Reid s'assit contre le mur, repassant dans sa tête la conversation qu'il venait juste d'entendre. Aussi intelligent Masterson soit-il, il s'était débrouillé pour donner aux membres de son l'équipe une abondance d'informations, et Reid était certain qu'ils savaient qu'il s'était entendu avec le braqueur. Il avait aussi la conviction qu'ils avaient au moins une vague idée des termes de leur arrangement, bien qu'il doute qu'ils en connaissent avec certitude les détails.

Ce qui comptait, c'est qu'il faisait la différence, et qu'il restait confiant sur sa capacité à garder les otages sains et saufs. Il regarda autour de lui, et fut heureux de constater que la plupart étaient détendus. Ceux qui se trouvaient près de lui regardaient fréquemment dans sa direction, visiblement curieux de savoir ce qu'il avait prévu de faire ensuite.

- J'ai parlé à l'Agent Rossi, déclara Masterson, forçant Reid à regarder à nouveau en face de lui afin de contempler son ravisseur.

- Rossi est un bon négociateur, acquiesça-t-il.

Masterson plissa alors les yeux :

- J'ai besoin d'en savoir plus que ça.

Reid fronça les sourcils en entendant cette déclaration, pas tout à fait sûr de ce qu'il sous-entendait.

- Hum… que voulez-vous dire ?

Masterson se dirigea alors vers l'endroit où il était assis et s'accroupit en face de lui :

- Nous avons un accord, Agent. Je ne touche aucun de ces bâtards, dit-il en faisant un geste vers le reste de la banque, et en retour, tu me dis tout ce que j'ai besoin de savoir, et tu fais tout ce qui doit être fait pour arriver à me faire sortir d'ici. Alors, je crois bien que connaître le type avec qui je négocie fait partie du contrat.

- Ah, bien sûr, fit Reid en songeant soudain à toutes les informations « utiles » qu'il pourrait donner. Et bien, il se trouve que c'est le dernier à nous avoir rejoin. Il est sorti de sa retraite pour intégrer l'équipe et c'était l'un des meilleurs agents du BAU. En fait, il est plutôt célèbre, son livre fait parti des meilleures ventes et il a révolutionné le profilage à bien des égards.

- En gros c'est comme un génie du profilage ?

Reid y réfléchit pendant un moment, et pensa à différentes manières de corriger cette déclaration, mais il parvint à tenir sa langue par soucis de ne pas déplaire à Masterson.

- Oui, on pourrait dire cela.

- Bon, et c'est tout ?

Reid haussa les épaules :

- A peu près, répondit-il avec un haussement d'épaule, bien qu'il ait à l'esprit quelques détails concernant Rossi qui pourraient éventuellement être plus utiles. Je veux dire que, dans ce cas, il n'y a rien que je puisse vous dire qui pourrait vraiment vous aider. Son arrivée est encore un peu trop récente pour que je puisse vraiment le connaître plus personnellement, et les profileurs sont très doués pour dissimuler ce qu'ils ne veulent pas que les autres sachent.

Masterson se remit debout et commença à s'éloigner, laissant Reid mal à l'aise. Il n'était de toute évidence pas satisfait, ce qui n'augurait rien de bon pour personne. Ainsi qu'il le craignait, Masterson s'approcha tranquillement d'un des groupes, attrapa par les cheveux une femme accompagnée d'un enfant, et la tira vers lui. Dans la banque, tous se crispèrent d'effroi tandis que la femme criait et que l'enfant hurlait. Le rythme cardiaque de Reid s'accéléra lorsqu'il vit Masterson amener la femme juste devant lui et lui mettre son arme sur la tête.

- Je crois que tu peux m'en dire un peu plus que ça, dit-il simplement, avant de retirer le cran de sûreté.

Reid regarda tour à tour la femme et Masterson, réfléchissant sincèrement à tout ce qu'il pourrait dire afin de mettre un terme à cette situation. Lui en dire plus sur Rossi n'allait pas changer grand-chose, mais il y restait quelque chose d'autre. Quelque chose que Reid hésitait à dire, car cela pourrait aussi bien désamorcer complètement la situation que la rendre sans espoir.

- Pitié, supplia la femme sans s'adresser à quelqu'un en particulier.

Ses pleurs, la terreur qui transparaissait sur tout son corps étaient assourdissants, et en cet instant, Reid ne voyait rien qu'il puisse faire d'autre.

- Attendez ! s'écria-t-il soudain en se redressant. Laissez la partir et je jure que je vous dévoilerai notre plus grande arme.

- Et qu'est-ce que c'est ? demanda Masterson, dont la prise sur les cheveux de la femme se relâcha légèrement.

- Votre profil, dit Reid à contrecœur.

Masterson laissa brutalement partir la femme et, comme s'il s'adressait à un chien, il ordonna :

- A ta place.

Reid la suivit des yeux tandis qu'elle retournait précipitamment là où son fils était assis, en pleurs, et l'observa le serrer contre elle. Il se retourna alors vers Masterson.

- Mon profil ? Qu'est-ce que ça signifie ? En quoi est-ce votre plus grande arme ?

Reid soupira, réellement inquiet en imaginant comme cela pourrait influencer la suite des événements. Bien sûr, il n'avait pas à tout lui dire, et cette pensée le réconforta. Néanmoins, il devait donner autant d'informations que possible.

- C'est tout ce que nous possédons sur vous. Chacune de leur action, expliqua Reid en montrant les agents de police et du FBI à l'extérieur, dépendra de ce qu'indique votre profil. Cela tente de prévoir les choix que vous allez faire, et comment ils doivent agir avec vous, de manière à mettre un terme à la situation aussi pacifiquement que possible. Connaître ces éléments va vous donner une nette longueur d'avance sur eux.

Masterson parut réellement intéressé, et Reid pouvait presque voir une lueur de profonde avidité dans ses yeux.

- On fait des progrès, FBI.

- Mais avant que je vous le dise, vous devez comprendre que c'est l'information la plus importante en ma possession, déclara presque sincèrement Reid. Comme je l'ai dit, c'est notre plus grand atout, et c'est la seule information que je sois en mesure de vous donner qui peut vraiment vous aider à vous en sortir. Après cela je sais que vous pourrez trouver des moyens de m'utiliser physiquement parlant et je ne m'y opposerai pas, mais une fois que je vous aurai donné le profil, il ne me restera plus rien.

Masterson considéra ce qu'il venait d'entendre, et Reid se demanda s'il allait marcher. Après tout, c'était presque entièrement vrai.

- Alors tu es sérieux, dit-il finalement. Pour vous, le BAU, le profil est l'arme ultime ?

- Oui, et, en réalité nous ne sommes même pas obligé de porter une arme à feu, expliqua Reid, en se souvenant de l'époque pendant laquelle lui-même n'en portait pas, ce qui ne l'empêchait pas d'appréhender les criminels. Pour nous, la plus grande arme qu'on puisse posséder, c'est un profil.

- D'accord, alors allons-y.

- Pas comme ça, objecta Reid, posant désormais ses propres conditions. Je vais tout vous dire, mais vous devez me promettre que vous ne ferez plus de mal à personne. Comme je l'ai dit, c'est tout ce qu'il me reste, et je promets qu'après ça j'obéirais à tout ce que vous me direz de faire, quoi que ce soit. Mais si pour une raison quelconque vous n'êtes pas satisfait de mon information, continuerez-vous à respecter votre part du marché ?

- Si ça ne m'est pas utile…

- Ca le sera, l'interrompit Reid. Mais je ne vais pas vous donner cette information si c'est pour que vous ne respectiez finalement pas votre part du marché.

Masterson se mit alors à rire :

- C'est toi qui fixe les règles maintenant, alors ?

- Ce n'est pas moi qui ait un revolver.

- Mais c'est toi qui a le profil, rétorqua-t-il. Et tu disais que c'était ta plus grande arme.

- C'est vrai, répondit Reid. Et je suis prêt à vous le donner. Donc vous aurez à la fois le revolver et le profil.

Masterson lui tourna le dos, et sembla en profonde réflexion. Reid savait que Masterson considèrerait que ce qu'il allait lui dire serait utile, alors il ne s'inquiétait pas pour cela. Bien sûr, ces informations ne lui seraient pas non plus d'un si grand secours étant donné qu'il était cerné par les forces de l'ordre. Pour un malfaiteur, connaître son propre profil ne pouvait être vraiment utile que s'il était libre et pouvait agir comme bon lui semblait. Seulement, ce détail, Masterson l'ignorait.

- Très bien, dit justement ce dernier en lui faisant à nouveau face. Je ferai comme s'ils n'étaient même pas là. Satisfait ?

- Oui, répondit rapidement Reid.

Puis, il attendit, tandis que Masterson revenait se mettre juste devant lui et qu'un de ses hommes lui apportait une chaise. Le jeune agent nota comme Masterson refusait de se mettre à la même hauteur que lui.

- D'accord, monsieur profilage, dit-il en s'asseyant. Parle-moi donc de ce profil magique.

- Vous êtes un narcissique, commença Reid sans y aller par quatre chemins. Il s'agit d'un terme scientifique désignant quiconque est conscient de ses capacités, les utilise, les revendique, et s'assure que les autres en aient également connaissance. Êtes-vous d'accord, jusqu'ici ?

Il observa Masterson réfléchir à cette insulte potentielle, puis haussa une épaule, suggérant qu'il était d'accord.

- Ensuite, puisque jusqu'à maintenant vous n'avez pas blessé qui que ce soit, ils se sont rendus compte que pour vous, tuer n'est pas un plaisir, mais un moyen de vous en sortir « si besoin est », et cela leur indiquait donc que tant que les choses restaient comme elles étaient quand vous entriez, preniez l'argent et ressortiez simplement des banques, il n'y aurait sûrement aucune victime. Ceci, toutefois, change la donne.

- Ils pensent toujours que je ne vais tuer personne ? fit Masterson, presque comme s'il pensait qu'il s'agissait d'un défi.

- Oh, non, je suis sûr qu'ils considèrent cette idée, désormais, répondit Reid. Comme je le disais, tuer est, pour vous, une action à ne réaliser que si vous le devez, n'est-ce pas ?

- Bien sûr. Ca ne vaut pas la peine que j'y perde mon temps.

- Exactement, confirma Reid avant de rapidement reprendre : maintenant que vous êtes cerné, vous aurez forcément le sentiment que tuer est quelque chose que vous avez besoin de faire, donc ils s'attendent à présent à ce qu'il y ait des victimes.

Masterson acquiesça, informant Reid qu'ils avaient raison à ce sujet, ce qui signifiait qu'il allait bientôt devoir faire germer une idée qui n'était pas celle qu'il préférait, mais qui, avec de la chance, serait la plus efficace.

- Malheureusement, à plusieurs titres, c'est la vérité. Tant que rien de grave n'arrivera, ils continueront simplement à essayer de négocier avec vous jusqu'à ce que, idéalement, vous vous rendiez, ou au moins que vous relâchiez les otages. Une fois que vous aurez tué quelqu'un, les événements vont se précipiter, mais je suis certain que vous parviendrez à retourner la situation en votre faveur. D'un autre coté, si finalement vous êtes attrapé, avoir le sang d'un mort sur les mains… et bien, vous ne voulez pas vous retrouvez dans cette position.

- Tu te contredits, s'irrita Masterson.

- Ecoutez, il est plus que probable que vous vous en sortiez, mentit Reid, puisqu'il était à peu près certain que cela se terminerait avec Masterson et son équipe soit morts, soit en prison. Seulement si vous ne… si quelqu'un fiche tout en l'air et que vous vous faites attraper, vous ne voulez pas avoir de sang sur les mains.

Désormais, Masterson posait sur Reid un regard dur, profondément plongé dans ses pensées.

- S'il y avait un moyen de leur faire croire que vous avez tué quelqu'un sans vraiment le faire, ce serait la meilleure solution, bien que j'ignore comment vous pourriez leur faire croire ça.

On y était. La plus importante des graines qu'il avait à planter, bien qu'il sache ce que cela induisait. Il s'agissait d'un de ces instants où on doit accepter de se sacrifier, et, en parcourant la banque du regard, Reid sentait que c'était plus que nécessaire. Sans compter qu'il avait de bonnes chances de survivre.

Il reporta son regard sur Masterson, et put voir que l'idée avait germée dans son esprit, car un sourire naissait lentement sur son visage.

- Tu disais que tu obéirais à tout ce que je te dirais de faire, pas vrai ?

Reid resta un instant silencieux, essayant à nouveau de paraître suspicieux, et permettant à Masterson de planifier la suite de son propre chef.

- Oui…

- Et bien, je pourrais avoir du boulot pour toi. On t'a déjà tiré dessus ?

Reid entendit quelques exclamations sourdes venant de la salle, et tenta de paraître lui-même ébranlé, quand bien même il savait très bien qu'ils finiraient par en arriver là.

- Non, dit-il sombrement. Pas encore.

- Et bien, aujourd'hui est ton jour de chance, gamin.


Merci TheLandOfRisingSun pour la review ^^