Disclaimer : Les personnages de Teen Wolf sont la propriété de Jeff Davis.
Après des « bonne journée » terriblement malaisés, chacun vaqua à ses occupations. D'un côté, Malia, Kira et Lydia préparèrent leur sortie incognito, qui démarra au compte-gouttes. De l'autre, Peter fut d'une rapidité exemplaire, bien que ses raisons fussent à mettre en doute. Il ne laissa qu'un post-it derrière lui, promettant sa bonne venue demain, en temps et en heure. Selon ses termes, il refusait de tenir la chandelle à des empotés et s'estimait plus chanceux de se faire la malle, quitte à croiser des chasseurs furibonds à l'angle de la rue.
En résumé, Derek et Scott furent enfin seuls et épuisés en milieu d'après-midi. Ils n'étaient néanmoins pas sortis de l'auberge ; un sous-sol entier n'allait pas se ranger tout seul et attendait inéluctablement leurs petites mains.
— Tu veux en parler ? demanda une bonne âme en soulevant la pile de couvertures qui lui avait servi de lit cette semaine.
Alors que Derek déposait son fardeau dans le bac à linge, il se retourna face à un adolescent démuni. Celui-ci avait stoppé son geste et s'était redressé le dos en empoignant le balai par la pointe.
— Je sais pas. Peut-être.
Scott détourna le regard et se remit à balayer le dessous d'une étagère, ne montrant aucune réaction. Les accusations de Stiles tournaient en boucle dans sa tête. Il aurait aimé avoir une aussi grande gueule que la sienne, histoire de décharger sa colère sur le premier venu. Ce n'était pas le cas.
Malheureusement, il n'y avait qu'un humain surexcité pour agir de cette façon, sans songer aux conséquences et à la violence que renfermaient ses crises existentielles. Parfois, on aurait dit qu'il oubliait que le monde ne tournait pas autour de son nombril. Parfois, Scott l'oubliait aussi et son meilleur ami le lui faisait payer. Voilà où leur relation en était.
— Tu t'en veux, c'est ça ? tenta le Hale avec précaution.
Le gérant des lieux souleva les épaules, dos à lui, toujours affairé à sa tâche. Okay, c'était un début de dialogue, en quelque sorte. Cette maigre réponse suffit en tout cas à encourager le loup-garou de naissance, qui continua sur le même ton :
— C'est ma faute, pas la tienne. Je suis doué pour prendre les mauvaises décisions, rappelle-toi. Tu as fait ce qui te semblait juste, Scott. Tu as agi comme un Vrai Alpha. Tu as protégé ta meute ! Ne laisse pas Stiles te dire le contraire.
Il marqua une pause en voyant les muscles de Scott se crisper à ses propos. Il n'était pas sûr de savoir exactement ce qui avait mis le garçon en rogne, mais au moins, il réagissait. Il ne bloquait pas ses émotions.
Sa voix se fit dès lors plus douce, tandis qu'il spéculait sur le comportement du fils du shérif :
— Il trimballe ses propres démons depuis quelque temps et il avait besoin d'une épaule pour se confier. Ce n'était juste pas le bon moment — avec cette histoire de chasse aux loups et tout — et il s'est senti seul. Il a eu peur de te perdre, c'est normal. Vous êtes tellement proches d'habitude. Vous êtes le soutien l'un de l'autre, mais aussi le point faible. Quand l'un va mal, l'autre aussi. Ça aurait pu arriver à n'importe qui d'entre nous, le fait est que c'est arrivé sur Stiles. Alors, oui, comparé aux autres, quand cette tronche de cake a une dent contre quelqu'un, c'est pas du gâteau. Je suis passé par là aussi. Et Peter aussi, y a moins longtemps que tu ne le penses.
Le chef de meute plissa les yeux à la mention de l'oncle peu amical, mais ne prononça pas le moindre bruit. Il y avait des sujets sur lesquels il était préférable de ne pas s'étendre, hormis la franche rigolade qu'était le sujet Stiles...
En contradiction avec lui-même, il posa le balai contre le mur et pivota vers Derek.
Ledit homme, qui s'était rapproché de lui, dut se rendre à l'évidence : l'expression de Scott était fermée à la plaisanterie. Ils connaissaient tous deux la vérité à ce sujet, la conduite de Stiles n'avait aucune explication (voire mobile) valable. Il avait juste fait son gros bourrin, parce que Monsieur n'acceptait pas que l'on ait une vie privée où il ne serait pas le centre d'intérêt principal. Ce n'était pas un jeu de mots vaseux qui allait changer les faits. Point barre.
Le lycéen soupira. Ils n'avaient pas toujours été comme cela entre eux. Stiles n'avait pas toujours été comme cela. Bon, il était clair que crier son mécontentement sur tous les toits était un don qu'il exerçait depuis son arrivée sur Terre, mais la scène qu'il avait faite aujourd'hui était d'un autre niveau. Son odeur ne l'avait pas trompé, une rage obscure bouillonnait en lui. Elle l'avait presque avalé de la tête aux pieds. Et Scott n'avait rien pu faire pour la lui alléger.
Être impuissant face à la détresse d'un proche était un calvaire, nul doute là-dessus.
Il secoua subitement la tête à cette pensée, le visage déformé par l'indignation. Ah non, il n'allait pas quand même prendre en pitié les fresques d'un Stilinski rebelle, lui aussi ! Bordel.
Son changement d'attitude piqua la curiosité de Derek, qui scruta consciencieusement ses traits, avant de conclure que son discours n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd.
— Laisse-moi deviner, tu as envie de lui pardonner sans savoir comment et mes excuses sont exactement ce qui te manquait, du pain béni en somme, finit-il dans un clin d'œil.
Touché.
Les épaules de Scott dégringolèrent et il baissa les yeux. Malgré tous ses défauts, Stiles comptait trop pour lui. Déjà que le loup-garou n'était pas rancunier à la base, mais si, en plus, il était question du sort de son meilleur ami, la sentence était courue d'avance. Il lui pardonnerait, encore et encore, jusqu'à ce que la tension entre eux devienne des plus indigestes et qu'il explose à nouveau sur l'humain, comme ce matin. Ou l'inverse — ils avaient tendance à se renvoyer la balle de toute façon.
Mais est-ce que Stiles, lui, allait pardonner les mauvais choix de son compère ? La réponse était moins sûre, il y avait un bon milliard de raisons qui pourrait pousser l'hyperactif à reporter sa vendetta inexpliquée sur n'importe qui ou n'importe quoi. Il était devenu imprévisible après la vague destructrice du Nogitsune, ça et une liste incalculable de causes à effets dont son entourage ignorait l'essence même, McCall y compris. Peut-être était-ce ce détail le fond du problème, ils ne se confiaient plus l'un à l'autre. Plus vraiment.
Quand Scott remonta le regard vers le plus âgé, la nonchalance du personnage le déconcerta. Ce dernier avait une idée derrière la tête, ce n'était pas possible autrement. Le jeune loup-garou croisa par conséquent les bras, nez froncé, et remarqua d'une voix grave :
— Dis-moi, tu le cernes franchement bien Stiles pour n'être que le petit copain de son meilleur ami.
Son interlocuteur haussa un sourcil, un sourire narquois découpant sa figure en deux. Une idée s'était bel et bien insinuée dans son esprit et l'ambiance lourde du sous-sol vira brusquement à l'humour grivois.
— Oh, parce que j'ai un petit copain ? plaisanta-t-il en se retenant de se mordre les lèvres.
Le principal concerné secoua la tête sur-le-champ, exagérément scandalisé.
— Abruti ! répliqua-t-il en administrant à Derek un coup de coude indigne de sa force.
Alors qu'il commençait à rigoler amèrement, l'estropié le prit dans ses bras à l'improviste, une main glissée dans ses cheveux, une autre autour de sa taille. Scott se figea sous ce contact, un hoquet coincé en travers de la gorge. C'était donc à ça que son « petit copain » pensait... Une distraction.
Les pupilles immédiatement dilatées, guidées par son instinct, il entendit son cœur battre contre ses tempes, si effréné, si troublé. Ses jambes en faiblissaient presque, c'en était limite ridicule. Tout ça pour un vulgaire câlin. Il avait quoi, à peine deux-trois jours de frustration à liquider ?
— Je sais que c'est de la triche, souffla l'ancien squatteur contre sa mâchoire. Mais maintenant que le sujet est clos, je suis prêt à te prendre dans mes bras toutes les cinq minutes si ça peut te faire penser moins à Stiles et plus à moi.
Ri-di-cule, et pourtant, à cet aveu, un brasier s'alluma dans le bas-ventre de l'Alpha. Il le fixa dans les yeux, essayant de déceler la moindre trace de mensonge. Il n'y en avait pas.
— Tu serais pas un peu jaloux, par hasard ?
Le rire de Derek à quelques centimètres de ses lèvres envahit toutes les cellules de son corps comme une immense bouffée d'air. C'était grisant. Il avait le Hale dans la peau, plus moyen de le nier. Et à en juger par le sourire brillant de son binôme, le sentiment était partagé.
Aussitôt, Scott n'eut plus autant de mal à espérer. Espérer plus. Espérer mieux. Espérer un avenir avec Stiles, avec Derek. Il se battrait cette fois. Il dégommerait ses emmerdeurs de chasseurs et ensuite, il ferait la même chose pour les répliques cinglantes de son meilleur ami. Il les dégommerait une à une, parce que cet imbécile de soixante kilos avait besoin de son aide. Il se serrerait même les coudes pour deux s'il le fallait, mais il récupérerait Stiles. Comme il avait conquis le cœur de l'Oméga, par la force de sa volonté.
Enfin soulagé, il retourna doucement l'étreinte de son homme et vint nicher son nez dans le cou offert, respirant l'odeur musquée qu'elle dégageait. Pendant une poignée de secondes, il n'y eut plus qu'eux et un doux silence.
Puis, une suggestion :
— Je propose d'utiliser ses couvertures encore une dernière fois.
Désignant le bac à linge qui débordait, leur récent usager croisa alors le regard oblique de Scott, qui se tintait d'un rouge carmin. Dans un gloussement, ils hochèrent la tête.
