HHHHH

Chapitre 6 : Second départ

Kara mit un long moment avant de réussir à ouvrir les yeux. Lorsqu'elle y parvint, ce fut seulement pour voir au-dessus d'elle le visage inquiet de l'infirmière de Poudlard.

« Eh bien. Vous êtes coriace, miss Sallington. Bienvenue parmi nous. »

La gorge sèche, la jeune fille se contenta de la regarder. Elle tenta de se redresser mais le regretta amèrement. L'infirmière lui mit une main sur l'épaule en secouant la tête :

« Oh non, pas de ça. Vous êtes encore bien trop faible. »

Après que madame Pomfresh lui eût fait avaler trois potions aussi différentes qu'écoeurantes, Kara s'endormît de nouveau.

Son troisième réveil, le lendemain matin, fut plus consistant. Elle avait les idées claires et ses sens étaient nettement moins embrouillés. Elle parvint à se redresser contre son coussin, et à respirer normalement. Profitant du fait qu'il était tellement tôt que même madame Pomfresh dormait, elle s'étira lentement et évalua ses blessures. Une grimace apparut sur son visage en voyant les cicatrices. Une fine et longiligne courait sur dix centimètres de peau. Elle partait de la base de son cou vers la droite de sa poitrine. Son avant-bras droit avait lui aussi été marqué, ainsi que sa hanche gauche. Pomfresh avait réellement fait du bon travail, elle avait réduit les cicatrices à leur minimum.

Autrement, Kara sentait diverses douleurs musculaires qui – elle le savait – passeraient dans quelques jours. Elle était faible, mais ça, elle n'y pouvait rien.

Un quart d'heure plus tard, une fois que madame Pomfresh eût fini de l'examiner, son cousin, Gregorias, vint la voir, l'air grave et inquiet.

« Bonjour, Kara. » fit-il doucement en s'asseyant.

Elle hocha la tête.

« Bonjour. »

Sa voix était rauque, mais elle n'y faisait déjà plus attention.

Le jeune homme posa un regard marron inquiet sur elle, puis soupira doucement.

« Je suis navré. »

« Je sais. »

« Des Aurors vont venir te voir. »

« Je n'ai rien à leur dire. »

« Tu sais qu'il y a eu une attaque en même temps que celle dont vous avez été victimes? »

« Oui. »

« Ils veulent seulement te poser quelques questions. Savoir si tu as reconnu ceux qui ont fait ça. »

« Je le répète, je n'ai rien à leur dire. »

« Ils savent qu'ils ont mis oncle Conrad sous Imperium. Et qu'il a dû tuer tante Pamrella. Ils savent aussi que c'est lui qui t'a…fait ça. Mais ils aimeraient savoir si tu as pu reconnaître les Mangemorts. »

Kara se tut, la voix de Rogue raisonnant dans sa tête.

« Non. Je n'ai reconnu personne. Et crois-moi, j'en suis la première désolée. Mais un Mangemort, c'est un Mangemort. Nous savons tous bien qui suit Voldemort. »

Les yeux de Gregorias s'agrandirent de stupéfaction et de crainte.

« Kara ! »

« Quoi ? Tu croyais que je tairais son nom ? Que je choisirai le silence et la peur, après ce qu'il vient de faire ? Ce temps là est fini. Je le crierai haut et fort si ça peut me permettre de retrouver tous ces assassins. »

« Je t'en prie. Ne prend pas de folles décisions. Ne fait rien d'irréfléchi. »

Elle garda son regard dans celui du sorcier, et haussa les épaules.

« Je ferai ce que je dois faire. Comme chacun d'entre nous, mon cousin. »

Il ne dît rien, se contenta de l'observer, son visage fermé et noble.

« Les Aurors voudraient avoir une chance de retrouver les coupables. As-tu vu qui a tué ton père ? »

Le cœur de Kara cessa de battre l'espace d'une seconde. La phrase raisonna dans son esprit, et elle se souvint de la scène terrible qui avait précédé l'entrée de Rogue. Mais elle contrôla parfaitement bien son expression, et ne laissa rien paraître. Une partie d'elle s'inquiéta de la facilité avec laquelle elle pouvait rester stoïque depuis son réveil ici.

« Pas vraiment. »

Ce n'était pas tout à fait un mensonge, en fait. Après tout, elle ne s'était pas vue, n'est-ce pas ?

Gregorias hocha la tête. Il semblait tendu, malgré son contrôle. Kara savait pourquoi. Son cousin et elle ne se connaissaient pas plus que ça. Quelques lettres de temps en temps, de sa famille à la sienne, quelques visites. Mais Gregorias était aussi occupé en Irlande que ses parents l'avaient été en Ecosse. Les réunions de famille trois fois par an n'étaient pas grand-chose, et même s'ils étaient une toute petite famille malgré leur richesse et leur rang social, ils n'avaient pu garder des liens très puissants. Et puis chez les Sallington on apprenait pas ce genre de chose…à montrer ouvertement ses émotions, à parler de sentiments, à réconforter. Gregorias ne savait certainement pas que faire près d'elle, même s'il était un homme doux et profondément gentil.

« Je suis allé faire toutes les démarches nécessaires. » expliqua t-il finalement. « Tes parents t'ont laissée la totalité de leur fortune et de leurs possessions. J'ai demandé à Bulon, l'un des elfes de maison à mon service, d'aller à la propriété. Il prendra soin de tout jusqu'à ce que tu trouves de nouveaux employés. Tout a été préparé et nettoyé. Pour tes parents également. L'enterrement aura lieu demain matin dans le plus grand secret, au caveau familial. En tant que dernière Sallington d'Ecosse et en tant qu'héritière unique de la branche principale, tu sais que tu deviens le chef du clan. Et tu es en charge de toutes les responsabilités héréditaires de Conrad. Es-tu au courant de tout ? »

« Oui. Père m'avait enseigné tout ce qu'il y a à savoir. Je sais tout de ses placements et des possessions familiales. Je m'en sortirai. »

« Bien. Bien. » Dit-il doucement. « Je dois repartir rapidement pour l'Irlande. Demain, après l'enterrement. »

« Je sais. Comment vont Judy et le bébé ? »

« Bien. Judy te salut. Elle aurait aimé être là. Mais avec le petit qui n'a que deux mois… »

« Ne t'en fait pas. Tu leur transmettras mes salutations. »

« Bien sûr. »

Il y eut un instant de silence. Puis Gregorias fronça les sourcils.

« Kara… »

« Je vais bien. » Fit-elle fermement.

Son regard voilé, il hocha la tête et n'insista pas. Et intérieurement, Kara se demanda pourquoi elle ne parvenait pas à savoir elle-même si son affirmation était un mensonge ou non.

HHHHH

Quelques jours plus tard, Kara réglait le dernier détail de sa tenue. Elle accrocha son insigne de préfète et se regarda dans le miroir. En apparence, elle était toujours la même élève de septième année qui avait quitté les murs de Poudlard une semaine plus tôt. Pourtant, elle pouvait elle-même voir les différences. Ses traits plus tirés, plus durs, plus fiers encore. Ses yeux plus sombres, reflétant une détermination plus grande encore et une assurance égale, et dans lesquels un rien de colère et de haine brillait.

Elle se détourna et prit ses affaires. Sa main se referma sur la précieuse boite que Severus Rogue lui avait confié. Depuis qu'elle l'avait ouverte, elle était encore plus décidée à suivre ses idées. Tant de choses avaient mal tourné pour tellement de monde. Il fallait s'unir pour vaincre. Pour se venger.

Après avoir fait un dernier signe d'au revoir à Bulon, elle transplana de la propriété Sallington, sa propriété, à Pré-au-Lard. Elle marcha jusqu'à Poudlard et réussit à rejoindre le bureau de la directrice McGonagall sans rencontrer personne. Elle donna le mot de passe et monta.

« Entrez. » lui demanda la voix de la sorcière.

Kara s'exécuta.

« Madame la directrice. » salua t-elle.

Les yeux de McGonagall s'adoucirent l'espace d'une seconde lorsqu'elle les posa sur elle, mais Kara l'ignora.

« Mademoiselle Sallington. Je vous attendais. Comment allez-vous depuis l'autre jour ? »

« Très bien. » Elle enleva son manteau, et elle vit clairement la surprise chez sa directrice lorsqu'elle vit son uniforme. « Je vous annonce que ma décision est prise. Je resterai à Poudlard pour le reste de l'année scolaire. Je sais que les élèves reviennent ce soir pour la rentrée de demain. Mes bagages sont déjà ici. »

« Oh. Bien sûr. Si c'est ce que vous souhaitez. »

« Je veux mon diplôme, et je veux l'avoir à Poudlard. Et puis j'ai des responsabilités ici, envers mes camarades et envers moi-même. J'ai pris un engagement auprès de monsieur Dumbledore et de monsieur Rogue, puis envers vous et mon nouveau directeur de Maison. Je crois que vous êtes au courant de ce qu'il se passe dans les couloirs de cette école, du moins que vous en avez une idée. Et vous avez conscience que nous avons besoin d'alliés. Les élèves de la Maison Serpentard qui affichent les idées du Seigneur des Ténèbres auront à cœur de mettre en place chacune de ses demandes dans cette école. Si on les laisse faire, la réputation et l'image de cette Maison seront entachées à jamais. Et par là même la réputation et la crédibilité de chacun des sorciers qui sont passés, passent et passeront par Serpentard. Et c'est quelque chose que je ne peux laisser faire. Car j'aime cette Maison, j'aime Poudlard et en l'honneur de mon père, de mes grands-parents, en l'honneur de chaque personne ayant étudié à Serpentard et ayant porté les véritables valeurs de la Maison et du monde sorcier tel qu'il devrait être, je me dois de tout faire pour me battre pour notre honneur. Je le dois à tout ceux qui ont cru en moi un jour, et tout ceux qui sont animés du même amour que moi. »

Semblant soufflée, McGonagall hocha la tête. Kara se demanda si c'était bien des larmes qu'elle voyait briller dans son regard.

« Je comprend, et c'est très juste de votre part. Je suis certaine que vos parents auraient pleinement approuvé. »

« Ce qui m'amène au deuxième point de ma visite. J'aimerais que vous fassiez venir Remus Lupin ici. Maintenant, s'il vous plait. »

« Remus Lupin ? Mais pourquoi ? »

« Je sais tout de l'Ordre du Phénix, mes parents ne m'ont rien cachée. Et je sais qu'en ce moment même il est au nouveau QG, rentré de mission depuis quatre jours. »

« Comment pouvez-vous savoir une telle chose ? »

Kara eut un petit sourire malicieux.

« J'ai accès à toutes les ressources de mes parents. Et les gens qui répondaient à leurs ordres font désormais leurs rapports à nul autre que moi, madame la directrice. Il faut que je vois Remus Lupin, c'est d'une importance capitale pour la guerre et pour l'Ordre. Et si vous voulez vous pouvez très bien faire venir d'autres membres importants de l'Ordre. Après tout, ce que je sais les concerne tous. »

« D'où tenez-vous une information aussi importante ? »

« Vous le saurez, madame. »

L'animagus hocha la tête et se tourna vers la cheminée. Un quart d'heure plus tard, Kara était en face de Remus Lupin, Molly Weasley et Nymphadora Tonks. Une fois les salutations et condoléances passées, Kara prit de nouveau la parole.

« Je suppose que vous n'êtes pas sans savoir que tout le patrimoine Sallington me revient et que, selon les lois sorcières d'Ecosse, je suis à la tête du clan Sallington et ai hérité des charges de mon père. Je sais que l'Ordre n'en fait aucunement partie. Je sais aussi que je suis trop jeune pour en être un membre à part entière, et j'ai d'ailleurs bien assez à faire comme cela. En revanche, je crois savoir que le soutien financier de mes parents était pour ainsi dire votre unique source. Je voulais vous faire savoir que les dispositions qu'ils avaient prises ne se sont pas arrêtées avec leur mort. »

« Comment ça ? » demanda la directrice. Ses yeux brillèrent. « Vous – »

« Je me suis déjà occupée de tout, et vous aurez mon soutien comme vous avez eu le leur. Le compte a été rouvert avec un fond assez conséquent pour vous permettre de tenir largement pour encore une bonne année de guerre – ce que je ne souhaite bien sûr aucunement. Et j'ai fait en sorte que cette disposition tienne, même s'il devait arriver que je meure. »

« Au nom de l'Ordre au complet, je vous remercie grandement, miss Sallington. » dît McGonagall, émue de nouveau.

Kara hocha la tête.

« Ce n'est pas le seul changement que j'ai effectué. Le compte secret est au nom de trois personnes. Et il est absolument nécessaire que ces trois personnes soient consentantes et averties si jamais il devait arriver que vous ayez besoin de prendre la totalité ou une grosse partie de cet argent. »

« C'est une sage décision. » approuva madame Weasley, l'observant avec un regard doux qui mettait Kara mal à l'aise. Il fallait dire que la jeune fille avait déjà évité deux embrassades depuis l'arrivée de la femme rousse.

« Les trois noms sont Minerva McGonagall, Kratus Kimble – je sais qu'il coordonne la plupart des opérations depuis la mort de monsieur Dumbledore – et Remus Lupin. »

Le loup-garou sursauta.

« Quoi ? Moi ? Mais… »

« Tout à fait, profe- je veux dire, monsieur Lupin. Outre le fait que vous avez été un excellent professeur, je n'ai entendu que du bien de vous de part mes parents. Et je sais que l'Ordre du Phénix vous tient particulièrement à cœur. J'ai confiance, comme beaucoup. »

« Comment ça ? »

« A vrai dire, c'est une décision que j'ai prise il y a peu de temps. Le fait qu'un homme – en lequel j'ai une totale confiance – qui lui n'accorde cette dite confiance à presque personne la place en vous m'a suggérée que je n'ai pas fait d'erreur. »

« Oh, mais tu n'en as pas faite ! » s'exclama l'auror aux cheveux roses. « Remus, tu en es totalement capable ! »

« Mais qui est cet homme ? »

Kara sortit de sa poche la précieuse petite boite de laquelle elle ne se séparait plus depuis la mort de ses parents. Comme si elle était faite de cristal, elle la tendit prudemment à Lupin qui la saisit en fronçant les sourcils.

« Voici quelque chose qui pourrait bien faire basculer le cours de cette guerre. »

« Qu'y a-t-il à l'intérieur de si précieux ? »

Kara eut un sourire.

« Quelque chose d'essentiel. »

Intrigué, Remus fit glisser le couvercle et fronça les sourcils.

« Mais… » Il en sortit un vieil objet très usé dont la partie supérieure représentait des petits lutins dansant en cercles…enfin des lutins très usés et très étranges. « Qu'est-ce que c'est ? »

« Les personnages ? La représentation que ce font les moldus des Lutins des Bois, je crois. Ce vieil objet tout usé ? Une boite à musique moldue. »

« Je ne vois pas en quoi ce truc va faire avancer la guerre. »

« C'est exactement ce que je me suis dite, miss Tonks. » Les yeux de Kara pétillaient d'amusement. « Avant de sentir la magie émaner de cette boite à musique. Elle a appartenu à monsieur Dumbledore. »

Madame Weasley ouvrit des yeux ronds.

« Comment ? »

« Ca ne m'étonne pas de lui, personnellement. Et encore moins le fait qu'il est décidé de faire de cet objet moldu, bénin et cassé le récipient de la vérité. »

« Comment cela ? »

« Vous savez certainement ce qu'est le sortilège Souvenortus, ce sort très puissant qui permet d'emprisonner ses pensées dans un objet, pensées qui ne seraient accessibles qu'à un sorcier ou à un moldu bien intentionné et ayant un lien avec elles ? Monsieur Dumbledore a accompli ce sort quelques temps avant sa mort pour laisser son dernier message. »

« Ca a un rapport avec la guerre ? »

« Le message de monsieur Dumbledore ? Plus ou moins. C'est la vérité au sujet de celui qu'il nomme lui-même le sorcier le plus courageux qu'il a jamais connu, le plus borné et bougon qu'il a jamais rencontré, et son agent le plus loyal. A savoir Severus Rogue. »

« Pardon ? Rogue a assassiné Dumbledore ! »

« C'est à moitié vrai. Vous découvrirez que monsieur Dumbledore lui-même a tout orchestré, de la nomination de monsieur Rogue au poste de professeur de DCFM à sa mort de sa baguette. Dans un but multiple : sauver l'âme de Drago Malefoy et lui donner une chance de se détourner d'une voie tracée par son père et sauver la vie du professeur Rogue, qui commençait à être sérieusement soupçonné par plusieurs Mangemorts et qui était lié par un Vœu Inviolable qu'il ne pouvait honorer comme il le souhaitait sans tuer le directeur. De plus, monsieur Dumbledore était mourrant. Depuis l'été dernier. Même si le professeur Rogue avait refusé au dernier moment d'obéir et de l'achever, il serait mort quelques jours plus tard, voire quelques semaines. »

Elle laissa le temps aux autres d'enregistrer toutes ces informations, et Lupin reprit la parole.

« Et il vous a dit de me la confier à moi ? »

« C'était le premier nom qu'il a prononcé, avant celui de la directrice, de Potter et de Granger. »

« Il a laissé une pensée à l'intérieur lui aussi, n'est-ce pas ? »

Elle hocha la tête.

« D'une part l'endroit où il a caché Drago Malefoy pour lui sauver la vie il y a huit semaines pour que vous alliez le chercher et le mettiez en sécurité. Il semblerait que ce cher crétin ait décidé d'enfin apprendre à penser par lui-même après la mort de sa mère. D'autre part, le professeur Rogue a découvert une chose primordiale qu'il vous communique. L'emplacement d'un des Horcruxes. »

« Vraiment ? » demanda McGonagall en se laissant tomber sur son fauteuil. Elle semblait très pâle.

« Il semblerait qu'il soit un plus grand acteur encore que ce que tout le monde avait cru. Le Seigneur des Ténèbres le voit comme son serviteur le plus loyal et puissant, et pendant ce temps, le professeur Rogue accumule des informations et sabotent des missions. »

« Vous semblez le porter en haute estime, miss Sallington. » remarqua Lupin, la boite à musique toujours à la main.

« C'est le cas. Il a toujours été un bon directeur de Maison, même s'il est vraiment désagréable en temps normal. Mais je dois avouer que j'ai une dette de vie envers lui. »

« Ah oui ? »

« Il m'a sauvée la vie, cette nuit-là. » Pas la peine de préciser de quelle nuit elle parlait. « Il m'a donnée la boite, et un portoloin pour Poudlard. Sans cela j'aurais certainement servi de nourriture à un Détraqueur. »

Il y eut une nouvelle période de silence, et finalement la directrice se racla la gorge.

« Je suis certaine que Severus considère votre dette comme payée à présent, miss Sallington. Grâce à vous, la vérité à son sujet se sait, et il passe de traître à agent double. Encore une fois. Il va s'en dire que nous pouvons compter sur votre discrétion entière. »

« Bien sûr, madame. »

« Bien. Et j'espère ne pas vous voir dans ce bureau de si tôt à cause d'un quelconque conflit dans les couloirs. Vos camarades vont bientôt arriver. Vous pouvez rejoindre votre dortoir. »

Kara hocha la tête, se leva et salua les gens présents.

« Miss Sallington ? » intervint Remus. « Merci. »

« De rien. »

Puis elle partit. Sa tâche était accomplie, à présent il fallait qu'elle passe à autre chose. L'Ordre saurait prendre les dispositions nécessaires pour tout cela.

Toujours dans le bureau, les membres de l'Ordre songeaient à tout ce qu'ils venaient d'entendre. McGonagall soupira.

« La guerre a arraché une enfance de plus. » fit-elle tristement.

Remus hocha la tête.

« Outre le fait qu'elle ait très bien grandi, j'ai failli ne pas la reconnaître. Elle a l'aura de ses parents. Une aura forte et remarquable. Une aura de chef. Et l'attitude qui va avec. »

« Pour l'amour de Merlin ! » s'exclama Molly. « Cette petite ne devrait pas avoir autant de responsabilités à à peine dix-huit ans ! Surtout après ce qui lui a été fait. Pauvre enfant… »

« C'est là qu'est le problème, Molly. » dit Minerva. « Ce n'est plus une enfant. Le peu de traces d'adolescence qu'il y avait encore en elle a disparu cette dernière semaine. C'est une jeune femme à présent. Une femme qui a en effet de grandes responsabilités dues à son nom et à son rang. »

« Vivement que cette fichue guerre se termine ! »

Remus hocha la tête et prit la main de Tonks.

HHHHH

Ellina salua tous ses amis lorsqu'ils arrivèrent à la salle commune des Poufsouffle, et ils entreprirent de descendre ensemble vers la Grande Salle pour le dîner. Les discussions tournaient avidement vers leurs activités de vacances chez les jeunes hommes, et les beaux garçons qu'elles avaient rencontré chez les jeunes filles. Timrus, après avoir été voir sa petite amie de Serdaigle, Anna, rejoignit Ellina et entreprit de lui raconter en détails ses vacances. Ils plaisantèrent quelques minutes et allèrent s'asseoir à leur table lorsque la salle commença à sérieusement se remplir. Hermione vint la saluer et Ellina lui sourit, même si elle avait déjà l'attention toute tournée vers un autre point. La table du fond, celle des Serpentard, commençait à se remplir elle aussi. Le cœur de la Poufsouffle se serra en repensant à ce qu'elle avait lu dans les journaux. La petite Alexine Polton discutait allégrement avec deux de ses jeunes camarades de première année. Les places près d'elle restaient vides. Les amis de Sallington n'avaient toujours pas fait leur apparition. Tyrnor, Bulstrode, Goyle, Zabini et leurs détestables amis par contre étaient fièrement attablés, et lançaient des regards arrogants et supérieurs à toutes les personnes présentes. En les voyant se pavaner ainsi, en sachant de quoi ils étaient certainement responsables, Ellina eut une furieuse envie de vomir. Comment pouvait-on arriver à cet état d'esprit?

Presque tous les élèves et les professeurs étaient attablés cinq minutes plus tard, et les discussions continuaient dans un brouhaha bienvenu. La directrice était là, elle aussi. Deux Gryffondor retardataires s'assirent après être rentrés précipitamment.

Deux minutes plus tard les portes se rouvrirent soudainement, et les conversations se diffusèrent dans des murmures sourds en observant le dernier groupe arriver. Le cœur d'Ellina fit un bon. Sallington. Elle était revenue! Comment était-ce possible? N'était-elle pas partie en Irlande dans sa famille?

La préfète de Serpentard lança un regard sur la Grande Salle, ce même regard fier et intense que tout le monde connaissait. Son expression était posée et calme, ses lèvres dessinèrent même ce demi-sourire moqueur qu'elle affichait si souvent. Elle avança vers sa table, ses amis près d'elle la suivant sans un mot. Tous avaient une expression fermée, sombre, décidée. Ellina parvint pourtant à repérer quelques signes de leurs véritables états d'esprit. Les poings serrés de Kyle Dallon. Les larmes dans les yeux de Oriane Kopern. La pâleur de Regis Blumgard. Le tic au coin de l'œil de Graham Pritchard. La mâchoire serrée de Dan Krane. Les mouvements des doigts de Bradley Speedlam, comme s'il désirait avoir sa batte de Quidditch dans les mains. Et les traits d'inquiétude encore plus prononcés sur le visage pâle de Jenna McLane. Ils passèrent sans un mot auprès des Serpentard. Certains les regardaient avec un demi-sourire de fierté, et dans les yeux quelque chose s'apparentant à de l'admiration. D'autres avec crainte et nervosité. D'autre avec haine et mécontentement. Personne ne leur parla.

Ellina, tout comme tous ses camarades, savait bien ce qui était entrain de se passer. La guerre venait d'être passée en mode public. Pour la première fois, le groupe de Sallington se montrait plus qu'ouvertement ensemble. C'était la première fois qu'ils se montraient ainsi au complet devant tout le monde, qu'ils entraient ensemble dans la Grande Salle, et qu'ils s'opposaient totalement à leurs camarades en entrant bien après eux. Et ils avaient l'air plus que décidés à en découdre. Ce qui était arrivé aux Sallington avait dû toucher une corde sensible chez tous, que ce soit ceux dont les familles avaient des liens de sang lointains, de respect, d'affaires ou d'amitié avec eux, ou que ce soit ceux qui voulaient à tous prix éviter que quelque chose d'aussi injuste et horrible arrive à leurs proches.

Ils passèrent devant Tyrnor, Zabini et leur bande. La tension était à son comble, même les professeurs étaient sur le qui-vive. Tyrnor lança un regard de haine et de dégoût mêlé de dépit à Sallington, qui le lui rendit bien. Elle le fusilla littéralement du regard et ralentit ses pas. Ellina n'en était pas sûre, elle était placée assez loin, mais elle était certaine que Zabini murmura quelque chose et que la main de la préfète se dirigea vers sa baguette. Mais elle continua finalement son chemin et elle et ses amis allèrent s'asseoir ensemble à leur place habituelle, près d'Alexine qui n'en menait pas large.

Après quelques secondes, les murmures reprirent dans la salle. La directrice fit son discours et, à la surprise de beaucoup, ne mentionna même pas les Sallington. Puis ils mangèrent.

Ellina, pourtant, n'avait pas très faim. Et elle remarqua qu'elle n'était pas la seule. Que ce soit à la table des Poufsouffle, des Serdaigle, des Gryffondor et des Serpentard ou à la table des professeurs, beaucoup n'avait pas beaucoup d'appétit.

HHHHH

La première semaine se passa à la fois horriblement lentement et trop rapidement.

Le rythme fut repris assez aisément, et les classes se déroulèrent sans encombre. Les altercations, comme avant les vacances, étaient nombreuses, les tensions exacerbées. Qu'importe lequel des Serpentard on croisait il n'était jamais seul. Sallington notamment était toujours accompagnée de McLane. Tout comme les sixième année de leur bande, Krane, Speedlam et Dallon faisaient ensemble leur chemin. De même pour les cinquième année, Kopern et Blumgard. Même Alexine Polton se baladait avec plusieurs petits camarades.

A ce qu'Ellina avait entendu, personne n'avait osé approcher Sallington pour lui faire part de ses condoléances. Déjà distante auparavant, maintenant que sa situation était connue il semblait que tous les élèves la craignaient, comme si une aura de mystère et de danger l'entourait soudainement.

L'ambiance lourde qui régnait autour des Serpentard gagnait petit à petit tout le château. Plus le temps passait et plus les élèves étaient nerveux.

Ellina ne pouvait s'empêcher de repenser à la discussion qu'elle avait eu avec le fantôme de Gryffondor. Elle craignait plus que jamais pour l'avenir.

Malgré tout ce qu'il s'était passé, Sallington restait égale à elle-même. Elle était abominablement fière, toujours aussi moqueuse et d'après ce qu'Ellina avait pu en voir ses résultats n'avaient pas le moins de monde baissé.

« Il faudrait peut-être que tu penses à un peu moins rêvasser pendant les cours. »

« Hum? »

Elle leva les yeux vers Timrus, qui l'observait avec une expression amusée. Ils marchaient dans le couloir en direction de leur salle commune.

« En cours. Tu as toujours l'air dans les nuages. Est-ce que ça va? »

« Oui, oui. Tout va bien. C'est juste cette ambiance qui me… »

« Ouais. Je sais. Mais tu as l'air d'avoir quelque chose à l'esprit depuis quelques temps. »

« Tim, je te dis que c'est rien. Oh, zut! »

« Quoi? »

« Je dois aller voir le professeur Criton! J'avais oublier! »

« Il t'a convoquée? »

« Oui! Je te rejoindrai! »

Ellina fit demi-tour et courut, grimpant les escaliers aussi vite que possible. Criton l'avait convoquée plus tôt dans la journée, et ça lui était complètement sorti de la tête! C'était malin!

Elle arriva devant la porte, totalement essoufflée. Après avoir passé rapidement une main dans ses cheveux et remis sa cape d'aplomb, elle frappa et entra.

« Miss Scott. Vous êtes en retard de deux minutes. »

« Navrée, professeur. »

Elle avança et fronça les sourcils en voyant Sallington debout devant le bureau de son directeur de Maison.

« Je vous ai fait convoquées pour vous parler du devoir commun que vous m'avez rendu sur les propriétés de la plante Epharea en ce qui concerne la médicomagie psychologique. »

Ellina, nerveuse, très peu habituée à être ainsi seule ou presque en présence d'un professeur, lança un coup d'œil vers Sallington qui semblait très calme. Le directeur adjoint les observa quelques secondes d'un regard étrange. Puis soudainement il eut un sourire.

« Il est excellent. Je lui ai mis la note maximale, et ça le méritait amplement. »

« Merci, professeur. » répondit Sallington.

Stupéfaite, Ellina ne put qu'hocher la tête.

« J'ai été particulièrement heureux que votre collaboration ait des résultats aussi probants, ce qui n'est malheureusement pas le cas des autres groupes. C'est pourquoi je voulais vous féliciter personnellement. J'ai par ailleurs donné trente points à chacune de vos Maisons pour ce travail exemplaire. Et je me suis dit qu'il serait sans doute bénéfique de continuer cette collaboration. »

« Euh…comment ça? »

« Eh bien, miss Scott, j'en ai parlé à votre directrice de Maison qui a été tout à fait d'accord avec moi. Votre travail sur cette plante étant aussi bon, nous nous sommes dit que vous pourriez travailler une heure par semaine voire plus dans les serres, notamment la serre des plantes rares et dangereuses. »

« Avec tout le respect que je vous dois, professeur, j'ai peur de ne pouvoir en avoir le temps, avec les entraînements de Quidditch et mes devoirs de préfète. »

« J'en conviens parfaitement, miss Sallington. Mais il me semble que vous êtes libre le mercredi soir, de 19h30 à 20h30. Et vous, miss Scott, aussi. »

« Eh bien oui, mais - »

« Très bien! C'est réglé. Vous commencerez mercredi, dans cinq jours. Vous pouvez rejoindre vos autres activités, mesdemoiselles. »

Ellina et la préfète n'eurent d'autre choix que de partir. Une fois dans le couloir, Ellina soupira de frustration.

« Comme si on avait eu le choix! »

« Avec Criton, on a jamais le choix. » Fit la voix posée de Sallington près d'elle.

Ellina l'observa du coin de l'œil.

« A ton avis, on va devoir jouer les jardinières jusqu'à la fin de l'année? »

Avec un rictus, l'autre fille haussa les épaules.

« Qu'est-ce que j'en sais. » Elle se stoppa plus loin et se tourna vers Ellina. « Tu as passé de bonnes vacances? »

Ellina fut tellement stupéfaite par cette question qu'elle resta quelques secondes sans voix. Le rictus de Sallington parut se faire encore plus amusé.

« Je suis restée à Poudlard. » fit simplement Ellina, mal à l'aise soudainement sous le regard de la Serpentard. Elle ne savait pas pourquoi, mais quelque chose chez Sallington la rendait vraiment très nerveuse tout à coup.

« Oh, quel était le problème, papa et maman avaient d'autres choses à faire? »

Ravalant sa colère, Ellina la fusilla pas moins du regard.

« Quelque chose comme ça. » fit-elle entre ses dents.

Sallington lui fit un sourire moqueur en voyant sa réaction.

« Je vois. On se voit mercredi, Scott. »

Puis elle partit dans la direction opposée.

Ellina resta un instant figée, avant de se diriger lentement vers les quartiers de sa Maison. Quelque chose dans cet échange l'avait vraiment perturbée. Pourtant, en apparence, rien n'avait été différent d'avant. En apparence…Comme en apparence, l'attitude de Sallington n'avait en rien changé durant toute cette semaine.

Ellina rejoua la conversation dans sa tête, encore et encore, cherchant ce qui clochait dans tout ça. Mais elle avait beau analyser toute la scène, rien ne semblait la choquer.

Ce ne fut que quelques heures plus tard, au moment d'aller se coucher, que ça la frappa. Comme un coup d'électricité, quelque chose traversa son esprit et éclaira ses pensées.

D'ordinaire taquines, les remarques moqueuses de Sallington avaient été cette fois-ci plus froides, plus…mauvaises. Son expression aussi n'avait été qu'une imitation de celle, amusée et supérieure, qu'elle avait eu avant les vacances.

Mais ce qui était réellement différent chez la jeune femme, ce qui était terriblement différent, c'était son regard. Car au lieu du regard chocolat aux reflets ambres, ces yeux pétillants, chauds et doux, qui brillaient si facilement d'amusement, de malice, de colère, qui reflétaient si parfaitement toutes les émotions habitant Sallington, ces yeux qu'Ellina avait appris à si bien connaître et aimer…au lieu de ce regard vivant, il n'y avait à présent plus qu'un regard froid. Froid et vide. Surtout vide. Comme si masqué d'une pellicule empêchant quiconque extérieur de voir au-delà.

Comme si, peut-être, il n'y avait plus rien à voir derrière cette carapace.

Ellina ne put s'empêcher de frissonner, malgré la chaude couette qui la recouvrait.

HHHHH