Note de l'auteur : Et me revoilà pour le chapitre 6 d'Etroite cohabitation ;) Ce chapitre m'a donné un peu plus de mal que les autres, sans doute parce qu'il amène l'intrigue à dévoiler un peu plus ses zones d'ombres... Vous comprendrez en lisant ;) Au menu : un étrange mot de passe, une soirée qui tourne mal et des interrogations de plus en plus nombreuses dans l'esprit de Harry. Bonne lecture !
Auteur : Asphodèle Snape
Disclaimer : "Etroite cohabitation" est une histoire tout droit sortie de mon esprit malade. Les personnages et l'univers d'Harry Potter quant à eux appartiennent exclusivement à notre déesse aimée et reconnue de tous, plus communément appelée JK Rowling. Je ne touche donc aucune rémunération d'aucune sorte (oui, c'est triste) pour l'écriture de cette fic, si ce ne sont vos reviews, qui sont donc hautement appréciées et attendues.
Rating : M pour slash à venir (j'ai dis à venir, bande d'impatients !)
Résumé : Voldemort vaincu, la vie pourrait être enfin simple pour Harry Potter. C'est sans compter sur la décision de Dumbledore d'en faire le nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal, au nez et à la barbe (surtout au nez) de Snape. Et si seulement il n'y avait que ça...Slash Harry Potter/Severus Snape à venir.
Chapitre VI - Un douloureux affrontement
Le lendemain matin, Harry fut tiré de son sommeil par la douceur d'un rayon de soleil qui lui chatouillait le visage. Réalisant qu'il était dimanche, Harry sourit et savoura la chance de pouvoir paresser dans son lit. S'étirant précautionneusement pour ne pas risquer de réveiller la douleur de son épaule, ce qui ne manqua pas d'arriver, il tenta de rassembler ses souvenirs de la nuit précédente. Peu à peu, alors qu'il frottait ses yeux encore engourdi de sommeil, les images de la veille lui revinrent à l'esprit. La chambre de Snape. Snape. Le dos de Snape. ... Le boxer de Snape. Non, il n'avait pas rêvé, il n'était pas dans les appartements de son ancien professeur depuis 24 heures qu'il se retrouvait déjà dans des situations abracadabrantes !
La veille, Harry était resté figé devant la vision de son professeur à demi nu dans la pénombre de sa chambre à coucher. Il lui avait fallu quelques secondes pour revenir à lui, et quelques unes de plus pour décrocher son regard du corps du Serpentard et regagner sa chambre tout aussi silencieusement qu'il était venu. Harry était si choqué qu'il n'avait même pas songé à calmer l'érection que cette vision avait fait naitre dans son caleçon. Il s'était simplement recouché, et dans le calme de sa nouvelle chambre avait tenté d'assimiler cette nouvelle fracassante : Non, Snape n'avait pas un corps hideux, c'était même plutôt l'inverse. Rien d'étonnant à cela me direz-vous, mais le Gryffondor ayant passé l'essentiel de sa scolarité à se persuader que le bâtard des cachots dissimulait sous ses robes un corps informe et honteux, il devait bien reconnaitre qu'il avait été agréablement surpris par ce qu'il avait vu ce soir là. Surpris et choqué. Ennuyé aussi, s'il ajoutait à cette vision le rêve qu'il avait eu quelques mois auparavant...
Alors qu'il se levait et enfilait un jean et sa robe de sorcier, Harry réalisa qu'un détail supplémentaire l'avait marqué lorsqu'il avait vu le dos de Snape la veille au soir. C'était les cicatrices. Son dos, même si il était loin d'être repoussant, était couvert de cicatrices plus ou moins grandes et plus ou moins profondes. Pourtant, elles ne le rendaient en rien effrayant, non, elles ne faisaient que renforcer la fascination qu'il inspirait à Harry. Sans doutes les vestiges de son passé au service de Voldemort, songea-t-il en se passant la main dans les cheveux, tentant de discipliner ses mèches rebelles. Ou les vestiges des années passées à te protéger, lui susurra insidieusement sa conscience...
Un peu mal à l'aise à cette idée, Harry se hâta de terminer de se préparer et sortit de sa chambre. Il était trop tard pour prendre son petit déjeuner dans la grande salle, et il n'avait de toute manière aucune envie de se retrouver entouré d'élèves à la veille de sa grande rentrée. Alors qu'il allait quitter les appartements de Snape, Harry vit un petit bout de papier posé bien en évidence sur la table basse du salon.
Potter,
Le Directeur aimerait vous parler. Il vous attend à treize heures dans son bureau. Vous connaissez le chemin.
Le mot n'était pas signé, mais Harry n'eut aucun mal à reconnaitre la fine écriture rouge qu'il avait vue tant de fois recouvrir ses devoirs de potions. Visiblement, Snape avait pris le message pour lui avant de s'absenter. Constatant qu'il était déjà presque treize heures, Harry enfourna le billet dans sa poche et se hâta en direction du bureau directorial.
Arrivé face à la porte de chêne qu'il connaissait bien, Harry frappa deux petits coups secs et Dumbledore vint lui ouvrir après quelques secondes, un grand sourire aux lèvres.
- Harry ! s'exclama-t-il. J'espère que tu as bien dormi ! Severus vient de me dire que tu n'étais toujours pas levé lorsqu'il avait quitté ses appartements peu après midi !
Derrière Dumbledore, Harry aperçu Snape qui le regardait avec un rictus moqueur et se retint de rougir.
- Je t'en prie, prends donc place, ajouta Dumbledore en désignant un fauteuil juste à côté de celui qu'occupait Severus. Nous t'attendions, j'ai quelques petites choses à vous dire.
Jetant un regard en biais à Snape, Harry s'assit, imité par Dumbledore.
- Comme je l'expliquais à Severus avant ton arrivée, Harry, je vous ai fais venir afin de vous faire part de vos emplois du temps respectifs.
Dumbledore se pencha et sorti de son bureau deux feuilles qu'il tendit aux hommes assis face à lui.
- Je te l'ai dis, Harry, Severus s'occupera d'enseigner la Défense contre les Forces du Mal aux 6ème et 7ème années, en plus de ses cours de Potion. Tu auras donc à ta charge les cours de Défense des élèves de la 1ère à la 5ème année. J'espère que cela vous convient, messieurs, ajouta le directeur avec un grand sourire qui n'eut pour toute réponse qu'un grognement indistinct de la part de Snape et un hochement de tête de Harry.
Ce dernier était perdu dans la contemplation de son emploi du temps. Il était relativement chargé, mais lui laissait tout de même de nombreuses heures de libre, ce qui n'était pas négligeable. Il constata avec soulagement qu'il commencerait le lendemain à dix heures avec une classe de troisième année de Gryffondors et de Pouffsouffles, et qu'il n'aurait à affronter les Serpentards que le mercredi.
- Bien, reprit Dumbledore, avant de vous laisser partir et profiter de cette magnifique journée ensoleillée, n'est-ce pas Severus, laissez-moi vous demander comment s'est passée votre première soirée de cohabitation ?
Il n'y eut aucune réponse. Snape poussa un grognement de dédain et détourna la tête et Harry, qui avait ouvert la bouche pour répondre, la referma aussitôt et baissa les yeux.
- Oui, Harry ? interrogea Dumbledore. Tes nouveaux appartements te conviennent-ils ?
- Euh oui, oui, tout à fait, Professeur, bégaya-t-il. Tout va très bien.
- Alors c'est parfait ! s'exclama Dumbledore, ignorant totalement Snape qui lui n'avait pas l'air de trouver ça parfait du tout. Maintenant veuillez m'excuser mais je vais devoir vous congédier mes enfants, il me faut encore recevoir certains professeurs afin de discuter de l'année à venir. Nous nous verrons au repas de ce soir !
Après avoir salué le directeur et redescendu l'escalier en colimaçon en prennant bien garde de ne pas s'adresser la parole, Harry et Snape se retrouvèrent dans le couloir du deuxième étage. Durant quelques secondes, Harry n'aurait pu estimer si cela avait duré longtemps ou pas, Snape le dévisagea, puis il tourna les talons et s'en alla en direction des cachots sans ajouter un mot.
- Professeur ! Professeur, attendez !
- Cessez de m'appeler ainsi, Potter, répondit Snape en faisant volte face. Je ne suis plus votre professeur depuis bien longtemps.
- B... bien... Mais... Comment dois-je vous appeler, alors ? rétorqua Harry, angoissé à l'idée que Snape ne revienne à la charge avec cette stupide histoire de prénom.
- Et bien il me semble, mais je peux me tromper bien sûr, que je possède, comme beaucoup d'autres personnes ici, un... nom de famille ?
- Euh... oui, bien sûr. Je vais essayer de m'en souvenir, prof... Snape. Snape.
- Essayez, oui. Ah, et Potter, fit-il en revenant sur ses pas, le mot de passe de mes appartements est écrit au dos du billet que je vous ai laissé ce matin. Je pense qu'il pourrait vous être utile, à moins que vous n'ayez prévu de dormir devant ma porte ce soir bien sûr…
Puis Snape tourna les talons pour de bon et s'en alla dans le couloir, suivi du regard par Harry.
Au dos du billet que je vous ai laissé ce matin... fourrant la main dans sa poche, Harry en ressortit le bout de papier froissé et le déplia. Un mot y était écrit en lettres capitales, de la même écriture rouge qu'il connaissait bien.
R A H O R T R Y P T E
Harry resta perplexe quelques instants. Il n'avait jamais entendu ce mot, ne l'avait jamais lu nulle part et n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait bien signifier. Finalement, haussant les épaules et repliant le bout de papier au fond de sa poche, il en conclut que ça devait être le nom d'une plante quelconque ou d'une énième potion inventée par Snape. Cet homme ne vivait décidemment que pour son métier... Enfin, l'essentiel c'est qu'à présent Harry pourrait aller et venir comme il le désirerait dans ses nouveaux appartements, sans avoir à attendre que Snape vienne lui ouvrir.
Alors qu'il descendait les escaliers et se dirigeait machinalement vers les cachots, Harry se dit que le temps radieux et le soleil qui brillait au dehors étaient une invitation, et qu'une petite séance de travail dans le parc serait une excellente idée. Passant rapidement dans sa chambre, il prit les cahiers qui lui serviraient pour ses cours, quelques stylos, son exemplaire de « Défense Magique Appliquée et son Usage contre les Forces du Mal » et ressortit en direction du parc. Après avoir passé les grandes portes de Poudlard, Harry s'arrêta un instant et contempla l'étendue d'herbe qui s'étendait devant ses yeux. De nombreux élèves avaient visiblement eu la même idée que lui et étaient venu profiter du soleil dans le parc de l'école. Passant devant les serres où poussaient toutes sortes de fleurs et de plantes, Harry se dirigea vers un arbre légérement en retrait où il avait l'habitude de s'allonger lorsqu'il était encore élève, avec Ron et Hermione.
Prenant place à l'ombre de son feuillage, Harry s'appuya contre son tronc et ferma les yeux, bercé par le bruit du vent dans les feuilles. Même s'il les avait quittés depuis à peine quelques jours, ses amis lui manquaient déjà. Il aurait aimé revenir à Poudlard avec eux, et dans un monde idéal, ils auraient tous trois été nommés professeur dans la prestigieuse école.
Mais ce n'était pas le cas. Ron travaillait désormais au Ministère de la Magie aux côtés de son père, qui était monté en grade après la guerre et occupait à présent le poste plus que convoité de Directeur du Département de la Coopération Magique Internationale. Ron, qui avait commencé à travailler avec lui quelques semaines auparavant, était son assistant, et d'après ce qu'il avait raconté à Harry alors que ce dernier séjournait encore au Terrier, tout se passait pour le mieux. Quant à Hermione, elle n'avait étonné personne en choisissant de continuer ses études et avait intégré la prestigieuse Université Magique de Grande Bretagne, à Londres. Elle allait y étudier l'Arithmancie, mais aussi l'Etude des Runes et la Métamorphose, ses trois matières préférées lorsqu'elle était encore élève à Poudlard.
Et Harry… Et bien Harry était devenu professeur, sans faire d'études, et, selon lui, sans avoir d'aptitudes particulières dans quoi que ce soit. Bien sûr, si Dumbledore l'avait choisi, c'est qu'il n'était pas un incapable, du moins pas en Défense contre les Forces du Mal. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il aurait été plus crédible après avoir suivi quelques années d'études à l'Université, que les élèves et les professeurs l'auraient plus respecté si tel avait été le cas. Mais le destin, ou Dumbledore, en avait décidé autrement.
Soucieux de ne surtout pas décevoir Dumbledore, Harry s'était mis au travail immédiatement après l'annonce de sa nomination. Il avait minutieusement préparé un programme pour toute l'année, avait acheté les livres que les élèves auraient à connaitre et en avait lu la plupart. Ses cours pour les premiers mois étaient prêts, il les connaissait et n'aurait donc plus qu'à les relire en temps voulu. Appuyé contre le tronc de l'arbre, Harry ouvrit son ouvrage de « Défense Magique Appliquée et son Usage contre les Forces du Mal » et commença à lire le chapitre sur lequel travailleraient ses élèves le lendemain. Il connaissait ce livre pour l'avoir lu plusieurs fois, mais soucieux de connaitre son sujet sur le bout des doigts, il ne pouvait s'empêcher d'en relire certains passages. Cette attitude lui rappela celle d'Hermione avant les examens et le fit sourire.
Lorsqu'Harry referma son livre, il aurait été incapable de dire combien de temps s'était écoulé mais il avait la satisfaction de se sentir prêt pour ses cours du lendemain. Décidant qu'il avait bien assez travaillé pour aujourd'hui, il prit la direction du château et regagna les appartements qu'il partageait avec Snape. Lorsqu'il pénétra dans le salon, ce dernier était assis dans un fauteuil face à la cheminée où brûlait un feu. Harry trouva ce fait étrange pour un début de mois de septembre, surtout quand on savait le temps radieux et chaud qu'il faisait dehors, mais il devait bien reconnaitre que les cachots étaient froids. Alors qu'il réprimait un frisson face à ce brusque changement de température, la voix de Snape s'éleva dans la pièce.
- Est-ce le froid ou ma présence qui vous font frissonner, Potter ?
Il n'avait même pas levé les yeux de son livre, mais tout dans sa voix indiquait qu'il se moquait ouvertement de Harry. Ce dernier ne répondit rien et pris le chemin de sa chambre, bien décidé à se tenir éloigné le plus possible de Snape. Alors qu'il refermait la porte derrière lui, ses yeux se posèrent sur les photos de Ron et Hermione suspendues au dessus de son lit, et il eut soudain envie de leur écrire à chacun une lettre. S'asseyant à son bureau, il commença par raconter son arrivée à Poudlard et l'annonce que Dumbledore lui avait faite. Harry sourit en imaginant la tête que ferait Ron en apprenant que son meilleur ami devait désormais partager ses appartements avec Snape.
Lorsqu'Harry eut fini de relire ce qu'il avait écrit à ses amis, il se rendit dans la Volière et accrocha les deux lettres à la patte d'une chouette blanche qui lui rappela douloureusement Hedwige et qu'il regarda s'envoler dans le ciel de cette fin de journée. Enfin, il redescendit en prit la direction de la Grande Salle où l'attendait un repas que son estomac réclamait depuis plusieurs heures. Ce n'est qu'une fois entièrement rassasié qu'Harry remarqua l'absence de Snape à la table des Professeurs.
Le reste de la soirée se passa calmement, Harry ayant rejoint les cachots et profitant d'un bon fauteuil pour lire un livre consacré au Quidditch, face à la cheminée du salon. Snape ne se montrait toujours pas, mais Harry ne s'en inquiétait pas, l'homme devait certainement s'affairer dans son bureau, préparant ses cours du lendemain. En effet, alors que la soirée était déjà bien entamée, la porte de son bureau finit pas s'ouvrir et Snape, l'air passablement fatigué, se servit un grand verre d'un alcool ambré qu'il posa ensuite sur la table basse sans en proposer à Harry, bien sûr. Ce dernier lui jeta un regard interrogateur par-dessus son ouvrage.
- Vous n'êtes pas en âge de boire ceci, Potter, répondit Snape en désignant la bouteille d'un signe de tête.
Harry éclata d'un rire bref et léger qui fit hausser les sourcils de Snape.
- Je suis majeur et vacciné, mais de toute façon je n'avais pour ma part nullement l'intention de me souler ce soir. Je me demandais simplement où vous étiez, pendant tout ce temps.
- Bien que je ne croie pas avoir de comptes à vous rendre, Potter, j'étais dans mon bureau.
- Vous n'étiez pas présent lors du repas, ce soir, insista Harry.
- Remarquable sens de l'observation, répondit Snape, cinglant.
Comprenant qu'il n'aurait droit à aucune explication supplémentaire, Harry détourna le regard et se replongea dans « Vie et Destin des Grands Noms du Quidditch ». Pendant un temps qui sembla relativement long à Harry, aucun mot ne fut prononcé. Pour autant, ce silence n'avait rien de pesant, il rappelait plutôt au Gryffondor les longues soirées d'été passées en compagnie de Snape, avant qu'il ne soit nommé professeur et que leur relation ne se détériore. Cette pensée réveilla une question qu'il brûlait de poser à son ancien professeur, et il referma son livre, cherchant la meilleure manière de la formuler.
- Professeur... commença-t-il, hésitant, et réalisant qu'il avait une fois de plus oublié d'appeler Snape par son nom. J'aurais aimé savoir... Que pensez-vous de ma nomination ?
Ce n'était pas vraiment la question qu'il aurait aimé poser. En vérité, il voulait savoir pourquoi Snape avait si mal réagi à l'annonce de sa nomination, mais il ne voyait pas comment le lui demander sans passer par des chemins détournés.
- Que c'est une des pires idées qu'ait eu Dumbledore, et Merlin sait qu'il en a eu beaucoup, répondit Snape sans même prendre la peine de regarder Harry.
- Ah vraiment ? Et pourquoi ça ? interrogea Harry, piqué au vif.
- Pour plusieurs raisons que je ne pense pas avoir à partager avec vous.
L'attitude de Snape commençait sérieusement à énerver Harry. Il avait fait l'effort, même si il répugnait à l'admettre, de venir lire dans le salon en sa compagnie plutôt que dans sa chambre, espérant qu'ainsi ils pourraient s'habituer à la présence l'un de l'autre, mais de son côté le Serpentard ne faisait aucun effort pour améliorer leurs rapports, bien au contraire.
- Je pense que si, au contraire ! répondit Harry, tentant de masquer sa colère. Je suis plus concerné que n'importe qui !
- Très bien Potter ! répliqua Snape, tournant cette fois ci vers lui des yeux flamboyants qui firent frissonner Harry. Puisque vous tenez tant que ça à l'entendre, je pense que vous n'avez ni le talent ni les connaissances nécessaires pour espérer enseigner quoi que ce soit à de jeunes sorciers, qui seront qui plus est bien plus intéressés par votre soi disant gloire et votre prétendu prestige que par le contenu de vos cours ! Satisfait ?
Harry sentit la rage palpiter en lui. Pourquoi, par Merlin, l'homme lui parlait-il de la sorte ? Qu'avait-il fait pour mériter un tel changement de comportement, un tel mépris ? Fulminant, il se saisit du verre à moitié plein de Snape et le but d'une traite. Constatant que ce dernier, furieux, allait répliquer en le traitant de tous les noms, Harry, sentant l'alcool s'insinuer dans ses veines, ne lui en laissa pas le temps.
- Et pourquoi ne pas l'avoir dit à Dumbledore, alors ? cracha-t-il. Vous n'osez pas, c'est ça ? Vous préférez vous persuader que je suis un crétin inculte plutôt que de chercher à connaitre les raisons qui ont poussé le directeur de Poudlard à me choisir comme enseignant ?
- Dumbledore a toujours eu un faible pour vous, répondit Snape d'une voix froide. Il a ses raisons de croire que vous êtes à la hauteur de la tâche qu'il vous a confiée, j'ai les miennes de penser que vous ne réussirez jamais à enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit.
- Vous n'aviez pas l'air si persuadé de ma stupidité, cet été ! cria Harry. Les deux hommes étaient à présent debout et se faisaient face, la rage émanant d'eux par vagues. Qu'y a-t-il, vous ne supportez pas de vous lier à qui que ce soit, ne serait-ce que d'amitié ? Vous préférez fuir dès que vous ne maitrisez plus totalement la situation ? Vous auriez sans doute préféré ne plus jamais me revoir plutôt que d'avoir à vous rapprocher de qui que ce soit !
Harry n'aurait jamais pensé dire de telles choses à son ancien professeur, mais pourtant il savait que sa théorie tenait la route. Le changement de comportement de Snape ne pouvait être dû uniquement à sa nomination comme professeur, il y a avait forcément autre chose, et Harry pensait savoir qu'il n'était pas si loin de la vérité en disant qu'il préférait fuir que de s'attacher à quiconque. Mais la voix froide et basse de Snape lui répondit alors, implacable.
- Il n'y a jamais eu d'amitié entre nous, Potter. Je ne faisais que mon devoir.
- Pourquoi alors vous être confié à moi au sujet de ma mère ? demanda Harry, dont la voix avait perdu de sa puissance.
- Il me fallait gagner votre confiance, pour m'assurer qu'ensemble nous puissions venir à bout des Mangemorts restants. Vous parler de... l'amitié que j'ai pu avoir avec votre mère m'a semblé le meilleur moyen pour y arriver.
- Salaud, répondit Harry. Sa voix n'était plus qu'un murmure à présent, mais il se reprit. SALAUD !
Le verre d'alcool, heureusement vide, alla s'écraser contre le mur et même temps que le poing de Harry. Miraculeusement le verre ne le coupa pas, mais il ressentit une terrible douleur dans son épaule droite qui le fit flancher. Ce geste n'échappa pas à Snape qui se retrouva à ses côtés en une fraction de secondes.
- NE ME TOUCHEZ PAS ! hurla Harry en se relevant, la main crispée sur son épaule. Des larmes de douleur brouillaient ses yeux, mais il n'eut aucun mal à éviter Snape et courut s'enfermer dans sa chambre avant que ce dernier n'ait eu le temps de réagir.
Une fois qu'il fut bien assuré que Snape ne viendrait pas le déranger, Harry s'effondra sur son lit et tenta de calmer sa respiration et les larmes qu'il avait du mal à contenir. Il regrettait de s'être montré si faible, d'avoir craqué face à Severus. Il n'aurait jamais pensé que les mots que son ancien professeur avaient prononcés le toucheraient autant, qu'ils lui feraient aussi mal. Pourtant, il voulait encore croire que Snape n'avait dit ça que pour brouiller les pistes, il refusait d'admettre qu'il ait pu faire tout ça simplement pour mener à bien leur mission, sans même ressentir une once d'amitié ou d'attachement pour Harry. Personne ne pouvait être aussi froid, pas même Snape.
Respirant un grand coup, Harry se redressa et se dirigea vers la salle de bain. Le reflet que le miroir lui renvoya n'était guère flatteur : il était blafard, et les larmes qu'il avait versées avaient laissé des traces sur ses joues. Passant son visage sous l'eau froide, Harry essaya de penser à autre chose qu'à la douleur cuisante qu'il ressentait dans son épaule, mais c'était peine perdue. S'asseyant à même le sol froid de la salle de bain, il ferma les yeux en priant pour que les élancements cessent rapidement. Il ne se voyait vraiment pas retourner chercher Snape pour lui demander une potion ou un baume calmant...
Pourtant, Harry n'eut pas à le faire puisqu'à peine cette pensée avait-elle traversé son esprit que la porte de sa chambre s'ouvrait et que Snape apparaissait dans son champ de vision.
- Puis-je savoir ce que vous faites à même le sol de la salle de bain, Potter ? questionna-t-il d'une voix qui avait totalement retrouvé son calme et sa froideur habituels.
- Je me repose, grimaça Harry dont les douleurs n'allaient pas en diminuant, bien au contraire.
- Ne soyez pas stupide et levez-vous, ordonna Snape en faisant volte face. Suivez-moi, je vais soigner votre épaule.
D'abord tenté, par pure fierté, de ne pas bouger d'un centimètre, Harry finit pourtant par se lever et emboita le pas à Snape, obéissant plus à son épaule qu'à son ancien professeur.
- Asseyez-vous là, fit le plus âgé en entrant dans le salon, désignant le canapé de velours vert foncé.
Après qu'Harry ait pris place, Snape fit venir à lui d'un rapide Accio un flacon rempli d'une crème d'un jaune vif qui sentait étonnement bon. Harry le regarda d'un air interrogateur, persuadé que Snape allait lui faire boire une potion.
- Et bien dépêchez-vous, je n'ai pas la nuit à vous consacrer ! Enlevez-votre t-shirt ! Et ne faites pas cette tête là Potter, je ne vais pas vous manger ! ajouta-t-il face à l'expression de pure horreur de son ancien élève.
Incapable de répondre quoi que ce soit, Harry obtempéra et bien vite son t-shirt se retrouva par terre.
C'est alors qu'avec beaucoup de douceur, Snape commença à appliquer délicatement (oui, les mots Snape, douceur et délicatement peuvent se retrouver dans la même phrase, la preuve) la crème sur l'épaule douloureuse du Survivant. Ce dernier avait réprimé un frisson au moment où la main de Snape était entrée en contact avec sa peau, mais ce n'était pas un frisson de dégoût ou même d'angoisse. Son corps avait été parcouru d'un fourmillement étrange, plus proche de... l'excitation. Lentement, alors que Snape massait précautionneusement la zone douloureuse, Harry s'autorisa à fermer les yeux. La main de Snape était étrangement froide, mais sa peau était douce et ses gestes précis, appliqués. Harry ne ressentait presque plus la douleur de son épaule désormais, remplacée par le plaisir du léger massage que le Serpentard lui procurait et par l'effet calmant de la crème. Alors qu'il commençait franchement à se laisser aller, la voix de Snape le sortit de sa rêverie, sans brutalité toutefois. Il sentit sa main quitter son épaule, non sans l'avoir, il l'aurait juré, gratifié d'une très légère caresse.
- Allez vous coucher à présent Potter, dit-il à voix basse. Demain est un jour important.
Demain. Il avait presque oublié la rentrée, les élèves, les cours, et tout ce que ça impliquait. Mais le massage de Snape l'avait trop apaisé pour qu'Harry se sente angoissé ou nerveux. Il se contenta d'acquiescer silencieusement et se leva en même temps que le Serpentard.
- Bonne nuit, murmura-t-il, sa voix couvrant malgré tout les derniers crépitements du feu qui s'éteignait dans la cheminée.
- Bonne nuit Potter, lui répondit doucement Severus avant de se diriger vers sa chambre.
Troublé, Harry regarda la porte se fermer, repensant au dernier regard que Severus lui avait jeté. Un regard où la haine semblait avoir été remplacée par un sentiment tout autre, mais qu'Harry ne pouvait définir. Un regard où, s'il y avait été plus attentif, il aurait pu voir briller une lueur rouge. Mais il ne remarqua rien, si ce n'est le bruit de la porte d'entrée qui claqua alors qu'il était déjà couché. Visiblement, Snape, lui, ne dormirait pas ce soir là...
J'attends vos reviews pour connaitre votre avis concernant ce chapitre ! Qu'en avez-vous pensé ? Et cette lueur rouge dans les yeux de Snape, mh ? Oh, et juste un petit indice : Harry n'est vraiment pas très malin concernant le mot de passe de Snape... Allez, je ne vous en dis pas plus :D A bientôt pour la suite.
