Un chapitre consacré à Quatre ! (qui, comme ses petits camarades, ne m'appartient pas).

Genre : Plus ou moins dramatique.


Chapitre 5) Confrontation avec le passé

AC 198

Quelque part dans l'espace

Quatre Raberba Winner se sent mal à l'aise. Pour la première fois depuis des années il est sur le point de revenir sur la colonie dont il est originaire. Il s'y est obligé pour tirer un trait définitif sur le passé. Il a refusé de laisser Trowa l'accompagner, il veut affronter ses démons seul. Lorsque la navette se pose sur l'aire d'atterrissage il s'efforce de rassembler son courage pour quitter le bord. Non pas qu'il ait peur du danger, il a affronté tant de périls qu'il est blindé. Non, si le courage lui manque, c'est surtout parce qu'il sait que ses pas le mèneront invariablement aux ruines de sa maison.

Il se lève enfin et se risque dans les rues de la colonie.

Tout d'abord nul ne prête attention de lui puis un jeune homme vêtu d'une djellaba usée de couleur bleue s'avance vers lui.

Quatre se retrouve face à face avec une copie presque parfaite de lui même. Comme lui le jeune homme qui vient de le rejoindre est blond aux yeux bleus, ils ont des traits similaires mais la peau de l'inconnu est plus sombre que la sienne et son corps est plus maigre. Surtout, une intense colère luit dans son regard et comme de la haine émane de lui.

- Qui es tu ? Questionne Quatre.

- Mon nom est Claude Quassim Bellal.

- Bellal ? Comme Nazzédine Bellal ?

- C'était mon oncle, il m'a élevé à la mort de mes parents. Je n'était encore qu'un bébé.

- Tes parents ?

- Quassim et Claudine Bellal.

Quatre sursauta en entendant ces noms. Il avait eu l'occasion de les entendre dans son enfance. Son père et Nazzédine se disputaient avec âpreté à leur propos. Son père voulait que Nazzédine lui confie quelque chose et Nazzédine s'y refusait absolument, malgré les affirmations du père de Quatre concernant les volontés des défunts. Nazzédine répondait qu'ils étaient trop semblables pour que cela soit une bonne idée. Il ne voulait pas qu'ils se rencontrent. Quatre s'était demandé qui "ils" pouvaient bien être, mais il n'avait pose osé poser la question à son père. Plus tard, il avait découvert que Claudine était morte en mettant un fils au monde, peu de temps avant sa propre mère et que Quassim avait été tué quelques jours plus tard dans un combat contre les soldats de l'alliance.

Mais cela n'expliquait pas la ressemblance entre eux.

- Mais... cette similitude entre nous... comment ?

Claude Quassim le regarde avec une haine accrue. Il se détourne en murmurant des insultes. Quatre le voit s'éloigner d'un pas rapide. Avant qu'il ne puisse le retenir le mystérieux personnage disparaît à l'angle d'une rue.

Quatre revient vers l'astroport et établit une connexion entre la colonie et le lieu où vit désormais Iria. De toutes ses soeurs c'est elle dont il est le plus proche et il espère qu'elle saura lui donner les réponses aux questions qu'il se pose.

Très vite le visage souriant de la jeune femme s'affiche sur l'écran du visiophone.

- Quatre ! Bonjour !

Mais elle cesse de sourire en découvrant son expression.

- Quatre ? Que se passe t'il ?

- Iria... qui est Claude Quassim Bellal ?

Il voit Iria pâlir et baisser les yeux. Au bout d'un moment elle le regarde à nouveau.

- Pourquoi cette question Quatre ? Laisse les fantômes du passé en paix. Cela vaut mieux. A quoi bon parler des morts ?

- Claude Quassim n'est pas mort. Je viens de le rencontrer et il me ressemble beaucoup. J'ai le droit de savoir pourquoi.

- Il est vivant ? Tu en es certain ?

- Absolument. J'ai besoin de réponses Iria. Il semble me haïr et je ne sais pas pourquoi.

- Quatre, Nazzédine et Fadila Bellal ont été assassinés parce qu'ils travaillaient pour notre famille. Je croyais que Claude Quassim était mort lui aussi.

- Alors, c'est pour cela qu'il me hait. Je comprends mieux. Mais cela n'explique pas la ressemblance entre nous.

Iria soupire, se passe une main sur le visage puis se résoud à parler.

- Le frère de Nazzédine Bellal, Quassim, le père de Claude Quassim avait épousé la soeur jumelle de notre mère. Les Bellal étaient de notre famille. Claude Quassim est notre cousin.

Quatre en reste bouche bée. Il ne s'attendait pas à une telle révélation. Mais il sait que sa soeur ne lui ment pas, l'apparence de Claude Quassim est la preuve flagrante de la vérité de ces propos. lui qui venait mettre un terme à ses tourments il se voit chargé d'un fardeau bien plus lourd. Cela fait trois ans que son père et ceux qui lui étaient restés fidèles sont morts de la main des insurgés qu'Oz a réussi à retourner contre eux. Trois ans que son malheureux cousin survit dans cet endroit hostile, sans personne vers qui se tourner pour lui venir en aide. Il comprend mieux les raisons de la haine du jeune homme.

- Que vas tu faire Quatre ? Questionne Iria d'un ton soucieux.

- Le retrouver et le ramener à la maison.

- Sois très prudent petit frère, nous ignorons le contenu de son coeur. Même toi ne pourra lire en lui. Maman et tante Claudine ne pouvaient se lire mutuellement.

- Tante Claudine avait aussi cette capacité ?

- Oui, mais à un degré moindre, elle avait par contre des barrières plus solides.

- Je vois... merci grande soeur, tes explications vont sans doute m'aider beaucoup.

Quatre coupe la communication et se retourne vers la ville. Malgré ses affirmations il a conscience que trouver Claude Quassim et le convaincre de le suivre ne sera pas chose facile. Mais il est prêt à tout faire pour parvenir à ses fins et sortir son cousin de ce milieu dangereux. Même payer de sa personne s'il le faut.

Il parcourt la ville, interrogeant parfois les personnes qu'il sent dépourvues d'hostilité. Mais nul ne sait où se cache celui qu'il cherche. Il commence à se ressentir de ses efforts lorsqu'une jeune femme à la peau noire s'avance vers lui.

- Moi, je peux vous aider. Mais pas gratuitement.

Quatre la regarde avec attention, cherchant à déterminer s'il peut lui faire confiance ou s'il doit s'en méfier. Il ne perçoit rien de mauvais provenant d'elle et se risque à essayer.

- Qui êtes vous ? Demande t'il tout d'abord.

- Mon nom est Sohaila Hadi. Je suis née ici comme Claude Quassim et je sais où le trouver. Je le connais bien, nous avons grandi ensembles.

- Je vous suis.

- Pas si vite, j'ai dit que ce ne serait pas gratuit.

- Que voulez vous ?

- Quitter cet endroit et avoir un emploi bien payé.

- Accordé.

- Je suppose que je peux faire confiance à l'héritier de la famille Winner. Bien allons y. Mais je vous préviens tout de suite, vous allez voir des choses qui ne vous plairont pas.

- Je m'en doute. Soupire Quatre.

Sohaila secoue la tête mais ne dit rien de plus.

Sohaila

"Non, vous ne pouvez pas imaginer ce que vous allez découvrir là où je vous mène. J'ai eu du mal à l'accepter alors que je croyais être blindée... je me demande comment quelqu'un comme vous pourra le supporter."

Quatre suit la grande jeune femme en direction du refuge de Claude Quassim, les yeux rivés sur sa chevelure noire divisée en une multitude de petites tresses ornées de perles dorées à leur extrémités battant sur ses reins à chaque pas. Elle est bien plus grande que la plupart des femmes qu'il ait déjà rencontré. En fait, il ne se souvient pas d'avoir un jour croisé la route d'une femme aussi grande. Mais elle est belle malgré cette stature remarquable. Elle est pleine d'assurance sans pour autant faire preuve d'orgueil.

Il est surpris de la voir le mener aux ruines de la maison Winner.

- Nous sommes arrivés. Déclare Sohaila.

- Il vit ici ?

- Depuis trois ans. Personne ne vient plus jamais depuis que l'endroit à été pillé et détruit. Il sait donc n'avoir rien à craindre à y dormir.

- Mais... comment trouve t'il à manger ?

Sohaila lui lance un regard étrange.

- Si j'étais vous, je ne chercherais pas à le savoir.

Quatre n'insiste pas. Le regard de Sohaila lui a fait passer l'envie d'en savoir plus. Il entre à sa suite dans les ruines et ils atteignent les restes de la salle de réception. La plus grande pièce de la maison. Quatre découvre que des fresques ont été peintes sur les murs blancs. Toutes retraçant un meurtre ou une scène douloureuse de la guerre. Toutes atrocement réalistes mais également superbe de par leur perfection. Il voit une femme se faire égorger sur le corps de son époux, ce dernier être abattu d'une balle dans la tête. Une famille périr dans l'incendie d'une maison... Toutes les peintures sont peintes d'une couleur sombre, qui va du brun au noir selon les endroits. Quatre ressent une impression de malaise qui n'est pas seulement due aux sujets macabres représentés en ce lieu. Quelque chose de malsain se dégage de ces fresques, mais il ne sait pas dire ce que c'est avec précision.

- Qui a peint cela ?

- Claude Quassim. Il a toujours été doué de ses mains. il aimait peindre depuis son plus jeune âge. Ses parents lui ont offert très tôt les moyens de réaliser ses envies. il a puisé dans sa passion la force de survivre et le moyen d'extérioriser sa douleur et sa rage.

Quatre s'approche de l'un des murs pour contempler l'oeuvre de plus près et sent son sang se glacer dans ses veines. Il vient de comprendre avec quoi Claude Quassim a réalisé ses peintures.

- Du sang... Murmure t'il d'une voix étranglée.

Il se recule vivement, il a l'impression d'étouffer soudain. Sohaila lui pose la main sur l'épaule.

- Est-ce que tout va bien ?

Quatre la regarde avec des yeux pleins de larmes. Il n'a pas le temps de parler, Claude Quassim vient de les rejoindre.

- Que faites vous ici ?

- Nous sommes venus te chercher. Répond Quatre en essuyant ses larmes.

Claude Quassim le regarde avec incrédulité.

- Vraiment ?

- Je te le jure sur l'honneur de ma famille.

Claude Quassim salue l'affirmation d'un rire méprisant.

- Que sait la famille Winner de l'honneur ? Vous avez abandonné mes parents !

- C'est faux !

- Mon oncle et ma tante sont morts pour avoir travaillé pour ton père et tu n'as rien fait ! Tu étais où lorsque je les ai ensevelis ? Tu étais où lorsque les assassins des miens m'ont battu et laissé pour mort ?

- Je ne savais pas...

- Comme c'est pratique !

Quatre ne sait plus que dire, la colère de Claude Quassim est compréhensible et justifiée. Mais il ne peut partir en le laissant derrière lui. Il cherche donc des arguments pour convaincre son cousin.

- Je te demande pardon Claude Quassim. Tu as raison, nous vous avons abandonné toi et les tiens. Je te dois réparation. Viens avec nous et j'assurerais mon avenir.

- Je n'ai pas besoin de ta charité !

- Il n'est en rien question de charité. Tu auras auprès de moi la fonction et le salaire qui étaient ceux de ton oncle, avec une majoration correspondant à l'évolution des salaires et au préjudice que tu as subi.

Claude Quassim reste un moment silencieux puis son regard scrute longuement Quatre. Un sourire sans joie tend finalement ses lèvres.

- D'accord.

Quatre se sent grandement soulagé. Même s'il pressent que l'hostilité de Claude Quassim ne disparaîtra pas de sitôt, au moins, il sera à l'abri.