Disclaimer : Tout appartient à Tolkien, sauf quelques OCs.
Ce chapitre est surtout du point de vue d'Azog.
Chapitre V
-On arrive bientôt ?
-Non.
-On arrive bientôt ?
-Non.
-C'est quand qu'on arrive ?
-Merde.
-Où ça ?
L'Orc soupira, et Idril se retint de rire. Une heure que ça durait, une heure qu'elle agissait comme une gamine pour jouer avec les nerfs de ses geôliers. Sa victime était un Orc de stature plus fine que ses congénères, à la peau noire-rougeâtre et aux yeux jaunes.
Les wargs avançaient en marchant, ce qui rallongeait le voyage (logique). La jeune Elfe, qui commençait sérieusement à s'ennuyer, avait décidé de passer le temps en mettant à rude épreuve la patience de l'Orc à sa gauche, qui parvenait à rester calme, suscitant l'admiration de ses compagnons. Derrière l'Elfe, Azog eut un discret sourire. Cette gamine ne reculait devant rien. Enfin, gamine… Il ne connaissait pas son âge. Le peu qu'il savait sur les Elfes, c'était leur apparence et leur immortalité. Donc, sa prisonnière qui adoptait une attitude à la limite du supportable était sûrement âgée de plusieurs siècles. Qu'est-ce que ça devait être quand elle était plus jeune…
Ils s'arrêtèrent quelques minutes plus tard, et l'Orc qu'Idril avait ennuyé pendant le voyage s'éloigna prestement de la jeune Elfe qui s'en fichait royalement.
-Tu es consciente de te mettre encore plus en danger, la prévint Azog.
-Si tu avais voulu me faire du mal, je n'aurai pas pu dire un mot, or tu m'as laissée m'amuser comme je l'entendais sans faire le moindre commentaire. Soyons francs : que me veux-tu exactement ? Pourquoi me garder en vie et entière si aucun de vous ne me supporte plus d'une heure ?
-Le Roi de Gundabad est un souverain puissant et autoritaire, mais après une guerre contre un autre clan, il a besoin de divertissement. Tes mouvements au combat font penser à ceux d'une danseuse, alors je me suis dit que tu ferais un superbe cadeau pour Sa Seigneurie…
-Tu te moques de moi ? J'ai été épargnée pour être un objet entre les sales pattes de ton roi ? Il n'y a pas marqué «catin» sur mon front, sinon l'un de mes amis n'aurait pas dépensé la moitié de sa récompense dans un bordel !
Azog ne sut quoi répondre. Cette Elfe avait un vocabulaire plus cru qu'il ne l'avait imaginé au départ. Il comprit qu'elle ne se laisserait pas faire si facilement une fois arrivée (si elle ne partait pas d'ici-là). Il se demandait si, par il ne savait quel hasard, elle se soumettait, elle saurait «divertir» le roi des Orcs. Mais au final, qu'elle soit vierge ou non, ça ne changerait pas grand-chose. Ce qui pourrait rallonger son espérance de vie de quelques semaines, ce serait de capituler. Le pire pour elle serait de concevoir un bâtard : le roi la mettrait immédiatement à mort plutôt que de se soucier d'une esclave enceinte. Azog se gifla mentalement. Voilà qu'il s'inquiétait pour l'avenir d'une Elfe, maintenant !
Il fut interrompu dans ses pensées par l'arrivée de l'un de ses congénères qui tenait par le bras un Elfe blond aux yeux vert émeraude et à l'air contrarié. En le voyant, Idril eut une expression qui ressembla à de la surprise et de la peur. Le résultat aurait pu être comique, il ne l'était pas. A la surprise générale, elle marcha droit vers le nouveau prisonnier, l'attrapa par sa tunique et le secoua comme un prunier en hurlant comme s'il avait fait la pire erreur de sa vie.
-Espèce de crétin ! Idiot ! Ralgamasiel* ! Par Elbereth, mais qu'est-ce que tu fais là !
-Je suis venu te chercher, répondit piteusement l'Elfe lorsqu'il put en placer une.
-Et évidemment, tu t'es fait prendre. Rappelle-moi ce qui était convenu ? Il me semble que tu devais partir avec Talenos et Odin, n'est-ce pas ?
-Hors de question de te laisser !
-Mais tu m'énerves !
Azog, qui comprenait de moins en moins, décida d'intervenir :
-Silence !
Idril et le nouveau venu se turent et tournèrent la tête vers le chef Orc qui se retenait de les assommer. La jeune Elfe dut reconnaître qu'il était encore plus effrayant quand il était en colère.
-Maintenant que tout le monde s'est calmé, commença Azog, nous pouvons éclaircir la situation. Idril, tu connais cet Elfe ?
-Un peu trop bien, à mon grand désarroi…
-Et toi, le nouveau, comment tu t'appelles ?
-Aeluin, fils d'Aeglos…
-Je me moque de qui est ton père, ça ne fera aucune différence lorsqu'on t'aura égorgé.
-Non ! cria Idril.
-Tu as raison, il serait mieux pour divertir lui aussi le roi de Gundabad… Nous reprenons la route.
-Dis-moi, Idril, chuchota Aeluin, quand il parlait de divertir le roi, il pensait à…
-A ton avis ?
La jeune Elfe laissa son cousin qui affichait une expression de pure horreur et rejoignit Azog qui insistait pour toujours l'avoir à l'œil. Contrairement à d'habitude, il n'avait pas les deux mains accrochées au warg, mais son bras gauche autour de la taille de sa prisonnière, qui grimaça. Etre plaquée contre le torse de l'Orc avait quelque chose de gênant, et les révélations de celui-ci sur sa situation future ne faisaient qu'accroître son malaise.
Les Orcs décidèrent de voyager de nuit. En plus d'une semaine de captivité, c'était la deuxième fois qu'Idril subissait cette décision. Et comme la première fois, elle ne parvint pas à rester éveillée et s'endormit contre Azog qui ne trouvait pas ça si désagréable, en fin de compte. Lors de la première nuit sans s'arrêter, il avait été étonné, mais l'Elfe ne lui accordait aucune confiance : la fatigue l'obligeait à se laisser aller. Maintenant, il en profitait, et pour garder un peu de fierté, il tentait de se convaincre que c'était parce que sa prisonnière se taisait. Elle n'était pas très bavarde, mais quand elle s'y mettait, c'était une calamité (surtout pour titiller les nerfs de ses geôliers). Il se demanda alors qu'elle était sa relation avec le blond. Pas frère et sœur, ils se ressemblaient à peine. Amis ? Fiancés ? «Mais pourquoi je me pose ces questions ? Tout ça ne regardera que le roi».
De son côté, Aeluin fulminait. D'où cet Orc posait la main sur sa cousine ? De quel droit la livrait-il comme esclave à son roi ? L'idée qu'Idril soit entre les mains d'un tel monstre le révolta. Il leur fallait fuir, le plus vite possible, rejoindre un endroit où ils seraient en sécurité. S'il ne se trompait pas, ils longeaient la rive ouest du fleuve. Il suffirait de traverser, courir plein est et s'abriter à Vertbois, où Thranduil pourrait les protéger. Si bien sûr l'épisode de leur fuite de la Lorien s'était tassé dans les esprits. Mais plus que le pouvoir du souverain Sinda, Aeluin craignait la colère de sa famille. Il avait sûrement perdu la confiance de ses parents pour un bon bout de temps. Et comble de son malheur, la Compagnie du Cygne Noir n'existait plus. Les chances de retrouver Odin et Talenos étaient infimes, voire inexistantes. Moins d'un siècle et demi que la Compagnie existait, dix ans que Talenos les avait rejoints. Toutes ces années avaient été merveilleuses, certes pas de tout repos, mais les quatre amis aimaient leur vie, avec les imprévus qu'elle imposait.
Il remarqua qu'Idril était plutôt bien traitée, pour une prisonnière. Elle n'avait aucune marque de coups, et personne ne l'avait insultée. Peut-être l'amener intacte à leur souverain valait-il mieux que d'offrir un cadavre... Il se souvint alors que l'Orc pâle l'avait appelée par son prénom. S'il n'avait par pris garde à ce détail au début, il lui paraissait maintenant très étrange.
Le lendemain, dès qu'il le put, Aeluin s'approcha d'Idril et lui parla en elfique :
-Il faut partir.
-Et comment ? Nous sommes surveillés, désarmés, et ils sont nombreux.
-Nous avons connu pire, rappelle-toi. Avec un peu de réflexion, nous pourrons rejoindre Vertbois et demander l'hospitalité à Thranduil.
-Ce paranoïaque obscurantiste ? J'en doute…
-C'est du roi de nos pères respectifs dont parles…
-Il est quand même paranoïaque et obscurantiste.
-Tu préfères te retrouver dans le lit du roi de Gundabad ?
-Tu marques un point. Mais je ne resterai pas longtemps à Vertbois. Juste le temps de se débarrasser de nos nouveaux compagnons, et après, au revoir le royaume. Alors, par quoi on commence ?
-Il faudrait attendre la nuit. On prend nos armes, on tue discrètement celui qui fera son tour de garde, et on court.
-Et on pourrait égorger les autres dans leur sommeil, comme ça plus besoin de demander de l'aide à l'autre.
Aeluin soupira. Idril n'avait jamais apprécié Thranduil. Le roi s'était permis un jour de faire une remarque sur son attitude. Aeluin s'était dépêché de cacher les armes de sa cousine en attendant que sa colère se soit dissipée. Pendant une semaine, il avait dû veiller à ce que son épée et sa dague soient bien dissimulées dans sa chambre pour ne pas qu'elle commette un régicide au détour d'un couloir. Quant à Legolas… Idril le trouvait arrogant, froid, hautain, glacial, prétentieux, distant et plein d'autres adjectifs du même genre. Le taciturne prince héritier se mêlait peu aux autres, mais les deux cousins n'avaient pas non plus fait énormément d'efforts pour le connaître.
Tout en chuchotant sur les détails de leur plan d'évasion (qui, ils l'espéraient, ne serait pas un fiasco comme le précédent en Lorien), ils avalèrent rapidement et en grimaçant la mixture non-identifiable des Orcs.
A quelques mètres d'eux, Azog qui les observait pensait avoir compris la relation entre les deux Elfes : fiancés. Sinon, qui pouvait, surtout chez les Elfes, se tenir aussi près de quelqu'un et communiquer si bas ? L'Orc ne pouvait plus nier son intérêt grandissant pour ses prisonniers. Et sa haine de plus en plus féroce pour le blond.
Après une longue journée de course, ils s'arrêtèrent afin de bivouaquer. Les deux Elfes attendirent que tous les Orcs dorment et réussirent, grâce à leur discrétion et à leurs capacités de mercenaires, à prendre leurs armes sans réveiller qui que ce soit ni alerter le garde (qui était celui qu'Idril avait ennuyé deux jours plus tôt en se conduisant comme une enfant). Silencieusement, ils firent glisser les lames de leurs dagues le long des gorges de leurs geôliers, recouvrant la terre de sang, et partirent en courant. Néanmoins, un détail gênait Idril. Quelque chose ne collait pas, mais elle ne savait pas quoi. Puis soudain l'évidence lui vint : Azog n'était pas au campement. La machiavélique Elfe informa son cousin et tous deux forcèrent l'allure, jusqu'à ce qu'un warg leur barre la route, monté par un Orc à la peau d'albâtre et au torse creusé de cicatrices.
-Regardez qui est là, cracha-t-il en dégainant son épée.
-Aeluin, court, souffla Idril en elfique tout en empoignant sa propre arme. Vite !
Voyant qu'il n'en ferait rien, la jeune Elfe fit mine de vouloir le décapiter. Cela suffit à le faire partir en direction de l'est, sûrement pour prévenir Thranduil de la mort de sa cousine par les Orcs.
-Prépare-toi à mourir, dit Azog.
Idril chassa son cousin de son esprit et se mit en garde.
*Seuls ceux qui connaissent Reflets d'Acide peuvent comprendre.
Alors ?
