Coucou ! Je ne vais pas blablater des heures (mon ordi n'a presque plus de batterie) aussi voulais-je seulement vous remercier pour vos reviews ! Dankeschon !


« Jillian ! Jillian, lève toi, tu vas rater ton train…

- Mmh… »

Bouche pâteuse, yeux bouffis. Et cette douleur, comme si un lutin s'amusait à jouer de la grosse caisse dans ma boîte crânienne. Je tournai la tête avec difficulté vers mon réveil. Retint un cri d'horreur. Il me restait à peine une demi-heure pour me préparer si je voulais arriver à l'heure à King's Cross. Quelqu'un ouvrit les rideaux.

« Ne t'inquiète pas, je viens d'avoir Jim au téléphone. Il t'accompagne en voiture, comme ça tu n'as pas besoin de prendre le bus. Il arrive dans trois-quarts d'heure. Allez, debout Jillie ! »

Jim. Il s'était passé quelque chose la veille, mais impossible de retrouver quoi dans les tréfonds de ma gueule de bois. C'était sans doute mieux ainsi. J'aurais tout le temps d'y revenir plus tard. Pour le moment, j'avais une douche froide à prendre et un sac à faire.

Malheureusement, la douche froide en question me fit bien vite retrouver la mémoire. Et je me pris à rêver que mon amnésie eût été éternelle. Je me souvenais que nous avions terminé la soirée à fumer sur le trottoir. J'avais finis par rentrer chez moi, bien que cela restât très flou. En revanche, avant… Jim m'avait embrassée. Jim m'avait embrassée. Comme s'il était amoureux de moi.

Je réagissais comme une gamine de première année, mais il faut signaler que c'était à peu près le niveau de ma maturité affective.

J'étais complètement chamboulée. Sur le moment, je lui en voulus beaucoup.

« Va crever Crivey ! », fulminai-je en me lavant les dents.

Néanmoins, entassant mes dernières affaires dans un sac avec rage, je me rendis compte que j'étais toute aussi fautive. J'étais ivre, certes, mais pas assez pour ne pas comprendre ce qu'il se passait. Je l'avais laissé faire, peut-être même encouragé.

Pourtant, ce n'était pas ce que je voulais ! Jim était et ne serait jamais rien d'autre que mon ami. Alors pourquoi voulait-il que cela change ? Car je ne pouvais mettre ce baiser sur le compte de l'alcool. Jim savait parfaitement ce qu'il faisait. J'aurais dû le sentir arriver. Mais j'avais été d'une cécité affligeante, et peut-être volontaire.

Il y avait tout de même un point positif à tout cela : je brûlais d'impatience de rentrer à Poudlard pour échapper à cette histoire …

« Jillian, ça sonne, tu vas ouvrir ? »

…Sauf qu'il allait d'abord falloir affronter Jim pendant le trajet. Quarante minutes de trajet, ma vie n'avait jamais été aussi réjouissante !

J'ouvris à Jim en me composant l'air le plus naturel possible. Lui paraissait absolument normal.

« Salut Jill ! Donne moi ta valise, je t'attends dans la voiture.

Je m'exécutai derechef, le regardant disparaître dans les escaliers avec soulagement. J'avais cinq minutes de répit, cinq minutes pour préparer les quarante suivantes. Après avoir embrassé papa, je descendis les escaliers à la vitesse d'un escargot lymphatique, tout en cogitant intensément. Arrivée en bas, j'avais décidé d'agir comme si de rien n'était. Surtout, ne pas paniquer, garder un rythme cardiaque stable. Je m'installai dans la voiture, il démarra, et après quelques banalités nous nous tûmes. J'essayais de passer outre ses regards en coin, et me persuadai que le silence qui régnait n'avait rien d'anormal, mais il devenait de plus en plus pesant.

J'allumai la radio. Le programme n'avait aucun intérêt, mais les publicités à répétition valaient mieux que notre mutisme embarrassé. Au bout d'un certain temps, n'y tenant plus, Jimmy éclata :

« Eteins ça Jillian, c'est ridicule !

Je reconnus avec bonheur le quartier de King's Cross. Il fallait que je gagne du temps.

- Je peux bien laisser la radio, on ne parle pas.

- Tu sais très bien pourquoi on ne parle pas, répliqua-t-il sèchement.

Plus que quelques dizaines de mètres… Je distinguai au loin la façade imposante de la gare.

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

- Ne commence pas à jouer à ça. Tu ne sortiras pas de cette voiture tant qu'on n'aura pas mis ça au clair.

Il donna un coup de volant et se gara avec impatience. J'étais prise au piège.

- Ecoute, Jim, je ne comprends pas pourquoi tu t'énerves. On était bourrés, on s'est embrassés, voilà c'est tout, pas de quoi s'affoler. C'est terminé maintenant.

Il se tourna vers moi et répondit d'un air excédé:

« Voilà pourquoi je m'énerve: parce que tu prends tout à la légère. On a dansé ensemble hier soir, on s'est embrassés Jill ! Et toi ce matin, tu m'ouvres, tu me fous ton sac dans les bras et tu trouves rien de mieux à faire que d'allumer cette radio de merde pour éviter de me parler.

- Parce que tu as essayé toi peut-être ?

- Je voulais te laisser réagir. Ca fait dix jours que j'essaye de te faire comprendre ce que je ressens Jillian. Maintenant la balle est dans ton camp...

Sa voix s'était adoucie et je sentais l'espoir poindre. On s'aventurait en terrain dangereux, il fallait que je choisisse mes mots.

- … Je ne peux pas. On ne peut pas Jimmy. Tu as toujours été mon meilleur ami et...

- Tu peux pas dire ça comme ça Jill. Ca fait deux ans qu'on ne s'est pas vus. Les choses changent.

- Mais je ne veux pas qu'elles changent, justement !

- Tu n'as rien ressenti hier soir ?

Attaque vicieuse. Je me défilai:

- Il faut que j'y aille. »

Je sortis en trombe de la voiture, mais comme j'ouvrais le coffre pour récupérer ma valise, j'entendis sa portière claquer. Il m'agrippa par l'épaule et me força à le regarder.

« Grandis un peu Jillian.

Je lâchai avec méchanceté:

- Tu ne pas supporter que je te refuse quelque chose, c'est ça ?

Il parut blessé un instant mais répliqua aussitôt:

- Pas sans raison valable. Tu dois faire un choix. Dis-moi seulement que tu ne veux plus jamais me revoir et je disparaîtrai.

Pff. Ce n'était pas en se lançant dans le larmoyant qu'il espérait me faire céder ? Je fixais le bout de mes chaussures d'un air buté.

- Si tu veux, je t'embrasse pour t'aider à choisir, fit-il, un sourire dans la voix.

- N'essaie même pas. »

Je m'assis dans le coffre béant en poussant un long soupir. Cette histoire me fatiguait. Ce baiser n'avait pas été désagréable, au contraire, mais je ne me sentais absolument pas prête à débuter une relation et encore moins à tomber amoureuse. C'était une atteinte à ma liberté que je refusais. D'un autre côté, je ne voulais pas faire le moindre mal à Jimmy. Je tentai une dernière parade:

« Il y a des choses que tu ne sais pas sur moi.

- Je les apprendrai. »

Je me levai, pris mon sac et fermai le coffre dans un claquement sourd. « Je les apprendrai »? Il avait réponse à tout ou quoi ? Et cette soudaine métamorphose en Prince Charmant, qu'est-ce que ça voulait dire ? Il fallait trouver une porte de sortie, peu importe laquelle.

« J'ai besoin de réfléchir, marmonnai-je, consentant enfin à lever les yeux vers lui.

Ce n'était pas très glorieux, je l'admets. Mais c'était le seul moyen de me débarrasser de lui sans le froisser. Je constatai qu'il avait retrouvé son sourire de gamin. Impossible de ne pas être séduit. J'étirai les lèvres avec hésitation.

Tentant le tout pour le tout, il approcha les siennes, mais je le repoussai d'une main ferme.

« Crie pas victoire trop vite Crivey. J'ai d'autres prétendants.

- C'est ça, laisse-moi rire. Dis-toi plutôt que t'es bien contente de m'avoir.

- Retourne chez ta mère, t'as aucune chance avec moi !, lançai-je en m'éloignant. »

Je l'entendis éclater de rire, mais le reste de sa réponse fut couvert par le vacarme de la circulation.

En entrant dans King's Cross, je réalisai qu'il ne me restait que dix minutes pour atteindre le quai 93/4 et pressai le pas.

« Des ennuis sentimentaux Lighthouse ?

Oh non. La journée s'annonçait merdique, mais là je battais tous les records.

Sirius Black m'avait rejointe et tirait désormais sa valise à côté de la mienne.

- Tu n'étais pas censé passer la fin des vacances chez James ?, demandai-je d'un ton froid.

- Il est parti en avant pour retrouver Lily, répondit-il avec une intonation que je n'identifiai pas mais qui ressemblait à de l'aigreur. Sirius Black, aigri ? Y avait-il de l'eau dans le gaz chez les Maraudeurs ?

- … Et pas la peine de me parler sur ce ton tu sais, poursuivit-il plus vivement. Je te rappelle qu'Angela souhaiterait qu'on se « rapproche ».

- Si c'est en mêlant de ce qui ne te regarde pas que tu te rapproches des gens d'habitude, laisse-moi te dire que ça ne marchera pas avec moi, rétorquai-je.

- Ouh, mademoiselle s'énerve ! J'ai touché un point sensible on dirait...

Je me plantai face à lui.

- Ecoute Black, on a qu'à s'ignorer comme avant, ça nous allait très bien, non ? De toute façon, il n'y a aucune chance que j'arrive un jour à te trouver sympathique. Il faut qu'Angie comprenne que les rêves ne se réalisent pas toujours.

Il m'adressa son éternel sourire narquois. Ce qu'il pouvait m'énerver !

-... Et pas un mot de ce que tu as vu à Angela, sinon...

- Sinon …? »

Il eut un petit rire moqueur, comme un jappement de chien.

Je tournai les talons et partis comme une furie, passai la barrière d'un pas rageur et m'engouffrai dans un wagon avant qu'il ne me rattrape.

Comment Angela pouvait-elle supporter un type pareil ?! Je fulminais. Jamais le désir d'étrangler quelqu'un ne m'avait assaillie à ce point.

Manquant de m'étaler par terre quand le train se mit en marche, j'en profitai pour reprendre mes esprits. Il fallait impérativement que je me calme, puisque, que je le veuille ou non, j'allais devoir cohabiter avec Black pendant plus de deux mois.

Quelques minutes plus tard, je retrouvai le compartiment où Emma, Fabian et Ludo étaient installés.

« Hello ! Comment ça va ?

- Et toi Lighthouse ? Ca roule ? Viens t'asseoir !

- Angie n'est pas là ?

- La dernière fois que je l'ai vue, elle cherchait Sirius, répondit Emma.

Je frissonnai de dégoût.

- A ce point là ? C'est épidermique maintenant entre vous ?, fit Ludo d'un ton roublard.

- Ne m'en parle pas. C'est bien simple, je ne peux plus le voir. »

Emma leva les yeux au ciel. Fabian et Ludo eurent un sourire emprunt d'impuissance et d'incrédulité.

Je rangeai ma valise au dessus de la banquette et m'assis en soupirant d'aise. J'étais en route vers Poudlard, loin de Jimmy et de mes problèmes familiaux, avec mes amis, et même Sirius Black ne pourrait pas gâcher cela.

« Bon, et alors ces vacances ?, demandai-je, désireuse de changer de sujet.

Fabian sortit aussitôt une photo de sa poche et nous la montra avec fierté. Les coins étaient écornés et d'innombrables traces de doigts révélaient qu'elle était passée entre de nombreuses mains, mais on pouvait tout de même y distinguer deux bébés allongés dans un couffin et gigotant de toutes parts en agitant un hochet. Ils étaient absolument identiques.

« Trop chou ! »

Cette voix toute attendrie, c'était bien celle de Ludo. Nous éclatâmes de rire, mais il fallait reconnaître qu'il avait raison. Les enfants de Molly étaient tous à croquer.

« Leur mère va bien ?, interrogeai-je en me tournant vers Fabian.

- Fatiguée, mais ravie. En revanche, ils n'ont pas trois semaines et ce sont déjà des terreurs. Ils ne ferment pas l'oeil de la journée, si bien que Molly et Arthur n'ont pas une seconde à eux.

- En même temps, ils adorent ça, intervint Emma.

- C'est vrai. Et ils ne vont certainement s'arrêter en si bon chemin !

- Vous comptez suivre la même voie ?

J'avais posé ma question avec une curiosité parfaitement sincère. Pour moi, il était évident que l'histoire de Fabian et Emmeline se terminerait par « Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ».

Mais ils me dévisageaient avec un mélange de surprise et d'effarement.

- T'es marrante toi, rigola Fabian. Pas romantique pour un sou, mais en ce qui concerne la vie des autres, tu vis encore dans un conte de fée.

Je me renfrognai.

- Ben quoi ? J'ai raté quelque chose ? Vous vous êtes séparés pendant les vacances ?

Emma prit un air apitoyé.

- C'est vrai que c'est incroyable. Tu es d'une candeur...

- Tu sais Jill, on est amoureux, mais ça ne veux pas dire qu'on va se marier dans l'été...

Fabian avait parlé en articulant les mots à outrance, comme si j'étais demeurée. Je le fusillai du regard.

Ludo était hilare:

- Non franchement Lighthouse, t'as grandi depuis l'âge des couettes et des culottes bouffantes ?

- Faut dire qu'elle a jamais eu de couettes aussi, ça expliquerait peut-être le problème...

Fabian n'avait pas tort: avec mes antécédents, je n'avais pas dû développé une sensibilité particulièrement féminine. Au fond, il ne fallait pas aller bien là: les histoires d'amour ne m'intéressaient pas, et je n'avais pas de connaissance très étendues en la matière. Mais ce qu'il s'était passé avec Jim tendait à montrer qu'il allait falloir grandir. Songeuse, je ne fis pas attention à la question d'Emma. Mal m'en prit. Elle m'interpella:

« Jillian !

- Mmh ?

- Puisqu'on en parle, je me demandais... Toujours personne dans ta vie ?

Garder mon sang froid. Mais l'expression presque avide que j'observais sur le visage de Fabian et Ludo me troubla.

- Je... Euh... Non, non. Personne.

Je hochai la tête vivement la tête, comme si cela pouvait authentifier mes propos. Evidemment, ils ne furent pas dupes. Pas du tout.

- Tu crois vraiment qu'on va gober ça ?, s'esclaffa Ludo.

A vrai dire, c'était l'intérêt qu'Emma portait à la question qui m'inquiétait le plus. Fabian et Ludo s'amusaient juste à chercher les potins, alors qu'Emma voulait me voir enfin éprouver un sentiment, me comporter comme une fille de mon âge. C'était une attention toute maternelle, mais je ne pouvais lui parler de Jimmy. D'abord parce qu'il faisait partie de ma vie Moldue, mais aussi parce que tout était trop neuf dans mon esprit. Je n'avais pas eu le temps d'y réfléchir réellement pour distinguer et comprendre mes émotions et je ne me sentais pas l'envie de le faire.

Il fallait donc que je trouve autre chose à leur mettre sous la dent.

Quitte à inventer.

« Il y a peut-être ce type... Mais rien de bien passionnant, je me suis juste surprise à le regarder avec un peu trop d'insistance l'autre jour... »

C'était un mensonge de très mauvaise qualité, dont le symptôme immédiat fut le teint enflammé que prirent mes joues. Mais cela passa pour la gêne du premier amour -ridicule-, ce qui parut les satisfaire.

Néanmoins, le regard perçant d'Emma me signifia qu'elle n'en resterait pas là.

« C'est vrai qu'il va falloir se bouge ma petite ! s'exclama Fabian. Tu es officiellement la dernière célibataire d'entre nous !

- Mais non ! Et Ludo ?

Ce dernier souriait de toutes ses dents.

- Raté ! J'ai rencontré une fille au match des Flaquemare contre les Cats. On a pris quelques bières ensemble, le courant est très bien passé et... Voilà. Je suis à nouveau en couple !

- Oh.

Décidément, depuis ce matin, tout semblait conspirer contre moi. J'aurais mieux fait de ne pas me lever. Je me sentais comme une gamine mal dégrossie, ignorante et naïve. C'était particulièrement désagréable. Pourtant, je n'étais pas née de la dernière pluie. J'avais dix-sept ans, des hormones et une connaissance raisonnable des choses de la vie. A la limite, la seule chose qui me différenciait peut-être de l'adolescent basique, c'était le fait que je ne plaçais pas ma vie affective au centre de mes préoccupations. Parce que je n'en avais jamais ressenti l'envie ni le besoin. J'étais une fille, certes, mais cela ne faisait pas de moi une groupie systématiquement aimantée au premier venu. L'idée d'avoir l'esprit occupé par une seule personne, l'objet de toutes mes pensées et toutes mes attentions, ne m'attirait pas exactement. Je percevais cela comme une amputation de ma liberté. Quand j'avais tenté d'expliquer cela à Emma, elle avait ri, et m'avait fait remarqué que j'avais en fait l'esprit très libertin, que j'aurais pu être une croqueuse d'hommes ! Mais je préférais ne pas prendre de risques, et de ne pas m'attacher.

Le problème, c'est qu'apparemment, entre Jim qui ne trouvait rien de mieux à faire que de tomber amoureux de moi et mes amis qui voulaient me caser à tout prix, les temps changeaient.

« Ce garçon te laisse bien rêveuse, Lighthouse, fit Fabian dans un sourire.

- Quoi, quel garçon ? J'ai raté quelque chose ?

Angie venait de surgir dans le compartiment.

- C'est maintenant que tu arrives ?

Emma m'adressa un regard plein de reproche. La question avait été volontairement désagréable, mais j'étais de mauvaise humeur, et le fait qu'Angie se jette dans les bras de Black avant de venir nous voir – bon, de venir me voir - n'arrangeait en rien les choses.

Elle ne se démonta pas:

- Ben alors Jillian c'est quoi cette tête ? On sort de vacances je te signale !

- Justement, les vacances sont finies. Je ne vais pas me réjouir quand même, si ?

- Quelle rabat-joie ! T'es pas contente de me voir ?, demanda-t-elle d'un ton suppliant.

Je me déridai. Elle eut un air victorieux et vint s'asseoir à côté de moi.

- De bonnes vacances on dirait, dit Emma.

- Délicieuses ! répondit Angie. Il a fait un temps de rêve à Bath et mes parents ont adoré Sirius. Oh, d'ailleurs ! Elle se tourna vers moi et prit un air maléfique. Tu te souviens de ce que je t'avais promis avant les vacances Jillian ?

Avant les vacances... Je fronçai les sourcils.

- Si ça peut te rafraîchir la mémoire: Sirius et toi n'êtes pas en très bons termes, je me trompe ?

Oh non. Le plan. Qu'est-ce qu'Angela avait bien pu inventer pour me forcer à adresser la parole à Black ? Mon air catastrophé la renseigna bien vite:

- Je vois que tu as retrouvé tes souvenirs.

- De quoi vous parlez ?, demanda Ludo avec curiosité.

Le sourire d'Angie s'élargit.

- Eh bien, vous savez tous que le niveau de Jillian en Métamorphose est assez désespérant ?

Ils hochèrent tous la tête d'un air entendu, tandis que je croisai les bras en attendant la suite, vexée. Où voulait-elle en venir ?

- Or, poursuivit Angie, qui compte parmi les chouchous de McGo ? Sirius !

J'espérais sincèrement que ce que je commençais à comprendre allait s'avérer faux. Mais non:

- J'ai donc demandé à Siri de remettre Jill à niveau pour qu'elle obtienne son ASPIC haut la main. Il lui fera une heure de cours par semaine ! Ca te va Jillie ?

Je la fixai, sans réaction, trop abasourdie pour répondre.

Non seulement j'allais devoir communiquer avec Black, mais je me retrouvais aussi en position de faiblesse, à subir son arrogance pour m'enseigner la matière que je détestais le plus ?

Fabian éclata de rire.

- Ca a l'air de te faire drôlement plaisir Jillian !

- Ecoute Jill, je t'avais prévenue non ? Et puis ne prends pas cet air accablé, je suis sûre que vous allez vous entendre à merveille !

- Je n'aime pas cette note de sadisme dans ta voix Angie... répliquai-je d'un ton rogue. »

Pour toute réponse, elle éclata d'un rire sardonique. Je me mis à la détester. Franchement, comment pouvait-elle m'infliger cela ? Je comprenais que la situation actuelle ne lui plût pas: elle aurait préféré voir son copain et sa meilleure amie comme les deux doigts de la main, pour former un trio dont elle serait le centre. Mais c'était une utopie.

Oui, j'étais dure. Mais j'étais surtout en colère. J'avais l'impression que tout le monde me forçait à changer. C'était tout de même à moi de choisir non ? La fin de l'école approchant, j'avais bien le droit de jouir de ces ultimes instants d'insouciance...

Lasse, je décidai de reléguer mes idées noires dans un coin de mon cerveau pour profiter de mon dernier voyage vers Poudlard.

oOoOo

Dès le lendemain furent affichées dans les quatre Salles Communes le programme des ASPICS, qui se dérouleraient entre les derniers jours de juin et le début du mois de juillet.

Les affiches, placardées sur notre tableau des Annonces d'ordinaire plus brouillon, réveillèrent les plus endormis d'entre nous au saut du lit. Imprimées à l'encre rouge vif, elles nous ramenèrent brutalement à la réalité. Les ASPICS constituaient véritablement la clef de notre avenir, du moins si nous comptions entreprendre des études supérieures. J'avais consciences de mes atouts, mais plus encore de mes failles. Failles qu'il me fallait combler pour réaliser mes rêves. Je ne pouvais m'empêcher d'envier Ludo et Angela, dont le futur était presque assuré grâce à leur talent de joueurs de Quidditch.

Evidemment, quand nous découvrîmes avec effroi ce qui nous attendait, Angie ne manqua pas de me glisser perfidement:

« Tu vois, j'ai bien fait de te trouver des cours particuliers de Métamorphose, vu le temps qu'il nous reste...

- Très drôle, répondis-je d'une voix d'outre-tombe.

Elle se planta en face de moi, un expression déterminée sur le visage, et prit mes joues dans sa main, me tordant la bouche dans une imitation à mi-chemin entre le poisson rouge et le lapin.

- Je ne sais pas ce que tu as en ce moment, mais t'es lourde Lighthouse. Faudrait réfléchir à changer ça.

- F'est toi qu'f'es lourde.

- Pardon ? J'ai pas bien compris...

Elle laissa tomber sa main.

- Ben oui, tu t'acharnes tellement à nous rapprocher, Sirius et moi, qu'on dirait presque que tu veux nous caser ensemble.

Elle leva les yeux au ciel.

- Je te demande seulement de faire un minuscule -elle rapprocha son pouce de son majeur de façon à ce qu'ils se touchent presque- petit effort. Allez, viens te remplir le ventre, ça t'aidera peut-être à retrouver la raison. »

oOo

Quand je sortis de Botanique, en fin de journée, le soleil baissait doucement sur l'horizon. J'étais restée à la fin du cours pour aider à nettoyer les dégâts causés par l'explosion de Bubobulbs, sans me rendre compte de l'heure. J'entendis soudain quelqu'un m'interpeller. Me retournant, je découvris Lily Evans qui titubait, une gigantesque pile de dossiers sur les bras. Sentant l'édifice perdre son équilibre instable, j'accourus pour éviter la catastrophe.

« Oh, merci beaucoup ! J'étais en train de me demander comment je pourrais tenir jusqu'au bureau de McGonagall.

- Heureusement que j'étais là ! Qu'est-ce que tu fais avec tout ça ?

- Ce sont les dossiers pour l'Académie des Sciences. Le Professeur Chourave a fini de les remplir et c'est à McGonagall de les envoyer. »

Je hochai la tête. Il devait y avoir le mien à l'intérieur. La petite Pomona m'aimait bien, elle me soutenait dans mon projet. En revanche, c'était à McGonagall d'apposer l'appréciation finale ; inutile de préciser que je doutais un peu de son enthousiasme à mon endroit.

Le silence s'installa. Je ne connaissais pas très bien Lily. Elève brillante, forte personnalité. Mais je n'avais jamais eu l'occasion d'aller au delà de ces traits extérieurs.

« J'ai vu ton dossier dans la pile, dit-elle alors que nous gravissions les marches du perron. Tu comptes entrer à l'Académie ?

- Oui. J'aimerais faire de la Médicomagie.

- Moi j'ai présenté la section de Guérison Magique.

Je souris.

- Simple différence de niveau.

- Tu es née Moldue, c'est bien ça ?

J'opinai du chef, intriguée.

- Comme moi ! Nous sommes beaucoup plus nombreux que certains se l'imaginent. Ca prouve que Tu-Sais-Qui a tort ! Excuse-moi, j'ai eu une discussion agitée avec Tesserus, le prof de DFCM. Ca me révolte qu'en enseignant une matière pareille, on puisse encore avoir ce genre de préjugés. »

J'acquiesçai vigoureusement. J'étais d'accord avec elle, quoique les Poufsouffles fussent assez épargnés par la discrimination anti-Moldus. C'était un combat qui se jouait surtout entre Serpentards et Gryffondors. La discussion se poursuivit, et Lily s'agitait et s'échauffait de plus en plus, menaçant de faire tomber les dossiers du haut de la pile. Elle m'amusait. Elle n'avait pas la langue dans sa poche, et tenait à ses arguments. Plus que Guérisseuse, je l'aurais bien vue en politique. Je commençais à me sentir à l'aise, moi qui d'ordinaire n'était pas douée pour la conversation. Lily Evans était une fille vraiment chaleureuse, elle possédait un magnétisme qui me la rendait sympathique.

En haut des escaliers, alors que nous abordions des sujets plus prosaïques, je posai la question qui me trottait dans la tête depuis une dizaine de minutes:

« Au fait, comment sais-tu que mes parents sont Moldus ?

- C'est Angela qui me l'a dit, elle parle souvent de toi. Tu sais, je l'aime beaucoup. Par rapport aux autres greluches que Sirius a pu ramener, elle est différente. Elle est rigolote, on l'a tout de suite adoptée. »

Je n'avais jamais réfléchi à cela. A force de fréquenter Sirius, Angie avait dû faire connaissance avec des Gryffondors, se lier d'amitié avec certains d'entre eux. Je m'en voulus soudain de ma jalousie, de l'exclusivité que je donnais à ma relation avec Angie. Je faisais preuve d'une étroitesse d'esprit ridicule. La preuve: cela faisait sept ans que je côtoyais Lily Evans sans jamais chercher à la connaître, et aujourd'hui, deux mois avant de quitter Poudlard, je discutais avec elle à bâtons rompus.

« Quand on parle du loup...

Nous arrivions au bureau de McGonagall, devant lequel, adossé au mur avec sa nonchalance habituelle, se tenait Sirius Black. Il ne parut pas excessivement ravi de nous voir et répondit avec impatience quand Lily lui demanda ce qu'il faisait là.

- Un rendez-vous pour mon orientation.

Un ange passa, mais Black l'extermina d'une phrase mesquine:

- Alors Lighthouse, prête à suivre des cours particuliers ?

- Tu n'imagines pas combien cela me réjouit, rétorquai-je d'une voix glaciale.

- Puisque tu sembles si enthousiaste, je propose que l'on commence dès samedi, rendez-vous à neuf heure à la bibliothèque, sans négociations. Attention, Lighthouse, ça ne moufte pas avec moi.

Avant même que j'aie eu le temps de répliquer, la porte s'ouvrit sur le professeur McGonagall.

- Eh bien, il y a foule. Black, soyez donc un peu galant et débarrassez ces jeunes filles de leur chargement. Vous déposerez les dossiers sur mon bureau. Evans, si ça ne vous dérange pas de patienter, j'aimerais vous voir après M. Black. Quant à vous, Lighthouse... Rentrez dans votre Salle Commune, je suis sûre que du travail vous y attend. »

Une fois que Sirius eût réussi à entasser tous les dossiers sur ses bras et à pénétrer dans le bureau de McGonagall, celle-ci referma la porte d'un coup sec.

« Sirius te donne des cours ?, me demanda aussitôt Lily avec une surprise non dissimulée.

- ... C'est une longue histoire...

- J'ai tout mon temps, sourit-elle.

J'hésitai -je la connaissais à peine !- mais finit par me lancer:

- Bon, pour faire court, j'ai un peu de mal à accepter l'idée que Sirius et Angela sortent ensemble.

C'était la première fois que je reconnaissais mes torts. Mais je ne ressentis pas cela comme une réelle confidence, car Lily Evans était à la fois assez proche pour comprendre et trop étrangère pour juger.

- ...Et comme tu vois, l'entente entre lui et moi n'est pas exactement cordiale. Bref, c'est une situation compliquée, qui personnellement ne me pose pas de problème, mais Angie ne voit pas les choses de la même manière.

- Je comprends. Tu sais, je crois que Sirius n'est pas plus heureux que toi de la relation de son propre meilleur ami. Avant, nous nous entendions vraiment très bien, mais depuis que James et moi sommes ensemble, il est beaucoup plus distant, presque... hostile.

- Ah oui ?

Ce n'était pas très charitable, mais je m'amusais de voir la source de tous mes ennuis partager les mêmes déboires.

- Au fond, je pense que c'est une réaction normale. Angie et toi, James et Sirius. Vous êtes liés comme par le sang. La séparation est difficile. Enfin, je pense que cela finira par s'arranger. J'ai trop partagé avec Sirius pour qu'il me déteste éternellement, conclut-elle avec un sourire. »

Je hochai la tête. Il devait être difficile pour Lily de s'intégrer dans une bande aussi solidement unie que celle des Maraudeurs. Mais au moins, Sirius ne la détestait pas comme moi je l'exécrais...

Réalisant avec horreur l'heure qu'il était, je lançai:

« Il faut que j'y aille, MacGonagall serait capable de me changer en cloporte si elle me trouve ici. A bientôt ! »

oOoOo

Si cette conversation avec Lily Evans m'avait permis de relativiser un peu quant à mes problèmes personnels, je ne pus échapper bien longtemps au Plan qu'Angela avait mijoté.

La semaine, saturée d'heures de cours et de révisions, passa en un coup de vent, si bien que je me retrouvai, samedi matin, à me diriger avec des pieds de plomb vers la bibliothèque. J'avais tout espéré, que Sirius se casse une jambe, que la bibliothèque ait été dévorée par un incendie... Mais quelqu'un là-haut ne devait pas me vouloir beaucoup de bien, puisque je me tenais là, le ventre noué, devant la porte imposante de la bibliothèque.

Je pris ma respiration et entrai. A part Mme Pince dont je sentis le regard me suivre avec méfiance, personne. L'imbécile ne manquait pas de culot, arriver en retard pour ma première leçon ! Enfin, cela avait le mérite de me placer en position de force. Je m'installai à une table et ouvris mon livre. Autant prendre les devants. Cette première semaine de cours m'avait vraiment épuisée. J'avais déjà bien entamé mon capital sommeil, et ça n'irait pas en s'arrangeant.

Il fallait juste que je dorme... Dormir...

Black fit enfin son apparition. Mais, changement de programme, il était accompagné d'Angie, laquelle, vêtue d'une combinaison disco, me regardait d'un air mauvais. Lui aussi était bizarrement accoutré d'ailleurs, avec un blouson en cuir et une banane gominé à la Elvis. Le décor changea brutalement. Nous étions dans la Grande Salle, décorée pour l'occasion aux couleurs de Gryffondor. Les bancs étaient remplis, et au bout de l'allée centrale, au lieu de la table des Professeurs, se tenait un autel devant lequel étaient agenouillés un homme et une femme. Une voix sortie de nulle part, ressemblant à s'y méprendre à celle du Professeur Dumbledore, s'exclama alors d'un ton joyeux: « Les mariés peuvent s'embrasser ! ». Quand ceux-ci se levèrent, je reconnus avec stupeur Lily Evans et Sirius Black. Je pris soudain conscience que des sanglots résonnaient à mes oreilles: à côté de moi, prostrée sur le banc, Angie pleurait. Mais le visage qu'elle tourna vers moi n'était pas le sien. C'était Jim, qui, le regard fixe, murmurait comme un refrain: « Pourquoi Jill ? Pourquoi ? ».

Il y eut un coup de feu.

J'ouvris les yeux.

« Désolé si je t'ai réveillée, mais tu bavais sur le livre. »

En face de moi, plus de décors farfelus, mais Sirius Black. Le vrai, avec les yeux rieurs et le sourire narquois. Il venait manifestement de tirer d'un coup sec le livre de Métamorphose sur lequel je m'étais endormie. Encore embrouillée par mon étrange rêve, je réussis enfin à reprendre mes esprits.

« Comme c'est attentionné de ta part, répondis-je, tentant de mettre de la morgue dans mes paroles. Mais ma voix éraillée par le sommeil sonnait faux.

Il m'ignora.

- Pardonne moi d'être arrivé en retard, je ne me suis pas réveillé. Enfin, poursuivit-il avec amusement, tu avais déjà commencé à travailler, c'est bien d'être aussi motivée ! »

Je gémis intérieurement. Il n'était pas là depuis trois minutes qu'il me tapait déjà sur les nerfs. Je reconnais que j'étais horriblement vexée: me faire surprendre dans une position aussi gênante, affalée sur la table, le nez dans mon livre, la bouche ouverte, un délicat filet de bave au coin des lèvres ! Et moi qui voulais me faire respecter, c'était un succès !

« Bon je propose qu'on commence. Il avait ouvert un bouquin et en examinait la table des matières. Tu veux réviser quoi ?

- Chais pas, fis-je d'une voix morne.

Il releva la tête et me fixa.

- Tu comptes vraiment tirer une tête de dix pieds de long jusqu'au bout ? Ca risque d'être compliqué tu sais.

- Je n'ai jamais demandé à être ici.

- En attendant, on est tous les deux coincés là je te signale. Et comme Angie me tuera si les choses n'avancent pas, j'aimerais que tu y mettes un peu de bonne volonté Lighthouse.

Je sentis avec satisfaction l'agacement qui perçait dans sa voix.

- ...Tu ne m'as jamais vraiment adressé la parole. Je ne sais pas de quoi tu as peur, mais je ne vais pas te manger tu sais.

Je m'insurgeai:

- Je n'ai peur de rien ! Ou du moins, certainement pas de toi Black. On ne sera jamais amis, c'est peine perdue d'essayer.

- Tu as des arguments ?

- Réponds-moi franchement Black. Tu m'aimes bien ?

- Je ne crois pas, non. Tu es renfermée, désagréable et apparemment très orgueilleuse.

- Voilà ! Je brandis le poing en signe de victoire. Il va bien falloir qu'Angie s'avoue vaincue. Je l'adore, mais elle vit dans un rêve.

Il avait un petit sourire un coin des lèvres. Je détestais cela.

- Tu devrais prendre cela comme un défi, et non comme un fardeau.

- Pardon ? Tu pourrais déjà t'estimer heureux que je te trouve une qualité.

- Tu es ridicule. Je pense que je devrais ajouter bornée à la liste de tes défauts. Comment peux-tu être l'amie d'Angela ? Ca me dépasse. C'est une fille si gaie... Elle rayonne toujours d'une joie de vivre incroyable, alors que toi tu... Au contraire, tu dégages des ondes négatives, maussades. J'ai l'impression que rien ne te fait jamais plaisir.

Je restai dans voix.

- Je ne vois pas ce que je fais encore ici, réussis-je enfin à lâcher. Je me levai brusquement de ma chaise. Je te charge de faire un compte-rendu détaillé de cette « leçon » à Angela, lançai-je en m'éloignant. »

J'étais folle de rage. Comment osait-il ? Pour qui se prenait-il, à donner son avis sur quelque chose qui ne le concernait en rien ? Il s'invitait dans mon amitié avec Angie, et se permettait de la juger, sans gêne aucune. Et d'un air si sincère, presque ingénu. Ce naturel relançait les vilains rouages de mon cerveau. Il remettait tout en question. « Comment peux-tu être l'amie d'Angela ? ». Si j'étais aussi bouleversée, c'est que par cette simple question jetée d'un ton anodin, Sirius avait rompu l'équilibre instable de ma confiance. J'avais peu d'amis, mais ils étaient mon bien le plus précieux. Ils me maintenaient en équilibre. Je n'aurais jamais été la même sans Angie. Quand j'étais arrivée à Poudlard en traînant des pieds, terrifiée à l'idée de quitter mon petit monde de Londres, c'était elle qui m'avait sortie de mes baskets de Moldue renfrognée. Elle m'avait désinhibée, et j'appréciais la personne que je devenais avec elle. Mais lui avait sali cela.

J'entrai dans le dortoir en un coup de vent. Angie n'était pas là. Elvira, l'une des filles avec qui nous partagions notre chambre, me demanda avec inquiétude:

« Ca va Jill ? Tu es toute pâle.

- Oui. Enfin non. J'ai... Mal à la tête. Je vais m'allonger.

- Oh. Très bien, je vais te laisser alors. Si tu as besoin de quelque chose, n'hésite pas. »

Elle sortit après m'avoir jeté un dernier regard de commisération. A peine la porte s'était-elle refermée qu'Angie entra.

« Ben qu'est-ce que tu fais là ? C'est déjà fini ?

- C'est même fini pour toujours, répondis-je d'un ton froid.

- C'était si terrible ? J'avais pourtant demandé à Sirius d'être gentil, remarqua-t-elle avec un sourire.

Je ricanai.

- Vraiment ?

Elle fronça les sourcils et vint s'asseoir à côté de moi.

- Enfin Jillie, qu'est-ce qui ne va pas ?

- Disons simplement que je refuse de voir ce type.

- Que s'est-il passé ?

Elle paraissait réellement préoccupée, mais j'étais trop en colère pour m'en soucier.

- Il s'est passé que j'ai enfin pu constater ce que je savais depuis longtemps: ton Sirius adoré est un odieux petit roquet imbu de lui-même.

Elle se redressa, livide.

- Je t'interdis de parler de lui comme cela Jillian. Tu ne le connais même pas.

Je me levai à mon tour.

- C'est toi qui ne le connais pas. Tu es complètement aveuglée...

- N'accuse pas les autres quand c'est toi qui est coupable Jillian. Tu n'as jamais fait aucun effort pour chercher à le connaître.

- Mais tu ne sais même pas ce qu'il a fait !

- Je m'en fous. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, mais je suis persuadée que tu as fait preuve, comme à ton habitude, d'une patience remarquable...

Je reculai de quelques pas, blessée.

- Tu es en train de m'accuser ?

- Oui. Parce que je sais comment tu es capable de te comporter. C'est toi qui est trop imbue de toi-même, ou trop lâche, pour consentir à vers le moindre pas vers l'inconnu. Tu es incapable de te faire des amis Jillian.

Il y eut un silence. Je déglutis. Rejoignant le seuil de la chambre, je murmurai:

- Sirius n'avait pas tout à fait tort alors. Je ne mérite pas ton amitié. »

Je ne sais si c'est elle ou un courant d'air qui en fut à l'origine. Mais quand la porte claqua dans un bruit sec, j'étais déjà loin.