Le lendemain, en me réveillant, j'avais pris la ferme décision d'aider James du mieux que je pouvais. J'avais passé une bonne partie de la nuit à penser à ce que m'avais dit Holmes, la veille après la visite de James. Si nous devions nous plié à une enquête Holmes et moi dans l'hypothèse où un scandale toucherait James alors encore une fois, je pensais que c'était peu de chose pour protéger la vie de mon ami.

Je n'en voulais pas à Holmes de ne pas vouloir accorder son aide à James. Je reconnaissais la logique froide de Holmes. Mais je savais aussi que Holmes s'était mis plus d'une fois dans une situation délicate pour aider un client, m'entrainant avec lui dans la recherche de la vérité. Se pouvait-il que l'antipathie de Holmes à l'égard de mon ami ait pu influencer sa décision ? J'avais du mal à croire cela de l'homme qui possédait une telle maitrise sur ses émotions. Je ne l'avais vu que très rarement exprimé ses sentiments envers autrui et encore moins laissé ses émotions avoir une quelconque influence sur sa personne.

Après m'être préparé, je descendis au salon et je fus surpris d'y trouver Holmes déjà levé à une heure matinale. Je le saluais et m'installa à la table du salon. Holmes fumait d'un air nonchalant, adossé à son siège, alors que je sentais pesait son regard sur moi, je relevai la tête et nos regards se croisèrent.

« Pourquoi un tel regard de si bon matin Holmes ? »

Holmes ne répondit rien, continua à fumer sans détacher son regard du mien. Madame Hudson entra à cet instant, entre ses mains un plateau chargé de notre petite déjeuner.

« Bonjour messieurs, avez-vous jeté un œil dehors ? Le brouillard est si épais qu'on n'y voit plus nos pieds. »

Je souris à notre logeuse après qu'elle ait déposé une assiette devant moi. Lorsqu'elle fit de même pour Holmes, il repoussa l'assiette et continua à fumer. Madame Hudson lui jeta un regard mauvais.

« Vous avez bien raison Monsieur Holmes, continuais donc de vous nourrir de cette infecte fumée. »

Holmes ne prit pas la peine de répondre, il prit juste une gorgée de thé et continua sa cigarette comme si notre logeuse n'avait rien dit. Je ne pus m'empêcher de sourire face à ce spectacle de si bon matin.

Enfin madame Hudson, nous tendit les journaux du matin et après un dernier regard agacé vers Holmes, partit en fermant la porte derrière elle.

Après avoir entamé mon assiette et but une gorgée de thé, je me tournai vers Holmes qui lisait le journal.

« Vous êtes matinal aujourd'hui Holmes, avez-vous une nouvelle affaire ? »

Il ne releva pas les yeux du journal en me répondant d'une voix presque nonchalante.

« Le cas des documents volés dont je vous ai parlé n'a pas était résolu »

« Je pense que retrouver des documents volés depuis quelque jours déjà est peine perdu Holme, peut être à l'heure que nous parlons, ils ont traversé l'atlantique et sont entre les mains des Français »

« Peut-être » répondit-il Holmes d'un ton léger comme si l'affaire ne le concernait pas.

Je souris face à tant de mystère.

« J'ai compris, vous ne voulez pas m'en parlez tant que l'affaire ne sera pas résolu. Je vous laisse alors, mon cabinet ne vas pas tourner tout seul »

Je me levai et but d'un trait le reste de mon thé. J'allais ouvrir la porte quand Holmes me coupa dans mon geste.

« Watson, vous n'avez rien à me dire ? »

Je me tourna complétement vers lui. Il avait reposé son journal et concentrait toute son attention sur moi. Ses yeux me détaillaient puis remonta à mon visage, son regard attendant ma réponse.

« Je ne vois pas de quoi je pourrais vous parler Holmes »

Holmes prit son étui à cigarette posé sur la table, en tira une, l'alluma et fuma, ses yeux gris acier ne détachaient pas ses yeux des miens, il semblait réfléchir à ma réponse, puis il hocha seulement la tête et retourna à son journal.

Je le salua et quitta notre appartement avec un sentiment de culpabilité mais je le repoussa vivement en sachant que je faisais la bonne chose à faire.

En montant dans le fiacre et donnant l'adresse de l'hôtel où résidait James, j'espérais que Holmes ne se souviendrait pas que la semaine dernière je lui avais dit que j'ouvrirais le cabinet plus tard exceptionnellement à cause de la masse importante de travail que j'avais cumulé depuis un mois. Je sentais que j'avais besoin de l'octroyer une pause. Je m'agaçais et repoussa du mieux que je pouvais la nouvelle vague de culpabilité qui m'assaillit en cachant la vérité à Holmes.

J'avais senti mon pouls s'accélérais en sentant le regard de Holmes sur moi. J'avais la sensation que Holmes arrivait la plupart du temps à lire dans les mes pensées et même déceler mes mensonges avec une facilité déconcertante.

En m'arrêtant devant l'hôtel ou résidait James, je m'étonnant devant son élégance. Je demanda le numéro de chambre de James en me présentant comme un ami dont la visite était attendu. Le concierge me répondit facilement.

Lorsque James m'ouvert la porte son expression déconcerté me fit sourire.

« Je peux rentrer James ? »

« Bien sûr ! »

Il m'ouvrit la porte en grand pour me laisser passer. J'entra dans la pièce cossu et confortable. Sur la table se trouvait un café et des biscuits. Je me souviens d'un coup de notre temps en Afghanistan et de la faiblesse de James pour les sucreries.

Je m'asseyait sur le siège qu'il m'indiquait.

« Je tiens à m'excuser pour le comportement de Holmes. Une telle réaction de sa part est étrange. Je sais qu'il enchaine les affaires depuis plusieurs semaines et qu'il est facilement irritable pendant ces périodes. »

James me sourit en haussant les épaules.

« Je pense que lui et moi sommes incompatibles ou peut-être qu'il n'y'a une autre raison à tout ça. »

Je lui jeta un regard interrogateur et son sourire devint plus doux. Ses yeux verts semblaient plus amusés que sérieux.

« Bref, je ne peux pas obliger ton ami à m'apporter son aide. Je ne l'imaginais pas si intransigeant avec la morale et aussi prompte à juger les gens »

Mal à l'aise, je tenta de défendre à Holmes

« James, je ne pense pas que cela à avoir avec la morale, Il arrive à Holmes d'avoir des moments où il peut s'emporter quand quelque chose l'agace, c'est son caractère »

« Et moi qui croyait que c'était un homme de sang-froid »

Le ton de James était léger et moqueur, je lui rendis son sourire, rassuré que l'ambiance se détende.

« James je voudrais que tu me laisse t'aider. Je ne dis pas que je suis aussi compétent que Holmes mais je peux essayer d'améliorer la situation. Je pourrais aller voir ton … »

J'eu du mal à prononcer le mot mais le regard de James me mit à l'aise mais je termina ma phrase.

« Ton ancien amant, je peux tenter de le raisonner, lui faire comprendre que la vengeance ne pourra que risquer ta vie et la sienne. Tu n'es pas obligé de venir, je pense même que ta présence ne rendrait que les choses encore plus difficile »

James se pencha légèrement vers moi et son regard était tendre, je tressaillis, gêné d'être l'objet de ce genre d'émotions.

« John, les souvenirs que j'ai de toi sont bien pâles face à la réalité.»

Je ne trouvai rien à répondre à ça mais j'étais touché.

« Tu es d'accord alors pour que je le rencontre ? »

« Et ton ami qu'en pensera-t-il ? »

Je détournai mon regard vers une peinture de nature morte très réaliste.

« Je vois, il n'est pas au courant. Il n'as pas l'air le genre d'homme à accepter les cachoteries, surtout de cette teneur »

« Holmes et moi malgré les apparences avons deux vies bien distinctes. Je ne sais pas tout le temps où est ce qu'il va et s'en est de même pour moi »

James m'effleura sa main pour obtenir mon attention.

« J'ai des doutes sur le fait que Holmes ne sait pas où tu es à tout moment de la journée. »

La tournure de la discussion ne me plaisait pas et je changeai de sujet pour ne pas penser à ce que venais de dire James et tenta d'obtenir une réponse.

« Alors James ? »

Il sourit et se leva, me tendit la main que je pris sans réfléchir pour me lever et être face à lui. Il garda sa main dans la mienne et la serra doucement.

« Je suis d'accord John, j'espère juste que tu as bien réfléchis à ce que tu fais. Je ne veux pas être source d'ennuis pour toi. »

Je tentai de le rassurer en prenant un ton léger.

« Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi, ta situation doit t'être suffisamment pénible pour que tu ajoutes d'autre soucis. Je dois aller au cabinet, mes patients ne vont pas tarder à arriver »

Il prit un calepin posé sur la table basse et le stylo qui s'y trouvait à coté puis écrivit quelque chose rapidement et arracha la feuille pour ensuite me le tendre.

« Voilà son adresse. J'aimerais qu'on se voie après ta rencontre avec lui pour connaitre la situation et ce qu'il t'aura dit. »

« D'accord, j'irais le voir en fin d'après-midi, nous pourrions nous retrouver à 19 heure au même pub que la dernière fois. »

« Bonne idée John, j'y serais. »

Il me raccompagna à la porte, posa la main sur mon épaule et exerça une légère pression.

« Je n'oublierais jamais ce que tu as fait pour moi, même si tout cela se finit mal »

« James, est ce tu as oublié ce que tu as fait pour moi en Afghanistan ? Ce que je fais maintenant n'est rien comparé »

James me proposa de me raccompagner jusqu'à l'entrée de l'hôtel, il me raconta brièvement, des anecdotes de ses années militaires et me donna des nouvelles de compagnon de guerre. Pendant ces brefs instants, un sentiment de nostalgie m'envahit. Je me rendis compte au fil de la discussion, que la guerre n'était pas faite pour moi. Je n'avais pas assez le sang-froid, je me souviens encore que chaque perte en tant que médecin militaire était pour moi un échec personnel, blessant l'homme jeune et trop naïf que j'étais à l'époque, croyant pouvoir aider et sauver à moi seul, une grande partie des soldats mais la réalité fut froide et aussi violente que la guerre elle-même , à peine avait je finis de soigner ou de déclarer un mort que des dizaine arrivaient.

Au moment où j'allais répondre à une question de James sur mon cabinet, je percutai de plein fouet quelqu'un.

« Excusez-moi je ne faisais pas attention »

« Il vous faudra plus que des excuses Watson pour vous sortir de là »

Je relevai la tête ne pouvant croire à la voix que j'avais entendue. Holmes était en face de moi.