Chapitre 6

L'immortel se rendit dans les cellules et s'assura que tous les pensionnaires étaient nourris puis il monta dans l'antre de Myfanwy et resta près d'elle un long moment, regardant le Gallois dormir en contre-bas. Quand il le vit bouger, il quitta le ptérodactyle et le rejoignit. Lorsqu'il arriva, il était dans la cuisine, occupé à préparer des tasses. Délicatement, Jack l'enlaça, se collant contre son dos, déposant un baiser dans son cou, tirant un gémissement de Ianto qui avait fermé les yeux, s'abandonnant à l'étreinte.

– Comment te sens-tu ? demanda le Capitaine.

– Ça va, tant que tu es près de moi.

– J'y resterai aussi longtemps que tu le souhaiteras, fit l'immortel en regardant son amant se tourner pour lui faire face.

– Ça risque de durer longtemps alors, je n'ai pas l'intention de te laisser partir, répondit-il en posant un baiser sur ses lèvres.

Jack y répondit et demanda même à l'approfondir, ce que Ianto fit bien volontiers. Leurs langues se trouvèrent et se caressèrent pendant quelques instants avant que les deux hommes ne se séparent.

Le Gallois prit une tasse et la lui tendit puis posa les autres sur le plateau et partit voir Owen. En passant près du canapé, il vit que Tosh venait d'ouvrir les yeux et revint près d'elle après avoir servi le médecin.

– Tu vas bien ? demanda-t-il en s'asseyant à côté de son amie.

Elle leva vers lui un regard plein de larmes et il s'approcha pour la prendre dans ses bras. Elle pleura dans son cou, laissant sa peine s'épancher. Owen vint les rejoindre et Ianto s'écarta pour lui laisser la place. À son tour, il l'enlaça et lui caressa doucement les cheveux pendant que la jeune femme s'agrippait à sa chemise. Il posa un baiser sur son front et l'incita à se recoucher puis il ouvrit sa blouse pour voir sa blessure.

Ses collègues se détournèrent pour le laisser officier et montèrent dans le bureau. Ianto s'assit et Jack s'installa dans son fauteuil.

– Tu n'as toujours pas d'information sur la personne de l'entrepôt ?

– Non, rien et ça m'inquiète un peu, je ne vois vraiment pas d'où pourrait venir ce double si parfait. Je t'assure que j'étais persuadé que c'était toi !

– Tu penses que Owen aurait raison, il pourrait venir d'un autre monde ?

– Pourquoi pas, c'est arrivé avec le Docteur lors de l'attaque des Daleks et des Cybermens à la bataille de Canary Warf. Une équipe d'un autre univers utilisait une technologie qui leur permettait de passer d'un monde à l'autre. Rose y a retrouvé son père alors que chez nous, il était mort depuis des années.

– J'imagine le choc que ça a pu être pour elle, fit Ianto.

– Sans doute, mais maintenant, ils sont réunis, sa mère aussi est passée de l'autre côté. La femme de Pete était morte là-bas.

– C'est ce que l'on appelle une famille recomposée, dit le Gallois avec un sourire.

– Oui, tu as raison, ils sont enfin réunis.

Ianto baissa les yeux brusquement, l'évocation de cet épisode douloureux avait réveillé de mauvais souvenirs. Le Capitaine s'en aperçut et se leva pour venir près de lui. Il le prit dans ses bras et le serra contre lui.

– Je te demande pardon, fit-il doucement.

Le jeune homme ne répondit pas, une boule s'était formée dans sa gorge empêchant les mots de passer. Au bout d'un long moment, l'immortel tourna la tête en entendant frapper à la porte. Il relâcha son amant et se releva pour s'approcher de Owen.

– Qu'y a-t-il ? demanda le médecin. Il a mal ?

– Non, j'ai fait une erreur en ravivant un mauvais souvenir. Tu veux quelque chose ?

– Oui, il faut que je rentre chez moi, je te confie Tosh. Elle se réveille de plus en plus souvent maintenant, il ne faudrait pas qu'elle reste seule. Sa blessure se cicatrise bien. Dès qu'elle sera assez solide sur ses jambes, elle pourra se lever, mais on devra l'accompagner pour le cas où elle aurait une faiblesse.

– D'accord, je vais m'en occuper, vas-y et prends ton temps.

– À plus tard Jack, fit-il en redescendant l'escalier.

– Ianto, pourrais-tu commander trois repas, fit l'immortel en revenant près de son amant.

– Oui, bien sûr.

Le Gallois se leva et le regarda puis quitta la pièce pour aller téléphoner. Le Capitaine le suivit et s'arrêta près de la jeune femme qui venait d'ouvrir les yeux.

– Alors ma belle, comment ça va ?

– Bien, répondit-elle d'une petite voix.

– Owen s'est absenté, fit-il en voyant qu'elle regardait vers la baie médicale. Il est passé chez lui, il va revenir. Il te veille depuis que tu as été blessée. Ianto a commandé, tu vas déjeuner avec nous.

– Je n'ai pas très faim.

– Je m'en doute, mais il faut que tu reprennes des forces alors tu n'as pas le choix.

– Ok, fit-elle en tentant de se redresser.

Jack l'y aida et lui cala le dos avec un oreiller.

– Jack, pourquoi a-t-elle fait ça ? Pourquoi m'a-t-elle laissée ? Je la croyais mon amie.

– Tu sais, j'ai déjà vécu longtemps et je n'arrive toujours pas à comprendre la réaction de certaines personnes. Je ne peux pas te répondre, mais elle est morte et toi, tu es vivante, c'est le principal pour le moment.

La jeune femme baissa les yeux et le Capitaine s'assit près d'elle en lui prenant la main.

– Ne t'en fais pas, je sais que c'est très dur, mais il y a ici des personnes qui t'aiment, une surtout, alors remets-toi vite, que l'on ait à nouveau le plaisir de voir ton joli sourire.

Lorsque Ianto revint avec les boites de pizzas, il vit que son amie réveillée. Il la servit en priorité et approcha une desserte pour lui laisser son verre. Les deux hommes s'installèrent près d'elle et ils déjeunèrent tout en discutant. À aucun moment, il ne fut question de Gwen, la page était tournée. Le Gallois alla préparer du café et revint avec les tasses. Tosh le remercia et huma l'arôme, les yeux fermés, ce qui fit sourire ses collègues.

– Ça m'a manqué, fit-elle en les regardant.

– Je veux bien te croire, répondit Jack. Il est toujours aussi bon !

L'après-midi se passa tranquillement et le soir, l'alarme du sas retentit. Le passage s'ouvrit sur Owen qui portait un gros bouquet de fleurs et un vase. Lorsqu'il eut mis de l'eau, il apporta le tout près de la jeune femme et le posa sur la desserte puis s'assit près d'elle et la regarda.

– C'est pour moi ? fit-elle le regard brillant.

– Oui, Tosh.

Il hésitait à parler et elle le sentit.

– Que se passe-t-il ? demanda-t-elle.

Il ne répondit pas, mais se pencha vers elle et l'embrassa doucement. Elle fut un peu surprise, mais accepta le baiser et passa ses mains derrière la nuque du médecin pour le prolonger. De la passerelle, Ianto et Jack les observaient, ils se regardèrent et sourirent avant de rentrer dans le bureau. Il y avait vraiment beaucoup de changement au Hub !

Une semaine passa, Tosh se remettait de sa blessure et Ianto avait repris les chasses avec Jack. La jeune femme avait analysé les données recueillies lors de la double activation, mais elle n'arrivait pas à en tirer quelque chose de concret. L'autre homme n'avait toujours pas donné de signe de vie et Jack commençait à croire qu'il avait rêvé ce qu'il s'était passé.

Un matin, l'alarme se déclencha et la jeune femme prévint le Capitaine qui avait été passé la nuit chez le Gallois. Une demi-heure plus tard, les deux hommes entraient dans la base et elle leur expliqua ce qu'elle avait trouvé.

– Bon, nous y allons. Owen, tu restes ici avec Tosh et toi ma belle, fit-il en passant une main sur son visage, tu nous guides et surtout, repose-toi, ok !

– Bien chef, fit-elle en se touchant le front du bout des doigts.

Ianto se mit à rire et suivit son leader jusqu'au garage.

– Qu'y a-t-il de si drôle ? lui demanda Jack.

– Rien Capitaine ! fit-il en appuyant bien sur le mot.

– Ianto !

– Oui Monsieur ?

– Ianto !

– Je blaguais Jack, fit-il en riant de bon cœur.

– Tu mériterais…

– Plus tard, le coupa le Gallois, pour le moment, nous avons du boulot.

– Ok, mais tu ne perds rien pour attendre !

– J'y compte bien ! répliqua le jeune homme en bouclant sa ceinture.

Ils se dirigèrent vers l'entrepôt et garèrent le véhicule à l'écart afin de ne pas être repérés. Cette fois, ils seraient bien plus prudents. Arme au poing, ils entrèrent dans le bâtiment et s'avancèrent jusqu'à la porte fermée. Après s'être assuré que la voie était libre, ils se glissèrent le long du mur, cachés par les caisses. Au centre de l'espace libre, un homme leur tournait le dos. Accroupi, il semblait examiner le sol et ne les avaient pas entendus. Ianto s'éloigna et Jack attendit qu'il soit en position pour se montrer.

– Comme on se retrouve ! fit le Capitaine en sortant de l'ombre.

L'individu se releva prestement, sortant son arme. La stupeur se lisait sur son visage, ce qui tira un sourire de l'immortel.

– Et oui ! fit-il, encore moi !

– Que voulez-vous ? demanda l'homme.

– Et bien, je pense que mon ami, ici présent, voudrait savoir pourquoi vous lui ressemblez autant, répondit Jack en montrant Ianto qui s'approchait.

Pendant un instant, aucun des deux ne fit un geste et le Capitaine en profita pour se précipiter sur le visiteur et l'étourdir d'une décharge électrique. Il s'écroula et Ianto s'arrêta près de lui.

– Je t'avais bien dit qu'il était ton portrait craché, fit-il en levant les yeux vers son amant. Peux-tu aller chercher le SUV ?

– Oui, oui bien sûr, répondit le Gallois ayant toujours du mal à croire ce qu'il venait de voir.

Quand il revint, l'homme était ligoté et Jack attendait, debout près de lui. Ils le chargèrent dans le véhicule et retournèrent à la base. Quand ils arrivèrent, il était toujours sans connaissance et le Capitaine le mit sur son épaule pour le descendre dans les cellules, demandant au jeune homme d'aller voir Owen pour qu'il le rejoigne.

– Alors ? demanda le médecin en entrant dans la zone de détention. C'est lui !

– Oui, je voudrais que tu l'examines.

– Ok, ferme derrière moi, on ne sait jamais.

– Évidemment, on a eu assez de mal à l'avoir, je veux avoir des réponses, fit Jack.

Owen détacha le prisonnier et l'allongea sur le lit puis s'assura qu'il n'était pas blessé. Il lui retira son pull et vit une cicatrice à la base du cou. Il nota tous les détails sur une feuille puis il le couvrit puis sortit de la cellule après avoir vérifié la tension et le pouls. Les effets de la décharge n'allaient pas tarder à s'estomper et il ne voulait pas être dans la pièce lorsqu'il reprendrait connaissance.

– Tu es sûr que tu n'as pas de jumeau ! fit-il en passant devant Ianto. Parce que c'est incroyable comme il te ressemble.

– Non, à moins que l'on me l'ait caché, mais je ne vois pas ma mère me taire ce genre de chose.

Les trois hommes remontèrent dans la zone principale et Jack alluma la caméra des cellules. Il voulait redescendre sitôt que leur prisonnier aurait repris ses esprits. Ianto prépara du café et distribua les tasses. Assis près de Tosh, il fixa l'image de l'homme inconscient, buvant sa boisson par petites gorgées. C'était insensé, comment pouvaient-ils être aussi semblables !

Une heure plus tard, Tosh les appela pour les prévenir qu'il était assis sur son lit. Ils descendirent et Jack se plaça devant la vitre.

– Pourrait-on savoir qui vous êtes ? demanda-t-il.

L'homme ne répondit rien, le défiant du regard jusqu'à ce que Ianto se place dans son champ de vision. Ils le virent blêmir et reculer jusqu'au mur où il s'appuya, semblant chercher son souffle. Le Capitaine s'approcha et posa sa main sur la cloison.

– Ça ne va pas ? s'enquit-il. Owen, va le voir s'il te plait, il ne me semble pas dangereux, nous te couvrons de toute façon.

– Ok, fit le médecin en pénétrant dans la cellule.

Le prisonnier avait glissé le long du mur, il était maintenant assis sur le sol, les bras autour des jambes, le front posé sur les genoux. Owen s'approcha avec précaution et mit sa main sur son épaule.

– Comment vous sentez-vous ? fit-il en se baissant. Venez, asseyez-vous sur le lit, vous serez mieux.

L'homme ne répondit pas, mais il se laissa faire et s'installa sur la couchette. Lorsqu'il releva la tête, ils virent qu'il avait le visage baigné de larmes. Le Gallois fut touché par sa détresse et s'approcha, mais Jack l'empêcha d'entrer dans la cellule.

– Tout va bien, fit Owen en regardant son leader, je pense que c'est la surprise d'avoir vu Ianto.

Il ressortit de la pièce et ferma derrière lui.

– Tu devrais aller nous faire une tasse de ton nectar, fit le Capitaine au jeune homme qui s'empressa de quitter les voûtes.

En arrivant dans la zone informatique, Tosh surprit son regard perdu et le rejoignit dans la cuisine.

– Que s'est-il passé ? demanda-t-elle.

– Il a eu un léger malaise. Je n'ai jamais vu une ressemblance pareille, poursuivit-il après un instant de silence, j'avais l'impression de me voir dans une glace, c'est flippant !

– Il doit y avoir une explication. Jack a sans doute raison, peut-être vient-il d'un autre univers.

– Oui, peut-être, sinon, je ne vois pas d'autre explication. Tiens, tu en veux un, fit-il en lui tendant une tasse.

– Oui, merci beaucoup. Bon, je retourne à mon poste, tu me tiens au courant !

– Évidemment. À tout à l'heure.

Il repartit vers les cellules avec son plateau et quatre mugs ainsi qu'une assiette de petits biscuits. Il pourrait sans doute en proposer à leur nouveau pensionnaire.

Quand il entra, Jack était toujours près de la séparation et tenait le bracelet à la main, le montrant au prisonnier.

– Pouvez-vous me dire ce que c'est ?

– Mon moyen de transport !

– Oh, donc, vous vous servez de ça pour passer d'un monde à l'autre, j'ai bien compris ?

– Non, pas d'un monde… d'un univers à l'autre. Je viens d'un endroit similaire au vôtre, sauf que dans le mien, votre organisation n'existe pas. Je travaille pour UNIT.

– D'accord, fit le Capitaine. Mais ici, nous avons aussi UNIT !

– Je sais, j'étais avec l'un des responsables lorsque nous nous sommes vus la première fois.

Le Gallois s'approcha et proposa les boissons.

– Ah Ianto, merci beaucoup, j'en avais besoin. Vous en voulez un ? fit-il en s'adressant au prisonnier. Il est excellent, vous devriez y goûter.

– Je veux bien, fit-il en se levant.

Sur un signe de son Capitaine, Ianto s'approcha et posa la tasse et les biscuits sur une petite tablette permettant de passer la nourriture, puis il recula.

– Il a droit à un traitement de faveur ! s'amusa Jack en voyant l'assiette.

– Pourquoi pas, ce n'est pas un criminel !

– Cela dépend de quel côté on se trouve, répondit l'immortel, en se remémorant la balle qu'il avait reçue.

– Je t'en prie, Jack, regarde-le, il n'a pas sa place ici.

– Où ici, à Torchwood ou dans la cellule ?

– Tu sais très bien ce que je veux dire ! Tu m'enfermerais aussi ?

– Tu n'es pas lui au cas où tu ne l'aurais pas remarqué !

– En es-tu sûr ? demanda le jeune homme. Owen, pourrais-tu lui faire un test ADN ? fit-il en se tournant vers le médecin.

– Oui, bien sûr, mais pour quelle raison ?

– Pour savoir, c'est tout, je suis persuadé qu'il est moi, mais ailleurs.

Owen regarda son leader qui hocha la tête en signe d'assentiment. Il prit sa mallette et s'approcha de la porte. Le prisonnier ne bougeait pas, écoutant la conversation qui semblait irréelle. On l'avait bien prévenu qu'il risquait de rencontrer des personnes qu'il connaissait ou avait connues, mais pas à se voir lui-même.

Après avoir fait la prise de sang, le médecin remonta dans son laboratoire et commença ses analyses. Tosh vint près de lui et s'assit, le regardant œuvrer.

– Tu vas bien ? lui demanda-t-il.

– Oui, fit-elle en passant sa main sur sa joue pour tourner son visage vers elle.

Délicatement, elle posa ses lèvres sur les siennes puis le laissa continuer son travail. Owen la fixa un instant puis lui sourit et se concentra sur son séquenceur. Après s'être assuré que tout se déroulait correctement, il redescendit voir ses collègues et la jeune femme l'accompagna.

À suivre…