CHAPITRE 6


POV CASTLE


J'avais réservé dans un petit restaurant intimiste, je voulais pouvoir parler librement avec Kate. Assis dans un recoin de la salle à l'abri des regards, j'admirais la femme qui m'accompagnait. Elle portait une robe à bretelles noires qui s'arrêtait au-dessus du genou, elle avait relâché ses cheveux qui ondulaient jusqu'à mi-dos. Kate était à tomber ce soir. Pour ma part, j'avais opté pour un costume gris claire et chemise bleue qui faisait ressortir mes yeux.

Nous avions commandé notre repas et nous sirotions notre apéritif en attendant. Kate souffla un bon coup comme pour prendre du courage, puis elle me dit :

- Je t'ai promis d'être franche avec toi ce soir, mais je ne sais pas par où commencer, m'avoua-t-elle ennuyée.

- Commençons par un sujet facile, souris-je.

- Un sujet facile?

- Oui, comme par exemple pourquoi la soirée de lancement te dérange-t-elle à ce point ? Demandais-je intrigué par sa réponse.

- Eh bien, hésita-t-elle, tu vas certainement trouver ça stupide, mais je n'ai jamais été fan des journalistes. Et depuis le procès, j'évite un maximum d'apparaître dans les journaux, et cette soirée...

- Va te mettre au premier plan, la coupais-je, les journalistes vont te prendre en photo et...

- Je vais faire la une, ajouta-t-elle. Je crois que j'aimerais juste pouvoir laisser cette histoire derrière nous, laisser tout ce qui me rappelle Abbott. Mais samedi, les journaux vont titrer « Kate Beckett à la soirée de lancement du prochain Nikki Heat et bien loin du procès d'Abbott », murmura-t-elle

- Kate…

- Cette histoire va me poursuivre toute ma vie, je le sais, continua-t-elle, mais encore plus en étant...

- Avec moi, un personnage public, reconnus-je, tu feras sans arrêt les pages 6.

- Oui, dit-elle en baissant la tête.

- Ne viens pas samedi soir, je comprends.

- Non, Rick, c'est la solution de facilité, m'expliqua-t-elle, il faut juste que je m'arme de patience. Je suis désolée d'avoir mal pris la soirée, je suis contente pour toi.

- Kate, murmurais-je en lui prenant les mains sur la table, si tu ne viens pas, je n'en ferais pas cas, et je comprends tout à fait ton point de vue.

- Je vais venir Rick, je ne vais pas me terrer à chaque événement public, je t'assure ça ira, me dit-elle en me souriant pour me convaincre.

- Et voici vos entrées, nous dit le serveur, foie gras sur toast pour monsieur, salade de mesclun et noix de saint jacques pour madame.

- Merci, répondis-je pendant qu'il repartait

- Ça à l'air succulent, me confia Kate.

- Oui, je te l'accorde, répondis-je en lui servant un verre de vin

- Seconde question? me demanda-t-elle en mangeant

- Ce matin je t'ai raconté de quoi j'avais peur dans l'intimité, j'aimerais connaître les tiennes, pour savoir ce que je ne peux pas faire, avouais-je un brin gêné par la question.

Elle me regarda sans rien dire pendant un moment comme pour chercher ses mots, je lui laissais le temps de rassembler ces idées en dégustant mon entrée.

- Je ne sais pas vraiment de quoi j'ai peur, se confie-telle, j'ai peur d'être nue devant toi, j'ai peur de tes caresses mais en contrepartie, j'ai envie de toi, Rick, j'ai vraiment envie. Je sais que ce n'est pas clair, souffla-t-elle exaspérée en posant ses couverts. D'un côté je te dis allons-y et de l'autre surtout ne me touches pas. Je ne sais pas comment faire et ça m'agace parce que je sais très bien qu'on ne peut pas continuer comme ceci.

- Kate, on a tout notre temps, dis-je pour la rassurer

- Castle, tu es un homme et tu as des besoins, je le sais et j'en suis consciente.

- Le seul besoin que j'ai, c'est de te savoir là prêt de moi et heureuse. Je te l'ai déjà dit, plein de couples vivent sans sexe.

- Je voudrais tellement te donner ce que tu mérites, dit-elle au bord des larmes

- Kate, tu me rends heureux chaque jour, continuais-je en lui caressant la joue, tu emplis mon coeur d'amour à chaque instant et je suis le plus heureux des hommes.

- Comment fais-tu pour être si patient ? demanda-t-elle en essuyant une larme sur sa joue

-Je t'aime Katherine Beckett, je ne suis pas patient mais amoureux, lui avouais-je en me penchant au-dessus de la table pour l'embrasser.

- Merci, me murmura-t-elle

- Mange un peu tes Saint-Jacques, froid, c'est pas bien bon, la taquinais-je

- D'accord.

Le plat chaud était arrivé, et nous avions repris notre conversation sur des choses plus légères, je commandais une deuxième bouteille de vin pour aller avec le fromage. Attendant patiemment notre fromage sec, Kate lança un nouveau sujet discorde :

- J'ai trouvé deux appartements, je voudrais les visiter demain, veux-tu m'accompagner ?

- Pourquoi ?

- Pour avoir ton avis et puis j'espère aussi que...

- Pourquoi veux-tu déménager ? Reformulais-je peiné

- Castle, je suis venue au loft seulement pour épauler Alexis et ta mère au départ pendant ton coma.

- Et alors ?

- Je pense que ce serait bon pour nous d'avoir notre indépendance et de se voir comme tous les couples normaux.

- Bon pour nous ou bon pour toi ?

- Rick, souffla-t-elle

- La vérité Kate, tu me l'as promis, lui répondis-je à sa supplication de clore le débat

- Je ne suis pas comme toi, je n'ai jamais vécu avec quelqu'un avant, je n'ai pas été marié et je n'ai jamais eu de relation aussi sérieuse, pour emménager avec quelqu'un, commença-t-elle

- Donc tu me dis que notre relation n'est pas assez sérieuse ?

- Non, se défendit-elle, je te dis juste que j'aimerais faire les choses correctement. Vivre chacun chez soi, en se voyant régulièrement ; je ne fuis pas mais je voudrais faire les choses dans l'ordre, j'aimerais que tu me demandes de venir avec toi dans quelque temps parce que c'est ce qu'on veut tous les deux et non à cause du fait que je n'ai plus d'appartement.

- Mais je le veux, je ne me sens pas obligé et...

- Castle, me coupa-t-elle, tu sais pourquoi je mets mes vêtements dans la commode et non dans l'armoire ?

- Non, répondis-je perdu

- Les affaires de Jessica y sont, claqua-t-elle, ce n'est pas un reproche, je sais très bien que tu as vécu avec elle mais ça démontre bien aussi que tu n'es pas prêt.

- Kate, mon dressing fait plus de 15m2, je n'ai pas fait attention à ses affaires, j'en suis désolé, je les retirerais dès demain et ...

- Non, je veux que tu fasses ton deuil, je veux qu'on essaye d'être un couple ordinaire avec une sexualité et après on emménagera ensemble. Pas besoin de se précipiter.

- Ok, acquiesçais-je, comme tu veux.

Le fromage fut servi, et je repris notre discussion :

- Où sont-ils ses appartements?

- Pas loin du poste

- Ok, soufflais-je déçu d'avoir abdiqué

- Rick, je ne fuis pas, je te le promets

- Comment comptes-tu suivre la thérapie en étant séparé ?

- Burke adaptera ses exercices en fonction, répondit-elle en haussant les épaules.

- Je vois que tu as pensé à tout

- Tu verras tout se passera bien, me dit-elle pour me rassurer en me caressant la joue, je t'aime.

- Moi aussi

Le fromage terminé, nous terminions tous les deux le repas sur un café gourmand. Quand mon téléphone sonna, c'était Alexis, regardant l'heure, 23 heures, je répondis :

- Hey Pumpkin

- Salut papa, tu vas bien ?

- Oui et toi mon ange ?

- Bien, comme promis, je t'appelle, j'espère qu'il n'est pas trop tard.

- Non, non, mon coeur. Comment s'est passée ta journée ? Demandais-je en buvant mon café

- Bien à vrai dire, les cours étaient vraiment intéressants. Ce soir, je vais au cinéma avec une amie, ils retransmettent la planète interdite

- Oh, j'adore ce film, soupirais-je, à quelle heure est la séance ?

- Dans une heure, papa tu es sur que tout va bien ?

- Oui, oui mon coeur, mentis-je

- Tu as ta voix des mauvais jours, s'inquiéta-t-elle

- Je vais très bien, Alexis, ne t'inquiète pas. Je suis au restaurant avec Kate, l'informais-je

- Oh, un repas en amoureux, se moqua-t-elle

- Exactement, souris-je

- Eh bien, je ne vais pas vous embêter plus longtemps

- Alexis, tu ne m'embêtes absolument pas

- Je sais, reconnut-elle, allez, profitez bien de votre soirée tous les deux

- Merci, mon coeur. À demain?

- À demain, Papa, embrasse Kate pour moi.

- Je le ferais, bisous mon ange, terminais-je avant de raccrocher pour revenir à Kate

- Comment va-t-elle? me demanda Kate

- Bien, elle va au ciné avec une amie et elle te passe le bonjour, dis-je d'un ton neutre

- Ça lui fera du bien de sortir un peu de ses bouquins

- Tu as raison, répondis-je en demandant la note.

- Castle, tu m'en veux?

- Non, je suis juste… déçu, dis-je hésitant sur mes mots

Elle me regarda mais ne rajouta rien. Je vis dans son regard que je lui avais fait de la peine, mais nous avions dit plus de secret, et le fait qu'elle déménage me peinait énormément.

Payant la note, nous rentrions au loft en échangeant des banalités dans le taxi.


POV BECKETT


Le retour avait été pesant, je ressassais sans cesse ses paroles, il était triste que je déménage mais en même temps j'avais besoin de me retrouver en tant que personne à part entière, j'étais sûre que ça ne pouvait que nous faire du bien à tous les deux. De plus, je souhaitais qu'il me demande officiellement d'habiter avec lui et non par obligation.

En rentrant, il se dirigea à son bureau pour ouvrir son ordinateur portable, je me dirigeais vers la salle de bain pour me démaquiller et me dévêtir.

M'apercevant qu'il ne revenait pas, j'enfilais un long tee-shirt et le rejoignit à son bureau.

- Je te dérange ? Demandais-je en entrant

- Non, non, j'envoie simplement des mails.

- Tu viens te coucher ?

- Je n'ai pas sommeil, vas-y toi, me conseilla-t-il

- Rick, ne t'éloigne pas

- Je suis juste dans mon bureau, répondit-il sarcastiquement, contrairement à toi, j'ai juste déménagé d'une pièce.

- Qu'est-ce qui t'effraie autant ! M'exclamais-je excédée par cette situation

- Tu vas partir Kate !

- Je ne te quitte pas, je vais ...

- Prendre un nouvel appartement, dis-moi on sera quoi tous les deux? Je serais quoi?

- Je ne comprends pas, dis-je en fronçant les sourcils à sa réplique.

- La seule intimité qu'on a, ce sont le fait de dormir côte à côte, de prendre nos repas ensemble, ajouta-t-il, quand tu auras déménagé que restera-t-il ?

- Tu remets le sexe sur le tapis?

- Non, je t'ai dit que je serais patient et que je pouvais m'en passer, mais parce que je suis avec toi pour tous les autres moments de ta vie. J'ai l'impression qu'on va être des étrangers si tu pars.

- Et si on couche ensemble, on sera quoi ? Demandais-je énervée

- Laisse-tomber, souffla-t-il en se levant pour se servir un verre de Whisky.

- Castle, tentais-je en m'avançant

- Promet-moi de ne pas nous oublier, Kate, m'implora-t-il

- Rick, je ne pourrais pas t'oublier, tu...

- J'ai l'impression de revivre ton départ pour DC, je ne m'en remettrais pas si…

- Je ne fuis pas Castle, lui répondis-je le coeur lourd face à sa détresse.

Le prenant dans mes bras, il m'encercla la taille en humant mes cheveux. Son regard était larmoyant, prenant son visage dans mes mains, je me mis sur la pointe des pieds, pour lui donner un baiser.

- J'ai besoin de me retrouver… moi… Kate Beckett. Revenir au commissariat m'a fait prendre conscience de ça. J'ai l'impression de ne plus avoir d'identité, avouais-je. Je ne suis qu'une étiquette Rick, soufflais-je, depuis Abbott, j'ai été soit la victime d'un sérial Killer, soit la petite-amie de Richard Castle. J'ai besoin d'être de nouveau moi, pour que ça fonctionne entre nous. Je te promets de ne pas fuir, de ne pas m'éloigner, tu es la personne la plus importante dans ma vie Castle. J'ai juste besoin...

- De te retrouver pour mieux nous retrouver, me coupa-t-il

À sa phrase je hochais la tête, j'étais contente qu'il comprenne ma décision et j'étais heureuse d'avoir réussi à me dévoiler. J'avais trouvé les mots qui exprimaient tous mes sentiments. Perdue dans son regard, je lui donnai un nouveau baiser empli de tendresse, nous étions légèrement guillerets à cause du vin, et Castle avait le goût du Whisky, j'adorais ça ; prolongeant le baiser en un baiser langoureux, je laissais entrechoquer nos bouches pour un duel sans fin. Sa langue dansait avec la mienne dans une synchronisation parfaite, me laissant échapper des gémissements de plaisir. Ralentissant le baiser, je lui dis :

- Je t'aime, chuchotais-je entre ses lèvres, et je te promets que je ne fuis pas.

- J'ai besoin de toi, me confia-t-il avant de m'embrasser plus rudement.

Son baiser était désespéré ses gestes brusques, Castle me plaqua contre la porte de son bureau et me maintenait les bras au-dessus de la tête avec une main et caressant mon flanc de l'autre. Il exerçait une succion sur mon cou afin de me marquer. Je ne m'attendais pas à sa réaction et ses gestes étaient tellement désespérés. Un sentiment de peur s'accentuait à chaque pression de sa main sur mes mains pour les maintenir en l'air. Je n'arrivais pas à me dégager, ne pensant qu'à libérer mes mains, je ne me focalisais pas sur ses baisers. Sa prise commençait à m'effrayer à tel point que je revenais peu à peu dans cet entrepôt. Ne remarquant pas mon trouble, Rick m'embrassait du cou jusqu'à ma clavicule avec désir et envie.

- Castle… lâche mes mains, réussis-je à dire au bord des larmes

À ma demande, il relâcha mes mains et se recula. Il me regarda :

- Je suis désolé, je t'ai faits mal?

- Non, non, dis-je en essayant de me calmer.

Son trouble me retourna le ventre, je ne voulais pas le faire souffrir, le rejeter une nouvelle fois, pas après tout ce qu'il avait partagé avec moi à propos de ses craintes.

- Viens, lui dis-je en m'approchant de ses lèvres alors qu'il reculait pour m'observer

- Kate, tu trembles… je t'ai fait peur ? demanda-t-il la voix paniquée

- Je vais bien, Rick

- Tu mens, regardes-toi tu as l'air apeuré.

- Castle, je n'ai pas apprécié que tu me maintiennes les mains mais...

- Les menottes, pensa-t-il à haute voix, ça t'a rappelé les menottes, ajouta-t-il totalement attristé par son geste

- Castle, je vais bien, je te rassure.

- Je t'ai fait peur, conclut-il en se reculant, je suis désolé

- Mais tu vas arrêter ! M'écriais-je pour qu'il m'entende, j'ai eu peur c'est vrai, mais dès que je t'ai demandé d'arrêter tu l'as fait. Je vais bien, je te fais confiance, Rick. Je voudrais qu'on arrête de marcher sur des oeufs. Je voudrais qu'on se laisse aller.

- On se laisse aller ? demanda-t-il incertain

- On pourrait essayer, jusqu'à que je dise stop ? Suggérais-je

- Euh….

- Rick, si on n'essaye pas, on ne sera pas.

- Kate, tu as bu, je...

- Eh, je ne suis pas saoule, souriais-je, je sais ce que je fais, ce vin m'a rendu pompette mais pas au point de ne pas savoir ce que je fais, répondis-je en l'encerclant par la taille

- D'accord, dit-il incertain

- Tu me promets de ne pas me bloquer les mains?

- J'ai une idée.

- Une idée?

- Je ne suis pas certain que se lancer dans ce genre d'exercice en étant pompette ce soir soit très intelligent. Tu as dépassé une de tes peurs aujourd'hui en te mettant nue devant moi, alors une peur par jour c'est suffisant.

- C'est quoi ton idée ?

- Que dirais-tu d'un massage ? demanda-t-il en tressautant les sourcils

- Un massage ? Fis-je étonnée

- Oui, tu pourrais garder ton tee-shirt, je te masserais les bras et les jambes avec de l'huile et le dos par-dessus tes vêtements, si tu acceptes mon toucher, on verra si j'huile ton dos, suggéra-t-il

J'avoue que son idée était tentante, un massage du corps serait un nouvel exercice pour nous, nous pourrions mieux délimiter nos limites. Souriante, je rétorquais :

- A une seule condition

- Laquelle? fit-il en m'enlaçant

- Après c'est moi qui t'huile le corps

- Deal ! S'exclama-t-il en m'embrassant.