Note: Un grand et sincère merci à Càtia et molly59.
Légère mise au point pour tous ceux (et ils en sont remerciés, bien sûr) qui me mettent dans leurs Stories Alert ou dans leurs favoris sans laisser de commentaires. Bien sûr, recevoir un mail en me disant qu'untel m'a rajouté dans ses histoires préférées ou ses alertes fait plaisir. Mais ne croyez-vous pas qu'une review est plus motivante? Même lorsqu'elle est négative, ça prouve qu'on reconnaît un peu le travail fourni...
Nous sommes dans un pays libre (Dieu soit loué mDr), et je ne ferai pas de chantage bêbête du style « si j'ai pas quinze reviews, pas de suite ». Mais c'est rapide, gratuit, et ça encourage l'auteur.
Alors pensez-y...
Après la minute rabat-joie, voici donc la suite!
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-Dray?? Dray??
Seigneur, ayez pitié de votre humble brebis implorante...
Si les prières fonctionnaient, ça se saurait, et ma cousine adorée ne ferait pas irruption dans ma chambre (sans frapper) avec ce sempiternel sourire rayonnant qui me donne envie de l'écraser contre un mur.
Nymphadora -où ses parents ont-ils été pêcher un nom pareil, je me le demande- a toujours clamé haut et fort qu'elle m'adorait, ce qui est une oxymore, un peu comme « soleil noir » ou ce genre de conneries digne de Poète maudit. Fonction d'une oxymore: créer une nouvelle réalité poétique.
Sauf qu'une fille de trente ans passés qui se teint les cheveux en mauve, totalise douze piercings sur tout son corps, dont un à la langue qui la fait affreusement zozoter, et qui a abandonné ses études pour se consacrer à la sculpture sur bois et à l'administration d'un site internet anarchiste, ça n'a rien de poétique.
Elle collectionne les mecs comme ma grand mère les timbres et milite dans un mouvement de libération de la femme. Aux manifestations du 8 mars, elle est toujours en tête de cortège. Je ne peux m'empêcher de glisser une remarque désagréable à ce sujet dés que l'occasion se présente...
J'ai entendu parler d'une fille qui avait intenté un procès pour sexisme à un type qui lui avait tenu la porte dans un restaurant, eh bien c'est tout à fait le genre de choses que Tonks -une autre de ses lubies, nous devons l'appeler par son nom de famille- serait capable de faire.
Et cerise sur le gâteau, elle m'a rebaptisé Dray.
-Allez baby, let's go! Move your body! Me hurle-t-elle dans les oreilles en plaquant deux baisers sonores sur mes joues.
-Arrête moi si je me gourre, Nymphadora, mais on est dimanche matin. Et en général, les gens font la grasse matinée le dimanche matin.
Mon assaillante pousse un soupir à fendre l'âme en levant les yeux au ciel:
-T'as vraiment une passoire à la place de la tête, toi! Je t'avais bien dit que je voulais te présenter Remus!
Remus, le nouvel « amour de sa vie », comment l'oublier...
Devant mon absence de réaction, elle claque des doigts avec impatience:
-Tu sais, le journaliste!
-Ah ouais, celui dont tu m'as raconté la vie en détail depuis les couches...
Tonks éclate de son rire juvénile. Je ne sais pas comment elle fait pour avoir l'air toujours contente.
-C'est lui-même. Bon alors, tu bouges tes jolies fesses?!
Lesdites jolies fesses apprécient le compliment à sa juste valeur et consentent à quitter mon lit. Je saute dans les premières fringues qui me tombent sous la main, tant pis pour la douche. Dora trépigne d'impatience tandis que je me peigne:
-Allez Dray, on va pas à un défilé de mode...
Puis m'entraîne à sa suite, oubliant son sac en fausse fourrure rouge dans le feu de l'action.
Après cinq minutes de trifouillage de clés dans la serrure et la récupération du précieux sac, nous filons à toute allure sur la bretelle d'accès qui mène à l'autoroute.
Ma cousine pousse le volume de la radio à fond et chante en choeur. Seul un vague reste de bonne éducation m'empêche de me boucher les oreilles. J'ai envie d'une cigarette.
-Où t'as foutu ton paquet, putain...Râlé-je en farfouillant dans la boîte à gants.
Une des rares qualités de Nymphadora Tonks est qu' elle partage mon addiction à la nicotine:
-Désolé chéri, j'ai arrêté. Me sourit-elle.
Et une rare qualité en moins, une!
-T'as arrêté? Mais depuis quand?
-Trois semaines, mon chou. J'en ai vraiment bavé au début, mais là je crois que je tiens le bon bout.
Je ne trouve rien à lui répondre. Si même mon éparpillée de cousine commence à tenir ses bonnes résolutions...
-Dray?
-Mmh?
-Dis moi...ça va en ce moment?
Ce genre de questions me hérisse. Je réplique sèchement:
-Bien sûr que oui.
Dora est suffisamment intelligente pour repérer les terrains glissants et n'insiste donc pas. Je la remercie mentalement en augmentant encore le volume de la radio.
Les envolées soul d'Alicia Keys emplissent nos oreilles. Même si je préfèrerais me pendre plutôt que de l'avouer, elle est l'une des rares chanteuses à me tirer des frissons. Ma conductrice me regarde en souriant, l'air entendu:
-C'est beau, hein?
-Bof.
-Allez, avoue...
-Nan.
Je détourne la tête en dissimulant un début de sourire. Pour un peu, je lui tirerais la langue comme un sale môme.
Environ un quart d'heure plus tard, nous parvenons à destination. Detroit, une ville qui ressemble beaucoup à Cleveland en plus grand. Le fameux Remus nous invite au restaurant. C'est plutôt cool de faire ça pour un cousin qu'il ne connait pas encore -et qu'il n'appréciera sûrement pas- aussi je me promets de faire quelques efforts.
-Dray, laisse moi te présenter Remus. Chéri, voici Draco, le fils de ma tante.
-S'lut. Marmonné-je dans mon pull.
Cette entrée en matière pour le moins laconique ne semble pas échauder mon hôte, qui m'adresse un sourire éclatant de jovialité. Le genre qui me file la gerbe en moins de deux.
Plutôt grand, mince, de beaux yeux dorés mais cernés de noir, il porte un grand pardessus marron passablement élimé. Ses cheveux châtains sont striés de mèches grisonnantes. On dirait qu'il n'a pas dormi depuis un mois. Remarquez, je dois avoir à peu près la même tête que lui...
-Alors, l'année prochaine c'est l'université? Me demande-t-il en découpant sa viande avec application sous le regard énamouré de sa chère et tendre.
-Non.
Il semble déconcerté. Hin hin, apparemment Dora ne l'a pas averti...
-Je n'ai aucune envie de m'user le cerveau à écouter les mêmes profs assommants ressasser les mêmes trucs battus et rebattus.
Remus semble maintenant amusé:
-Je vois.
-Vous voyez quoi, au juste?
Tonks s'empresse d'orienter la discussion sur un autre sujet avant qu'elle ne s'envenime. Si j'étais dans un mauvais jour, je ne l'aurais pas laissée faire, mais je suis juste fatigué.
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Potter,
Tu dois te dire « eurêka, quelqu'un s'intéresse à ma petite vie! ». Détrompe toi, si je te réponds c'est pour te donner un léger aperçu de la mienne. Je ne vois après tout pas au nom de quoi je suis sensé te laisser y échapper...
Tu parlais de faire risette à mes parents. Autant te prévenir, ma mère m'élève en solo depuis cinq ans. Tu auras plus de détails si jamais je me prends une cuite en ta présence, ce qui ne manquera pas de se produire.
Magouilles? Potter, tu es une magouille. Crois-tu vraiment que j'ai choisi d'avoir un correspondant par désir de sociabilisation? Crois tu sérieusement que j'ai envie de te connaître? Il semblerait d'ailleurs que nous ayons trouvé un terrain d'entente sur ce point...
Mais observer un fils à papa dans son milieu naturel est un spectacle que je ne compte pas me refuser.
A bon entendeur, salut!
Draco Lucius Malefoy
En lisant la lettre de son correspondant, Harry se rendit compte avec surprise qu'un sourire se dessinait lentement sur ses lèvres. Malefoy avait répondu, même si ce n'était que pour cracher son venin, et lui s'en amusait! C'était peut être ça le syndrome du « fils à papa » blasé. Mais il doutait que la boule de nerfs à l'écriture en arabesques -infiniment plus stylisée que la sienne- soit ravie de susciter un tel sentiment...
Non, cela ne s'apparentait pas à de la pitié dédaigneuse. Plutôt à un sombre désir de revanche, qu'il ne parvenait pas à s'expliquer. Harry n'avait jamais été un belliqueux, c'était Ron qui se chargeait de se faire détester pour deux. Et là, un mec qu'il ne connaissait pas le méprisait au bout d'une ligne! En même temps, il n'avait guère fait d'efforts pour établir de bonnes relations...
Sans doute était-ce la racine du problème, et la courtoisie exigeait qu'il lui écrive une lettre d'excuses. Mais il n'en avait nullement envie. Peut être parce qu'il pressentait qu'en faisant ça, il perdrait tout intérêt aux yeux de son étrange correspondant. Sitôt cette pensée parvenue à son cerveau, Harry songea que la fatigue lui jouait de drôles de tours, et rangea la lettre avec la précédente avant de foncer retrouver Benjamin.
Il y avait maintenant trois semaines qu'ils étaient officieusement ensemble, et Harry ne s'était jamais senti aussi...Soulagé? Il avait enfin un petit ami! Amoureux, et qui n'avait pas peur de le lui répéter dix fois par jour en l'embrassant dans le cou. Benjamin était beau, on pouvait parler de tout avec lui, même s'il était vrai que la majorité du temps était consacrée à s'embrasser et plus si affinités, et il l'avait présenté à ses amis de Classes Préparatoires!
Harry était à présent de toutes les soirées où se retrouvaient les gens les plus populaires du lycée, ce qui ne manquait pas de faire grincer les dents de son meilleur ami, qui voyait d'un sale oeil l'amitié qui unissait l'adolescent au blond.
La fête du jour se déroulait dans la villa de Jim Cutler, le meilleur ami de Benjamin, que le jeune Potter trouvait un peu snob, malgré la sympathie que l'autre prétendait ressentir à son égard. Mais il ne fallait pas contrarier Benjamin, et de toutes manières la maison était grande, comme son petit ami le lui avait fait remarquer avec un sourire coquin -que l'adolescent trouvait absolument adorable- en le conviant à l'y rejoindre...
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Recroquevillé dans mon lit, je sers dans mes bras le vieil éléphant en peluche qui accompagnait mes pleurs de bébé. Des larmes roulent lentement, presque paresseusement, sur mes joues.
Je ne sortirai plus jamais de ma chambre. Je n'irai même plus au lycée. Je ne veux plus voir personne, et surtout pas Benjamin Tweeney.
Je sonne à vingt heures tapantes. C'est une malgache en parfait uniforme de soubrette qui m'ouvre. Elle semble surprise de me voir:
-Vous désirez?
-Prévenez Jim Cutler et Benjamin Tweeney qu'Harry Potter est là, s'il vous plaît.
Ses yeux noirs s'arrondissent:
-Je suis désolée, mais je ne connais aucune de ces personnes.
Elle m'agace. Mais qu'est-ce que les gens ont dans la tête à engager des dindes pareilles?!
-Jim Cutler. Répété-je avec patience, pensant qu'elle a peut être mal compris. Il habite ici.
La femme me fixe comme si je débarquais de Mars:
-Aucun Jim Cutler n'habite ici. Vous êtes chez Mr et Mrs Mc Gregor, et je suis à peu près certaine qu'ils ne connaissent personne de ce nom vu que ça fait dix ans que je travaille pour eux.
Sur ce coup là, c'est moi qui doit ressembler à un poisson hors de l'eau...
-Mais...C'est impossible...
Elle secoue la tête d'un air désolé. Je lui présente mes plus plates excuses et regagne la rue, la tête basse.
Une fois sur le trottoir, je compose le numéro de Benjamin à toute vitesse. Trois sonneries s'égrènent et je me retrouve sur sa boîte vocale:
-Benji, c'est Harry. C'est quoi cette histoire? Je sors juste de l'adresse que tu m'as indiqué, et je suis tombé sur une femme de ménage qui m'a dit que Jim ne vivait pas ici. Rappelle moi, s'il te plaît.
Le vent souffle en rafales et je grelotte dans ma petite veste. J'attends une, cinq, dix minutes, mais toujours rien. La malgache m'épie derrière les rideaux de ce qui doit être le salon.
Enfin, mon portable vibre et je me jette dessus comme la misère sur le pauvre monde:
-Benjamin?
-Harry?
Entendre sa voix me procure une intense sensation de soulagement:
-Tu as eu mon message?
-Ouais.
Son ton est étrangement froid, impersonnel. Je m'étonne:
-Quoi, c'est tout? Je te signale que ça fait un quart d'heure que je me les caille dehors!
-Retrouve moi chez moi. Me coupe-t-il.
J'ouvre la bouche pour répondre mais il a déjà raccroché.
Agacé, et il faut bien le dire un peu inquiet de cette attitude, j'arrive chez les Tweeney sur les coups de vingt heures trente. La maison est plongée dans l'obscurité mais la voiture de Benjamin est garée devant la grille. Je sonne deux coups, impatient d'avoir une explication.
C'est mon petit ami qui vient m'ouvrir, en tee shirt et en jean, l'air gêné. Je vais pour l'embrasser, plus par habitude qu'autre chose, mais il détourne la tête:
-Viens, on va discuter à l'intérieur.
Une fois installés dans le living, chose qui m'a mis la puce à l'oreille, Benjamin ayant en effet toujours préféré sa chambre pour nos « conversations », il m'a proposé quelque chose à boire.
Intrigué, j'ai accepté. Peut être s'agissait-il d'un nouveau jeu? Nous n'avions pas encore couché ensemble, mais je me doutais bien que ce jour ne tarderait pas à arriver...
Une fois nos deux verres vides, il commença à s'expliquer en bredouillant, les yeux rivés sur ses mains jointes comme s'il priait:
-Ecoute Harry, je suis désolé pour ce soir.
Il est bien sûr tout pardonné, mais je ne lui dis pas. Autant le laisser rougir et bégayer, ça le rend encore plus mignon.
-C'était un pari débile que j'ai fait avec Jim.
Je m'en doutais, j'ai toujours pensé que ce type n'était pas net. Quand notre relation sera plus sérieuse, je conseillerai vivement à mon petit ami de se passer de pareille compagnie.
-Tu sais, je ne suis pas très mature parfois...Alors quand Jim et Harvey m'ont dit que tu avais le béguin pour moi...Enfin, j'ai été con quoi. On a parié une certaine somme sur nous deux.
Je fronce les sourcils. De quoi parle-t-il?
-On a parié...que nous devrions rester ensemble trois semaines...et coucher ensemble à l'issue de ces trois semaines...
Mon sang se fige. Alors il jouait la comédie depuis le début?
Il se tord les mains, puis jette ses yeux dans les miens avec désespoir:
-Tu comprends...C'est une somme assez coquette...Si tu veux, je t'en donnerai la moitié...
J'ai peur de trop bien comprendre, justement.
-En gros, tu veux coucher avec moi pour toucher l'argent?
Benjamin semble soulagé que je me sois chargé de formuler clairement les choses:
-Et bien...Si tu veux bien faire ça pour moi, ce serait super. Je t'aime bien, vraiment, et je regrette de t'avoir fait marcher, mais...
J'en ai assez entendu. Je me lève d'un bond, repoussant avec dégoût le bras sournois qu'il venait de passer autour de mes épaules. Je le regarde comme si je ne l'avais jamais vu. Il transpire légèrement, son sourire trop blanc dont j'aurais dû me méfier me donne des envies de meurtre, ses yeux sont bleu couleur fond de piscine alors qu'ils étaient gris la semaine dernière, je vois les racines brunes surgir sous la teinture platine...
Factice. Seigneur, Ron était en dessous de la vérité.
Je m'enfuis presque en courant. Dieu merci, il ne tente rien pour me retenir, j'ai tout le loisir de prendre mes jambes à mon cou une fois dehors. Je sprinte le long de l'avenue Windsor, j'accélère encore en tournant à l'angle de la rue Victoria, mes poumons me brûlent quand j'atteins Middle Street...
