CHAPITRE 6 : Convalescence
Tout doucement, Naru se rapprocha de Mai en observant avec attention le petit corps meurtri de la jeune femme. Il nota d'abord une profonde coupure sur son épaule gauche ainsi qu'une seconde un peu plus large sur son avant-bras droit. Sur l'une de ses jambes, il aperçut également une entaille plus grave qui semblait transpercer le muscle de sa cuisse. Beaucoup de sang s'écoulait à travers la plaie, il devait maitriser l'hémorragie au plus vite.
Sans jamais la quitter des yeux, il alla récupérer quelques serviettes propres dans la salle de bain avant de retourner auprès d'elle. Il s'accroupit ensuite pour se positionner à sa hauteur. Précautionneusement, il écarta les nombreux éclats de verre qui se trouvaient devant lui. Il avança alors sa main vers Mai, mais s'arrêta à mi-chemin. Elle était toujours tétanisée, recroquevillée sur elle-même, tremblante. Il devrait se montrer très prudent s'il ne voulait pas l'angoisser d'avantage.
Tout va bien Mai, c'est moi. Murmura-t-il avec douceur. Tu saignes beaucoup je dois arrêter ça. Dans quelques secondes tu sentiras quelque chose sur ta jambe d'accord ?
La voix de Naru résonna vaguement dans l'esprit de la jeune fille et se perdit au milieu des dizaines d'images déjà dans sa tête. Confuse, elle n'en comprit que la moitié mais suffisamment pour retenir un sursaut de frayeur en sentant les mains froides de l'homme se poser sur sa cuisse. L'instant d'après, elle ressentit une pression sur sa plaie ce qui lui arracha un cri perçant sollicitant violemment ses poumons. Aussitôt, une douleur bien plus terrible encore la saisit provenant tout droit de sa cage thoracique, cette fois ci, elle en eut le souffle coupé.
Pardonne-moi ! S'excusa Naru immédiatement comprenant qu'il ne s'agissait pas que de sa coupure. Qu'est-ce que tu as ? Tu as mal autre part ?
Pantelante, Mai était au supplice. A chaque inspiration, il lui semblait être poignardée par une bonne centaine de lames à la fois. La douleur de ses côtes brisées était si intense qu'elle avait balayée tous ses précédents maux. Elle dut réunir toute sa concentration et tout son courage pour réussir à former quelques syllabes intelligibles, espérant que Naru puisse faire quelque chose pour l'aider.
-Mes... mes côtes réussit-elle à lâcher.
Les démons de Lin ne l'ayant pas touchée à la poitrine, il en déduisit que la blessure remontait à avant son arrivée dans la pièce. Visiblement, il avait sous-estimé l'état médical de la jeune fille.
Il faut t'emmener aux urgences!
Non…non… s'il te… plait…non. Répétait Mai au prix d'un effort considérable.
Depuis l'hospitalisation de Naru il y a quelques mois, l'idée même de devoir retourner dans un de ces endroits morbides la terrorisait. Là-bas, la mort était omniprésente, ancrée dans chaque mur, imprégnée dans chaque objet. Plus que jamais elle y avait vu la fragilité de la vie quand pour la énième fois un être qui lui était chère était menacé. Dans son état de faiblesse actuelle, elle ne se sentait pas en mesure de se débattre contre encore plus de terreur.
Ok ! D'accord pas d'hôpital. Céda Naru après avoir vu les traits de Mai se déformer plus qu'ils ne l'étaient déjà.
Il était rare que le jeune homme ignore comment réagir face à une situation délicate. Toutefois, dans ce cas de figure précis, il ne savait guère quoi entreprendre. Soudain, il sentit la petite main de Mai agripper faiblement la manche de sa chemise, luttant encore contre la torture occasionnée par sa respiration saccadée. La pauvre fille avait l'air exténuée et sur le point de perdre connaissance.
D'une main, Naru la redressa délicatement tandis que de l'autre il compressait toujours l'entaille de sa cuisse. Il la positionna en appui contre son torse la tête légèrement en arrière afin de libérer au mieux sa voie respiratoire.
-Mai ! Reste avec moi. Ordonna-t-il doucement. Concentre-toi sur ton souffle, essaye d'inspirer plus lentement.
Du mieux qu'elle put, la jeune femme appliquât ses conseils. Se forçant à ignorer la souffrance lancinante qui colonisait son corps, elle essaya de reprendre le contrôle. A force de persévérance, elle réussit à diminuer quelque peu la frénésie de ses poumons. Plus elle se calmait, moins la douleur était violente. Après ce qui sembla pour elle être une éternité, elle respirait enfin de nouveau normalement.
-C'est très bien. La félicita Naru. Maintenant, il va falloir que tu fasses encore un dernier effort le temps que je te dépose sur le lit d'accord ?
Faiblement, Mai acquiesça. Alors, prenant toutes les précautions possibles, il l'allongea de nouveau sur le sol. Il ramassa une serviette propre qu'il avait déposée plus tôt sur le côté et vint la positionner sur sa cuisse à la place de la précédente saturée de sang. Toujours avec délicatesse, il noua le tissu afin de le fixer de façon à maintenir une pression contre la plaie. Il glissa ensuite un bras sous le dos de la jeune fille et l'autre sous ses genoux. Quand il fut certain qu'il la tenait solidement il la souleva avant de parcourir les quelques mètres qui le séparaient de son objectif.
Une fois sa peau au contact des draps froids, elle frissonna. Aussitôt, elle sentit ce qu'elle identifia être une couverture venir la réchauffer. Garder un semblant de conscience lui demandait beaucoup d'énergie et il ne lui en restait quasiment plus. Toute trace d'adrénaline ayant quitté son corps, le contre coup fut terrible. Tout s'éloignait d'elle, tout devenait brumeux, tout devenait noir.
Mai était confortablement installée sur un matelas moelleux. Elle avait encore sommeil, mais une odeur délicieuse lui parvenait depuis la cuisine. Curieuse et affamée, elle se glissa hors de la couette pour en découvrir plus. En se levant, elle remarqua la tenue surprenante dont elle était vêtue. Une simple nuisette en soie rouge qui laissait apparaitre plus de parties de son corps qu'elle n'en couvrait. Vraiment pas habituée à porter ce genre de vêtements, elle se sentit rougir.
-Enfin réveillée ma chérie ? Le petit déjeuné est prêt. La questionna une voix masculine depuis la pièce voisine.
Surprise, elle ne répondit rien.
-Tout va bien ? L'interrogea-il de nouveau.
De plus en plus confuse, la jeune femme commençait enfin à réaliser que cette situation n'avait rien de normal. Où se trouvait-elle ? Pourquoi était-elle ici ? Qui était l'homme en train de lui parler ? Etait-elle au moins consciente ou tout ceci n'était-il qu'un rêve ? Dans tous les cas, pour en découvrir d'avantage elle devait se prêter au jeu.
-J'arrive. Répondit-elle alors nerveusement.
Timide, elle chercha partout dans la pièce de quoi couvrir un peu plus sa peau dénudée. Malheureusement, elle se rendit vite compte que le lieu ne contenait aucunes affaires personnelles. Etait-elle dans un hôtel ? Pourquoi serait-elle allée dans un hôtel avec un homme ? Elle soupira longuement.
-Allez, tu peux le faire ! S'encouragea-t-elle tout haut avant de se diriger vers la porte.
-Quesque tu prépares ? Tenta la jeune femme en essayant de paraitre la plus naturelle que possible.
-Ton plat préféré évidemment mon amour. Répondit aussitôt l'inconnu gaiement toujours face à ses casseroles.
A l'entendre de plus près, Mai trouva sa voix bien familière. Perturbée, elle s'avança vers lui espérant voir son visage. Elle eut à peine le temps de faire quelques pas qu'il se retournait déjà. Aussitôt, elle se figea. Sans l'ombre d'un doute elle pouvait l'affirmer, Antoine Du Plessis se tenait devant elle affichant un sourire radieux. Elle en était désormais absolument certaine, elle se trouvait au pays des songes.
-J'ai vraiment bien fait de choisir cette nuisette finalement, tu es vraiment sublime. La complimenta l'homme.
Cela lui paraissait plus qu'insensé. Pourquoi rêver de lui maintenant ? Et surtout, pourquoi s'immiscer ainsi dans son intimité ? De toute évidence, ce n'était pas à elle qu'il s'adressait depuis tout ce temps. Elle devait être en train de revivre une matinée basique d'Antoine en compagnie de sa femme. Cette pensée l'attristât, elle avait l'impression de dérober une partie de leurs souvenirs en s'incrustant telle une voyeuse au milieu de leur quotidien.
-J'ai dit quelque chose de mal ? S'inquiétât l'homme voyant les traits livides de son amante.
-Non non ! Ce n'est rien ! S'empressa de répondre la jeune femme.
-Passons à table alors si tu veux bien. Se réjouit-il.
Soudainement, une sonnerie de téléphone portable retentit.
-C'est le mien. Constata Antoine avant de se diriger vers le petit appareil.
Il décrocha et s'en alla sur le balcon, prenant soin de bien refermer la vitre derrière lui. Pour une raison qu'elle ignora, le cœur de Mai se serra. Quelques instants plus tard, l'homme réapparut.
-Excuse-moi ma chérie, je dois vraiment partir c'est très important.
-Quoi ? Déjà ? S'emporta la jeune femme sentant la déception monter au fond d'elle.
-Pardonne moi s'il te plait, ça ne me réjouit pas non plus.
-Je sais bien, mais je peux te voir si rarement. Ajouta-elle à sa grande surprise.
-Je vais tout faire pour me libérer au plus tôt je te le promets! Continua-t-il en enfilant déjà son manteau.
-Vraiment ? Le questionna Mai décidemment ne comprenant elle-même pas ce qu'elle était en train de faire.
-Promis.
Une fois prêt, il s'avança vers elle et se pencha en avant pour déposer un baiser sur son front. Ce geste tendre et étrangement familier la réconforta aussitôt.
-La chambre n'est réservée que jusqu'à midi mais je peux demander à l'accueille de retarder l'heure si tu veux encore rester. Proposa-t-il.
-Non, ça ira. Murmura-t-elle la voix faible. Je préfère rentrer.
-Comme tu veux mon amour. Termina-t-il en se dirigeant vers la sortie. Et surtout n'oublie jamais, c'est toi que j'aime.
Finalement, Mai ouvrit ses paupières sur le monde réel. Cette fois ci, le réveil fut bien plus difficile. Au fur et à mesure qu'elle reprenait connaissance, une douleur intense s'éveillait dans tout son corps. Voulant juger des dégâts par elle-même, elle entreprit de se redresser afin d'avoir une vue d'ensemble sur ses blessures. Elle regretta aussitôt son geste un peu trop précipité lorsqu'elle sentit comme un poignard se loger violemment dans sa poitrine. Surprise, elle ne put retenir un gémissement plaintif.
-Hé ! Doucement ! Fais attention ! L'interpella une voix d'homme.
-Bo-san ? Demanda-t-elle faiblement la gorge en feu.
-Oui c'est moi. Comment te sens-tu ?
-Très mal … je meurs de soif …Qu'est ce qui s'est passé ?
-Tu ne te souviens pas ?
-Pas vraiment.
Le moine qui était assis sur une chaise se leva et marcha jusqu'à une carafe d'eau posée sur une table un peu plus loin. Il remplit un grand verre à ras bord avant de l'emmener jusqu' à Mai.
-Tiens, bois lentement.
La jeune femme suivit son conseil et pris toutes les précautions possibles. A chaque gorgée d'eau elle sentait la brulure de sa gorge s'apaiser un peu plus. Lorsqu'elle eut terminé, l'homme commença ses explications.
-Hier vers trois heures du matin, tu as été blessée. Un peu après le médecin est venu. Tu as quelques égratignures sans gravité mais également deux plaies plutôt profondes, une sur ton bras et une sur ta cuisse. Tu devrais pouvoir marcher normalement mais ça risque d'être plutôt douloureux. Le plus embêtant reste tes deux côtes cassées mais heureusement il n'y a eu aucuns dommages sur tes poumons.
-Comment ça a pu arriver ? Un esprit m'a attaqué ?
-Ça ne te revient toujours pas ? Quel est ton dernier souvenir ?
Essayant de passer outre son mal de crane, Mai utilisa toute sa concentration afin de restituer les événements de la veille. Quelques images confuses lui revenaient par flashs sans qu'elle n'en comprenne réellement le sens jusqu'au moment où elle vit Masako gisant à ses pieds. Aussitôt, elle se remémora toute la scène. A demi consciente, presque possédée sans réellement l'être, elle se revoyait arpenter les couloirs jusqu'à la chambre de son amie où elle avait entreprit de mettre fin à ses jours.
-Masako ! Paniqua-t-elle. Comment elle va ?
-Elle va être hospitalisée pendant un moment. Elle a plusieurs fractures et coupures sur tout le corps mais rien de dramatique rassures toi.
-Oh non la pauvre, je suis vraiment désolée, je m'en veux tellement.
-Ne t'en veux pas, personne ne te blâme, tu n'avais aucun contrôle sur ton corps. Essaya-t-il de la rassurer. Masako en est consciente elle aussi, elle a demandé à John de te dire de ne surtout pas culpabiliser.
-Ça va être compliqué ! Je m'en rappelle dans les moindres détails maintenant, tous ces sentiments de colère, de folie, de soif de sang, je les ai tous ressenti au plus profond de moi-même, comme si ils m'appartenaient.
-Ce n'est pas le cas Mai. Quelqu'un les a enfouis en toi en même temps qu'il t'a utilisé comme sa marionnette. On pense que c'est cette femme dont tu nous as parlé.
-Vraiment ? Vous avez découvert des nouveaux indices sur elle ? Le coupa-t-elle.
-Non, on ne sait toujours rien. Soupira le moine. En revanche, pendant les douze premières heures après ce qui s'est passé il y a eu de nombreux phénomènes paranormaux au manoir puis tout s'est arrêté.
-Quoi ? Douze heures ? Mais quelle heure il est ? Combien de temps j'ai dormi ?
-Tu as dormi plus de dix-huit heures ! Répondit Bo-san. Il est déjà vingt et une heure trente.
-Moi qui pensais m'être évanouie le temps d'un déjeuner.
-Un Déjeuner ? L'interrogea-t-il.
-Oui, rien d'important, juste un rêve pas très significatif pour le moment. Raconte-moi plutôt les phénomènes dont tu me parlais.
-En bref, on a pu noter d'importantes chutes de températures dans au moins six pièces différentes. Certaines ont même été accompagnées par des mouvements d'objets, ce qui nous a surpris étant donné que depuis notre arrivée on avait rien constaté de similaire. Bien sûre, on a examiné minutieusement chaque endroit et aidé de John j'ai tenté d'exorciser les lieux. Malheureusement, ça n'a pas du tout amélioré la situation.
-C'est étonnant, tous ces événements me paraissent bien futiles et anodins comparé au reste. On dirait que tu me parles d'une autre enquête. Commenta la jeune fille surprise.
-Oui. Acquiesça l'homme. Je pense qu'on ne se trompait pas en supposant la présence de nombreuses entités ici toutes avec des pouvoirs et des objectifs différents.
-Et de toute évidence, l'une d'entre elles à des tendances meurtrières. Ajouta Mai sombrement. D'ailleurs, rien à propos de Caroline ?
-Justement j'allais y venir. Poursuivit le moine. Depuis ton attaque sur Masako et le fait que vous soyez blésées toutes les deux, les Du Plessis semblent être moins réticents à l'idée du paranormal. Sans compter que leurs détectives privés n'ont absolument aucunes réponses à leur offrir, je crois qu'ils nous accordent enfin le crédit qu'on mérite.
-D'un autre côté il faudrait être complétement aveugle ou stupide pour nier une telle évidence. Commenta la jeune fille.
-Je suppose. Poursuivit le moine. Dans tous les cas, ils sont plusieurs à être venus nous trouver pour témoigner du comportement étrange de Caroline. Elle devient ces derniers temps soudainement froide ou agressive avec tout le monde sans aucune raison. Et lorsqu'ils la questionnent sur le sujet, elle nie tout n'en ayant aucun souvenirs. Rien de nouveau par rapport à ce qu'elle nous avait dit dès le début de l'affaire. Ce qui est plus choquant en revanche, c'est les propos humiliants et insultants qu'elle tient sur Antoine. Elle maintient se réjouir de sa mort, et dit qu'il n'a eu que ce qu'il méritait. Puis quelques minutes plus tard, elle s'effondre de chagrin en repensant au décès de son frère bien aimé.
-Ce qui nous ramène encore une fois à l'esprit machiavélique que j'ai vu en train de la suivre. Conclut Mai. Mais pourquoi aurait-il un lien étroit uniquement avec Caroline parmi tous les autres ? Et en supposant que ce soit cette même femme qui a pris le contrôle de mon corps et qui m'a attaquée il y a plusieurs jours quelle raison pourrait se cacher derrière ça ? Je n'ai pourtant rien en commun avec les Du Plessis.
-Oui, mais c'est intéressant. L'interrompit l'homme. En y réfléchissant bien, tu es la seule de notre groupe à avoir pu la voir et à plusieurs reprises qui plus est. Peut-être que d'une certaine manière elle se sent proche de toi et de Caroline et elle se sert de vous pour agir.
-C'est possible. Ses cibles semblent aussi ne pas être sélectionnées au hasard comme tu l'as signalé en comparant le nombre d'accidents chez la famille mais pourquoi s'en prendre à Masako ?
-Peut-être qu'elle a fait quelque chose qui aurait énervé le fantôme ? Tenta Bo-san.
-Si seulement on pouvait avoir plus d'indices, on est là depuis une semaine et c'est comme si nous étions toujours au point de départ.
-Je sais, ça commence à devenir exaspérant, je me demande si ce n'est pas voué à l'échec.
-Non, ne dis pas ça. Après tout ce qui s'est passé, on ne peut pas abandonner.
Ils ne purent continuer leur discussion plus longtemps car des petits coups retentirent sur la porte de la chambre. Aussitôt, le cœur de Mai se serra.
-Ça doit être le médecin. La rassura le moine. Il devait passer plus tôt dans la soirée mais a été retardé.
-Entrez ! Répondit-il.
-Bonsoir, ravie de vous voir enfin réveillée mademoiselle Taniyama. Commença-t-il en avançant dans la pièce.
-Bonsoir, merci d'avoir pris soin de moi.
-Je n'ai fait que mon devoir. Ajouta-t-il. Comment vous sentez-vous ?
-Je vais attendre dehors. Le coupa Bo-san en se dirigeant vers le couloir. Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit.
-J'ai mal un peu partout, notamment à la tête et surtout au niveau des côtes. Expliqua Mai une fois son ami sorti. Puis, chaque fois que je respire, je ressens une gêne qui devient vite douloureuse si je force un peu sur mes poumons.
-Rien de très surprenant compte tenu de vos blessures. Surtout que l'effet des antalgiques doit être complètement dissipé. Je vais jeter un œil aux plaies et changer vos bandages avant de vous en donner de nouveaux.
-Très bien. Acquiesça Mai en repoussant la couette pour que l'homme puisse accéder plus facilement à sa cuisse mutilée.
Machinalement, et dans des gestes pleins d'assurance démontrant un professionnalisme certain, le médecin entreprit d'examiner avec minutie chaque entaille sur le corps de la jeune femme. C'est lorsqu'il arriva à la plus profonde qu'il reprit la parole après plusieurs minutes de silence.
-Je ne veux pas m'occuper de ce qui ne me regarde pas et on me paye d'ailleurs une somme conséquente pour que je ne pose pas de questions, mais j'aimerais me permettre une remarque si vous l'autorisez.
Surprise et intimidée devant cette politesse et bienséance dont elle n'avait pas l'habitude, elle ne sut pas vraiment quoi répondre.
-Je suppose que oui. Tenta-t-elle nerveuse.
-Si j'ai bien compris vous êtes ici en tant qu'employée de la famille Du Plessis n'est-ce pas ?
-C'est exact. Confirma-t-elle.
-Vos blessures ne sont pas anodines et vous mettrez plusieurs semaines avant d'être complétement remise. Je vous suggère donc fortement de rentrer chez vous dès à présent maintenant que vous êtes consciente.
-Pourquoi ? Mon travail ici n'est pas encore terminé ! Ils ont besoin de moi ! Protesta Mai
-Je suis sure qu'ils pourront trouver quelqu'un susceptible de vous remplacer. De votre côté vous avez réellement besoin de repos. Et dans votre état vous risquez même d'être plus une gêne qu'autre chose.
-J'apprécie votre sollicitude mais tout ira bien, je m'en sortirai.
-C'est comme vous voulez mademoiselle, au moins je vous aurais prévenue.
Le reste de l'examen dura moins de dix minutes et se déroula sans plus un mot. Après avoir rangé tout son matériel et avant de partir, il reprit une dernière fois la parole.
-Je vous laisse ces deux boites contenant des antidouleurs plutôt forts. Leur effet devrait beaucoup vous soulager mais ils sont à consommer avec modération. Vous ne pouvez pas dépasser les trois par jours avec un espace de six heures minimum entre chaque.
-Très bien. Acquiesça la jeune femme.
-J'ai cru comprendre que vous aviez du mal à dormir alors je vous laisse également cette plaquette de somnifères, c'est maximum une pilule par soir. Sur ce, n'oubliez pas de changer vos pansements comme je vous ai montré et surtout si vous avez besoin de quoi que ce soit n'hésitez pas à m'appeler.
-Merci beaucoup, je n'y manquerai pas. Répondit Mai alors que le médecin avait déjà entrouvert la porte.
-Au revoir
Quelques secondes plus tard, Bo-san et John entrèrent.
-Heureux de voir que tu vas mieux. Commenta le prêtre. Quesqu'il t'a dit ?
-Mes blessures sont en bonne voie de guérison, on ne peut plus rien faire à part attendre. Je vais pouvoir reprendre le travail normalement.
-Tu es sure ? Tu ne devrais pas plutôt rentrer chez toi ou au moins te reposer encore ? S'inquiéta à son tour le moine.
-Non tout va bien je t'assure. Menti une nouvelle fois Mai. Dis-moi ce que je peux faire pour vous aider.
-Et bien pour l'instant pas grand-chose à part dormir reprit l'homme.
-Oui, continua John. J'étais justement monté prévenir Bo-san. On va devoir faire une pause dans l'enquête. L'enterrement d'Antoine aura lieu demain matin et par respect pour les invités, la famille et bien évidemment pour le défunt, Béatrice nous a demandé de ne rien faire au moins jusqu'à l'après midi.
-Oh… oui bien sûr je comprends, elle a raison.
-Et puis ça va nous permettre de pouvoir aller tous dormir ce soir. Ajouta le moine en s'adressant à la -jeune femme. Avec tout ce qu'il s'est passé, Ayako qui est restée à l'hôpital avec Masako et toi qui était inconsciente. On n'a pas dormi depuis plus de vingt-quatre heures.
-Désolée. Murmura-t-elle gênée.
-Ne dis pas n'importe quoi. La coupa l'homme. Ce n'est pas de ta faute.
-Et pour les caméras alors ? Qui va les surveiller ? Interrogea-t-elle.
-Pour une fois, personne. On visionnera les enregistrements demain. Répondit Naru en rentrant dans la pièce avec Lin. Comment te sens-tu ?
-Ça peut aller merci. Répéta pour la énième fois la jeune femme.
-Ils t'ont déjà tout raconté ?
Pour toute réponse, Mai acquiesça d'un geste de la tête.
-Je suppose qu'on a enfin terminé pour aujourd'hui alors. Soupira de soulagement John.
-Oui, vous pouvez y aller. Confirma Naru.
-Comme les filles ne sont pas là, tu veux que je reste avec toi ? Proposa Bo-san mal à l'aise devant l'idée de laisser une blésée livrée à elle-même.
-Non ce n'est pas la peine ! Va te coucher ! S'empressa-t-elle de répondre avec le plus d'assurance que possible.
-Tu es sure ?
-Certaine !
-Si c'est ce que tu veux alors…
Sans plus de cérémonie, les quatre hommes quittèrent la pièce. Une fois tout le monde parti, la jeune femme se senti bien seule dans cette immense chambre. Pas rassurée du tout, elle savait qu'elle ne pourrait pas se rendormir. Ainsi couchée et blessée elle se sentait plus que vulnérable. Elle voulait également faire un brin de toilette afin de se rafraichir un peu. Sans plus attendre, elle glissa ses jambes hors des couvertures pour se retrouver assise au bord du lit. Elle prit une grande inspiration qui lui valut quelques désagréments dans sa poitrine avant de se redresser tout droit sur ses deux jambes. Par instinct, elle mit plus de poids sur son membre valide mais ressentit tout de même un pic de douleur provenant de l'autre. Toutefois, les médicaments injectés par le docteur un peu plus tôt étaient plutôt efficaces et après quelques foulées d'ajustements, elle put en boitillant marcher sans trop de peine.
Dans un premier temps, Mai se dirigea jusqu'au téléphone pour demander à un domestique du manoir de lui amener à manger. Elle détestait faire ça, surtout en une heure si tardive, mais maintenant qu'elle allait mieux, elle avait une faim terrible. En attendant, elle partit dans la salle de bain se laver du mieux quelle put en évitant de mouiller ses pansements au maximum.
De retour dans la pièce centrale, elle s'allongea sur un des canapés de la partie salon. L'inquiétude déjà installée en elle depuis longtemps grandit encore. Le silence des lieux était plus qu'écrasant et faisait ressortir chaque petit bruit provenant des alentours. Pour pallier à ce problème, elle alluma le gigantesque téléviseur qui se trouvait face à elle. Sans même prêter attention à la chaine ni à l'émission qui s'affichait sous ses yeux, elle augmenta un peu le volume.
Peu de temps après, une femme arriva avec son repas. La nourriture succulente bien qu'aux saveurs inhabituelles pour son palet participèrent à son réconfort. Rassasiée et de plus en plus à l'aise avec l'environnement, elle perdait du terrain dans sa lutte contre le sommeil. Bientôt, elle s'y abandonna.
Fin du chapitre 6 ! J'espère que ça vous avez aimé ! Si vous avez lu jusqu'ici le bouton reviews n'est pas très loin !
Petite baisse de motivation de mon côté alors pas de prévisions pour le prochain chapitre mais j'espère tout de même vous revoir bientôt !
