LES SECRETS D'UNE BONNE MAYONNAISE

Secret n°6 :

« Faites bien attention à ce que tous vos ingrédients soient à température ambiante avant commencer la préparation. Dans le cas contraire, votre mayonnaise risque de ne pas prendre. »

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- 9 septembre 2007 -

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Une semaine plus tard, à l'heure indiquée sur le tableau d'affichage de la salle commune des Serdaigle, je me rendis au bureau du professeur Flitwick pour mon entretien d'orientation. Pile à l'heure, j'attendis patiemment que l'élève passant avant moi ne soit sorti avant de m'engouffrer à mon tour dans les quartiers du minuscule professeur de sortilèges. Il me souhaita la bienvenue avec chaleur et m'indiqua la chaise qui faisait face à son bureau.

Je m'assis en souriant devant la dizaine de coussins qu'il avait empilée sur son propre siège pour être à la même hauteur et, croisant les mains sur mes genoux, le laissai prendre la parole le premier.

- Alors, miss Reynolds, vous n'êtes toujours pas décidée à poursuivre vos études après Poudlard ?

- Non, répondis-je automatiquement.

Même si j'arrivais à obtenir de bonnes notes, les études m'ennuyaient.

- Vous savez qu'avec les notes que vous avez, il vous serait facile de suivre des formations prestigieuses... Vous ne devriez pas vous mettre des bâtons dans les roues comme cela. Vous pourriez aller très loin, gravir les échelons au Ministère pour arriver à des positions plus qu'avantageuses !

Les yeux de Flitwick brillaient d'un éclat d'espoir, comme s'il s'attendait à ce que je change d'avis avec ses paroles. Mais il misait sur les mauvais arguments. La notoriété et l'argent ne m'intéressaient pas. Je n'avais jamais eu beaucoup d'ambition et la seule chose à laquelle j'aspirais, c'était de vivre une vie tranquille, ma musique dans les oreilles et des bouquins comme seul horizon. Dans une librairie, par exemple. Mais comment étais-je censé expliquer cela à mon directeur de maison, qui semblait persuadé de l'importance de faire une bonne carrière ?

- Ça ne m'intéresse pas, finis-je par répondre d'un ton que je voulus ferme (pitoyable échec...).

Flitwick poussa un petit soupir et se tut un instant.

- J'ai passé plusieurs heures sur votre dossier pendant les vacances, reprit-il après quelques secondes de silence.

Je ne répondis pas. Qu'est-ce qu'il voulait que je lui dise ? Que je le remercie d'avoir perdu son temps sur mon cas ?

- Tout comme mes collègues, je sais ce qui est arrivé à vos parents.

J'haussai un sourcil intrigué. Quel était le rapport ?

- Si c'est ce qui vous freine dans vos projets de carrière...

- Bien sûr que non ! le coupai-je de manière abrupte. Je... Mes parents n'ont rien à voir avec ça,ajoutai-je plus calmement, remarquant à la dernière minute que mon empressement pourrait être compris comme un aveu implicite.

- Pourtant, je pourrais comprendre, miss Reynolds. Le fait que vos parents aient choisi d'être des fantômes vous oblige à conserver la maison dans laquelle vous vivez habituellement et cela peut vite devenir un poids, d'autant plus que vous êtes majeure désormais. Je voulais simplement que vous sachiez que des aides existent au Ministère si vous considérez cela comme un empêchement pour avancer.

A vrai dire, je n'avais pas encore pensé aux responsabilités qu'il me fallait endosser maintenant que j'étais majeure et que le Département de la Justice Magique n'avait plus aucune raison de continuer à embaucher Susan pour m'aider à gérer la situation avec mes parents. Je poussai un soupir. En réalité, ce sacrifice de mes parents était un véritable boulet accroché à ma famille comme celui d'un prisonnier, et le professeur Flitwick venait tout juste de m'en faire prendre conscience.

Bien qu'au courant, je n'avais jamais réalisé les réelles limites du choix de mes parents. Un fantôme ne pouvait choisir qu'une seule et unique demeure après sa mort. La plupart des morts d'Angleterre qui décidaient de revenir sous cette forme élisait Poudlard comme domicile posthume, ainsi ils ne dérangeaient personne. Mais mes parents, en choisissant notre maison, m'obligeaient à la garder en ma possession jusqu'à ma propre mort.

- Miss Reynolds, reprit mon directeur de maison d'une façon qu'il voulait certainement conciliante mais convaincante. Le choix de vos parents ne concerne qu'eux. Certes, vous en êtes sans aucun doute le centre et la raison principale, mais ils ont choisi cette opportunité qu'il leur été donnée en connaissance de cause. Pensez-vous qu'ils s'attendent à ce que vous les imitiez lorsque votre heure sera venue ? Alors pourquoi s'opposeraient-ils à ce que vous continuiez vos études même si cela implique que vous quittiez votre maison ?

Je poussai un long soupir duquel je ne cherchai même pas à chasser l'exaspération.

- Professeur. Sans vouloir manquer de respect à votre profession, je n'aime pas l'école. J'ai beau avoir des « capacités » comme vous le dites, cela ne m'empêche pas de m'ennuyer en cours et d'attendre toujours que la cloche sonne. Je ne veux pas continuer mes études parce que faire un boulot inintéressant mais prestigieux n'a jamais été mon envie. Je sais que vous voudriez entendre autre chose, mais voilà ce que je veux vraiment au fond de moi : obtenir mes ASPICS, dénicher un travail dans une boutique ou je-ne-sais-où, et vivre ma petite vie sans honneur ni fortune. Alors est-ce qu'on pourrait passer à autre chose maintenant ?

Je me tus enfin, époustouflée par ma longue tirade. Au plus profond de moi, les profs m'avaient toujours intimidée et j'osais rarement – voire jamais – leur tenir tête. Pourtant, devant l'insistance de Flitwick, je n'avais pas pu m'empêcher de mettre les choses au point. Je savais ce que je voulais faire, bien que ça ne soit pas dans les bonnes grâces du professeur de sortilèges. Comme quoi, je n'étais pas si dénuée d'ambition que cela : j'avais simplement des objectifs et des désirs différents de ceux de la plupart des humains de ce monde qui gravitent sans cesse autour de l'avenir en espérant bonheur, richesse, prestige et amour.

- Bien, conclut Flitwick qui ne s'attendait visiblement pas à un tel répondant de la part de la petite élève timide toujours prête à éviter de se mettre en avant que j'étais dans son cours. Si c'est votre choix. Dans ce cas, je n'ai rien à vous proposer au niveau de votre orientation. Mais, je vous en conjure, réfléchissez encore durant l'année ! A votre prochain entretien, vous me ferez part de votre décision définitive. Je ne l'ai que trop dit, mais vous avez du potentiel un potentiel qu'il serait stupide de gâcher...

- Je peux disposer ? questionnai-je une fois sa leçon de patience et de morale terminée.

- Allez-y. Et n'oubliez pas : réfléchissez.

Je sortis du bureau avec un soulagement incontrôlé. Flitwick pouvait toujours courir. Alors que je m'éloignai dans le couloir, toutes ses paroles se faisaient déjà plus lointaines et dénuées de sens dans mon esprit...

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- 10 septembre 2007 -

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J'avais un peu pitié du pauvre professeur Londubat. Depuis quelques minutes, il tentait comme il pouvait de faire le silence parmi les élèves de Poufsouffle et de Serdaigle qui étaient indéniablement d'humeur bavarde. Enfin, Jim consentit à arrêter de parler avec son meilleur ami et personne ne manqua le petit soupir de soulagement du jeune professeur qui avait du mal à instaurer son respect.

- Merci, souffla-t-il, n'osant pas trop réprimander les fautifs de tant de perte de temps. Bon, aujourd'hui, pas de pratique, j'ai à vous parler de vos ASPICS.

Un soupir d'exaspération s'échappa de la gorge de Meredith.

- Sérieusement ? me mima-t-elle avec sa bouche. Mais on est en septembre !

J'haussai les épaules pour éviter de lui répondre et reportai mon attention sur Londubat.

- Chaque année, l'épreuve de botanique comporte une partie théorique et une partie pratique. Cette année, le Ministère m'a laissé le libre choix de cette dernière. Alors j'ai pensé que je... enfin que vous pourriez en tirer profit et l'élever au rang de projet ?

J'échangeai un regard d'incompréhension avec Meredith et Victoria. Le professeur Londubat était tellement timide qu'il semblait nous demander notre avis au lieu de nous imposer tout simplement un travail.

- Quel genre de projet ? finit par demander Lya Mallister en levant la main.

- Je pensais que je pourrais vous confier une plante dont vous devriez prendre soin par groupe de deux ou trois... Vous consignerez la progression de cette dernière dans un dossier avec quelques informations sur ses propriétés, et rendraient le tout au Département des Examens à qui j'ai déjà parlé de cette idée...

Je fis la moue. En elle-même, l'idée était loin d'être stupide et avait bien plus de sens que les épreuves pratiques de Chourave qui nous mettait au contact d'une plante que nous avions étudiée pendant l'année avec des consignes précises à respecter à la lettre pour décrocher un Optimal. Mais la perspective d'un travail de groupe qui s'étendrait sur toute l'année m'ennuyait d'avance. Alors que Victoria planifiait déjà notre groupe – composé d'elle, de Meredith et de moi – et recherchait des plages horaires pour s'occuper de la plante, la botanique étant sa matière préférée, Londubat reprit la parole :

- Pour cela, j'ai étudié vos notes de l'an dernier et aie composé des groupes de travail par maison pour que vous ayez plus facilement des occasions de travailler...

- Quoi ?! s'exclama aussitôt Vicky.

Son exclamation entraîna quelques rires et le prof eut un petit sourire avant de commencer à annoncer les groupes. Peu soucieuse de savoir avec qui je me retrouverais, j'attendis patiemment que mon nom soit énoncé tout en dardant un regard admiratif sur les notes de Victoria. Ses parchemins étaient couvert d'une écriture régulière et soignée, les paragraphes de textes clairement écrits et surlignés de différentes couleurs par endroit, et les marges étaient ponctués de petits croquis de plantes. Je savais que Victoria était loin d'apporter le même soin à tous ses cours et réservait ce traitement uniquement à la botanique, mais je ne pouvais m'empêcher d'être jalouse de la propreté de ses feuilles. Je ne savais pas comment elle faisait pour garder un cours aussi propre. Mes notes à moi étaient invariablement en vrac, comme les oignons et les échalotes au supermarché.

J'esquissai un sourire devant ma comparaison peu glorieuse puis sursautai lorsque Meredith donna un coup dans mes côtes.

- Quoi ? demandai-je à mi-voix.

- Londubat vient de t'appeler. Tu es avec Audrey.

- Quoi ?! fis-je une seconde fois mais beaucoup plus fort ce qui fit que toute la classe en bénéficia. C'est une blague ?

Meredith écarquilla les yeux, ne semblant pas comprendre quel était le problème. Vicky me contemplait elle d'un air amusé, bien plus lucide que la blonde sur la nature de mon désarroi. Londubat était décidément aussi timide qu'empoté. Sur tous les Serdaigle de la promotion, il avait fallu qu'il me mette avec celle que je supportais le moins. Non, vraiment, il n'aurait pas pu mieux faire...

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