Chapitre 6 nous voilà!

Merci pour toutes les reviews et aux lecteurs/rices de l'Epidémie! Vos commentaires et vos réactions à chaud sont vraiment supers à lire!

Merci aux lecteurs fantômes, les stats sont belles à voir grâce à vous.

Merci à ma beta reader qui a la gentillesse de se tartiner mes chapitres avant amélioration/correction (elle a du courage) alors soyez gentils et allez faire un tour sur son profil: xAneurysm (sérieux, rien que son nom d'auteur en jette un max :p)

Et on se retrouve en bas?

Bonne lecture!!

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Allongé dans son lit, il regardait la femme endormie à ses côtés. La couette dévoilait à peine le haut de ses épaules laiteuses parsemées de taches de rousseur. Il s'amusait encore à les compter parfois – à son plus grand dam – et aurait pu les reconnaître entre mille à force de les avoir observées, fasciné par le dessin qu'elles traçaient sur la peau blanche de Madison. Ses paupières closes l'agaçaient à présent, le privant de ses grands yeux verts captivants. Son nez droit, parfait, tacheté lui aussi, bougeait un peu dans son sommeil. Sa bouche pleine, généreuse, finement ourlée, était légèrement entrouverte. Et ses cheveux roux, longs, lourds, contrastaient violement avec la blancheur de l'oreiller. Il aimait ce moment de calme du matin, où leur loft baignait dans la lumière rasante de l'aube dans un silence parfait. Il aimait la regarder si sereine – ce qui n'arrivait presque jamais.

Un bruit se fit entendre de la pièce d'à côté et il croisa le regard de sa compagne.

« Qu'est-ce que tu fais ? Demanda-t-elle la voix rauque de sommeil, un léger sourire aux lèvres, en se couvrant les yeux de son bras. »

« Je te regarde. »

« Tu aimes ce que tu vois ? »

« Je suis un peu frustré, commença-t-il en tirant sur la couette pour dévoiler la gorge de la rousse. »

Des pleurs cette fois l'interrompirent.

« Pour une prochaine fois, Casanova. Le devoir m'appelle. »

« Laisse, je m'en occupe. Prends-toi une douche. »

« Merci. »

Il la regarda s'étirer comme un chat avant de se défaire de la douceur de la couette, nue comme au premier jour, toujours aussi parfaite. Elle disparut derrière la vitre de la cabine de douche, opaque, qui laissait deviner sa silhouette élancée.

Les pleurs de nouveau. Il n'allait pas pouvoir la rejoindre.

Après avoir enfilé en vitesse un tee-shirt par-dessus son simple boxer, il sortit à son tour du lit et traversa sa chambre pour rejoindre la pièce d'à côté. Baigné dans la lumière douce du matin, le berceau trônait contre la fenêtre et déjà les pleurs se calmèrent à son arrivée.

« Alors, Princesse, on a bien dormi ? »

Il se pencha au-dessus du couffin et le bébé d'à peine quatre mois lui adressa un grand sourire, les mains tendues vers lui.

« Ouuh, s'exclama-t-il en se pinçant le nez, tu as décidé de gâter Papa dès le matin dis-moi. »

La petite éclata de rire alors que son père la posait sur la table à langer. Expert, il changea la couche en moins de deux minutes, luttant un peu contre les petits pieds qui ne cessaient de partir dans tous les sens. Une fois sa tâche accomplie, il s'arrêta un instant pour déposer des bisous papillons sur le ventre rebondi du nourrisson.

« C'est mieux quand c'est propre, n'est-ce pas ma puce ? »

Les yeux du nourrisson se fermaient de sommeil. Le biberon attendrait encore un peu, à présent qu'elle était au sec, elle voulait dormir.

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La cafetière siffla fortement sur la plaque à induction et il sortit deux tasses du placard pour servir le café. Il disposa sur le plateau croissants et confiture avant d'ouvrir les portes vitrées donnant sur leur terrasse. Au dixième étage du bâtiment, les bruits de la circulation autour de Central Park ne pouvaient pas les atteindre, une des raisons pour laquelle ils avaient choisis ce loft deux ans auparavant.

Une fois le croissant englouti, il se laissa aller sur sa chaise et s'alluma sa première cigarette de la journée, son café à la main. Il adorait définitivement ces matins-là.

« Je croyais qu'on arrêtait, lui fit la voix grave de Madison alors qu'elle s'installait à ses côtés. »

Elle tendit ses deux doigts fins vers sa bouche et lui attrapa délicatement le bâton.

« Jane ? »

« Elle s'est rendormie. »

« Coquine, sourit-elle en lui rendant la cigarette. »

Elle ne portait qu'un peignoir aux pans entrouverts sur sa poitrine où décidaient de s'attarder les gouttelettes tombant de ses longs cheveux mouillés.

« T'es magnifique. »

« Arrête tes bêtises, j'ai l'air d'un chien mouillé. »

« Un très beau chien mouillé alors. Je t'aime. »

« Très bien, continue comme ça. »

Un sourire vint flotter sur ses lèvres. Cette fille le rendait dingue. Depuis le début. Depuis leur première rencontre. Forte, indépendante, fougueuse, grande gueule, impatiente, et à la limite du bipolaire. Il ne lui connaissait que deux types de réactions : soit elle s'en fichait comme l'an quarante, soit elle se passionnait – dans le bon comme dans le mauvais. Il l'appelait Mad Madie quand elle s'énervait pour un rien et entrait dans des colères noires pour des futilités compréhensibles que d'elle-même. Il en était follement, passionnément amoureux.

« Tu dois vraiment partir ? Lui demanda-t-elle, la tête penchée en arrière pour capturer les quelques rayons de soleil. »

« Seulement dans deux jours, pour la signature de la fusion. Le Saoudien va se déplacer en personne et tout le conseil d'administration avec, je dois au moins faire acte de présence. C'est tout ce qu'on me demande de toute façon.»

« La boite agroalimentaire?»

« Non, celle des produits pharmaceutiques. A Atlanta. Je serai de retour le samedi suivant, bébé. »

Il se pencha vers elle et déposa un léger baiser sur ses lèvres.

« Tu piques, rit-elle doucement en le repoussant un peu. Et tu me caches le soleil. »

De nouveau, les pleurs retentirent. Finalement, le biberon, elle le voulait maintenant. « Elle a un don, je te le dis, elle sait toujours quand pleurer, grogna-t-il un peu avant d'entrer dans le salon. »

« Silas ? Intervint la voix de Maddison. »

« Oui ? »

« Tu peux attraper le journal dans le salon, je n'ai pas fini les mots croisés. »

« Vos désirs sont des ordres. »

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Silas se tenait près de Scott, à l'entrée du hameau. Il ne pouvait pas imaginer banlieue américaine plus typique que ce qu'il avait en face de lui. Une route serpentait sur deux cent mètres avant de finir par un large cercle pour permettre des demi-tours en douceur aux grosses SUV des familles, ces dernières se répartissant les six maisons de l'impasse. Chaque propriété était délimitée par des barrières dont la peinture blanche s'écaillait peu à peu sous les assauts du temps et le manque d'entretien. Les jardins avaient repris leur droit, et les anciens parterres de fleurs étouffaient sous les mauvaises herbes.

Aucun signe de vie. Aucun signe de vie vivante tout du moins.

Le brun jeta un coup d'œil nerveux vers le ciel qui commençait déjà à s'assombrir. Au loin, quelques grognements de zombies les avertissaient qu'ils n'étaient pas seuls. Ils allaient devoir nettoyer le coin avant de pouvoir se poser dans une des maisons, et surtout sécuriser le retour de Jaimie et de l'arbalestier qui les rejoindraient après le coucher du soleil.

Il vit du coin de l'œil Rick confier Judith à un Carl boudeur et se rapprocher d'eux de sa démarche chaloupée, la main posée sur son arme.

« La maison jaune a l'air d'être la plus grande, c'est celle qu'on veut, expliqua-t-il à voix basse. »

Silas jeta un coup d'œil aux maisons, il fallait que ce soit la plus éloignée.

« On va faire ça par groupe, continua-t-il. Carl, Judith, Eugène et Tara vont rester en arrière pendant que nous autres, on se charge du reste. On se divise en équipes et on avance, maison par maison. Pas de comportements héroïques. Le boulot doit être fait, point. Évitez les armes à feu, on ne veut pas ameuter la terre entière. »

« Ce n'est pas notre premier nettoyage, répondit Silas. On sait ce qu'on doit faire. »

« C'est le premier avec nous. Autant que les choses soient claires, rétorqua sèchement Rick en le fixant d'un regard dur. »

Silas leva aussitôt les mains en signe de paix.

« Scott, tu seras avec moi, Carol, et Sasha. Silas, tu seras avec Michonne, Rosita et Abraham. Maggie, Glenn et Noah feront un autre groupe. Des questions ? »

« Si jamais on a un problème, on a le droit de crier ? Ou on doit tout faire pour crever en silence ? »

Il leva de nouveau les mains.

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Suivant en silence l'ancien sergent qui avait naturellement pris la tête de leur groupe réduit, Silas avançait vers la première maison.

D'abord Jaimie qui partait de son côté, maintenant Scott. C'était quoi le problème de Rick avec eux? Ce n'est pas comme s'ils s'étaient montrés ouverts et amicaux depuis le début. Après des mois passés avec les mêmes personnes, se retrouver avec des inconnus pour une mission de nettoyage ne le rassurait pas. La fausse tranquillité des maisons n'aidait pas non plus à apaiser ses nerfs déjà à vif.

Il monta les marches du porche en bois de la première bâtisse sur leur droite, et un grincement long et suppliant se fit entendre. Il s'attira aussitôt le regard noir du grand roux à moustache. Il haussa les épaules en guise d'excuse, et suivit la troupe dans la maison.

Rapidement, Abraham le pointa du doigt avec Michonne et leur montra l'escalier sans un mot.

Sa nouvelle compagne le gravit aussitôt, le katana sorti. Silas se demanda un instant si c'était vraiment sûr pour lui et sa trachée de se tenir derrière elle. Une fois arrivés sur le palier, il prit sur la droite, la laissant explorer la partie gauche de l'étage. Il sortit sa machette de son fourreau et poussa doucement une première porte donnant sur une salle de bains. Personne. La porte du meuble à pharmacie pendait lamentablement ne tenant plus que par un gond, le rideau avait été violemment arraché et des traces de sang était visibles sur le carrelage blanc du mur. La maison avait déjà été fouillée. Par acquis de conscience, il jeta un coup d'œil au cabinet – vide – avant de sortir pour explorer la pièce donnant sur le bout du couloir. Une chambre s'offrait à présent à sa vue. L'armoire avait été complètement vidée et le lit éventré. Ceux qui étaient passés par là n'avaient pas fait dans la dentelle.

Il retrouva le reste du groupe au rez-de-chaussée.

« Rien à signaler, lâcha-t-il en réponse au regard interrogateur d'Abraham qui se renfrogna. »

« Suivante. »

Et l'ancien sergent tourna les talons sans attendre de réponse.

Silas leva les yeux au ciel, il ne savait pas qu'on pouvait faire plus autoritaire que Scott. Puis il avait rencontré Abraham.

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Scott suivait Rick avec précaution dans le salon sentant l'humidité. Il retint de justesse un éternuement. Foutue poussière. Le couteau à la main, il surveillait les arrières de l'ancien flic alors que le reste du groupe fouillait l'étage. Rick lui pointa du doigt un ancien bahut en bois et se dirigea vers la cuisine, lui laissant le soin d'explorer la pièce. Ce qu'il fit méticuleusement, mais la maison avait déjà été visitée ou alors les habitants avaient pris le temps de vider tous leurs placards avant de s'enfuir. Il ne put s'empêcher de soupirer de frustration. La faim commençait à lui jouer des tours et il se sentait faible. Il fouillait une armoire lorsqu'il entendit un bruit sourd à côté de lui. Il se releva brusquement et sentit aussitôt sa tête tourner, il en perdit même la vision pendant quelques secondes.

« Ça va ? Lui demanda Carol qui venait de poser son sac à dos sur la table basse du salon. »

« Juste faim, répondit-il avec un petit sourire. »

« On finira par trouver à manger. »

« Sinon Jaimie et Daryl en ramèneront, ajouta-t-il. »

Rick les rejoignit à ce moment là et leur fit signe de le suivre. C'était parti pour la deuxième maison.

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Silas suivit de nouveau Michonne à l'étage, suivant le schéma de la première maison. Il eut le temps de visiter deux pièces, toujours aussi désespérément vide avant de la retrouver figée devant une porte. Il s'approcha doucement d'elle, toujours aussi peu rassuré par le katana. Il comprit d'un seul regard. La porte était couverte de dessins d'enfants et de noms tracés d'une main hésitante. Elise, avec un cœur à la place du point, John, avec une fusée décollant du h vers un ciel étoilé et une lune riant à plein dents, et Samantha, soulignée par une vague verte finissant en une grande fleur jaune. A présent qu'il se tenait en face de la porte, il put entendre des grognements de l'autre côté du bois peint en bleu. Ceux qui avaient vidés la maison n'avaient pas voulu entrer. Il eut lui aussi envie de faire demi tour. Mais il savait qu'il ne pouvait pas prendre ce risque.

« Je m'en occupe, dit-il faisant sursauter Michonne. Descend rejoindre les autres. »

Elle ouvrit la bouche pour répondre mais finalement se ravisa et fit demi tour sans un mot, le laissant seul face aux trois prénoms alors que les grognements s'accompagnaient à présent de grattements rageurs de l'autre côté de la porte.

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Silas sortit sur le porche de la maison, machette à la main, le visage maculé de sang qui n'était pas le sien. Il nota dans une sorte de brouillard que la manche de sa chemise était déchirée. Dommage, c'était une belle chemise. Il n'avait plus le cœur à l'œuvre. Il était fatigué. Il avait faim. Il avait soif. Il en avait marre.

Il s'assit sur les marches, ses longues jambes étendues devant lui et il regarda absent le sang gouter de la longue lame avant de s'écraser contre le bois des marches. Du coin de l'œil, il vit Rosita le rejoindre, pas en meilleur état, et s'asseoir à ses côtés, ses jambes sagement repliées contre elle.

« Ça va ? Demanda-t-elle d'une voix douce. »

« Oui... C'est juste trop pour la journée, je pense. »

« Je suis désolée. »

« C'est pas de ta faute. »

« Je suis quand même désolée, insista-t-elle. »

« C'est toujours plus dur quand… »

Il n'arrivait pas à finir sa phrase. Merde, il avait toujours leur sang sur le visage. Elise, John et Samantha.

« Quand ce sont des enfants, acheva Rosita pour lui. »

« Voilà, grogna-t-il en se relevant. Ils font quoi les autres ? »

« Ils cherchent la cuisine, au cas où. »

« La dernière était vide, je ne pense pas qu'on aura plus de chance avec celle-là. »

« Alors j'espère que Jaimie et Daryl auront eu plus de chance que nous. »

« On bouge, avertit Michonne en les rejoignant. Vers la maison jaune. Le périmètre est sécurisé maintenant. »

Silas allait suivre le mouvement mais il fut retenu par la main de Rosita sur son bras. Sans un mot elle lui tendit un mouchoir en tissu qui avait connu une autre jeunesse et lui pointa du doigt son visage avant de s'esquiver. Le brun pressa le bout de tissu contre ses yeux et frotta le reste de sa peau, lorsqu'il éloigna sa main il vit des trainées rouges. Les visages des trois gamins dans leur chambre bleue lui revinrent immédiatement. Journée de merde.

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Assis en tailleur sur le parking, Jaimie et Daryl partageaient une boite de conserve de fruits et une bouteille d'eau. Ils avaient besoin de reprendre des forces avant de rejoindre les autres.

« Quand on sera motorisé et quand on aura un camp où tout entreposer, il faudra que l'on revienne. Il y a encore des choses intéressantes à prendre. Je n'ai pas pu tout embarquer. »

Daryl lui jeta un coup d'œil rapide, s'apprêta à répondre et finalement reprit son observation du parking. Elle ne tenta plus de converser avec lui, se dépêchant de finir sa maigre collation avant de reprendre la route.

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Jaimie et Daryl trottinaient sur la route, pressés de rejoindre le campement avant la tombée de la nuit. Depuis qu'ils avaient quittés Forsyth et ses banlieues tranquilles, ils n'avaient cessé de courir. Ca n'avait rien à voir avec les joggings qu'elle pouvait faire de temps en temps quand – à l'approche des beaux jours et prise d'une crise de conscience aigüe de son manque d'activité – elle prenait la peine d'enfiler des baskets pour faire le tour des trois pâtés de maison.

Le sac à dos tressautait à chacune de ses foulées, donnant des coups légers mais réguliers dans ses reins, le fusil entrait douloureusement dans ses cotes, ses chaussures de marches pesaient lourds au bout de ses pieds. Mais elle n'avait pas le choix. Elle ne pensait pas que Daryl ralentirait pour elle – et elle ne voulait pas prendre ce risque de toute façon.

Avant, elle aurait eu son iPod et les écouteurs enfoncés dans les oreilles, elle aurait laissé son esprit divaguer sur des considérations moindres de sa vie – le dernier mail un peu trop rageur reçu du patron, la voisine et son chat qui prenait son paillasson pour une litière, le voisin du troisième au regard trop lourd quand ils se croisaient dans la cage d'escalier, le énième message sur son répondeur de sa mère.

Là, tous ses sens étaient aux aguets. Elle était consciente du danger d'être sur la route aussi tard le soir, la pénombre rendant la moindre attaque imprévue fatale.

Avant, elle aurait pesté contre les pots d'échappement et son manque de souffle.

Là, grâce à une endurance développée pendant les deux dernières années, son souffle était régulier et l'air était pur.

Y avait pas à dire, la fin du monde, ça vous maintenait en forme.

Elle se souvint même d'avoir apprécié la perte des premiers kilos qu'elle avait toujours trouvés de trop. Elle avait souri quand son pantalon s'était avéré trop grand pour la première fois secrètement ravie de se découvrir un ventre un peu plus plat - aucune séance sporadique de sport et régime intempestif n'avaient eu cet effet-là. Avec le recul, elle se trouvait d'autant plus stupide. Cela faisait bien longtemps que ce genre de considération vaniteuse l'avait quitté.

Elle trébucha sur ses propres pieds et Daryl lui jeta un coup d'œil furieux. Ce n'était pas le moment de se perdre dans ses pensées.

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« Merci… pour tout à l'heure, souffla Michonne à Silas alors qu'ils gravissaient les marches de la maison jaune, rejoignant les autres déjà installés. »

Il lui rendit un sourire auquel il manquait quelque chose et en silence ils entrèrent. L'entrée s'ouvrait directement sur une grande pièce à vivre combinant salon, salle à manger et cuisine américaine. Rick et son groupe n'avait pas perdu de temps: plusieurs matelas, coussins, et couvertures s'étalaient un peu partout. Assez pour que chacun puisse s'allonger à son aise sans pour autant s'éparpiller à travers la baraque. Silas se rapprocha aussitôt de Scott qui nettoyait ses armes, assis en tailleur sur l'un des matelas au milieu de la pièce. Il était hors de question qu'il l'avoue à voix haute mais il était soulagé de retrouver son compagnon habituel.

Michonne ferma la porte après un dernier coup d'œil vers l'extérieur et les cadavres définitivement sans vie sur le bitume. En silence, ils se rassemblèrent tous au milieu de la pièce et se partagèrent leur maigre butin, les ventres grognaient de protestation à la vue du peu de nourriture qu'ils allaient devoir diviser en part égale. Carl, dans un coin, tentait de consoler Judith qui gémissait doucement – trop fatiguée à présent pour pleurer vraiment. Michonne s'approcha de lui et passa sa main sur le crâne duveteux du bébé.

« Elle fait ses dents, ses molaires maintenant, lui souffla-t-elle. C'est pour cela qu'elle est grincheuse. »

« Et on fait quoi alors ? On n'a plus qu'un pot de compote qu'on a réussi à sauver. Ce ne sera jamais assez. »

« Daryl et Jaimie vont revenir avec ce qu'il faut. »

« J'espère. »

« Tu veux que je la prenne en attendant ? Tu dois te reposer. »

« Non ça ira. »

« Alors rejoins-nous. »

Michonne pencha un peu la tête en voyant l'adolescent hésiter.

« Abraham, avoua-t-il doucement, ça l'énerve d'entendre Judith. »

« S'il fait la moindre réflexion, nous serons plusieurs à lui passer l'envie de recommencer. »

Carl ne put s'empêcher de sourire. Il n'avait aucun doute que Michonne pouvait faire peur, même à l'ancien soldat.

« Toujours pas de clope j'imagine ? Intervint la voix de Silas, son regard avide posé sur un paquet de biscuit. »

Des grognements lui répondirent. Le brun se passa la main dans les cheveux, plus frustré que jamais. Il finit par se relever de son matelas, étirant ses bras endoloris.

« Je vais voir dehors, m'assurer que Jaimie et Daryl n'ont pas de problème en arrivant, annonça-t-il. »

« Tu n'y vas pas seul, intervint Rick. »

Tout devint subitement plus intéressant que Silas ou Rick aux yeux des autres survivants, qui n'avaient aucune envie de se retrouver dehors après avoir enfin trouvé un endroit où se poser.

« Tout cet amour, c'en est trop pour mon p'tit cœur les gars, se moqua Silas. »

« Je viens avec toi, se proposa Scott. »

« Non, il faut que l'on parle. »

« Que vous parliez ou que tu nous gardes séparés ? Rétorqua le brun, pas dupe pour deux sous. »

« Silas, gronda Scott. »

« Les deux, répondit honnêtement l'ancien shérif.»

« Je vais venir, intervint Rosita. Ça va, Abraham, je sais encore me défendre. »

Rick hocha de la tête, leur signifiant son accord.

Silas s'assit sur l'une des chaises du perron et posa ses pieds sur la rambarde, jouant avec l'équilibre pour se balancer doucement. Rosita le rejoignit, assise plus sagement sur sa chaise.

« Tu vas finir par tomber. »

« Je t'ai raconté la fois où j'ai tenu sur une corde raide au-dessus du grand canyon ? »

« On ne se connaît que depuis quelques heures, répondit-elle avec un léger sourire. »

« Pas faux. Tout a démarré par un pari stupide avec mon meilleur ami, Alex. On était à Las Vegas pour le week-end... »

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« Nous ne sommes plus qu'à une vingtaine de kilomètres du camp, murmurait Scott qui ne souhaitait pas déranger leurs compagnons de voyage déjà somnolents. Si l'on part tôt dans la matinée, on y sera sur le coup de midi. »

« Ce serait prendre trop de risque. Il vaut mieux avancer le plus possible demain, et finir le reste de la route seulement après-demain. Nous aurons plus de temps pour découvrir le camp comme ça. »

« Si l'on part dès l'aube… »

« On partira à l'aube. Judith nous réveillera à ce moment-là, ajouta-t-il avec un sourire alors que ses yeux se posaient sur sa fille occupée à babiller dans les bras de Carl. Mais pour autant, je ne veux pas risquer quoi que ce soit. On peut encore tenir une nuit dehors. »

« Très bien. Concernant le campement, il y a deux façon d'y accéder, continuait Scott la tête penchée sur la carte, soit nous allons par le sud, la forêt nous offrant la protection nécessaire pour approcher discrètement – mais avec de plus grandes chances de tomber sur des rôdeurs ou, pire, des pièges. Soit par le nord, via cette baie, nous serons à découvert plus rapidement. Mais je pense que l'on peut déjà avoir une idée de ce qui nous attend si l'on monte en hauteur à la lisière. »

« Seulement si c'est assez dégagé, tu dois être à une cinquantaine de mètres du camp. »

« Pas idéal de l'extérieur. Mais une fois à l'intérieur, tu as le temps de voir venir. D'ailleurs, si personne ne l'a déjà fait, ce sera quelque chose à considérer pour la façade sud. »

« Pour notre bien à tous, vaudrait mieux que personne ne l'ait fait, rétorqua Rick en se passant la main sur le visage. »

« C'est là la plus grande inconnue effectivement, avoua Scott. Si des personnes sont déjà installées ou non. »

« Comment connais-tu l'existence de ce campement ? »

« J'ai toujours été adepte du camping et à force de faire des recherches, j'ai fini par glisser peu à peu vers le mouvement survivaliste sans jamais y adhérer pour autant – il se tut un instant et reprit pensif – j'aurais peut-être dû quand je vois où on en est. »

Rick eut un petit rire.

« Beaucoup de choses auraient dû être faites quand tu prends l'arrivée des rôdeurs en perspective. »

« Certes. Plusieurs camps regroupant les adeptes étaient évoqués. Je me suis souvenu de celui-là parce qu'il se trouvait en Géorgie, mais c'est tout. »

« Et pourquoi tu n'y es pas allé avant ? »

« Parce que jusqu'à présent, nous avions trouvé d'autres endroits. Ce n'était qu'une idée dans le coin de ma… »

« Papa, tu peux lui donner à manger, je n'y arrive pas, interrompit Carl. »

« La compote ? Demanda aussitôt son père en attrapant Judith. »

Il l'installa entre ses jambes, son petit corps contre son torse.

« Le dernier pot qu'on a, lui répondit son fils avec un petite grimace. »

« Va te coucher Carl, je prends la suite. Essaie de te reposer, on a encore de la marche demain. »

Il attrapa le pot de compote et la petite cuillère en plastique avant que son fils, soulagé, tourne les talons.

« Je vais te laisser, annonça Scott en se relevant. Me reposer. »

« Scott ! »

« Oui ? »

« Tes armes. »

Scott eut un instant d'incompréhension avant de se souvenir des conditions annoncées le matin même. Il se défit rapidement de son fusil, son arme de poing et son couteau et les déposa au pied de l'ancien shérif.

« J'ai un fusil à pompe dans mon sac, dit-il après un instant d'hésitation. Je te l'amène. »

Il n'avait plus rien à perdre à présent, autant jouer carte blanche jusqu'au bout et espérer que Rick Grimes était quelqu'un qui savait reconnaître la valeur des gens et surtout qui savait faire preuve d'empathie.

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« Et donc ? Demanda Rosita, impatiente d'avoir la fin de l'histoire et un peu agacée par les pauses dramatiques de Silas. »

« Je me suis cassé la gueule. J'ai bien cru que j'allais mourir ce jour-là. Heureusement qu'Alex m'avait convaincu de prendre le harnais et le filin de sécurité. »

« Tout ça pour ça ? »

« Je suis resté suspendu pendant une demie heure, complètement paralysé, incapable de bouger si tu veux tout savoir. »

Rosita ne put s'empêcher de rire de bon cœur.

« Alors, me balancer sur une chaise, sur un porche en bois d'une bonne maison américaine ne m'inquiète pas trop non. »

« Ah ouais ? Même si on faisait ça ? »

Joignant le geste à la parole, Rosita attrapa l'accoudoir en osier de la chaise et y imprima une petite secousse. Aussitôt, Silas se retrouva à battre des mains et des jambes pour ne pas basculer en arrière.

« Je vois qu'on s'amuse bien quand d'autres se cassent le cul à trouver à bouffer, fit la voix traînante de Jaimie à quelques mètres de là. »

La chaise percuta le sol lorsque Rosita la lâcha sous le coup de la surprise. Silas en profita pour se relever et s'approcher des escaliers.

« T'as trouvé des cigarettes ? Demanda le brun plein d'espoir. Content de te revoir entière. »

Il l'attira à lui pour la serrer contre son torse.

« Moi aussi mon grand, souffla-t-elle à son oreille, un grand sourire aux lèvres. Par contre, j'ai rien pour toi. »

Il relâcha aussitôt son entreprise.

« J'ai parlé trop vite. »

« Sympa l'accueil. »

« Vous dormez dehors, ou on peut enfin s'rentrer ? Grogna Daryl en passant devant eux.»