Survival of the Fittest


Le pouvoir, ça se respecte.

Toute l'évolution Darwinienne est basée là dessus. La survie du plus fort, c'est ce qui régie le royaume animal (et végétal, aussi, mais même les Végans s'en branlent, de cette partie de l'écosystème, alors…). Et les hommes, malgré toutes leur réticence à l'admettre, sont des animaux.

Dans l'imaginaire commun d'une société patriarcale, le plus fort, l'apothéose de l'évolution, c'est littéralement Ken le Survivant. Un mâle alpha bourré de stéroïdes régnant en maître incontesté sur la faible plèbe tel le fier lion rugissant.

Bien évidement, si on adhérait pas à ce modèle désuet aux relents de Sylvester Stallone, ou si on avait suivi un minimum ses cours de SVT, on s'apercevait vite que la chaîne alimentaire se gravissait moins par la force que par l'intelligence. Survival of the fittest, telle était la théorie de Darwin. L'évolution servait ceux qui savaient s'adapter. Et si le fier lion se faisait trucider par des concurrents avides ou des lionnes insurgées, jamais l'autorité du berger n'était remise en question.

Si le Prof de Philo, toujours au fait des métaphores les plus alambiquées qui pouvaient soutenir une thèse branlante de penseur inspiré, avait conscience de sa place tout en haut de la hiérarchie, il n'avait pas choisi sa voie pour ça. Son but premier n'avait jamais été de s'approprier un titre de maître à penser -il n'était pas BHL-, mais plutôt de sortir de leur fourbis tous les insupportables moutons auxquels il devait enseigner. Guider les esprits hors de la Caverne, illuminer leur abyssale connerie d'une immortelle Flamme Doudoune de savoir, et les pousser à réfléchir par eux-mêmes.

A coups de pieds au cul si nécessaire.

Le régime de la Terreur avait rapidement fonctionné, et si les étudiants demeuraient malgré ses efforts des ovidés rendus léthargiques par la surconsommation de télévision, ils avaient appris, à coups de marteau dans l'occipital, à respecter son autorité et son savoir, et à questionner diligemment chaque sujet qu'il leur donnait.

Ouais, ils avaient appris. Sauf lui.

L'ironie voulait qu'il ne soit pas un mouton, mais un zèbre. Avec son eye-liner trop épais, ses ongles noirs manucurés, son style vestimentaire digne d'un mauvais cosplay de Gerard Way et son pentagramme tatoué sur le front, il avait tout du sataniste au rabais décidé à mener un troupeau de seconde zone. Sauf qu'il conduisait ses pairs droit dans le mur, ce petit imbécile. Et qu'il refusait en bloc de se voir remettre les idées en place.

Le Prof de Philo avait tout essayé, des Explications Claires et Précises -mais vue la difficulté de la chose, il comprenait la dépression du dernier en charge de la rubrique- aux menaces de carnages pures et simples, mais ce sale gosse s'en comme, bien évidemment, il s'agissait d'une personnalité multiple, impossible de l'envoyer rejoindre la fausse commune du coin, qui se remplissait à vue d'œil grâce aux efforts combinés des divers psychopathes de la ville.

Finalement, il n'avait vu qu'une seule solution.

_Stagiaire, tu retiens le cultiste de Cthulhu à la fin du cours, cadreur, tu viens avec moi.

Le plan avait été mis en place depuis une bonne semaine, aussi le premier ne fut guère surpris. Mais le Présentateur TV lui accorda un œillade surprise et inquiète, à laquelle il répondit par un haussement d'épaule. Il ne faisait pas ça par plaisir, et s'il voulait mener à bien son projet, et éviter d'user de son 5T fétiche, il allait avoir besoin de se mettre d'aplomb.

Vingt minutes plus tard , bien évidemment, le mioche l'attendait, assis sur une table et son habituel air apathique au vissage.

_Vous avez demandé à me voir ?

Le Prof de Philo était un homme de rhétorique et de passion didactique, de verve et de diatribes enflammées. Mais il était surtout un homme intelligent, suffisamment versé dans la nature humaine et la psychologie pour savoir que parfois, les actions valaient plus que les mots pour exciter la partie la plus primitive, la plus animale du cerveau humain. Ça, et ses fréquentations les moins recommandables lui avaient filé quelques tuyaux.

Ses lèvres se tordirent en un rictus dangereux, avant qu'il ne les plaques contres celles de son élève.

L'exclamation de surprise de celui-ci fut rapidement étouffée alors que le philosophe attaquait sans vergogne la bouche peinte d'un blanc mortuaire, l'envahissant sans hésitation et léchant, suçotant, mordillant sans relâche. Le jeune homme sous lui était figé, sous le choc, et il était impératif qu'il ne lui donne pas l'occasion de réfléchir. Agrippant une épaule il le repoussa avec violence contre la table qu'il avait pris pour siège, le faisant s'étaler de tout son long sur le bois dur. Ses mains agiles, aptes tant à manier la craie que le marteau des Dieux, déboutonnèrent immédiatement la chemise -noire, of course- du sataniste alors que celui-ci peinait à analyser la situation. Sa langue retrouva les lèvres devenues rougies par l'agressif baiser, et il visita un bref instant le palais de son élève avant de plaquer sa paume contre celles-ci, le bâillonnant avec succès. Accordant un bref regard au torse imberbe et d'une pâleur macabre qu'il avait découvert, le Prof de Philo retint un frisson de dégoût. Non pas que le serviteur du diable soit esthétiquement, déplaisant, il venait de Mathieu Sommet à présent, mais il avait gardé l'apparence d'un adolescent débile, pas d'un adulte consentant, et l'homme de lettres dut se faire violence pour garder son érection en vie, invoquant intérieurement les images les plus décadentes de son vrai partenaire et sentant avec soulagement son corps y réagir favorablement. Foutu zèbre sans cervelle, avait-il besoin de rendre les choses si difficiles ?!

Reportant son attention sur le jeune homme à sa merci, l'homme au mono-sourcil fronça celui-ci en constatant que sa proie regagnait un semblant de lucidité. Non. La conscience n'était pas la bienvenue dans cette tentative, et il fallait y remédier immédiatement. Bienheureusement, il avait la solution…

D'un mouvement brusque et sans douceur, il inséra sa cuisse entre celles de son élève, prenant appui sur la table et le chevauchant presque. Déposant un chaste baiser contre la main qui muselait le sataniste, il laissa sa langue tracer la pomme d'Adam de celui-ci, qu'il sentit déglutir. Bien. Ses lèvres parcoururent le territoire vierge qu'était la peau laiteuse du supot de Satan, délicates, douces, s'attardant généreusement sur le téton gauche et piercé et peinant à camoufler un sourire satisfait en sentant le le frisson parcourir le corps offert, qui avait perdu de sa rigidité. Lentement, paresseusement, il traversa la terre inconnue jusqu'à l'autre téton… dans lequel il planta ses dents, alors que dans un mouvement simultané il plaquait son bassin contre celui du sataniste, joignant leurs érections.

La réaction ne fut guère silencieuse, mais il n'attendit même pas que l'autre ait fini de crier pour mordre à nouveau, ses canines laissant leur marque cette fois-ci sous les côtes du jeune homme alors que le philosophe entamait une série de vas-et-viens sans concession ni repos, enflammant les nerfs de son insolent élève dont le vissage avait perdu toute trace d'impassibilité.

Car vous voyez, le cerveau de tout animal est programmé pour deux sensations, les plus fortes qui soient : le plaisir et la douleur. Et celui qui maîtrise les deux… C'est lui qui obtient le pouvoir.

Observant les yeux écarquillés du Gothique, aux pupilles dilatées de souffrance et d'extase, le Prof de Philo eut un sourire satisfait, quoique exaspéré. En voilà un qui respecterait sa place au sommet de l'évolution. Et qui, peut-être se laisserait guider par son berger hors de la caverne..

Mais, histoire d'être sûr, l'enseignant laissa ses lèvres errer sur la peau diaphane… avant de la mordre. Fort.