte sur Londres et le ciel gris sombre ne laissait transparaître aucune éclaircie. Harry avait revêtu son pull blanc à grosse maille de laine afin de ne pas avoir à allumer la cheminée. La sensation de froid sur sa peau lui donnait encore plus l'impression d'être en planque d'Auror et même si il était très loin d'une mission secrète en se cachant du monde comme il le faisait, cela lui faisait du bien et une légère nostalgie bienveillante le submergeait. Réconfort fugace dans une période pleine d'incertitude.

Il observait Malfoy de derrière la vitre en sirotant un café tiédi. L'aristocrate blond traversait la route pour se rendre à sa boutique et fit, comme tous les jours, un détour jusqu'à la porte d'Harry pour lire la pancarte. Et comme tous les jours, Harry sentit son estomac s'alourdir, comme s'il venait d'avaler un marteau. Il resta en suspend le visage penché au dessus de son mug de thé attendant de voir ce qu'allait faire l'autre homme. Son esprit était divisé, une part de lui voulait que Malfoy fasse plus que lire sa pancarte et une autre partie voulait que Malfoy ne revienne plus.

Harry secoua la tête pour reprendre le cours de ses pensées. Malfoy s'était rapproché de la vitre et il avait instinctivement fait un pas de recul.

-Personne n'est dupe Potter, retentit la voix de Malfoy.

Cela étonna Harry si fort qu'il fit un léger bon et renversa le reste de son sur son pull.

Il étouffa un :"Putain", entre ses dents et regarda par la fenêtre.

Malfoy avait les mains posées sur les hanches et venait de rouler des yeux, comme si il pouvait le voir.

-Je ne sais pas ce que tu fabriques Potter mais ta machine à vibration commence sérieusement à me les briser. Tu serais gentil de te calmer avec tes aberrations moldues !

Harry déglutit et resta silencieux. Malfoy haussa les épaules en signe d'abandon et retourna à sa boutique.

Harry n'utilisa plus de perceuse, ni de ponceuse de la journée.

Le lendemain, à la même heure, alors que le temps se faisait plus doux mais pas moins pluvieux, Malfoy repassa devant la boutique de Harry et s'arrêta de nouveau devant la pancarte. Un sourire s'étira sur ses lèvres.

Harry était assis sur son fauteuil devant la vitrine, un plaid sur les genoux. Il scrutait, les mains croisés sur son ventre, la réaction de son voisin. Il avait changé la pancarte le matin même très tôt afin de ne croiser personne et à en voir le sourire de Malfoy, il était ravi de son petit effet.

"Travaillant actuellement avec des outils bruyants qui pourraient déranger mes voisins, je suis parti travailler au calme à la campagne. Pour toute urgence, me contacter par hibou. Je serai de retour en boutique lundi matin."

Malfoy s'avança doucement vers la vitrine en jouant avec sa canne. De profil à la vitrine il leva la tête et ferma les yeux avant d'inspirer profondément.

Harry déglutit. Etais-ce considéré comme du voyeurisme que d'observer son ancien rival et désormais voisin, assis dans son fauteuil dans SA boutique alors, qu'il n'était pas sensé y être, quand le dit voisin, ou ancien rival s'arrêtait exprès devant sa vitrine ?

Non, je ne crois pas, pensa Harry.

-Tu sais Potter, retentit la voix de Malfoy et cette fois-ci Harry ne sursauta pas, j'en viendrais presque à penser que c'est moi que tu évites.

Et c'est ainsi que Malfoy repartit à sa boutique. Harry soupira. Etait-ce cela qu'il était en train de faire ? Eviter Malfoy ?

Il était en pleine réflexion quand il sentit son plaid glisser le long de ses genoux. Il se pencha à côté du fauteuil pour voir la plante de Neville mastiquer le bout du plaid. Harry ouvrit de grands yeux et leva une main en l'air pour effrayer la plante. Puis, se rappelant que les plantes n'avaient pas d'yeux pour voir les menaces physiques, il baissa son bras en soupirant.

Il laissa la plante terminer son repas laineux en espérant qu'elle s'étouffe avec.

Le lendemain, samedi, Harry avait encore changé sa pancarte et il attendait de nouveau assis dans son fauteuil que Malfoy sorte du salon de thé à son heure habituelle.

Harry lança un sortilège de tempus toutes les 5 minutes.

Mais Malfoy ne vint toujours pas.

Après vingt minutes à attendre il commença à se sentir bête et se leva pour se remettre au travail.

Alors qu'il travaillait sur une planche de bois avec du papier de verre il aperçu une ombre passer devant sa vitrine. Il leva la tête et aperçu Malfoy qui lisait encore une fois la pancarte.

Harry lança un tempus. Il était 17h45. Il était en retard sur son planning. La créature d'habitude qu'était Malfoy, était pourtant aussi ponctuelle qu'une horloge

La silhouette élancée s'avança devant la vitrine.

-Ça devient ridicule Potter. Je me demande ce que tu fais là-dedans, caché de tous. Quoique à la réflection...non...je ne veux pas savoir !

Harry eut envie de lui demander pourquoi il n'était pas sorti prendre son thé à son heure habituelle. Qu'est ce qui avait bien pu le décaler dans ses précieuses habitudes orchestrées à la minute près ?Un client ? Scorpius ? Sa femme ? Une autre femme ? Un problème avec une potion ? S'était-il endormi ?

Mais le fait d'avoir été dérangé par ce léger changement de routine le dérangeait plus que le fait en soi. Alors Harry ne bougea pas, ne dit rien et laissa Malfoy souffler devant la vitrine avant de partir.

Il laissa le papier de verre tomber au sol, se laissa tomber dans son fauteuil et grogna de frustration.

à suivre...

Le prochain réserve son lot de surprise. J'espère que vous aimerez tout autant. Si je peux vous laisser un indice : Harry et Draco retrouveront leurs anciens réflexes. Qu'est-ce que cela veut dire ? Haha ! Je n'en dirai pas plus !
A lundi prochain !