De Magie et de Sang

Résumé général : En 1977, les mages noirs souhaitent assainir la communauté magique et sèment le chaos tandis que les Cracmols et Nés-moldus revendiquent leur place. Les élèves de Poudlard s'interrogent sur leur avenir alors que Lily Evans découvre un étrange livre…

Résumé du chapitre précédent : La Gazette commence à ne plus nommer directement Voldemort dans ses colonnes, par peur du mauvais œil. Lily est devenue amie avec Cynog Darren Warwick, un cracmol pro-moldu recherché par le Ministère. Elle veut l'introduire à Poudlard afin de récupérer les informations que contient Fortis, un vieil ouvrage du 17ème siècle écrit par deux mystèrieux personnages appelés Thibert et Eusebia. Seul quelqu'un sans pouvoir magique peut espérer ouvrir le livre sans déclencher le chaos. Pour mener à bien cette entreprise périlleuse, elle a demandé à James de la rencarder sur la façon d'introduire un étranger à Poudlard, sans pour autant lui dire QUI elle comptait faire entrer dans le château en secret.

Disclaimer : Rien ne m'appartient (à part quelques personnages de mon invention), JK Rowling et la Warner own the stuff. Et je ne tire pas une noise en écrivant cette histoire !

Spoilers : Toute la saga HP. Pas de références explicites à Cursed Child. J'essaie de plus ou moins respecter le canon de Pottermore, mais comme je ne l'ai pas entièrement en tête… il est bien possible que je prenne des libertés ! :)

Avertissement : K+, en raison du contexte politique troublé et de quelques allusions un peu plus adultes ce chapitre.

Rappels des personnages

Jane et Stephen Evans : parents de Lily et Pétunia.

Marlene McKinnon : Gryffondor de 7ème année, meilleure amie de Lily.

Catherine McKinnon : Première Ministre de la Magie provisoire, mère de Marlene.

Edward McKinnon : employé Direction de la Régulation des créatures magiques, père de Marlene

Arnav Patil : Serdaigle de 7ème année, petit ami de Marlene.

Sam Willis : meilleur ami d'Arnav Patil.

Morag Mulciber : Serpentard (relou) de 7ème année.

Fergus Avery : Serpentard.

Shelagh Lestrange : Serpentard.

Darren Warwick : Cracmol que Lily rencontre sur le Chemin de Traverse au premier chapitre.

Cybel Warwick : mère de Darren.

Octave Warwick : père de Darren.

Aileas Barrow : Gryffondor, 7ème année, Capitaine de Quidditch.

Gowan Barrow : Gryffondor, 4ème année, poursuiveur, frère d'Aileas.

Cassie Weasley : Gryffondor, 4ème année, attrapeuse, petite amie de Gowan.

Leeroy Finnigan : Gryffondor, 6ème année, gardien.

Coleen Shacklebolt : Gryffondor, 7ème année.

Erin Shackebolt : Batteuse de Gryffondor, 6ème année.

Alice Darlay : Gryffondor, 7ème année, petite amie de Frank Longbottom.

Nali Paniandi : Serdaigle, 5ème année, préfète.

Noah Ramsay : Poufsouffle, 5ème année, préfet.

Margaret Chourave : Poufsouffle, 6ème année, préfète.

Adriana Mercador : nouvelle professeur de DCFM.

Susan Abbington : nouvelle professeur d'étude des moldus, amie de Darren.

Note : merci aux habituels ! Mai51, Brette, Mizukihelo pour vos reviews ! Coeur sur ma frangine et Edouard, as usual.

Chapitre 6 : Le Cruxibe

Village de Wimbourne, 1663

Seward Peverell resserra sa cape d'invisibilité sur son pourpoint, et leva la tête. L'enseigne du nattier de Wimbourne brillait légèrement dans l'aube naissante. La rue était calme et encore plongée dans la pénombre, mais il distinguait la lueur d'une chandelle à travers les carreaux de l'échoppe. Doucement, il sortit la main de sa cape et frappa trois coups étouffés par la densité du bois.

« Qui va là ? » demanda une voix de femme à travers l'épaisseur de la porte.

« Seward Peverell. »

« Alohomora. » souffla-t-elle, et Seward se hâta d'entrer et de refermer la porte derrière lui.

La sorcière était belle, malgré les cernes qui gonflaient ses yeux et sa toilette défraîchie. Ses cheveux châtains aux reflets dorés, maintenus à la hâte, s'échappaient follement de sa coiffe. Ses manches étaient relevées, son tablier tâché.

« Que viens-tu faire ici ? » demanda-t-elle sans préambule, retournant s'asseoir à la table d'appoint dont il l'avait visiblement dérangée. Elle se remit à écosser un tas de baies glousseuses sans lui jeter un regard.

Seward retira la cape et regarda autour de lui. La pièce était sans dessus-dessous. Les nattes et les meubles inachevés étaient dispersés à chaque coin de la salle. Un simple paravent de drap blanc avait été dressé au fond de la pièce, non loin de la cheminée. L'alambic, habituellement caché à l'étage supérieur, avait été installé sur la table principale. Cette dernière avait quitté l'arrière-boutique et trônait désormais au beau milieu de la pièce.

« Est-ce qu'un troupeau de niffleurs a débarqué ici ? » ironisa Seward. Il se ravisa devant le manque de réaction de la sorcière. « Je viens te prévenir que nous nous apprêtons à quitter les lieux. Mes serviteurs sont en train de tout empaqueter, nous devrions partir d'ici le lever du soleil. »

« C'est très cordial de ta part d'être passé pour dire au revoir. Bon vent, alors ! »

Le sorcier soupira. « Eusebia, tu es la personne la plus obstinée qu'il m'ait été donnée l'infortune de rencontrer. Il faut que vous partiez aussi, je te l'ai déjà répété. »

« Ma réponse est non et elle n'a pas changé. »

Seward contempla la jeune femme, incrédule.

« Sais-tu qu'on vient d'enterrer le maréchal et toute sa famille ? Oui, toute sa famille. Sa femme et ses neuf enfants. Et on m'a informé cette nuit que l'épidémie avait atteint le monastère. Que crois-tu qu'il va se passer, quand tout le monde aura été emporté par la peste et que nous serons les seuls à rester debout ? Je ne tiens pas particulièrement à finir sur le bûcher et à passer ma vie en clandestinité... »

Il se pencha et lui saisit la main, interrompant l'épluchage des baies.

« De nombreuses querelles nous ont opposés par le passé. Tu es si têtue que peu m'importe où le Diable t'emporte. Mais Thibert ne me le pardonnerait jamais si je te laissais ici. »

D'une poche dissimulée dans sa culotte bouffante, il sortit une bourse de cuir et la posa sur la table, sous le nez d'Eusebia.

« Cent gallions, pour toi, ton époux, et ta fille. Ma carriole partira d'ici une heure, comme je te l'ai dit. Nous partons vers le nord, dans la famille de ma femme. Venez avec nous, nous trouverons de la place pour vous trois. Et si vous souhaitez vous installer ailleurs… voilà de quoi recommencer. Ton mari deviendra nattier ailleurs, la campagne a besoin d'ouvriers de son talent. »

« Thibert part avec vous ? » murmura Eusebia, et les fêlures qu'il découvrit dans sa voix l'effrayèrent un peu.

« Bien sûr. Je ne vais pas le laisser pourrir ici en attendant qu'on l'emprisonne pour sorcellerie ! »

Pas Thibert, songea-t-il avec horreur. Le beau Thibert qui hantait ses nuits depuis aussi longtemps qu'il s'en souvienne. Qui réchauffait son lit depuis des années déjà, sans parvenir à éteindre sa fièvre. Au corps parfait et intègre, aux boucles brunes et au rire enchanteur. Bien sûr, il lui avait fallu respecter l'alliance que ses parents avaient établie bien avant sa naissance. Il avait épousé Mary, comme il le devait. Une fille était née. Puis, Mary avait perdu l'usage de ses jambes après qu'un hippogriffe l'eut sauvagement attaquée. La pauvre femme ne s'était jamais véritablement remise du choc et demeurait la plupart du temps seule dans sa chambre, à broder des capes pour l'héritier mâle qu'elle ne pourrait jamais engendrer. Seward avait appris à éprouver de la compassion pour elle, mais au fond, elle n'importait que peu. Thibert seul comptait. Et Thibert tenait à Eusebia, Merlin les protège…

« La ville est morte. Nous avons enterré la moitié de ses occupants en dix jours et l'autre moitié se meurt déjà. Tu ne croirais pas le nombre de corps que j'ai foulés en venant ici. Pauvres diables... »

Il frissonna. « Je peux t'aider à empaqueter vos affaires. D'ici, nous pourrons transplaner jusqu'à mon domaine. »

« Je ne peux pas. » répéta Eusebia, pâlissante.

« Tu es ridicule ! » rétorqua Seward en se passant la main dans sa barbe avec énervement. « Tu sais qui s'empressera de venir, après moi ? Abraxas Malefoy ! Et je ne crois pas qu'il aura ma patience. Prends les satanés gallions et suis-moi ! »

Brusquement, elle fondit en larmes et il se recula avec horreur. Tentant de réprimer les sanglots qui lui avaient échappé, elle se leva et replia légèrement le paravent, dévoilant une minuscule silhouette enveloppée dans un édredon. La fillette avait les mêmes traits que sa mère, les mêmes cheveux aux reflets dorés, les mêmes grains de beauté délicatement placés pour piéger le regard de leurs interlocuteurs. Seward se rappelait l'avoir aperçue lors d'une foire, quelques mois auparavant. Couronnée de fleurs, elle avait joué aux chevaux de bois avec sa propre fille, Lyanne. Mais elle n'était plus que l'ombre d'elle-même. Aussi transparente qu'un fantôme, elle était étendue, raide comme une morte. Les yeux ouverts et perdus dans le vide, les lèvres entrouvertes, elle respirait difficilement.

« Ça a commencé hier soir. » reprit Eusebia d'une voix tremblante, bien qu'elle eut déjà séché ses larmes. « En quelques heures, elle était brûlante. Je pensais trouver un moyen... » Elle fit un geste impuissant en direction de la montagne d'ingrédients, de récipients et de chaudrons entassés dans la pièce.

« Tu sais pourtant qu'il n'existe pas de remède sorcier à la peste. Où est le nattier ? » demanda Seward d'une voix blanche. La sorcière lui lança un regard brûlant.

« Allongé en haut. Il… il a eu des crampes, tard dans la nuit... »

« Eusebia, tu ne peux plus rien pour eux. Ce sont des moldus, et ils sont atteints par la peste. C'est fini. Raison de plus pour partir. »

Elle émit un son rauque et furieux.

« Jamais ! Jamais je ne les laisserai ici, tu m'entends ? »

Elle s'approcha d'un seau d'eau et s'aspergea vivement le visage, puis s'épongea le front avec son tablier. Enfin, elle sortit sa baguette de son corset et remua magiquement le contenu d'un petit chaudron rempli d'une mixture épaisse.

« Pars, Seward, tant qu'il est encore temps. Tu avais raison, c'est la chose la plus sage à faire… Prends Thibert avec toi et sauvez-vous. Dis-lui… »

« Quoique je lui dise de ta part, il ne s'en contentera pas, et tu le sais. »

« Utilise un sortilège de Volonté forcée, alors. Oblige-le à te suivre. »

Seward s'étrangla. « Contre Thibert ? Je ne suis pas le dernier des sots dans les arts de la baguette, mais c'est vous deux qui terrassez tout le comté, et de loin. Je n'irai pas m'amuser à le provoquer. Si j'avais été prêt à le faire, je n'aurais pas perdu du temps à bavarder avec toi, je t'aurais juste lancé un Impero. »

Un silence s'installa tandis qu'Eusebia appliquait un cataplasme sur le front de sa fille.

« Il faut que je parte... » finit par dire Seward. « Envoie-moi un Patronus si tu changes d'avis. »

Il lança un dernier regard de commisération à la fillette qui agonisait dans les draps usés, déploya sa cape d'invisibilité et transplana.

La matinée était plus avancée lorsque Eusebia se réveilla en sursaut. Assoupie sur le lit de sa fille, elle vérifia aussitôt que la petite Willa respirait encore, avant de se relever, échevelée et hébétée. Son regard se posa sur ce qui l'avait réveillée : des filaments argentés qui s'agitaient par-dessus l'alambic. Ils se concentrèrent pour former un héron qui s'adressa à elle.

« J'arrive. »

Quelques instants plus tard, le craquement caractéristique du transplanage résonna dans la pièce. Thibert portait un costume moins fourni et plus pratique que celui de Seward, mais il rayonnait malgré la moindre qualité des étoffes. Les boucles brunes encadraient son visage sculpté et ses yeux bleus. Il ne prit pas la peine de défaire sa cape de voyage et se précipita vers son amie.

« Comment vont Willa et Jaimie ? »

« Mal. » admit la sorcière. Puis, se reprenant, elle l'affronta du regard. « Pourquoi n'es-tu pas parti avec Seward ? » lui reprocha-t-elle.

« Deux heures que nous étions en chemin quand il a fini par m'avouer que tu ne viendrais pas. Mais aussi qu'Abraxas Malefoy était passé le voir juste avant notre départ. Il sait que tu es ici, seule ou presque, et que tu n'es plus placée sous la protection des Peverell. »

Elle eut une mimique dédaigneuse. « Malefoy a dû prendre la fuite depuis. Il risque autant que nous à rester ici. »

Le sorcier se pencha sur la fillette et lui caressa la joue en murmurant doucement son nom. « Willa... »

« Je ne sais pas si elle nous entend encore. » marmonna Eusebia.

« On pourrait peut-être les prendre avec nous, les emmener ailleurs... » suggéra-t-il.

« Non, Seward avait raison, c'est trop tard. Si on les déplace, ils contamineront tous les moldus qu'ils rencontreront sur leur chemin. Mais Thibert, en m'endormant, j'ai eu une vision... »

Elle s'accroupit malgré son jupon et se pencha sur le sol. Soulevant une natte de joncs posée à même le parquet, elle passa son autre main par-dessus les lattes de bois. Soudain, ce fut comme si le parquet s'étirait en longueur, créant une étrange perspective. Elle passa l'ongle dans une rainure et souleva deux lattes. Aventurant sa main sous les fondations de la maison, elle retira un sac en tissu d'un bleu délavé, maculé de poussière.

« Non. » prononça aussitôt le sorcier tandis que d'un geste de la main, le sol reprenait sa forme originelle.

« Et pourquoi pas ? Tant de travail accompli pendant des années, ce serait dommage si ça ne nous servait pas… »

« Non. »

Elle ouvrit le sac et en sortit un livre rond, à la couverture noire enluminé d'une flamme blanche.

« Willa ne souffrira plus de la peste si elle devient une sorcière, non ? Alors elle va devenir une sorcière. » décida-t-elle d'un ton féroce.

« Non, Eusebia ! » s'écria-t-il, terrifié. « Nous avons été nourris au même sein, tu te rappelles ? Nous avons grandi ensemble, nous avons étudié la magie ensemble, pendant des années. Comment est-ce que tu peux me demander de… »

« Parce que tu sais que je ne pourrais pas vivre en sachant que je pouvais la sauver. »

C'était sans appel.

« Non... » répéta-t-il, alors que toute couleur s'échappait de son visage.

« Nous allons faire un don magique. Tu m'aideras. La personne qui donne sa magie ne peut survivre, c'est comme ça, nous l'avons étudié… si la magie nous quitte, la vie nous quitte. Nous allons créer un Cruxibe. Nous enfermerons ma magie dans cet objet. »

Avec empressement, elle fouilla dans son tablier et en sortit un médaillon d'un bleu céladon.

« Ce bijou appartenait à la mère de Jaimie. Je pense qu'il sera parfait. A ce stade, je ne serai plus là pour t'aider. Il faudra que tu fasses cheminer la magie du Cruxibe jusqu'à Willa et que tu fuis avec elle. »

Il s'éloigna en se recroquevillant, fuyant la sorcière.

« Quand l'épidémie de dragoncelle s'est déclarée il y a des années, tu as risqué ta vie pour chercher la fleur de loup qui manquait à la potion. La neige recouvrait presque les toits de nos abris et les Détraqueurs hantaient tous les bois alentours, est-ce que tu te souviens ? Pourtant, tu les as affrontés. Sans toi, je serais mort. Je me suis toujours juré que je te sauverais si j'en avais l'occasion. »

Il secoua la tête, perdu dans leurs souvenirs d'enfance miséreuse et isolée.

« Je ne peux pas tuer la seule famille qui me reste, tu m'en demandes trop... »

Elle s'approcha de nouveau et posa sa main sur celle de son ami.

« Je ne suis plus ta seule famille. Tu aimes Seward. Willa et Lyanne... »

« … sont comme mes propres filles. » souffla le jeune homme.

« Regarde-la. »

Il s'exécuta malgré lui, se mordant la lèvre en contemplant la silhouette cadavérique, si familière et pourtant si éloignée de la nature joyeuse et légère qui faisait l'âme de la fillette. On devinait ses efforts intenses pour maîtriser la douleur des convulsions. Ses murmures incohérents et inintelligibles étaient à fendre le cœur.

« Promets-moi, » reprit Eusebia. « Promets-moi de mener le don jusqu'à la fin. Promets-moi de m'aider à créer ce Cruxibe. Promets-moi. »

Elle le saisit par les épaules, le forçant à plonger son regard dans le sien.

« Je te le promets... » balbutia-t-il.

« Alors, au travail ! » déclara-t-elle en se relevant d'un bond.

Il alluma le feu dans la cheminée, tandis qu'elle dégageait la table et commençait à tracer des pentacles compliqués à même le sol. Tout coulait de source, fluide et évident : ils travaillaient ensemble depuis le début, le tout début de leurs vies. L'un commençait un geste que l'autre terminait l'une s'emparait d'un objet que l'autre lui tendait déjà. Broyer, écraser, filtrer, déchiffrer, s'appliquer tenait la panique à distance. De temps à autre, elle s'échappait à l'étage pour rafraîchir l'eau de son époux mourant. Du moins le prétendait-elle, car en réalité, elle vérifiait que l'homme n'avait pas succombé aux crampes, aux régurgitations et à la fièvre mortelle qui l'engloutissait. Entre deux ajouts de poudre de scarabée et de pierres de lune, ils épongeaient le front de la fillette et lui chantonnaient des mots de tendresse qu'elle ne pouvait déjà plus percevoir.

« Le mélange bout. » dit-il en s'épongeant le front.

« Je suis prête. » répondit-elle.

Il remarqua avec admiration que sa voix ne tremblait pas. Se penchant sur le lit de fortune de Willa, il défit les draps auxquels l'enfant se raccrochait, en tâchant d'ignorer les plaques disgracieuses qui rongeaient sa peau. Il la déposa avec douceur sur une étoile des vents tracées à gauche du pentacle.

« C'est inconfortable, mais ce sera bientôt fini. » chuchota-t-il à son oreille.

Eusebia s'approcha et il s'éloigna tandis qu'elle glissait ses dernières paroles à sa fille.

« Veux-tu aller voir Jaimie ? »

Elle sembla hésiter un instant. « A quoi bon ? Il essaierait de m'en empêcher… Mais si tu pouvais, avant de partir d'ici... » Sa voix se brisa et il la serra dans ses bras.

« Je ne le laisserai pas souffrir davantage. » promit-il et il la sentit soupirer de soulagement contre sa poitrine. « Sebi... tu n'as pas… peur ? »

Elle sourit et écrasa ses larmes contre le dos de sa main.

« C'est toi qui devrais avoir peur. Willa te mènera la vie dure, plus tard... »

« J'ai eu l'habitude avec sa mère. »

« Prends soin d'elle. Prends soin de toi. Et même si c'est une tête de botruc, prends soin de Seward. A part moi, personne ne t'aimera jamais autant. »

Leurs mains s'étreignaient si étroitement que les jointures de leurs doigts blanchissaient. Une toux coassante les ramena à l'urgence de la situation.

« Maintenant. »

Eusebia se plaça dans la branche opposée du pentacle, les pieds joints au cœur d'une autre étoile à huit branches. Thibert souleva sa baguette et se mit à psalmodier. Aussitôt, un vent se leva dans la pièce. Délicatement, il entailla le bras de Willa, juste assez pour que quelques gouttes jaillissent et se déposent dans le plus gros chaudron qu'ils aient trouvé, et déposé au centre du pentacle. Eusebia se coupa également, son sang rejoignant celui de sa fille dans l'étrange mixture pourpre qu'ils avaient mise au point ensemble. L'air était si agité que les parchemins éparpillés se mirent à voler. Le sol trembla lorsque la sorcière s'immergea dans le chaudron. Elle revint à la surface, suffocante et vacillante. Alors, elle se mit à crier et il eut peur d'avoir commis une erreur, peur que leurs études aient été corrompues, erronées… ils ne s'étaient jamais trompés… avec un soulagement sur lequel la stupeur l'emporta vite, il s'aperçut que des gouttes dorées émanaient de la peau d'Eusebia. Comme si son corps s'était mis à pleuvoir, les perles remontaient à la surface, mi-liquides, mi-gazeuses, formant une espèce de bulle autour de ses membres.

« Tout se passe comme nous l'avions prévu ! » hurla-t-il pour l'encourager, ignorant sa propre terreur et sa propre stupéfaction, doutant même qu'elle puisse encore l'entendre.

Il poursuivit les invocations et le médaillon à la pierre céladon, sertie d'argent, flotta entre la mère et la fille. Il inspira et se mit à drainer la magie, sans interrompre sa litanie. L'eau dorée fut alors aspirée dans la pierre. Il craignit de ne pas parvenir au bout : la fatigue l'assaillait comme autant de coups de poing. Ça, ils n'auraient pu le deviner dans leurs conjectures, mais être passeur de magie était absolument éreintant.

Ils y étaient presque, songea-t-il en observant les dernières bulles de magie qui s'agitaient dans l'air autour d'Eusebia, dont les traits se creusaient au fur et à mesure de l'opération. Bientôt, elle ne serait plus – il ne fallait pas trop y songer – mais Willa pourrait guérir, la peste se résorberait dès que sa nature aurait changé, il en était sûr. Mais quelque chose attira son regard, dans le coin de son œil. Dans la cheminée, le feu crachait des étincelles vertes et une silhouette apparut, sortant de l'âtre. Thibert eut seulement le temps d'écarquiller les yeux avant que le sort ne fende l'air.

« Stupefix ! »

Il bondit en arrière, évitant le sort de peu, mais rugit de frustration et d'horreur en réalisant que son invocation avait été interrompue. Eusebia se tira hors du chaudron et s'effondra sur le sol, respirant avec difficulté. Les quelques gouttes de magie restantes éclatèrent sur sa peau, évanescentes.

« Expelliarmus ! » s'exclama Thibert.

« Protego ! » répondit le sorcier, bloquant aussitôt le maléfice. Thibert, terrassé par plus de fatigue qu'il ne l'avait été pendant la dragoncelle de son enfance, recula sous l'impact et tomba à la renverse.

Abraxas Malefoy fit quelques pas dans la pièce plongée dans le chaos. Comme Thibert, il était vêtu tout en noir. Ses cheveux grisonnants étaient retenus en une demi queue de cheval par une broche d'onyx. Ses yeux parcouraient la pièce avec avidité et se posèrent sur la fillette agonisante.

« Tiens donc... » déclara-t-il avec une douceur menaçante. « La maudite peste aurait donc frappé la famille de la puissante Eusebia ? »

Il se fraya un chemin et ses chausses approchèrent le corps tremblant de la sorcière, hoquetant et crachant sur le sol. Il se pencha et sa main saisit la nuque de la femme, la forçant à relever la tête.

« Je t'ai toujours prévenu des risques que tu prenais à épouser un moldu, ma chère. Tu aurais dû m'écouter plus attentivement quand je t'ai proposé de prendre le nom de Malefoy. »

La mixture pourpre s'était évaporée, mais la sorcière paraissait étrangement diminuée. Son teint hâlé semblait recouvert d'un voile de poussière grisâtre, son visage charnu s'était creusé. Elle aurait dû mourir – songea Thibert avant de se rappeler qu'il n'avait pas complètement terminé de drainer la magie dans le médaillon. Le médaillon ! Il prononça un accio informulé et récupéra l'objet dans son poing serré.

Malefoy regarda autour de lui, contemplant le pentacle et les deux silhouettes féminines.

« C'était donc vrai ! Vous avez mis au point une nouvelle magie… Parle, Eusebia. Tu as gardé vos petits secrets pendant longtemps, mais maintenant, tout ceci n'a plus d'importance… »

Il renifla presque autour de lui, humant les odeurs de magie qui persistaient dans l'air.

« Cela ressemble à de la magie noire, mais ce n'en est pas… on pourrait croire que vous créiez un Horcruxe, mais ce n'en était pas un... »

« Qu'est-ce que tu veux, Malefoy ? » demanda Thibert d'une voix mauvaise, la baguette en place pour le protéger.

« Contrairement aux racontars qui circulent dans le royaume, je suis un sorcier fidèle et persévérant. Mes souhaits n'ont pas changé depuis quinze ans. »

Un son monstrueux attira l'attention des deux hommes : sur le sol, Eusebia tentait de se relever, s'appuyant sur ses deux mains, et elle ricanait. D'un rire sardonique et déformé par la douleur.

« Tu devrais le savoir, Thibert. L'obsession de Malefoy pour ma personne n'a d'égal que sa peur abyssale de la mort. »

« Vois-tu, je ne crois pas que tu sois en position de rire de moi ! » rétorqua Malefoy d'un ton léger.

Il resserra sa prise autour du cou et de la coiffe défaite, forçant la femme à se relever.

« Je ne sais pas ce que vous avez fabriqué exactement, mais vous n'êtes pas de taille à m'affronter en ce moment. Quelle douce ironie, n'est-ce pas ? Pendant toutes ces années, je vous ai traqués tandis que vous vous livriez à vos expériences… j'ai mené une cour acharnée à l'égard de madame… mais vous m'avez toujours éconduits. Tous les deux. »

« Les pratiques dégénérées auxquelles tu t'adonnes ne présentent guère d'intérêt pour nous. » le railla Thibert.

Gagner du temps, songea-t-il en évaluant leur situation précaire et la faiblesse sans pareille qui frappait son corps de plein fouet.

« C'est moi que tu traites de dégénéré ? » le reprit froidement Malefoy.

« Le raffinement de mes mœurs amoureuses ne sont rien comparées à la création d'Horcruxes, mais cet avis n'engage que moi. »

« Je n'ai pas encore créé d'Horcruxes. » le corrigea le sorcier.

« Tu cherches toujours à épargner ton âme, n'est-ce pas ? » articula difficilement la sorcière, dans un tel murmure que Thibert douta un moment de l'avoir bien comprise.

« En vérité, j'attendais que vous progressiez dans vos recherches. J'ai toujours cru que vous trouveriez un moyen quelconque de contourner ce léger inconvénient. »

« Tu t'es trompé. Il n'y a pas de moyen de créer un Horcruxe en évitant d'endommager son âme. » décréta froidement le jeune homme.

« Pourtant, de ce que je comprends de vos petits croquis, » dit Malefoy en frottant une branche du pentacle du bout de sa chausse, « vous avez bel et bien scindé quelque chose. Est-ce que vous comptiez utiliser la vie de l'enfant pour procéder à la création d'un Horcruxe ? »

Un gémissement aigu et lancinant provint du sol où Willa reposait, rappelant encore davantage l'urgence de faire quelque chose.

« La vie éternelle ne nous a jamais intéressés, tu devrais le savoir à présent. » s'agaça Thibert. « Nous ne pouvons pas t'aider. Laisse-nous partir. »

« Mais un Horcruxe… »

« Nous ne savons rien des Horcruxes que tu ne sais déjà ! » cria-t-il.

Tous les sorciers de Wimbourne savaient que Malefoy excellait en legilimancie autant que Thibert brillait en occlumancie. Seul l'épuisement pouvait expliquer le manque de réactivité qui permit à Abraxas de pénétrer subrepticement dans son esprit. Il le repoussa vite, mais ce fragment de seconde avait suffi pour qu'une lueur malfaisante s'allume dans le regard de Malefoy.

« Tu dis vrai. Mais pourtant… quelle est donc cette magie inédite ? »

C'est alors que son regard se posa sur quelque chose près de l'alambic. Thibert le suivit et il comprit : Abraxas venait de découvrir l'existence de ce qu'il avait toujours convoité. Le fruit de tant d'années de travail secrètement mené, protégé… La couverture de Fortis reluisait, tel un saphir noir. Tout se déroula en quelques secondes.

Thibert brandit sa baguette et son sortilège atteint l'ouvrage avant l'accio de Malefoy qui rebondit et se perdit dans les nattes de jonc. Une bulle de lumière blanche naquit autour du livre et des étincelles l'accompagnèrent, claquant dans l'air, menaçantes. Abraxas eut l'air furieux.

« Essaie donc de lancer ton accio. » se moqua Thibert qui peinait à rester debout et restait dos à la cheminée pour se maintenir droit.

« Es-tu devenu fou ? » hurla Malefoy. « Tout ce travail ! Tu l'as rendu intouchable ! Aucun sorcier ne pourra s'en emparer, maintenant ! »

« Et certainement pas toi. »

Les yeux noirs d'Abraxas se plissèrent en une fente reptilienne et ses traits se déformèrent.

« Endoloris ! »

Il ne put échapper au sortilège. Abraxas s'approcha du jeune homme, maintenant sa baguette sur lui.

« Tu m'as nargué trop longtemps, Thibert. Alors que tu ne viens de nulle part, n'est-ce pas ? Quel droit avais-tu de me dédaigner de la sorte… ? Très franchement, je ne boude pas mon plaisir de te voir te tortiller ainsi, à ma merci. Mais en même temps, j'ai hâte d'en finir. »

Elle sut ce qui allait se produire mais ne pouvait s'y résoudre. Elle tenta de se relever mais elle s'était mise à cracher du sang et la douleur, mon dieu, la douleur…

« Avada kedavra. »

Le corps tomba sur le sol, inanimé, le poing toujours serré sur le médaillon dont la fine chaîne dépassait légèrement pour qui y prêtait attention.

« Non... » gémit-elle faiblement.

« Entre nous, il l'avait cherché. »

Elle sonda les yeux à demi clos de sa fille dont elle voyait les lèvres frémir faiblement. Encore. Mais plus pour longtemps.

« Eu… sebia ? »

Il ne pouvait pas y avoir plus d'horreur encore… Et pourtant, les marches craquèrent, et le nattier de Wimbourne apparut, tremblant dans sa chemise de nuit. Les plaques infâmes commençaient à grignoter Jaimie et ses yeux brillaient de fièvre. Il tenait sa main portée à son ventre douloureux. Ses rétines se dilatèrent en apercevant le chaos qui régnait dans l'échoppe, et la silhouette sombre de Malefoy qui se tourna vers lui comme un passant aurait contemplé un spectacle de cirque, détaché, presque distrait.

« Et voici celui qui manquait à notre divertissement ! L'insignifiant rat que tu as préféré épouser à ma place. »

« Abraxas ! »

Suppliante, et dans un ultime effort physique, elle agrippa la ceinture qu'il avait nouée à sa taille, se pendant à ses jambes pour qu'il ne puisse l'ignorer.

« Abraxas… si tu as jamais eu un peu d'affection pour moi… je t'en supplie… »

« De l'affection ? Je t'ai désirée pendant longtemps, c'est vrai. Tu as hanté mes journées et mes nuits… ce que j'aurais donné, pour te voir à mes pieds comme tu l'es maintenant... » Il fit la moue. « Mais c'était avant que tu te livres à ta petite expérience. Ma pauvre, tu es à faire peur. Le charme est rompu et j'ai bien peur de m'être fourvoyé. En revanche... »

Il se tourna vers Jaimie qui les regardait sans comprendre, croyant peut-être que le délire de la peste avait gagné son esprit. Un sourire carnassier fendit son visage.

« Voilà un moldu qui me serait bien utile. Impero ! »

Parvenant soudainement à se tenir droit, le nattier se fraya docilement un chemin jusqu'à Fortis. Il saisit une liasse de parchemins, fouilla jusqu'à trouver une plume et un encrier, et se mit à écrire.

« Dire que j'ai haï cet homme… » soupira Malefoy. « Et maintenant, il va me donner ce que je veux. Je pense qu'il survivra jusqu'à ce qu'il ait fini de recopier votre livre. »

La vision d'Eusebia commençait à s'obscurcir. La fin était proche, elle le sentait. On ne pouvait survivre sans sa magie. Et une fois retirée, la magie ne pouvait se réinsérer véritablement dans les veines, dans la peau, dans l'âme. Les quelques gouttes de magie que Thibert n'avait pas réussi à insuffler dans le médaillon lui avaient accordé un court répit, mais elles avaient dû s'évaporer depuis. La fin était proche.

Elle essaya de ramper. Il fallait récupérer l'objet, le placer autour du cou de Willa, qu'il y ait un contact entre la peau de sa fille et sa magie transférée dans le Cruxibe…

« Où vas-tu comme ça ? »

Elle maudit intérieurement la voix froide de l'homme qui avait tout gâché par son avidité et sa rancune… Il plaça sa chausse sur sa main agitée de spasmes. Elle tenta de lutter, jusqu'au bout…

Puis, tout devint noir.


Poudlard, 1977

Les deux corps retombèrent à l'unisson sur le vieux canapé qui grinça légèrement sous leur poids. Les respirations haletantes résonnèrent dans ce qui semblait être un vieux bureau depuis longtemps déserté. Il manquait un tiroir à l'antique commode posée sous la fenêtre. La vitre de celle-ci n'avait pas été lavée depuis longtemps. Des manuels poussiéreux et quelques bulletins de notes datant du début du siècle étaient rangés sur une étagère aux angles abîmés. Sur le vieux sofa bosselé, recouvert d'une cape de sorcier qui semblait presque neuve et contrastait avec le reste du mobilier, reposaient deux corps en manque d'oxygène.

« Ça m'avait manqué... » chuchota Sirius en passant l'index sur la colonne vertébrale de la jeune fille. Il devina son sourire moqueur.

« Comme s'il n'y avait eu personne d'autre cet été ! » rétorqua Erin Shacklebolt.

Il ne releva pas et poursuivit sa caresse, remontant le dos, les épaules, la nuque… Erin se releva soudainement et il admira la silhouette mince et agile de l'autre batteuse de Gryffondor.

« Tu pars déjà ? » s'étonna-t-il en la voyant revêtir sous-vêtement, pull et jupe plissée.

« On a Quidditch à seize heures et j'ai un devoir de potions à terminer... »

« Je peux te faire amener à manger si tu veux. Reste un peu… » dit-il en se levant à son tour. Il lui attrapa la main tandis qu'elle tentait de boutonner son col de chemise, et déposa des baisers dans son cou, remontant vers l'oreille. Elle le repoussa gentiment.

« Non. Prendre du retard dès le premier trimestre, c'est une erreur de débutants que je ne suis pas prête de refaire. On se voit sur le terrain ? »

« Mais on sera beaucoup plus habillés, sur le terrain ! »

La sorcière l'ignora et se dirigea vers la porte.

« C'est limite vexant ! » s'offusqua-t-il.

Elle lui fit face et le dévisagea, sarcastique.

« Tu es amoureux de moi ? Tu comptes m'envoyer des fleurs ? M'offrir un collier pour la Saint-Valentin ? M'inviter chez Mme Pieddodu ? »

Il hésita un instant à répondre 'chiche' juste pour la mettre au défi mais avant qu'il n'ose, elle lui coupa l'herbe sous les pieds.

« Parce que de toute façon, ce serait non. »

« Cruelle, cruelle jeune femme ! Le Choixpeau aurait pas envisagé de t'envoyer à Serpentard, par hasard ? »

« A tout', Sirius ! » se contenta-t-elle de répondre en claquant la porte.

Le courant d'air fit frissonner le jeune homme encore en tenue d'Adam. Las, il se laissa tomber dans la cape qui leur avait servi de couverture de fortune et se mit à grogner. La sensation de vide revenait, semblable à une bouffée de chaleur. Il essaya de se relaxer mais le silence enflait, omniprésent, pesant, envahissant. Abandonnant la partie, il se rhabilla à son tour et quitta la pièce.

« Comment fut la chasse ? » lui demanda l'archer qui braquait le ciel de ses flèches, dans un tableau carré accroché sur la porte.

Sirius haussa les épaules mais l'archer ne lui prêtait déjà plus attention. On était samedi matin et le château semblait calme et paisible. Quelle angoisse, songea-t-il en errant dans les couloirs. Le silence faisait émerger Square Grimmault dans son esprit. Les longues journées qui se déroulaient en solitaire dans sa chambre, muettes et lancinantes, jusqu'à ce que Walburga explose. Parce qu'un elfe de maison avait omis une trace de suie dans la cheminée du petit salon. Parce que sa belle-sœur Lucretia avait osé lui faire parvenir une invitation en retard. Parce qu'une pile de magazines de charme moldus s'accumulait devant l'entrée du Square.

Le Gryffondor sourit à ce souvenir. Le facteur moldu ne savait où livrer l'abonnement destiné à Sirius Black, qui résidait à l'introuvable numéro 12… La seule autre fois où sa mère avait sombré dans une telle colère, c'était en apprenant que son fils aîné abandonnait les potions pour doubler son option d'étude des moldus. C'est avec une joie féroce qu'il avait rempli son bon d'abonnement à Foolboy Magazine, juste pour voir la tête de Walburga…

Le silence était synonyme de menaces insidieuses et c'était pour cette raison que Sirius était devenu expert pour faire du bruit, combler le vide. Peut-être pourrait-il passer à la cuisine, chercher un pique-nique et traîner James et les autres dans la forêt ? Il descendit l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée et c'est presque arrivé devant le tableau de la poire chatouilleuse que Sirius rencontra un autre élève.

Sa mâchoire se raidit tandis qu'il affrontait Regulus du regard. Son cadet le jaugea avec une hauteur souveraine.

« On se balade dans le château, petit frère ? »

« C'est mon droit. »

« Une affaire t'attend dans ce coin ? »

Regulus haussa un sourcil. « Peut-être. »

« Intéressant. Figure-toi que nous savons que le rez-de-chaussée et le premier sous-sol est devenu un lieu de passage prisé par des élèves qui brisent le règlement en s'aventurant dans la Forêt interdite. »

« Fascinant, Monsieur le Détectimage. Est-ce que tu comptes chatouiller cette poire ou non ? »

« Appétit coupé. C'est toi, hein ? Toi, Rogue, Avery, Lestrange… c'est vous qui harcelez les nés-moldus avec vos petits maléfices bien fourbes et bien vicieux... »

« Prouve-le, si tu peux. »

Sirius serra les poings et se retint de se jeter sur le Serpentard. Avec un grand effort, il tourna les talons en lançant un habituel : « tu me dégoûtes. »

« En fait... »

S'efforçant de cacher sa surprise, il se retourna. Regulus sortit quelque chose de la poche intérieure de sa robe et Sirius brandit sa baguette, mais le jeune frère ne tenait qu'une enveloppe bleu foncé. Avec un sourire moqueur en remarquant la position en garde de Sirius, il la lui tendit.

« C'était toi que je cherchais. J'étais en chemin vers la tour de Gryffondor. Mère voulait que je te transmette ceci. »

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il abruptement.

« Une invitation. Pour le mariage de Bellatrix. »

Sirius aboya de rire. « C'est une blague ? » parvint-il à articuler en repoussant ses longs cheveux en arrière.

« Certainement pas. Il aura lieu le 21 janvier à Wimbourne et tu es cordialement invité à nous rejoindre pour présenter tes félicitations au jeune couple. »

« Et qui est l'heureux élu ? » s'enquit Sirius avec un sourire carnassier.

« Rodolphus Lestrange. »

« Par les glandes de Merlin ! Il sera jamais de taille ! Pauvre homme… je suppose que c'est pour des êtres comme Rodolphus que l'expression 'enterrement de vie de jeune garçon' prend tout son sens... Il a été le pion de Druella et son destin sera de se faire dévorer tout cru par Bellatrix. Vraiment, je le plains. »

« Est-ce que tu seras là ? »

« Non, je ne pense pas. »

Regulus agita l'enveloppe du bout de la main. « Prends l'invitation. Réfléchis-y. »

« Non. »

« Allez, prends-la. »

« Non. »

Regulus laissa retomber son bras le long de sa robe et émit un petit reniflement moqueur.

« Je lui avais dit que tu n'oserais pas. Que tu aurais peur de te retrouver avec autant de partisans du Mage Noir. Potter ne sera plus là pour assurer tes arrières, et tout seul, tu n'es pas de taille. Avec ta famille ou avec ton petit ami, tu peux encore t'en sortir, mais tout seul, tu n'as jamais valu grand-chose. »

Ne pas se laisser provoquer, tourner les talons et ne pas se laiss…

« Bien sûr, que peut-on attendre du lâche qui a déserté sa propre maison ? »

« Everte statim ! »

Regulus fut projeté en arrière, mais parvint à hurler : « Immobilis ! »

« Impedimenta ! »

« Protego ! Pungo ! »

Sirius bondit mais pas assez rapidement et le maléfice cuisant toucha sa main gauche, qui tenait sa baguette. Réprimant à grand peine un cri de douleur, il la rattrapa néanmoins de sa main droite et profita des quelques secondes d'hésitation de Regulus, qui n'avait manifestement pas véritablement pensé blesser son frère aîné.

« Colloshoo ! »

C'était un sort puéril mais qui provoquait une grande satisfaction. James l'avait trouvé dans un vieux livre d'enchantements l'année précédente. Pendant un instant, Regulus sembla croire que rien ne s'était produit, mais quand il tenta de se déplacer, il tomba en avant en manquant de se fouler les deux chevilles. En effet, ses chaussures étaient collées par terre, comme si la semelle avait adhéré au sol après avoir subi une trop forte chaleur.

« Tu préviendras Walburga que je refuse de jouer les garçons d'honneur. » haleta Sirius. « Votre petite fête se déroulera sans moi. »

Il tourna les talons et ne se retourna pas. Arrivé au sixième étage, il s'assit dans une corniche habituellement habité par une quelconque armure et prit compte de l'étendue des dégâts. Sa main gauche avait triplé de volume et arborait de grosses cloques blanches, luisantes et douloureuses. Remus connaîtrait sûrement le contre-sort, ou du moins, quelque chose susceptible d'apaiser la brûlure.

« … ne savais pas que tu sympathisais avec les opinions de ses partisans. »

« C'est naïf de ta part de réagir comme ça. Le monde n'est pas tout blanc ou tout noir ! »

Sirius tendit l'oreille. Partager les potins de l'école ne faisait pas franchement partie de ses priorités mais sept ans de maraude intensive lui avaient appris à ne pas négliger cet aspect de la vie estudiantine. Silencieusement, il glissa presque sur le sol et se posta à l'angle d'un couloir au bout duquel un petit palier donnait sur une fenêtre avec vue sur le lac. Un garçon et une fille se disputaient devant les vitraux sur lesquels une bergère courait après un troupeau de licornes.

« Ne pas y aller, c'est cautionner. Ne pas prêter main forte, c'est cautionner. Refuser de porter ceci, c'est cautionner ! »

Tiens ! Marlene McKinnon et son Serdaigle de petit ami avaient un différent. Quelque chose Patil, poursuiveur – ça lui revenait.

« Je ne cautionne rien du tout ! Mais au cas où tu l'aurais oublié, mon frère travaille au Ministère ! »

« Bon sang, Arnav... »

Arnav Patil, bien sûr !

« Ma mère est Première Ministre de la Magie et mon père la talonne presque ! »

« Justement ! Tu n'es pas du tout dans la même position que nous autres ! »

« Alors on en revient toujours à ça, n'est-ce pas ? Ca fait six mois que nous sortons ensemble mais tu crois toujours que je suis privilégiée parce que mes parents sont haut placés ? J'aurais cru que tu aurais fait un peu plus attention à ... »

« Tu es privilégiée. Ça n'a rien à voir avec tes qualités ou tes défauts, c'est juste un fait. »

Mauvaise, mauvaise réponse ! Le silence résonna comme une gifle.

« Écoute, Marlene, je… »

« Je suis peut-être privilégiée. Mais même si mes parents sont démis de leurs postes et deviennent vendeurs de vernis pour chaudrons, je continuerai de faire ce que je pense être juste. »

« Tu ne peux pas me demander de porter ce foulard ou de revendiquer... »

« Non, tu as raison. Ce n'était pas mon intention et je ne comptais pas davantage te demander de le faire. Je remarque juste que tu désapprouves que je colle des affiches pro-moldu ou que je distribue ces badges. »

« Traître à ton sang. Ça n'a rien de drôle, Marlene. Il n'y a rien d'amusant à s'approprier ce terme, c'est dégradant. Tu sais combien de sorciers aimeraient appartenir à une longue lignée de… »

« Si tu crois que c'est dégradant, c'est qu'une partie de toi y crois un peu. »

« Non ! Je… désapprouve ces méthodes. »

« Mais tu approuves celles des Mangemorts ? »

« NON ! »

Arnav avait tellement haussé le ton que Sirius ne put s'empêcher de grimacer. En face de lui, le portrait d'une chiromancienne, penchée autant que possible au bord de son cadre pour entendre toute la discussion houleuse, lui chuchota : « ça sent le roussi ! »

« Je crois que ton amitié avec Lily te rend partiale. J'ai conscience de la dangerosité des Mangemorts, ça fait plus d'un an que j'entends mes parents dire qu'une guerre risque éclater. Mais en temps de guerre, il faut garder la tête froide et penser à se protéger, soi-même et les siens ! »

« Non ! En tant de guerre, il faut accepter de prendre des risques et se battre pour la bonne cause, quelles que soient les chances de réussite ! »

« Le Ministère traque les agitateurs de toutes sortes ! Mon frère s'est battu pour arriver là où il est et je refuse de lui nuire ! Et si Lily était vraiment ton amie, elle te conseillerait de garder un profil bas ! Pourquoi est-ce qu'ils ne pouvaient pas simplement attendre que Mercador fasse disparaître le maléfice ? »

« Parce que ce n'était pas l'initiative des nés-moldus, mais celle de Potter, figure-toi ! Et j'aurais rêvé d'avoir la même idée ! Nous devons nous serrer les coudes, c'est capital ! »

« Tu te rends compte que tu défends l'idée du plus grand crétin de Poudlard ? »

« Aujourd'hui, j'ai bien l'impression que tu lui as volé le titre. »

« Oulala ! » souffla la chiromancienne surexcitée en agitant hystériquement son éventail d'aquarelle.

Un nouveau silence, celui qui s'installait sournoisement entre les ruines, après une rude bataille.

« Je croyais avoir fait tout ce qu'un Serdaigle devait pour séduire une Gryffondor. Je croyais avoir contourné les pièges de la routine mais apparemment, ce n'était pas suffisant. »

« Non. » répondit Marlene d'une voix vacillante.

Le froissement d'un sac hissé de terre et des pas sur le tapis marquèrent la fin de la dispute.

« Ludibrii. » songea Sirius, conjurant un sortilège de Désillusion. Il n'arrivait pas encore à le faire tenir plus de quinze secondes d'affilée, mais cela suffisait. Arnav Patil dépassa le croisement, l'air bouleversé, la mâchoire serrée. Il ne remarqua pas Sirius, rendu invisible. Il lui suffisait désormais d'attendre que Marlene s'en aille et…

« Aïe ! » protesta-t-il en portant sa main valide à son ventre.

Sa camarade de classe se tenait devant lui. Elle avait brandi sa baguette à l'aveuglette, laquelle avait trouvé son estomac et, le déconcentrant, mis fin au sortilège de Désillusion.

« On espionne les honnêtes gens, Black ? » demanda-t-elle faiblement, et il constata avec soulagement qu'elle n'avait pas l'air fâchée.

« Comment tu as su que j'étais là ? »

Elle haussa les épaules. « La chiromancienne se met toujours à jacasser quand elle voit quelqu'un à proximité, c'est plus fort qu'elle. »

Brusquement, elle fondit en larmes et Sirius la contempla d'un air catastrophé.

« Tu veux que j'aille chercher Lily ? » proposa-t-il, un peu embarrassé.

« Qu'est-ce qui est arrivé à ta main ? » coassa-t-elle entre deux sanglots.

« Maléfice cuisant. »

« Viens, je vais te réparer ça. » lança-t-elle sans s'arrêter de pleurer.

« Tu es sûre que... »

Elle tapa du pied sur le sol, soudain furieuse.

« Pourquoi personne ne veut de mon aide ? Alors que je connais plein de sorts de guérison ! Mulciber non plus ne voulait pas que je répare son visage ! »

« D'accord, d'accord ! Si tu te reprends, tu peux t'occuper de ma main, McKinnon ! »

Elle prit une profonde inspiration et sécha ses larmes du revers de la main.

« Tu as raison, Black. Je vaux mieux que ça. Ne nous laissons pas abattre. »

« Non, certainement pas. » l'approuva-t-il, très perplexe vis-à-vis de la soudaineté et de la variété des émotions qui semblaient de s'emparer de la jeune sorcière.

Ils s'assirent un peu plus loin, sur le rebord d'une fenêtre, et Marlene passa sa main par-dessus celle de Sirius en psalmodiant des incantations à voix basse. Au bout de deux minutes, les cloques avaient disparu. Au bout de cinq, la main de Sirius était revenue à son état normal.

« Voilà, j'ai coupé le feu. Évite toutefois les sources de chaleur pendant les prochaines vingt-quatre heures. »

« Je ne savais pas que tu voulais être Médicomage. » dit Sirius en admirant sa main gauche redevenue normale.

Elle eut un faible sourire.

« Je le voulais jusqu'en quatrième année et puis… ça m'est passé. »

« Tu peux encore, avec tes options, non ? »

Elle grimaça. « J'ai abandonné les potions. Et puis, je ne sais pas si j'aimerais passer mes journées à guérir des gens que je ne connais même pas et qui risquent de me vomir du pus de bubobulb dessus en guise de remerciement. »

Elle pouffa légèrement et une fois de plus, Sirius s'étonna de la rapidité avec laquelle elle était passée des larmes aux rires.

« Ça fait peut-être de moi quelqu'un d'horrible, de dire ça ! »

« Pas du tout. J'ai entendu des choses horribles dans ma vie, mais tu as encore de la marge. »

« Je pensais peut-être partir à l'étranger. En Amérique, ou ailleurs. Mais maintenant, ça ressemble un peu… » Son regard se perdit dans le vague.

« … à une fuite en avant ? »

« C'est ce que m'a dit Lily il y a quelques semaines et je croyais avoir réussi à la convaincre que ce n'était qu'une opportunité à saisir mais finalement, elle avait peut-être raison. »

« Les modernes McKinnon ne te pousseront pas à épouser un sang-pur pour assurer la lignée, alors ? »

« Je ne crois pas, non. » sourit-elle. « A ce sujet, comment va Narcissa ? »

« Pas vu depuis des siècles et je ne m'en porte pas plus mal. Est-ce que tu te souviens de Bellatrix ? »

Marlene fronça les sourcils.

« Grande, brune, belle mais profondément antipathique ? Avait mis le feu à la robe d'Augusta Rosier pendant la cérémonie d'intronisation ? »

Vers sept ans, Marlene avait été traînée par une grand-tante peu recommandable à une soirée réservée au nœud résistant de familles de sang-pur et adeptes de magie noire. La vieille Cornelia s'était mis en tête qu'il était temps d'enseigner à sa petite-nièce la valeur d'un véritable sorcier. Marlene avait alors assisté à une soirée d'intronisation de jeunes magiciens. Un an avant leur majorité, la relève procédait à des rituels ancestraux et absolument terrifiants pour un enfant de sept ans. Marlene en aurait cauchemardé pendant des nuits si elle n'avait pas été distraite par les grimaces hilarantes d'un petit garçon de son âge qui se faisait sans cesse reprendre par une terrifiante sorcière. Ils avaient fini par s'échapper de la pièce principale et avaient passé toute la soirée à courir dans le jardin gelé et dans les cuisines où s'affairaient des elfes de maison empressés.

Ils s'étaient revus à Poudlard et n'avaient jamais évoqué ce souvenir, mais Sirius avait tout de suite reconnu la petite fille aux boucles brunes. Vu la réaction de sa camarade, il était manifeste qu'elle se souvenait de cette soirée aussi.

« Elle-même ! Elle trouvait qu'Augusta n'avait pas à porter d'opales car c'était ses pierres, si mes souvenirs sont exacts. La pauvre fille s'est retrouvée à Sainte-Mangouste avec des brûlures au deuxième degré. Et bien Bellatrix – je viens de l'apprendre – se marie. »

« Le pauvre. »

« C'est exactement ce que j'ai dit ! Avec Rodolphus Lestrange. »

« Grand, pâle, balbutiant ? S'était pris les pieds dans le tapis en faisant son entrée ? »

« Bonne mémoire, McKinnon. »

« Mais comment ont-ils... »

Elle s'interrompit, un air de compréhension passant sur son visage.

« Laisse-moi deviner. Les parents ont tout organisé, n'est-ce pas ? C'est d'un romantique... »

Il savait, pour avoir vécu avec James, à quel point la vie de deux enfants de sang-pur pouvait être différente. Et James le savait, car Sirius lui avait confié presque tous les cauchemars, presque toutes les horreurs. Mais est-ce que Marlene McKinnon le savait aussi ?

« Tu l'as échappée belle, hein ? »

Elle lui sourit.

« Oui, et toi aussi. »


Lily n'avait pas passé un week-end aussi éprouvant depuis ceux de son année de préparation aux BUSES. Et le pire, c'est qu'elle n'avait pas pu consacrer plus d'une heure à la pile de devoirs qui s'accumulaient dans un coin de son esprit. Le samedi matin avait été consacré à la traduction sommaire de Zaubersprüchen et Ben Zi Bena – elle pensait à ce moment-là s'atteler à ses devoirs le samedi soir et tout le dimanche. L'après-midi avait été consacré à remonter le moral de Marlene, toutes deux enroulées dans un plaid devant la cheminée de la chambre de Lily, avec l'aide d'un impressionnant stock de chocogrenouilles.

Malheureusement, les deux préfets-en-chef avaient été réquisitionnés après le dîner pour décorer le château et la grande salle à l'approche d'Halloween. Jusqu'à plus de minuit, Potter et elle avaient creusé magiquement les citrouilles, suspendu les potirons à chaque couloir et créé des vols de chauve-souris enchantés. Peeves avait pris grand soin de leur rendre la tâche la plus ardue possible, notamment en se servant régulièrement dans l'énorme chaudron qui recueillait la chair des courges évidées. Il la répandait dans des endroits improbables et les deux Gryffondor avaient été obligés de revenir dans chaque pièce pour les nettoyer de fond en comble avant de pouvoir aller se coucher.

De plus, l'esprit frappeur s'était adonné à toutes sortes de plaisanteries pendant leurs installations. James avait précipité dans le vide une gigantesque citrouille en lévitation après que Peeves eut entrepris de lui lancer des chandelles dans le dos. La courge avait manqué de peu d'assommer Lily. De son côté, la sorcière avait perdu le contrôle de ses nerfs quand Peeves lui eut jeté son trois-cent soixante-troisième pépin de potiron et il avait fallu toute l'énergie de James pour la convaincre de ne pas lancer d'avada kedavra à l'insupportable trublion.

Le dimanche matin, la sonnerie du réveil avait torturé Lily aux tréfonds de son lit. Baillant dans ses céréales, elle avait alors appris que la serre numéro quatre du professeur Carmichael avait été dévastée par un Musard pendant la nuit. L'escargot géant s'était apparemment échappé de la Forêt interdite, au vu des traînées d'herbe incendiée qui permettaient de tracer le chemin de l'animal dans le parc. Le professeur Brulopôt avait appréhendé le Musard mais des plants entiers de Lierrofleur nécessitaient un rempotage immédiat, sous peine d'être perdus. Ces plantes requéraient une grande douceur, et la proposition de James de « soulever la terre, enfoncer les racines et recouvrir d'un autre tas de terre » ne reçut qu'une exclamation horrifiée de Carmichael.

Lily et James passèrent donc leur journée à aider leur professeur à remettre la serre en place, entortillant délicatement les racines du Lierrofleur, dans le « tourbillon caractéristique » décrit par le professeur de Botanique.

C'est avec une pointe de panique que Lily, en quittant la serre, maculée de terre, réalisa l'ampleur de la tâche qui l'attendait après le dîner. Elle avait rarement vu James Potter aussi maussade et c'est dans un silence exténué qu'ils se laissèrent tomber à la Grande Table pour avaler à grandes lampées la soupe de morilles servie ce soir-là.

« Prends mes notes de métamorphose, ça te fera gagner du temps pour la composition. » lui proposa Marlene, qui avait le teint un peu pâle.

Lily s'apprêtait à la remercier quand son oreille saisit ce que Sirius disait à côté d'elle.

« On pourrait peut-être s'occuper du tu-sais-quoi dans le tu-sais-où ce soir ? »

« Impossible. » répondit sombrement Potter en faisant un signe de tête vers Lily. « On est de garde ce soir. Engagez-vous, qu'ils disaient… J'ai l'impression d'être le larbin de Poudlard. J'ai l'impression d'être Rusard ! » ajouta-t-il en pointant sa cuiller sur le concierge qui avalait sa soupe en lançant des regards mauvais à la masse estudiantine.

Lily laissa tomber sa cuiller dans son bol, s'éclaboussant de velouté au passage.

« C'est ce soir ? » demanda-t-elle, horrifiée. « Mais ce n'est pas le week-end prochain ? »

« Non, c'est ce soir. » assura Lupin, qui paraissait aussi pâle que Marlene, et beaucoup plus cerné qu'elle. « On a tous fait nos deux soirs de garde d'affilée, c'est à vous, maintenant. »

La sorcière gémit en se prenant la tête dans les mains. Depuis les deux maléfices qui avaient frappé les nés-moldus, les préfets devaient organiser des patrouilles dans les couloirs après vingt-et-une heures. Aucun nouvel incident similaire n'ayant été déploré depuis, l'équipe enseignante avait décidé de maintenir cette mesure. Lily s'était embrouillée sur son propre planning ! Elle résista tant bien que mal à la tentation de se fracasser le crâne contre le bois de la table. C'est résignée et courbaturée qu'elle se dirigea d'emblée vers la salle des préfets en espérant mettre à profit les deux prochaines heures de calme.

A vingt-et-une heures, Potter la rejoignit, à peine débarbouillé de la terre que Lily avait encore à profusion dans les cheveux, et se laissa tomber sur la chaise en face d'elle.

« Je suis complètement en retard. Je viens de finir les runes et il me reste encore les sortilèges et la métamorphose. » marmonna-t-elle en recopiant sa conclusion si vite que la plume déchira presque le papier sur le dernier mot.

« Idem, sans les runes. » bailla James. « Heureusement que j'ai fait les recherches pour les sortilèges avant l'entraînement de Quidditch, hier. Le reste n'a été qu'une suite improbable de… »

Renonçant à trouver ses mots et terminer sa phrase, il fit un geste du moulinet du bras.

« D'imprévus. » conclut-elle. « Je roule ce parchemin et j'arrive. Je pense qu'on est parti pour une nuit blanche après le tour de garde. »

« Tu sais… »

Elle releva la tête. Il ne semblait plus chercher ses mots mais hésiter à dire quelque chose.

« Quoi ? »

« Il se pourrait que j'aie un moyen de nous éviter de sortir d'ici. »

Elle soupira. « Potter, c'est un ordre de la direction. Tous les préfets l'ont fait et... »

« Non, tu ne comprends pas. Je ne parle pas de sécher, je parle d'inspecter le château sans quitter la pièce. »

« L'ubiquité n'est enseignée qu'en formation d'Auror, Potter. »

« Oh, très bien, comme tu veux. On aurait pu terminer nos devoirs tout en gardant un œil sur le château et aller se coucher raisonnablement à minuit… Mais si tu préfères passer une nuit blanche en ma compagnie dans la Salle Commune, Evans, ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre. »

Se coucher à minuit… le souvenir de son lit envahit la sorcière tandis qu'elle jetait un regard désabusé sur la pile de devoirs qui l'attendait encore.

« Dis toujours. » lança-t-elle d'un ton dégagé.

Il la jaugea du regard, comme pour mesurer ses capacités à entendre ce qu'il s'apprêtait à lui révéler.

« Hmmm… maintenant, je doute. Est-ce que tu seras de taille à garder ta langue ? »

Sa curiosité était piquée mais il était hors de question de l'avouer trop sincèrement. Un silence s'installa tandis que Potter émettait des murmures de réflexion.

« Je vais pas te faire un Serment Inviolable, non plus ! Alors soit je t'assure que je ne dirai rien et tu craches le morceau, soit on part en vadrouille, mais décide-toi. »

« Tu jures sur ton honneur de Gryffondor que tu ne révéleras rien de ce que je m'apprête à te confier ? »

« Je le jure. » assura-t-elle solennellement. Puis ajouta, méfiante : « A moins que ça ne porte atteinte à la sécurité de quelqu'un. »

Un sourire machiavélique se dessina sur les lèvres de James. « Tout dépend de ce que tu entends par 'sécurité'. Prépare-toi, Evans. Tu es la première personne en dehors des initiés à découvrir l'existence de cette petite merveille. » Il plongea la main dans son sac et Lily ne put s'empêcher de se pencher en avant, pour découvrir l'objet du délit…

C'était un morceau de parchemin plié à la manière d'une carte routière. Déçue, elle expira légèrement et lança un regard perplexe au jeune sorcier qui se délectait visiblement de sa réaction.

« Mais qu'il raconte, ce Potter ? » la singea-t-il en dégainant sa baguette. « Attends un peu. » Il se concentra et Lily sentit l'énergie d'un sortilège informulé se diffuser depuis la main de James jusqu'au morceau de parchemin. Tout d'abord, rien ne se passa. Puis un petit point noir apparut, et des lignes qui tracèrent une sorte de plan…

« Qu'est-ce que... »

James déplia le parchemin et tout apparut clairement.

« Par Merlin… » murmura-t-elle.

C'était à peine croyable et maintenant qu'elle la voyait, Lily se demandait comment elle avait pu passer presque sept à Poudlard sans posséder un tel objet. Tout était là. Les salles occupées et les pièces délaissées, les couloirs à deux entrées, les escaliers… les personnes. Dumbledore qui discutait avec le professeur Flitwick dans son bureau, McGonagall qui devait corriger des copies, son nom indiqué en face de la cheminée de la salle des professeurs. Les élèves étaient amassés dans les salles communes et les dortoirs, créant un enchevêtrement à peine lisible de noms imprimés sur le parchemin. Rusard arpentait le hall, Miss Teigne sur les talons.

« Où est-ce que tu as trouvé ça ? » demanda-t-elle d'une voix étranglée, cédant à la tentation de coller le nez sur l'objet pour en remarquer tous les détails.

« Trou-vé ? » s'indigna-t-il en détachant les syllabes. « C'est une production artisanale, Miss Evans ! Un modèle unique réalisé avec une attention toute particulière ! Merci de ne pas traiter à la légère des années de dur labeur ! »

« Tu as… créé ça ? »

« Pas tout seul, c'était une collaboration. »

« Avec Black ? »

Il haussa les épaules.

« Lupin et Pettigrow sont dans le coup aussi ? »

« Tu n'imagines pas le temps que l'exploration du château a pris. Des ailes entières. Des cachots. Des pièces fermées à quintuple tour. Quatre, ça n'était pas de trop, je peux te l'assurer. »

Fascinée, elle se perdit dans la carte. Son sens de l'orientation n'était pas mauvais et elle s'était souvent amusée à se perdre un peu dans le château, pour voir… Mais elle se rendait compte à présent que certaines zones du château demeuraient pour elle de véritables territoires inexplorés, des terres inconnues.

« Voilà pourquoi vous ne vous faites pas prendre autant que vous le devriez… » murmura-t-elle dans un éclair de compréhension. « Vous voyez arriver Rusard et McGonagall à trois kilomètres avec cette petite merveille. Oh, mais James... je veux dire, Potter ! » rectifia-t-elle en bafouillant. « Vous n'auriez pas vu des élèves se balader dans des couloirs où ils ne devraient pas être… je veux dire, avant qu'on instaure les tours de garde. »

« En voilà une maraudeuse en herbe ! » s'amusa-t-il. « Non, Lily… je veux dire, Evans. » Elle fit mine de n'avoir rien entendu. « Nous n'avions rien remarqué d'inhabituel, du moins sur cette carte. Le problème, vois-tu, c'est qu'on ne peut pas avoir le nez collé dessus en permanence. Sauf que ce soir, par exemple, on pourrait jeter régulièrement un œil à la carte pour vérifier que tout le monde reste à sa place. Sans avoir à véritablement patrouiller. Ce qui me rappelle… tu ne diras rien, n'est-ce pas ? »

« Bien sûr que non, elle serait confisquée. » répondit-elle sur un ton d'évidence.

« Et aux autres non plus ? Ce n'était pas vraiment prévu que je te la montre… »

« Je tiendrai ma langue. » promit-elle en inspectant le rez-de-chaussée. « Tiens, deux élèves hors du dortoir. Et évidemment, l'un d'eux n'est nul autre que Sirius Black. » remarqua-t-elle, mi-exaspérée, mi-amusée. « Je ne savais pas que lui et Erin Shacklebolt se fréquentaient en-dehors du terrain de Quidditch. Tu vois, dans cette vieille salle ? » dit-elle en pointant la carte de l'index. « Leurs deux noms sont côte à côte. Heu… très côte à côte... »

Elle releva la tête et quelque chose dans l'expression de James la fit rosir.

« Oooh ! » fit-elle en relâchant la Carte comme si cette dernière était soudain devenue brûlante. « Mais… Sirius Black et Erin Shacklebolt ?! Ils sortent ensemble ? »

« Je ne sais pas si le terme est approprié étant donné qu'ils se retrouvent rarement en-dehors de cette pièce. » répondit James d'un air songeur.

« Oh. » répéta-t-elle. « Je vois. » Elle aventura de nouveau un bref coup d'œil sur le coin de la carte qui l'intéressait et recula tout aussi rapidement.

« Ça n'a pas quelque chose d'un peu… obscène de voir leurs deux noms s'agiter comme ça… ? »

« Ma parole, Miss Evans, ne seriez-vous pas en train de rougir ? » se moqua James, le sourire jusqu'aux oreilles.

« Je rosis très légèrement car je viens de prendre connaissance d'une information qui ne m'était pas destinée. » rectifia-t-elle d'un air digne.

« Toi, au moins, tu n'es pas rentré dans la pièce au moment fatidique... »

Elle éclata de rire. « Avec Erin Shacklebolt ? »

« Non, c'était il y un peu moins de deux ans. Sirius venait de découvrir cette salle mais il n'en avait pas encore fait sa garçonnière attitrée. C'est le bureau d'un professeur qui enseignait une obscure option de magie appliquée il y a plus de cinquante ans... Bref… ne le répète surtout pas, mais je l'ai trouvé avec Margaret Chourave. »

Elle écarquilla les yeux.

« Margaret ? Mon dieu, je ne les imaginais pas du tout ensemble. »

« Surtout qu'elle sortait avec Richard Diggory à l'époque. C'était une erreur passagère, je crois.»

« Une fille tellement droite et raisonnable... » déplora Lily du ton de ceux qui voient leurs illusions dispersées aux quatre vents.

« Chacun possède une part d'ombre. » fit remarquer James d'un ton docte. « Mais quelle est la tienne, Lily Evans ? »

Elle lui jeta un œil méfiant.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? De toute façon, tu pourrais savoir avec qui je sors rien qu'en examinant la carte pendant quelques semaines… OH MON DIEU, POTTER ! Est-ce que vous avez déjà utilisé la carte pour nous espionner ? Moi ou n'importe qui d'autre ? »

« Elle nous sert surtout à repérer nos cibles avant le passage à l'acte. »

« Tu ne réponds pas à la question. »

Il se leva d'un bond et sortit deux Bièraubeurres de son sac.

« Est-ce qu'on trinquerait pas un coup avant d'entamer nos devoirs ? »

Elle saisit la bouteille et la décapsula d'un coup de baguette sans pour autant quitter le poursuiveur du regard.

« C'est illégal, ce que vous faites. Chez les Moldus, c'est interdit d'installer des outils de surveillance sans en avertir les principaux concernés. » grogna-t-elle en saisissant de l'index un coin de la carte fouineuse. Elle lui apparaissait sous un jour tout à fait différent à présent.

« Mais où est passé la merveille dont tu chantais les louanges tout à l'heure ? Et toi non plus, tu n'as pas répondu à ma question. Tu sors avec quelqu'un, en ce moment ? »

« Ça ne te regarde pas. »

« Noah Ramsay te dévore des yeux à chaque réunion. » déclara Potter avant de prendre une longue gorgée de Bièraubeurre.

« Ramsay ? Il est en cinquième année. »

« Ça ne change rien. Je ne te savais pas aussi vieux-jeu. Et… Rogue ? »

« Quoi, Rogue ? »

Potter haussa de nouveau les épaules en tentant de prendre un air dégagé.

« Vous étiez très proches, puis, plus du tout, puis vous reparliez un peu, puis de nouveau, c'est la guerre froide… Tout le monde a l'air d'avoir oublié que vous étiez arrivés presque main dans la main sur le quai 9 3/4, mais moi, je m'en souviens. »

« Il n'y a rien entre Rogue et moi. »

« Et il le sait ? » interrogea-t-il calmement.

« Il n'a pas de raison de penser autrement. »

Elle saisit son manuel de métamorphose et jeta un œil à la carte pour vérifier que personne ne se baladait dans les couloirs – à l'exception de Black et Shacklebolt dont elle évitait soigneusement les noms perdus au rez-de-chaussée.

« Et celui que tu veux faire entrer à Poudlard ? »

Elle reposa son livre et planta ses yeux dans ceux de Potter.

« Je t'ai dit que je t'en parlerai en temps voulu. »

La vérité, c'est qu'elle n'était pas prête. Elle s'entraînait chaque soir à pratiquer les sortilèges de désillusion qui leur auraient permis de circuler plus librement dans le château. Généralement, Marlene la rejoignait et elles s'entraînaient à se rendre mutuellement invisibles. Mais elles avaient pris du retard avec tous leurs devoirs et le résultat n'était pas encore satisfaisant.

« Je préconiserai mercredi prochain. » reprit-il.

« Non. » refusa-t-elle. « Pas si tôt. En plus, on a des examens blancs le lendemain. »

« Réfléchis un peu, Evans. La Gazette a annoncé une rencontre au sommet au Ministère, et Dumbledore est convoqué. Ça fait déjà un souci en moins, et pas des moindres. Par ailleurs, ma baguette m'a confié ce matin-même que toute l'équipe enseignante serait réquisitionnée mercredi soir pour une petite réunion pédagogique. Y compris Rusard et Mrs Pince. Tous au même endroit. Facilement repérables. »

Il tapota la carte du doigt.

« Demain, c'est Halloween. On serait aussitôt repérés en cas d'absence, et je ne parle pas des centaines d'élèves qui vont errer dans les couloirs après le banquet. Mardi, Dumbledore reçoit une délégation d'Amérique latine ici-même, il veut leur montrer l'école. C'est aussi ma baguette qui me l'a dit. Mercredi, toute l'autorité de Poudlard est absente ou occupée. Jeudi, Dumbledore revient avec des représentants du Ministère.»

Il croisa les bras derrière sa nuque et fit basculer sa chaise en arrière.

« Crois-en mes années d'expérience : quand un bon créneau se libère, il faut savoir l'exploiter. Et si tu as des contrôles le lendemain… il faudra assurer, peu importe les heures de sommeil emmagasinées la veille, voilà tout. C'est à ça que ça sert, d'être régulier dans ses devoirs. »

Lily avait affecté de se concentrer sur son devoir de métamorphose mais elle avait attentivement écouté Potter. Songeuse, elle tapota le papier du bout de sa plume.

« Enfin, si je risque une punition en t'aidant, je mériterai quand même de savoir qui tu comptes introduire à Poudlard. Un ami à toi ? »

« Je ne te le dirai pas. D'ailleurs, j'ai juste besoin de ton expertise. Mais je me débrouillerai toute seule, merci. »

Potter laissa retomber sa chaise sur le sol.

« Tu veux dire que je dois juste te donner les informations mais que je ne peux pas traîner avec toi dans les couloirs mercredi soir ? »

« Perspicacité, sagacité... »

« Tu te crois de taille à affronter Poudlard de nuit, sans te faire prendre ? »

« Et bien… c'est sûr que si tu me prêtais ta carte… »

Elle enroba l'objet d'un regard plein de convoitise.

« Certainement pas, la carte reste avec moi ! »

Elle haussa les épaules. « Alors, je m'en passerai. »

« Tu n'as pas l'air de te rendre compte de ce que nécessite ce genre d'expédition. »

Elle fit un mouvement du menton vers la carte.

« Vous l'avez toujours eue ? »

« Non, elle a été mise au point il y a seulement deux ans, mais... »

« Et pourtant, vous vous étiez aventurés dans les couloirs auparavant. »

James secoua la tête de gauche à droite, signalant que selon lui, les situations n'avaient rien de comparable.

« Quatre personnes qui avaient déjà l'habitude du château et de ses occupants. C'est un ancien élève que tu comptes faire entrer à l'insu de la direction ? Dans ce cas, pourquoi cette personne n'a-t-elle pas simplement envoyé un hibou à Dumbledore ? N'importe quel ancien élève peut revenir visiter l'école s'il le souhaite. »

« Potter, je ne te dirai rien de plus. J'ai menti pour toi à McGonagall... »

« Je ne t'avais rien demandé ! »

« … mais tu m'as assuré que tu m'étais redevable. »

« Et je ne reviendrai pas sur ma parole. »

« … Je t'ai donc prié de me rencarder sur la manière de faire entrer quelqu'un extérieur au château, rien de plus. Ce que tu n'as toujours pas fait, d'ailleurs… »

Le garçon soupira et tira à eux la Carte.

« Tu vois la statue de Grunhilda ? La sorcière borgne. » précisa-t-il. « Si tu tapes sur son dos en prononçant la formule dissendium, tu trouveras un passage secret. Après vingt bonnes minutes de marche, tu te retrouveras dans une cave. Et cette cave n'est autre que celle de Honeydukes. Poudlard-Pré-au-lard, vingt-cinq minutes, aucun arrêt et aucune escale. »

Elle le dévisagea en s'efforçant de cacher la déférence nouvelle qui devait s'imprimer sur son visage et reporta son attention sur la carte.

« Très bien. » se contenta-t-elle de répondre.

Comment allait-elle pouvoir introduire Darren dans la cave de Honeydukes sans que personne ne s'en rende compte ? Avec un peu d'ingéniosité, n'importe quel sorcier en aurait été capable. Quand on n'avait pas de pouvoirs, en revanche, les choses s'avéraient un peu différentes…

« Qui doit venir à l'intérieur de Poudlard ? C'est un garçon ? Une fille ? De la famille ? Ton petit ami ? »

« Tu ne voulais pas avancer sur tes sortilèges, Potter ? » demanda-t-elle d'un air absent, les yeux de nouveaux rivés sur son devoir de métamorphose.

A minuit, leurs devoirs étaient bouclés, leur patrouille officiellement terminée et ils quittèrent la salle des préfets. Avec un certain sentiment de culpabilité et de devoir à moitié accompli, Lily ne put toutefois s'empêcher de dévorer encore une fois la carte des yeux.

« C'était pratique, mais il ne faudrait pas recommencer trop souvent… » dit-elle avec une pointe de sévérité que trahissait sûrement l'émerveillement de sa voix. « Il faut que l'on nous voie dans les couloirs, c'est censé dissuader. »

« Qui le remarquera ? Il n'y avait personne dans les couloirs cette nuit. Personne ne fera la différence. »

Il replia la carte qu'il couvait d'un regard affectueux.

« Je ne peux pas t'expliquer comment ouvrir la Carte mais à toutes fins utiles, voici comment la refermer si tu veux la rendre invisible aux yeux d'autrui. » Il pointa sa baguette sur le chemin, toussa et claironna : « Méfait accompli ! »

D'un air satisfait, il rangea ensuite la carte vierge dans son sac.

« Tu te rends compte qu'on a passé presque deux jours entiers ensemble ? Et que nous possédons toujours l'intégrité de nos membres et de la quasi totalité de notre santé mentale ? » fit remarquer Lily avec un sourire tandis qu'ils entraient dans la Salle Commune.

« Oh, ce n'était pas si difficile, j'ai trouvé que tu t'étais un peu radoucie, Evans. »

« Et tu n'étais pas aussi insupportable que d'habitude. »

« Evans, qui va entrer dans Poudlard mercredi soir ? »

Avec un soupir de lassitude, elle poussa la porte du dortoir des filles.

« Bonne nuit, Potter. »


Alors, venons-en au sujet qui fâche… je ne suis pas sûre de pouvoir publier la semaine prochaine, car à cette heure, je n'ai plus que le chapitre 7 de complet. J'attends donc de voir comment je progresse sur le 8 pour décider mais je crois que je ne pourrai poster la suite que dans deux semaines.

Mais rassurez-vous, tout arrive, j'ai juste perdu l'avance que j'avais au début de la publication;)

Merci encore pour vos adorables reviews.

Profitez bien de Halloween (MÊME SI C'EST JUSTE UN AUTRE ANNIVERSAIRE DE MORT DE JAMES ET LILY. Non mais ça va hein, je le vis bien.)

A très vite !