Chapitre 5 : Tiens tiens comme on se retrouve...
Quelques heures plus tôt, dans ce qu'il reste du dortoir des Gryffondors :
« - Mademoiselle Granger ? Est-ce que vous allez bien ? Par Merlin, qu'a-t-il bien pu se produire ici ?
- Je ne sais pas professeur McGonagall… annonça Hermione d'une voix lugubre, répondant ainsi à toutes les questions qui lui étaient posées.
- Seigneur ! s'horrifia la veille sorcière en voyant les joues striées de larmes de son élève favorite. Que vous est-il arrivé Hermione ? Quelqu'un vous a-t-il fait du mal ? Ne me dites pas que..., s'interrompit le professeur d'une voix blanche, ...vous étiez présente lors de la destruction du dortoir ? Vous avez vu ce qui c'est passé ?
- Rien, je vais bien. Non. Oui, je crois. Non. »
La rouge et or venait de répondre en rafale aux questions de son aînée, mais cette dernière sentait bien que quelque chose n'allait pas. Pour la première fois depuis son entrée dans la tour, elle croisa le regard de son élève. Et ce qu'elle y vit lui fit atrocement peur. Rien. Les prunelles chocolat de la jeune femme, qui exprimaient d'ordinaire une multitude d'émotions, que ce soit de la joie, de la colère ou encore de la tristesse, n'exprimaient absolument plus rien en cet instant. Le regard de la Gryffondore était aussi vide que son visage était fermé. La directrice des Gryffondors comprit alors que la sorcière en face d'elle était en état de choc. Elle s'approcha lentement d'Hermione, si près qu'elle pouvait presque la toucher, ce qu'elle ne fit cependant pas. La vieille femme se contenta de lui demander de la suivre. Hermione suivit donc son professeur jusqu'au bureau du directeur de Poudlard, marchant d'un pas d'automate.
Maintenant, dans la Grande Salle :
J'eus à peine le temps de poser un pied dans la Grande Salle qu'un cri retentit.
« - Mione ! Où diable étais-tu passée ? On s'est fait un sang d'encre ! fut la seule chose que j'entendis avant de me faire ensevelir par la masse de cheveux roux de ma meilleure amie.
- Ginny, tu m'étouffes… murmurai-je, enfermée dans l'étreinte de ma cadette. Je t'expliquerai ce que tu veux mais allons d'abord nous asseoir à notre table, je meurs de faim. »
Je me dirigeai vers la table des Gryffondors et m'assis auprès de mes deux meilleurs amis. Tiens, c'était étrange… Je n'avais ressenti aucune différence entre l'étreinte que m'avait donné Harry et celle que m'avait donné Ron. J'étais pourtant censée être amoureuse de ce dernier. Bizarre… Bah, j'étais sans doute encore sous le choc ! Ça reviendrait. N'est-ce pas ? Secouant la tête pour éloigner ces pensées futiles, je commençai à parler pour satisfaire la curiosité un peu morbide de mes amis et du reste de ma table, qui n'en manquait pas un mot. Sachant que je n'avais rien avalé depuis la veille au soir et que je mourrais de faim, je commençai à attraper un peu de tout ce qui passait devant moi. Par Morgane que c'était bon de manger ! Tiens : c'est la première fois que je jurais par Morgane. D'habitude, je m'en remettais plutôt à Merlin. Étonnant. Quoique après ce qu'il s'était passé hier soir, il en fallait plus pour m'étonner. Je leur racontai par le menu ce qui m'étais arrivé la veille, toutefois sans rentrer dans les détails quant à la sphère. Je ne savais pas pourquoi, mais je sentais que ça ne les regardait pas, et partager cette expérience avec eux me semblait déplacé.
« - Je venais juste d'ouvrir les yeux et je me suis compte que le dortoir était en ruine, avouai-je sans pouvoir empêcher les larmes qui se formaient dans mes yeux. Ensuite, McGonagall est arrivée… je crois qu'elle m'a parlé mais je ne m'en souviens pas à vrai dire. Je devais être en état de choc…
- Tu m'étonnes ! m'interrompit ma rouquine de meilleure amie. Je te le dis comme je le pense : il y a de quoi être sous le choc ! Tu dis que tu ne te souviens plus de rien, mais moi j'étais là. J'ai assisté à tout et laisse-moi te dire que je vais sans doute en faire des cauchemars jusqu'à la fin de l'année scolaire. Tu es ma meilleure amie Mione, et je t'aime ! dit-elle en posant sa main sur la mienne. Je te revois dans le dortoir, entourée de cette fumée toute bleue, des éclairs partout autour de toi… Je suis même sûre d'en avoir vu un frôler ta joue. Et le sourire que tu avais ! Tu semblais tellement joyeuse ! Comme… ensorcelée. C'est une des choses les plus terrifiantes qu'il m'ait été donné de voir.
- Je confirme. Enfin je n'étais pas là bien sûr, s'empressa d'ajouter Harry face à nos regards d'incompréhension, mais c'est moi que Ginny est venue réveiller en premier après l'évacuation de votre dortoir, et son expression était… dévastée. Je n'ai pas d'autre mot. Je ne t'avais jamais vue comme ça Gin'. Ça m'a brisé le cœur. Ensuite on a évacué le dortoir des garçons et on s'apprêtait à remonter dans le vôtre pour venir t'aider quand…
- ...tout à explosé ! continua Ginny d'une voix exaltée mais néanmoins tremblante à cause des larmes qu'elle retenait. D'ailleurs je ne sais pas si tu as remarqué mon merveilleux bronzage Mione, mais il est dû au souffle de feu que je me suis pris en pleine tronche quand j'ai voulu monter les escaliers pour venir te sauver.
- Je suis désolée de vous avoir fait aussi peur, m'excusai-je piteusement. Mes amis avaient risqué leurs vies pour moi et je ne m'étais rendue compte de rien.
- Ne sois pas désolée Mione, tu n'es pas responsable. Je parie que tu n'étais même pas consciente de ce qui se passait autour de toi.
- En effet. J'ai retrouvé mes esprits dans le bureau de Dumbledore. Il m'a donnée une potion pour que je me remette de mes émotions, et puis il m'a demandé ce qui c'était passé mais là encore, j'ai été incapable de répondre… Voilà c'est tout, annonçai-je en rougissant furieusement. Je n'avais jamais été douée pour le mensonge, surtout avec les gens qui me connaissaient bien, mais mes amis prirent heureusement ça pour une marque de honte.
- Tu n'as pas à avoir honte Mione, me rassura Ron en me lançant un regard tendre, n'importe qui aurait réagi de la même façon à ta place.
- Ouais, même si ça doit être dur pour toi d'être incapable de répondre à une question, annonça Lavande d'un ton fielleux. Celle-ci était penchée au-dessus de son « Ronron » et écoutait apparemment notre conversation depuis le début.
- Oh toi la ferme, commença Ginny, ceci est une conversation privée à laquelle tu n'as PAS DU TOUT été conviée alors je te conseille de t'en aller avant que je ne…
- Tout va bien Gin' ! Je ne lui en veux pas d'écouter les nouvelles les plus croustillantes de Poudlard ! blaguai-je pour détendre l'atmosphère. »
Tous les regards se tournèrent vers moi, stupéfaits. Et pour cause… Hier encore, j'aurais eu envie d'écharper cette peste pour bien moins que le simple fait d'écouter notre conversation. Mais aujourd'hui, je m'en fichais comme de mon premier sortilège. Comment pourrais-je en vouloir à la blonde alors que je ne ressentais plus que de l'indifférence, ainsi qu'un vague sentiment de pitié, envers elle ? Pour ce que ça m'importait, Lavande pouvait même avoir Ron. La seule chose que je souhaitais, c'était retrouver les sentiments que la sphère m'avait apporté. Parce qu'ils étaient infiniment plus beaux, forts et purs que ceux que j'avais eus envers mon deuxième meilleur ami, mon presque-frère. Mais avant, il fallait que je comprenne ce qu'était réellement cette fumée. Et pour ça, une visite à la bibliothèque s'imposait. Il fallait à tout prix que je sache.
Cette idée se grava dans mon esprit et même après le discours de Dumbledore et l'effet bombe qu'il avait eu sur ma maison, elle resta ma préoccupation principale. Toutefois, la partie de mon brillant cerveau qui ne commençait pas déjà à élaborer des stratégies était paniquée. J'allais vivre chez les Serpentards. Nos ennemis héréditaires. Et pendant plusieurs mois ! Si ma réaction d'horreur fut silencieuse, celles de mes amis et autres camarades furent nettement plus bruyantes.
Cependant je m'en fichais éperdument. Parce que je venais de croiser un regard dont je ne parvenais pas à me détourner. Un regard gris métallique auquel je semblais aimantée. Un regard qui aurait du être plein de haine mais qui semblait avoir peur. Une étincelle de courage y brillait, prouvant que le propriétaire de ce regard n'avait pas peur pour lui mais pour quelqu'un d'autre. Que devais-je en penser, sachant que ce regard était braqué sur moi ? J'avais déjà croisé ce regard des centaines de fois, et pourtant c'est la première fois que j'y voyais réellement quelque chose. Des sentiments. Ses prunelles, après des années de silence glacial, révélaient enfin leur potentiel d'expressivité. Et que ce potentiel était grand ! J'étais bouleversée jusqu'au plus profond de moi-même. A cause d'un simple regard. Qui appartenait à Drago Malefoy. J'avais parfaitement conscience de devoir rompre la communication visuelle avant que tout cela n'aille trop loin. Mais je ne pouvais simplement pas m'y résoudre. Au lieu de ça, je plongeai plus profondément encore dans ces envoûtantes prunelles argentées, qui n'avaient pas non plus l'air de vouloir lâcher les miennes. Et alors que cet échange ne cessait de gagner en intensité et en intimité, une question me vint à l'esprit : « Pourquoi diable Drago Malefoy s'inquiète-t-il pour moi ? »
