Arrivé dans sa chambre, il s'aperçut qu'il ne tenait à rien. Ce qu'il utilisait vraiment se trouvait dans le labo et il était inutile de déplacer ces choses qui n'avaient pas leur place dans une chambre à coucher. Il ne voulait pas non plus courroucer davantage Léonardo en monopolisant de l'espace dans sa chambre. Celui-ci semblait déjà suffisamment ulcéré de toute la situation. Afin de démontrer qu'il était tout de même reconnaissant de la courtoisie forcée de son frère, il décida d'apporter un unique objet. Il chercha longuement ce qui était significatif et pas trop volumineux et de même si possible, serait un lien entre lui et son frère en bleu. Quelque chose pour lui rappeler que malgré leur situation présente et leur mésentente, il y avait un temps où ils étaient proches. Un temps béni que Donnie souhaitait revivre.
Après avoir mis sa chambre et ses armoires sens dessus dessous, il trouva finalement l'item parfait.
Il s'agissait d'une collection minéralogique que Léonardo lui-même lui avait offerte lorsqu'il était enfant. Il l'avait trouvé dans une décharge et, voyant un morceau de jaspe poli et rougeâtre à l'intérieur comme les yeux de la tortue au bo et sachant qu'étant curieux intellectuellement, il aimait les nouveautés, il lui avait offert. Bien que cela ne fut pas une collection impressionnante, n'étant constituée que de 36 pièces, elle avait été un coup de pouce pour son désir de pousser ses recherches plus loin et de son amour de la science. La boite ne prenant pas beaucoup d'espace, il la prit sous son bras, ainsi que ses draps en boule, dans la taie de son oreiller.
Avant de quitter, il jeta un œil vers son cadran numérique. Il était 22 heures, heure où lui-même ne se couchait jamais, trop occupé par mille projets, mais il était épuisé de cette fin de journée. De plus, Léo, lorsqu'ils n'étaient pas en patrouille, se couchait toujours à 22h, se levant le premier, à 5h30. Vivant, même si c'était contre son gré, dans la chambre de son frère, il devait se conformer à ses habitudes de vie.
Alors qu'il était sur le chemin de sa nouvelle chambre, il fut bloqué dans son chemin par un bras musculeux.
-Où tu vas, génie? la voix pâteuse et les yeux flous mais luisants ainsi que l'haleine fermentée de Raphael ne portait aucun doute sur l'activité auquel il s'était livré avant d'apostropher ainsi Donnie. Il avait bu, et pas qu'un peu.
Donnie détourna les yeux autant par embarras que par dégoût. Bien que lui-même venait de vider avec leur père une demie carafe de saké, il détestait l'ivresse. Aujourd'hui avait été une exception.
-Je vais dormir avec Léo. C'est ma nouvelle chambre, maintenant, marmonna-t-il, ne voulant pas prolonger l'entretien. Il pensa amèrement « Et tout ça, c'est de ta faute. Si tu n'avais pas fouillé dans mes papiers… »
Avec une colère totalement imprévisible, Raph frappa le mur de son poing, à un cm de la tête de Donnie, le surprenant tellement qu'il faillit échapper sa boite minéralogique.
-De quoi, merde, c'est ta chambre, maintenant? Malgré sa colère, son taux d'alcoolémie le faisait bafouiller les mots et il les cracha à un cheveu de son visage, s'étant dangereusement rapproché, plongeant ses yeux verts rougis dans les siens.
-Sensei a dit que…
Les yeux vitreux mais irradiant la rage, Raphael le coupa, postillonnant dans son effort d'arriver à articuler correctement. :
-Rien à foutre du vieux rat, qu'est-ce que Léonardo a dit?
L'inflexion sur le prénom semblait indiquer comment la tortue aux sais éprouvait une certaine rancœur envers le nommé, mais Donatello ne s'en formalisa pas. L'animosité de Raphael pour leur leader était un fait établi.
-Léo n'a rien dit. Juste de prendre mes affaires, répondit rapidement Donnie, tout en ne fixant pas son immédiat ainé dans les yeux. Défier Raph, lorsqu'il était dans cet état était dangereux. Il fallait alors agir avec la prudence qu'on aurait avec un animal sauvage.
-Donat..Donatello, jura Raph en luttant contre chaque syllabe et pour garder ses yeux focusés, Je sais pas, pourquoi il embarque dans ton manège. T'as rien pour le séduire. Il va virer ton cul de sa chambre d'ici trois jours.
Évitant tant que bien mal les postillons et l'haleine empestant le whisky, ou peu importe lequel alcool fort que la tortue rouge gardait dans sa chambre, Donnie se dégagea. Tout était de la faute de Raphael et sa frustration lui permit de relever la tête. Il comprenait que Raphael avait eu un choc de la fausse révélation de son béguin pour leur grand frère, mais il ne s'en laisserait pas imposer. S'il avait confronté Raphael plus tôt au lieu d'inventer un mensonge, ils n'en seraient pas là. Fermement, il fixa son frère dans les yeux et articula le plus nettement qu'il put afin que, malgré son état intoxiqué, Raph ne puisse se méprendre sur ses paroles.
-Il se peut, Raph, que tu aies raison. Cela sera la décision de Léonardo et je la respecterais, maintenant lâche-moi. Il m'attend pour dormir et il déteste qu'on contrevienne à sa routine.
Raphael le lâcha et se recula, marmonnant un non-sens comme « pas fini, génie. Léo va te foutre dehors, je te préviens… »
Donnie haussa les épaules et continua sa route pour frapper doucement à la porte de Léo, qui lui répondit d'entrer.
Sentant les yeux phosphorescents de Raph, au bout du corridor, qui l'observait à travers les brumes de son ivresse, le défiant presque d'entrer, il s'arma de courage et pénétra à l'intérieur de la pièce. Il ne devait pas prendre les menaces voilées de son frère au sérieux. C'était le whisky qui avait parlé à travers sa bouche et rien de plus. Demain, Raph ne s'en rappellerait probablement plus.
Léo était assis contre le montant de son lit, lisant. Il ne leva pas les yeux pour accueillir Donnie et tourna une page.
-Je t'attendais. Je me couche à 22h, lorsque nous ne patrouillons pas. Tu dois faire de même. Déjà que tu m'utilises, tu dois au moins respecter mon horaire.
La voix était froide et le regard de saphir ne s'était pas détourné de sa lecture.
Le cœur de Donnie se contracta. Il connaissait suffisamment Léo pour savoir quoi faire. Dans les rares occasions où celui-ci était furieux, il était mieux de ployer l'échine. De toute façon, ce n'était pas comme s'il était en position de protester.
Discrètement, il posa sa boite, bien à la vue, sur la bibliothèque de son frère et ensuite commença à préparer son lit, sur le matelas de futon, que Léo avait placé le plus loin possible du sien. L'exiguïté de la pièce, par contre, ne pouvait permettre une distance aussi grande que sans doute Léonardo l'aurait souhaité. Le cœur lourd, tout en arrangeant ses draps, Donnie tenta tout de même de justifier son retard, le plus doucement possible à son frère qui ne se souciait toujours pas de sa présence.
-Je ne voulais pas prendre trop de place. J'ai cherché ce qui était le plus important pour moi…
Léo tourna un peu plus bruyamment que nécessaire sa page et ne leva toujours pas les yeux, démontrant le peu d'intérêt désormais qu'il possédait vis-à-vis de qui comptait pour son frère ou non.
Avec un soupir étouffé, il bourra nerveusement son oreiller, jacassant pour diminuer la tension :
-Puis, j'ai rencontré Raph sur mon chemin, qui m'a intercepté pour me demander où j'allais. Il tenait à peine debout, spécifia—il avec un petit ricanement triste. Je crois qu'une nouvelle fouille en règle dans sa chambre s'impose peut-être, pour toi. Certainement qu'il cache de nouvelles bouteilles…
Machinalement, il avait relevé ses yeux vers Léonardo, maintenant qu'il avait terminé son lit. Il fut surpris de constater le regard marin de son frère, le scrutant avec intensité, son livre abandonné sur ses genoux.
Gravement, Léonardo lui demanda ce que Raph voulait.
Donnie, avant de répondre, étudia son frère un instant. Malgré le masque stoïque, Léonardo semblait tendu. Cela éveilla sa curiosité et de même il fut soulagé de constater que son frère ne niait plus son existence et lui posait directement une question. Le courroux de Léo avait changé d'objet. Sans doute, l'ivrognerie de Raph en était la cause. L'aîné détestait ce vice de leur frère et luttait pour l'en curer depuis des années. Heureux de ne plus être la principale cause de l'ire de la tortue en bleu, il raconta franchement sa rencontre avec la tête chaude.
-Oh, il semblait furieux de mon déménagement. Il a dit qu'entre nous, cela ne pouvait fonctionner, que tu étais trop bien pour moi et que tu allais me rejeter d'ici quelques jours. Il avait l'air très menaçant et vraiment enragé de la situation mais bon, c'est Raph. Et toi et moi savons pertinemment que lorsqu'il a bu, il dit et fait n'importe quoi.
Les yeux bleus énigmatiques ne dirent rien de plus, mais l'espace d'un instant, Donnie crut voir un bref sourire se dessiner sur les traits de son leader, mais il ne put le déterminer avec certitude, celui-ci éteignant brusquement la lumière.
-Bonne nuit, Donatello, souffla Léo.
-Bonne nuit, Léo, répondit doucement.
Malgré son état de fatigue, il ne s'endormit pas immédiatement, luttant contre son esprit qui le ramenait vers le baiser échangé plus tôt avec son frère. Il serra convulsivement ses poings, agrippant les draps. Y repenser amenait la formation d'une bosse dans son plastron et ce n'était pas comme s'il pouvait se soulager manuellement à moins de deux mètres de la carapace de son frère. De même, c'était mal d'ainsi fantasmer sur son frère à qui il avait causé suffisamment de problème. Dormir par contre, sans se masturber, ne lui étais pas arrivé depuis plus de deux ans, quand il avait rencontré April. Cette habitude était plus ancrée qu'il l'avait cru et son corps le démangeait furieusement pour être délivrer de ce désir persistant.
La respiration calme et mesurée de Léo indiquât que celui-ci dormait, paisiblement, du sommeil du Juste. Bien entendu que Léonardo, lui, n'avait pas de peine à s'endormir. Sa conscience ne le tourmentait pas et il était dédié uniquement au ninjustu, qui consumait sa vie. Il ne pouvait se caresser en pensant à des katanas, non? C'était la seule chose sensuelle de la part du leader auquelle Donnie avait assistée. Quand, passionnément, il prenait soins des lames de ses épées bien-aimée, un air concentré et attentif, alors que ses mains glissaient le long du tranchant, de haut en bas…
Il frissonna…peut-être s'il était silencieux et essayerait de se tenir le plus immobile possible, Léo ne se réveillerait pas… Il continua son mantra, essayant de faire fi du bruit sec et régulier provenant du Dojo. Raphael, peu importe, les raisons exprimait sa rage sur son sac de sable.
« Je serai vraiment calme ... je ne vais pas faire un gâchis ...Si Leo se réveille, je vais juste faire semblant d'être endormi ...»
Lentement, il essaya de se convaincre que c'était acceptable de faire ce que ses mains faisaient déjà. Il jeta tout de même un rapide coup d'œil à Léo pour s'assurer qu'il dormait toujours, avant de se tourner sur le côté, se disant que tout irait bien.
Lorsque ses doigts arrivèrent au bas de son plastron, son membre douloureux était déjà glissé hors de sa cachette. Il senti un frisson descendre le long de sa colonne vertébrale lorsqu'il prit sa virilité en main, découvrant son sexe déjà poisseux par l'excitation.
Cela lui semblait ... si mal. Tellement mal. Savoir Léo est à quelques pas ...
Mais même ainsi ... le plaisir qui s'accumulait dans son corps était différent de tout ce qu'il avait ressenti avant. La présence de l'aîné, presque à portée de bras le portait plus loin qu'il n'avait jamais été dans la montée du plaisir. L'odeur de Léo ne lui permettrait pas de détourner ses pensées du légitime propriétaire de la chambre vers April comme il en avait eu la brève tentation. C'était la première fois que la rouquine n'était pas le fruit de ses fantaisies et son corps semblait approuver ce changement.
Ses mains s'activèrent malgré lui, son esprit ne cessant de ressasser le baiser plus tôt. La chaleur qui émanait de Léo, ses lèvres douces mains possessives, l'aura puissante qu'il dégageait, empli d'une passion brute. Il retient à peine un gémissement…
La jouissance était proche, retardée par le fait qu'il tentait toujours de ne pas se tordre de plaisir, quand soudain, un bruit insolite lui parvint suivit d'une litanie de jurons comme il n'en n'avait jamais entendu.
Léo soupira, sa voix parfaitement claire et légèrement railleuse, exprimant le fait que, depuis tout ce temps, il ne dormait pas du tout :
-Demain, il faudra trouver un nouveau sac à Raph. Il vient de rompre le sien. Peut-être enfin, pourrais-je dormir, si tu cesses de remuer autant.
Mortifié, Donnie ne répondit pas.
