Et voici le dernier chapitre ! La fameuse conclusion :) Ce fut une aventure courte mais passionnante, j'ai adoré écrire cette fiction et j'espère que vous avez pris tout autant de plaisir à la lire. Je suis triste de laisser finalement Liz à laquelle je me suis attaché (oui, oui, absolument^^), mais l'écriture de The Loving Dead me tiens plutôt occupée :)
Je remercie évidemment toutes les personnes qui ont lu cette histoire, qui l'ont mis en favoris, suivie ou commentée. Un merci tout particulier à CathouxXx qui se passionne aussi bien qu'elle écrit, c'est pour dire !
Comme toujours, un grand merci à TheBoneyKingOfNowhere, non seulement pour sa correction, mais aussi et surtout pour tout ses conseils qui font que je progresse chaque jour, que j'apprends de nouvelles choses et je me passionne toujours plus pour l'écriture. Pour tout ceux qui n'ont pas encore eu le privilège de lire ce qu'elle écrit, foncez-y, je vous promets un inoubliable moment de lecture !
Bref, passons aux dernières réponses aux reviews !
Namels: La dernière phrase est en effet une conclusion aux autres chapitres. La folie de Liz se découvre graduellement depuis le premier chapitre. Elle est, au début, une fille gentille quoiqu'un peu naïve. On la découvre ensuite beaucoup plus naïve, à tel point qu'on en sourit, qu'on se moque, qu'on s'exaspère. Puis on s'interroge, on se pose des questions, des questions qui trouvent finalement une réponse en fin de chapitre. C'est donc une phrase choc, mais qui est plutôt attendue, puisqu'elle est préparée depuis le début.
Tu n'as pas besoin de me convaincre en ce qui concerne Shane parce que je suis toute aussi scandalisée :) D'ailleurs, nous ne sommes pas les seules ;) Il y a deux ou trois autres auteurs qui pensent la même chose à propos de Lori (oui, je parle de toi CathouxXx^^). Ce qui me fait penser que tu devrais venir sur le forum francophone de The Walking Dead sur . Il s'appelle "Où les francophones rôdent" et est disponible dans la section "Forums" du site. Voilà pour la pub :) On pourra monter un fan club de Shane et un anti-fan club de Lori !
Roselia001: Merci beaucoup pour ta review :) Je suis ravie que la fiction te plaise ! Et oui, effectivement, Nina n'a pas eu un accident toute seule... Et la raison pour laquelle elle a du déménager quand elle était au lycée n'était peut-être pas étrangère à son obsession pour Marco :) Ce qui est cool, c'est que comme la fiction est entièrement du point de vue de Liz, tout n'est pas explicité. Le lecteur a plus de liberté vis-à-vis du contenu de la fiction. Après tout, il peut très bien prendre pour argent comptant tout ce que dit Liz, on le voir de manière plus critique ;) Quoi qu'il n'y ait pas beaucoup de façons d'appréhender Liz ;)
Voilà voilà !
Pour les reviews du chapitre 6 et celles de ceux qui vont encore commenter (j'ai espoir^^), je répondrais soit sur le forum pour les utilisateurs ou ceux qui le souhaitent, ou par MP. Dans tout les cas, je posterais les réponses dans le forum parce que je sais que certains lecteurs aiment les lire.
Bref, sur ceux je me tais et vous laisse profiter de ce dernier chapitre !
Chapitre 6: A la folie...pas du tout.
Il y avait des danseurs. Des formes artistiques qui se mouvaient, au gré d'une musique qu'ils étaient les seuls à entendre. Leur ballet était hypnotique, les taches, les nuances de blonds, changeaient, se chevauchaient, disparaissaient pour mieux surgir, brusquement mais avec une telle évidence que tout semblait prendre soudainement un sens autour d'eux. Ils dansaient, ils virevoltaient, dans l'espoir futile que les cônes verts les remarquent. Peine perdue, ceux-ci étaient bien trop occupés à se dresser, de toute leur majesté, de toute leur gloire, vers l'étendue bleue au-dessus d'eux. Ils poussaient sur leur unique base brune, unijambistes condamnés à fixer leur étoile sans jamais l'atteindre.
Puis la farandole cessa. Les formes reprirent leur place, la musique s'arrêta, la pièce de théâtre redevint un simple tableau. Liz cligna des yeux, reprenant pied dans le monde réel, et elle ressentit la même chose que lorsqu'elle allait voir un film, autrefois. Elle mettait toujours quelques secondes au début du générique pour s'extraire de la réalité cinématographique et rejoindre le monde réel, le monde si désespérément réel. Elle reprit doucement de la réalité, du cuir sous son jean, de l'odeur d'essence, du chant des criquets.
La voiture s'arrêta avec un grincement de frein, et Elizabeth posa sa main sur le siège devant elle. Sa tête s'inclina plusieurs fois alors que son corps se réhabituait aux lois de la physique. Liz avait toujours détesté monter en voiture. Devant elle, T-Dog mit le frein à main et souffla. En réalité, pendant un moment, personne ne pipa mot. Personne ne bougea. Tous fixèrent la route devant eux, silencieux, encore sonnés par ce qu'ils venaient de vivre. Le CDC était parti en fumée. Jenner aussi. Jacqui aussi. Leur espoir, leur dernier et unique espoir, aussi. Rien ne serait plus comme avant. Liz le savait. Pour tous, la destruction du CDC avait été la confirmation de ce qu'ils redoutaient. Le monde, tel qu'ils le connaissaient, ne reviendraient plus jamais. La plupart d'entre eux avait espéré, encore et encore, avait vu dans chaque maudit événement un signe, le signe qu'il y avait, quelque part, peut-être à Washington, ou à Hawaï– c'était une île après tout-, une sorte de gouvernement, des soldats, une solution. Ils s'y étaient raccrochés, comme des stupides araignées sur leur toile, incapables d'affronter la réalité telle qu'elle était. Liz le pouvait. Liz avait tout de suite su que rien ne serait plus comme avant. Elle s'y était fait. Elle devait juste attendre patiemment que les autres en fassent autant.
Après une éternité, T-Dog jeta un regard à Shane, à côté de lui. L'officier ne dit rien, se contenta d'adresser un vague signe de tête au noir, comme si les mots n'avaient plus de sens. Ils n'en avaient jamais eu pour Liz. Tout ce qui comptait pour elle en cet instant, était qu'elle se retrouvait dans la même voiture que Shane. Ça ne lui était jamais arrivé. Lori ou Andrea, ou une autre, avait toujours fait en sorte de garder l'arme vivante près d'elles. Mais Amy était morte, Andrea trop sonnée pour parler et Lori aussi terrifiée qu'une souris dans son trou, lui laissant Shane pour elle toute seule. Ainsi, Lizzy avait pu se faufiler dans la voiture de Shane en sortant du CDC, avant que quiconque lui pique sa place. A présent qu'elle était avec lui, vraiment avec lui, elle était parfaitement en droit de se placer à ses côtés. Grâce à sa rapidité, elle avait pu jouir d'heures entières passées à le fixer, sa nuque qu'elle avait embrassée, ses épaules qu'elle avait agrippées. Chaque partie du corps de Shane se rappelait à elle d'une manière différente.
Un frisson la parcourut, et elle ferma les yeux, soupirant de bien-être. Bientôt, elle aurait Shane pour elle, bientôt, plus personne ne se mettrait en travers de sa route… T-Dog ouvrit la portière, tirant Lizzy de ses pensées. Il descendit du véhicule, Shane lui emboitant le pas, et Liz vit tout le monde en faire autant, se reposant exclusivement sur l'attitude de Shane. Alors Liz les imita. Son amant s'assit sur la capot de la voiture, sortit un carte de sa poche, la déplia, tandis que bon nombre des survivants se massait autour de lui pour discuter. Ils allaient tomber en panne d'essence, d'après ce que Liz en comprit, il leur fallait aussi de la nourriture, et pourquoi pas des armes. Ils tombèrent sur une station essence à deux kilomètres de là. Shane, Glenn et Rick se portèrent aussitôt volontaires pour s'y rendre avec une voiture et ramener des jerrycans d'essence. Liz sourit. Ça n'aurait pas pu mieux tomber…
Elle tourna sur elle-même, bien décidée à ne pas quitter Lori d'une semelle, et croisa le regard de Dale. Celui-ci la fixait, un air étrange plaqué sur le visage. Il était suspicieux. Il la surveillait comme elle avait l'habitude d'être surveillée, avant. Elle n'aimait pas ça.
Au CDC, Liz avait rapidement fait le lien entre Dale, son sac et son précieux contenu. Il était évident que quelqu'un avait fouillé dans son sac, tout comme il était évident que cette personne était tombée sur son bracelet. Avec la réaction de Dale, Liz avait sans mal compris que le vieil homme était au courant de son secret. Elle soupira. C'était sincèrement le dernier qu'elle aurait souhaité au courant. Dale avait la fâcheuse manie de s'occuper de tout, de tout le monde, tout le temps. Il ne pouvait rien garder pour lui et s'était donné le rôle de garde-fou dans leur petit groupe. Il était l'espèce de vieux sage qui se sentait toujours obligé de venir leur prodiguer ses conseils d'un autre temps, tout cela avec son regard empli de pitié et de condescendance. Liz savait qu'il ne mettrait pas longtemps à avertir tout le monde. S'il ne l'avait pas déjà fait. Elle observa tout d'abord Rick, qui, accroupi près de son fils, lui parlait à voix basse. Il ne faisait pas la moindre attention à elle, il ne devait pas être informé. T-Dog et Glenn non plus, qui bavardaient en poussant deux jerrycans dans le pick-up. Lori ne devait pas savoir non plus, elle était confortablement installée sur le capot d'une autre voiture et donnait une barre chocolatée à Carol et sa fille, à côté.
La curiosité de Dale agaçait Liz, tout simplement parce que cela la forçait à accélérer ses plans. Elle ne pouvait pas rester bien longtemps sans rien faire, à attendre que Dale daigne parler aux autres de son ancienne vie. Elle devait agir avant. Elle devait avoir Shane avant. Shane la protégerait. Une fois que Shane serait libéré de l'emprise de Lori, une fois qu'il lui appartiendrait, corps et âme, il la protégerait de Dale. Et alors le vieil homme ne pourrait plus rien faire contre elle.
Liz y avait beaucoup réfléchi durant le trajet. Elle avait pensé à toutes les options possibles et imaginables et la seule qui avait finalement retenu son attention en fin de compte avait été la plus évidence. Il fallait qu'elle tue Lori. Elle n'avait pas d'autre choix. Tant que la mère de famille serait en vie, dans n'importe quel état d'ailleurs, Shane resterait accroché à elle comme un chewing-gum sous une chaussure. Elle ne pouvait pas la faire disparaitre en un claquement de doigts non plus, il ne restait donc que le meurtre. Et Elizabeth avait de la chance, car ce nouveau monde offrait plein d'opportunités pour tuer quelqu'un sans laisser de trace. Elle avait pensé à attirer des rôdeurs, mais ceux-ci étaient légèrement…incontrôlables et Lizzy ne voulait pas causer plus de morts que nécessaire. En revanche, elle comptait bien se servir de l'appétit vorace de ces créatures. Elle avait besoin d'une arme, de préférence à feu. De cette manière, elle pourrait entrainer Lori dans un coin, comme par exemple une maison abandonnée, et la tuer. Le bruit attirerait assurément les rôdeurs qui s'empresseraient de manger toutes les preuves du crime. Le groupe pleurerait la perte de Lori, et Shane viendrait se consoler auprès d'elle. Son plan était parfait. Elle n'avait plus qu'à attendre que les conditions soient réunies.
Le groupe parti en mission de ravitaillement revint quelques dizaines de minutes plus tard, et le groupe se remit en route, tout aussi silencieusement. Liz avait profité de ces quelques instants de répit pour trouver un moyen de récupérer une arme discrètement. Il y avait le fusil de Dale, mais celui-ci l'emportait absolument partout, même lorsqu'il allait pisser. Rick avait un pistolet, naturellement, et Shane aussi, mais Lizzy avait tout de suite écarté l'idée de le leur voler. Restaient les armes dans le sac… Liz ne savait absolument pas ce que les autres avaient fait du sac en sortant du CDC. Elle savait que Shane l'avait pris, elle l'avait vu, mais dans la bataille, elle avait perdu des yeux leur seul moyen de se défendre et n'avait par conséquent aucune espèce d'idée de l'endroit où pouvaient être les armes.
Lorsqu'ils s'arrêtèrent, dans un quartier abandonné où seules quelques maisons témoignaient d'une activité humaine, Liz ne savait toujours pas comment faire. Et le temps pressait. Elle craignait de plus en plus Dale, qui avait toujours un œil sur elle. Elle devait agir. Aujourd'hui. Tandis que les hommes faisaient un tour des alentours, Liz s'approcha du camping-car de Dale. Elle était persuadée que les armes se trouvaient là. Le vieil homme avait un besoin infantile de contrôle, et elle n'aurait été que très peu surprise s'il s'était autoproclamé gardien des armes. Liz jeta un œil à l'intérieur du RV. Au premier abord, elle ne vit rien, à part…Liz se hissa sur la pointe des pieds et regard plus attentivement. Andrea était assise à table, la tête enfouie dans ses bras et pleurait à chaudes larmes. Liz soupira. Dieu, la blonde faisait encore son caprice…Liz se força à rester attentive. Elle avait cru reconnaitre le canon d'une arme qui disparaissait sous les bras d'Andrea. Une lueur de lucidité surgit dans son esprit. Mais bien sûr ! Elle avait complétement oublié l'arme d'Andrea, qu'elle tenait de son père et qu'elle conservait comme le saint graal. Elle ne savait même pas s'en servir !
Liz pouvait voler cette arme. Il fallait juste qu'elle détourne l'attention d'Andrea pendant une seconde. Comme si le ciel avait entendu ses pensées, Andrea se redressa tout un coup et son visage se modifia. Dans la seconde, elle s'était jetée de la table vers la porte des toilettes. Elle referma brusquement la porte derrière elle, et Liz entendit sans mal le bruit d'une déglutition. Génial… Un sourire barra ses lèvres lorsqu'elle reconnut le flingue d'Andrea, gentiment posé sur la table. Alléluia ! A pas de loup, Elizabeth pénétra dans le camping-car, grimaçant lorsque celui-ci grinça. Elle se glissa jusqu'à la table et rangea l'arme à l'arrière de son pantalon. Elle fixa la porte des toilettes. Andrea était loin d'être une imbécile, elle verrait aisément que son arme avait disparu lorsqu'elle sortirait… Il fallait que Liz la retienne dans ces fichues toilettes. Lizzy avisa une chaise pliante, qu'elle ouvrit et qu'elle plaça entre la porte et le meuble en face. Ainsi calée, Andrea ne pouvait plus ouvrir la porte séparant les toilettes du reste du camping-car. Ca laissait à Liz juste assez de temps pour rejoindre Lori et la tuer. Elle sortit du RV sans faire de bruit. Il fallait maintenant qu'elle trouve Lori…
Alors qu'elle rejoignait le reste des voitures dans l'espoir de mettre la main sur la mère de famille, Liz croisa T-Dog, qui venait en sens inverse. Celui-ci lui servit un sourire crispé et posa une main sur son épaule, arrêtant Liz sur le coup. Son cœur s'emballa. Etait-il possible que Dale ait parlé de son secret à T-Dog ? C'était plutôt étonnant, T-Dg n'était certainement pas l'homme le plus proche de Dale, et Liz s'était plus volontiers imaginé que Dale aurait été en parler en priorité à Rick, peut-être à Shane. Mais si T-Dog était au courant…Cela changeait toute la donne. Liz aimait bien T-Dog. Il lui faisait penser au chien qu'elle avait eu, quand elle était petite, un joli pékinois nommé Sully qui rappliquait dès qu'elle l'appelait. Elle rit intérieurement en pensant que le surnom de l'homme lui allait comme un gant. Il était un idiot de chien, toujours fidèle, qui ne prenait jamais l'initiative et qui suivait les ordres, docilement, sans le moindre faux pas. Il ne manquerait à personne.
Tandis que T-Dog lâchait son épaule, Liz jeta un bref coup d'œil à ses mains. Il ne portait qu'une hache ensanglantée. Elle, elle avait un flingue. Mais cela ne changeait rien, elle ne pouvait pas juste lui tirer une balle dans le crâne, cela alerterait tout le monde et elle n'aurait pas le temps de remplir la mission qu'elle s'était fixée. Et elle n'avait aucune arme blanche. Pouvait-elle lui prendre son arme avant qu'il ne s'en rende compte ? Avec une hache, c'était différent, elle pouvait le tuer ici, et transporter son corps dans le bosquet le plus propre. C'était faisable. Après ça, elle pouvait continuer. La voix de T-Dog brisa ses plans :
-Tu peux garder un œil sur les femmes ? Glenn a entendu du bruit, plus loin au sud, et on va vérifier ça. Rick veut installer le campement ici pour la nuit.
Liz sentit une bouffée d'espoir l'envahir :
-Qui vient avec toi ?
-Bah, Glenn, Rick, et Shane. Dale couvre nos arrières.
Elle ne put réprimer un sourire. C'était l'occasion parfaite… tout semblait si bien correspondre, si bien fonctionner, c'était surréaliste. Une arme lui tendait les bras et voilà qu'à présent, toute la protection autour de Lori s'évanouissait. Ah non, pensait-elle avec ironie. La protection, c'était elle !
T-Dog la dépassa et Elizabeth attendit qu'il ait disparu de sa vue pour reprendre son chemin. Elle n'avait plus qu'à éloigner Lori des autres femmes et le tour était joué ! C'était bien plus facile qu'elle ne l'avait envisagé. Elle se rappelait encore aujourd'hui toute l'organisation qu'avait demandée la disparition de Nina. Se documenter, pour trouver comment saboter un frein, casser un phare de la Mercédès de la salope, afin qu'elle prenne rendez-vous dans un garage pour le faire réparer. Infiltrer ce garage, en faisant du gringue à un des mécanos, et avoir suffisamment de temps pour mettre en application ce qu'elle avait appris sur le net. C'était d'ailleurs sa connexion internet qui l'avait fait plonger. Puis, suivre Nina, un soir, en voiture, alors qu'elle empruntait cette petite route qui serpentait entre une montagne et un précipice. Attendre le bon moment pour la dépasser et freiner devant elle, la faisant braquer, et, incapable de freiner, tomber dans le vide. Elle se rappelait aussi avoir pensé, en observant les flammes qui avaient envahi l'habitacle du véhicule plusieurs mètres en contrebas, que la récompense valait toute l'organisation du monde. Pour la première fois de sa vie, elle s'était sentie être le prédateur, qui avait préparé son attaque et qui avait attendu le bon moment pour mettre fin à la vie de sa proie. Ça avait été un instant jouissif.
Un frisson d'excitation parcourut sa colonne vertébrale lorsqu'elle songea qu'elle allait bientôt renouveler l'expérience. Elle avisa rapidement Lori, assise sur une chaise de jardin. Il ne lui fallut que quelques mots pour convaincre la femme de l'accompagner : chercher de l'eau, pour son garçon qui mourrait de soif. Elle laissa sa progéniture aux bons soins de Carol, et suivit docilement Liz jusqu'à une maison abandonnée. L'endroit rêvé. En quittant la veuve et sa fille, Lizzy ne put s'empêcher de penser que c'était la dernière fois que Carl voyait sa mère. Elle ressentit un léger pincement au cœur. Malgré tout ce que Lori lui avait fait endurer, elle n'était pas de glace, bien au contraire, et elle trouvait cela triste que Carl ne puisse plus voir sa mère. Elle se rappelait la mort de son propre père, du gouffre de tristesse qui avait pris possession de son être et du temps qu'il lui avait fallu pour s'en remettre.
Ou plutôt, de la personne. Jimmy Van, le petit ami occasionnel d'une de ses amies, à l'université. Enfin, le terme ami était peut-être un peu exagéré. Liz l'avait toujours détestée, elle et ses manies de petite duchesse qui avait toujours tout ce qu'elle voulait. Il avait fallu que Jimmy entre dans sa vie pour qu'elle ne pense plus à son père. Jimmy était tellement plus intéressant… Liz l'avait admiré en silence, elle était encore à cette époque trop timide, trop naïve, trop petite fille pour oser l'approcher. Elle s'était contentée d'imaginer des histoires rocambolesques durant lesquelles il la sauvait immanquablement et il tombait amoureux d'elle, et il l'embrassait, et il lui faisait l'amour, et il l'accompagnait à la fac, la tenant par la main et lançant un grand sourire à son ex petite amie, la salope de princesse. Lorsqu'elle avait quitté l'université, elle l'avait perdu de vue, mais elle avait tenté de rester en contact avec lui, lui envoyant des lettres pour qu'il pense à elle. Puis un jour, elle avait trouvé ce boulot de serveuse dans un diner et avait rencontré Greg. Et sa vie avait basculé.
Elle se sentit soudainement coupable de penser à ses ex alors qu'elle menait la salope de son âme sœur à l'abattoir. Elle devrait être remplie d'une effervescence à peine soutenable, d'une impatience grandissante, au lieu de cela elle songeait à des hommes morts pour qui elle avait eu le béguin. Ils n'étaient rien comparés à Shane. Lizzy serra les poings et accéléra le pas, faisant râler Lori derrière elle. Elle arriva à hauteur de la propriété, une vaste maison de campagne, dans laquelle elle entra, suivie de près par Lori. Celle-ci, sans le moindre regard pour Liz, se mit en quête de la cuisine, cherchant déjà l'eau pour son fils. Liz la suivit cette fois, et sentit enfin cette vague d'adrénaline couler dans ses veines. Elle était le prédateur. Lori fouillait dans les placards lorsque Lizzy entra dans la pièce. Elle observa le dos courbé de la femme qui avait fait son malheur, et remarqua une bande de peau qui se dévoilait entre le t-shirt et le jeans. Cette peau…Liz se rappellerait à tout jamais cette peau. Elle l'avait tant vue, lorsqu'elle les suivait dans la forêt, près du campement, lorsqu'elle les observait batifoler dans l'herbe en se retenant de bondir pour l'étriper. Elle avait vu cette peau pressée contre celle de Shane, contre ses lèvres, contre… Liz tendit la main et saisit l'arme dans son dos, la tirant violemment devant elle. Dans un élan de fureur, elle braqua le pistolet contre Lori, ses mains tremblant d'anticipation. Elle pouvait tirer, là, tout de suite. Elle pouvait mettre fin à la vie de Lori dans la seconde, rejoindre Shane et l'embrasser, enfin libres. Elle ne le fit pas. Elle resta immobile, et appela doucement la femme de Rick. Elle ne voulait pas la tuer en lui tirant dans le dos. Elle voulait la voir. Elle voulait voir son air horrifié, son air coupable, elle voulait l'entendre implorer, elle voulait l'entendre jurer de ne plus regarder Shane, jurer de le laisser, elle voulait l'entendre dire tout ce qu'elle avait toujours voulu entendre dans le vain espoir que Liz la laisse en vie.
Loir se redressa, et entreprit de se tourner vers elle lorsque la porte derrière elle s'ouvrit. Lori dirigea son regard vers l'origine du bruit, et poussa un hurlement d'horreur lorsqu'elle tomba nez-à-nez avec un immonde rôdeur qui titubait vers elle. Dans la panique, elle courut vers Liz et la percuta, envoyant la jeune femme contre le rebord de la table. Elle grogna de douleur lorsque le coin entra dans son dos, mais se redressa aussitôt, courant à la suite de Lori, le pistolet battant contre sa cuisse. Les deux femmes sortirent de la maison en même temps. Lori referma la porte derrière elle et tourna la poignée, enfermant le rôdeur à l'intérieur, trop idiot pour chercher à ouvrir le battant.
Il fallut à peine une seconde à Liz pour réaliser. Une seconde pour se dire je suis en vie, avant que les derniers évènements ne lui reviennent en mémoire. Elle tendit son bras vers Lori, et attendit patiemment que celle-ci se tourne. Rien, pas même un foutu rôdeur, ne la détournerait de son objectif. Lori devait mourir. Maintenant !
Liz jurerait jusqu'à la fin de sa vie que la plus belle chose qu'elle ait vu de toute son existence fut le regard de Lori lorsque celle-ci se détourna finalement de la maison pour se diriger vers Liz. Lorsqu'elle vit l'arme, pointée sur elle. Liz se rappellerait pour toujours cet air d'étonnement, qui ne dure qu'une demi-seconde, avant que Lori ne réalise qu'il ne s'agissait pas d'une erreur, que son cerveau, son cerveau si intelligent, ne fasse le lien, et qu'elle ne comprenne, enfin, que son heure était venue. Dans un réflexe inutile, elle leva les mains devant elle, croyant naïvement qu'elles pourraient la protéger des balles. Elizabeth sourit. Lori était à sa merci dorénavant, elle ne pouvait plus rien faire pour l'empêcher de la tuer. Elle vit les yeux de Lori se remplir de larmes, et son sourire s'agrandit. La bouche de la mère de famille s'ouvrit, et Liz songea un instant à lui tirer dessus avant de lui laisser le temps de dire quoi que ce soit. Mais, après tout, elle avait attendu ce moment avec une telle impatience qu'elle ne pouvait s'empêcher de vouloir faire durer encore un peu l'instant. Alors elle laissa Lori parler.
-Elizabeth… A quoi tu joues ? Je…
Liz ne dit rien, elle se contenta de sourire, en silence. Elle voulait que Lori s'interroge jusqu'au tout dernier moment, qu'elle….Un cliquetis fit tourner la tête de Liz. Ses yeux s'agrandirent. Rick était à quelques mètres d'elle, respirant fortement comme s'il venait d'arriver en courant. Elle ne l'avait même pas entendu arriver…Il avait la main tendue vers elle, à l'horizontale, comme s'il l'incitait d'un geste à baisser son arme, à se calmer. Son autre main, plongée dans son holster, tenait l'arme. Le bruit devait probablement être celui de la fermeture du holster. Il avait le bras à demi levé qui tremblait, comme s'il se demandait s'il devait la viser de son arme ou la laisser partir. Comme s'il refusait d'y croire. Liz se dit avec ironie qu'il avait plutôt intérêt à y croire.
La jeune femme aurait dû être terrorisée à l'idée que quelqu'un l'ait surprise alors qu'elle visait Lori de son arme. Qui plus est son mari, ex flic. Pourtant, étrangement, Liz n'avait pas peur. Elle était…sereine. Comme si elle avait toujours su que ce moment arriverait un jour. Comme si elle s'y était attendue. Après tout, cela n'avait aucune importance que Rick ou un autre la voie. Plus rien n'avait d'importance, excepté le fait qu'elle et Shane seraient enfin libres. Qu'elle pourrait toujours compter sur lui, qu'il ne lui ferait plus jamais faux bond. Liz avait besoin de lui. Alors qu'elle observait le regard de Rick, ce regard si empli de désespoir, à l'idée que quelqu'un puisse blesser la femme qu'il aimait, Lizzy réalisa qu'elle avait autant besoin de Shane qu'il avait besoin d'elle. Elle avait cru, durant des semaines, être la cible de l'affection de Shane sans vraiment le vouloir, puis, à la manière d'Elizabeth Bennet, avait fini par tomber amoureuse de lui elle aussi. En réalité, elle avait voulu être sa cible. Dès qu'elle avait vu son regard sur elle, elle s'était accrochée à lui, de toutes ses forces.
Car elle était seule. Elizabeth n'avait jamais été seule. Elle avait toujours eu ses parents, ses amis, ses amoureux à ses côtés. Et même lorsque tous lui avaient tourné le dos, elle avait eu les médecins qui la suivaient, les autres patients qui la comprenaient. Lizzy n'avait jamais été totalement seule. Elle s'était dit, depuis l'épidémie, qu'elle n'avait besoin de personne, qu'elle aimait bien trop sa solitude pour permettre à d'autres d'envahir son espace vital. Mais la vérité était qu'elle n'avait jamais supporté la solitude. C'était pour cela qu'elle recherchait tant la présence de Shane, autant que lui recherchait la sienne.
Alors, peu importait si le monde entier voyait ce qu'elle s'apprêtait à faire. Peu importait que le groupe la bannisse après cela. Tout ce qui importait était qu'elle serait avec Shane, pour le meilleur et pour le pire.
Des bruits de pas se firent entendre, et Liz tourna la tête vers Shane, qui courrait dans sa direction. Elle sourit. Shane la protégerait des autres, Shane serait là. L'ancien officier n'attendit pas d'être à sa hauteur pour dégainer son arme. Lorsqu'il arriva auprès de Rick, son pistolet était déjà braqué sur…Liz ? La jeune femme fronça des sourcils tandis que son cœur s'accélérait brusquement. Pourquoi Shane la visait-il ? Ne devait-il pas viser Rick, ou Lori, ou n'importe qui à part elle ? Elle sentit ses doigts se crisper autour de la crosse de l'arme.
-Pose ton arme ! hurla-t-il, et Liz ne put que voir le masque de fureur qui avait pris possession de son visage. Elle prit peur. Elle avait toujours préféré Shane lorsqu'il était en colère, elle l'avait toujours trouvé incroyablement sexy lorsqu'il ne jouait pas son rôle de gendre idéal auprès de la gente féminine. Mais cette fois, il était en colère contre elle. Il y avait une lueur dans son regard, dans la façon qu'il avait de tenir l'arme, qui terrorisa Liz. Elle ne voulut pas croire ce que son esprit lui souffla, la terrible vérité qui commençait à se former en elle. Elizabeth repoussa loin d'elle la pensée insidieuse, préférant s'accrocher au dernier espoir qu'il lui restait.
-Shane, je…Je fais ça pour nous. On pourra jamais être heureux si elle est là. Je fais ça pour nous…
-Lizzy, pose ton arme, d'accord ? Rick venait de prendre la parole. A côté de la carrure menaçante de Shane, il semblait presque apeuré, qu'elle fasse le moindre geste. Sa voix était douce, rassurante, sa main l'enjoignait à baisser son arme. Liz le regarda.
-Personne n'a besoin d'être blessé, tu le sais ?
-Pose ton putain d'flingue ! Liz sursauta au cri de Shane. Sa respiration devint difficile, sa voix se bloqua dans sa gorge, et elle dut se la racler plusieurs fois pour articuler :
-On est fait pour être ensemble Shane. Des âmes-sœurs, tu te rappelles ? On est…
-On est que dalle ! hurla-t-il à nouveau, tandis qu'il faisait deux pas dans sa direction.
Et lorsque Liz regarda à nouveau l'homme de sa vie, elle ne vit plus la même personne. Shane avait toujours été extrêmement attirant aux yeux de Liz. Il avait toujours été fort, doux, leader, gentil, il avait toujours incarné l'homme idéal pour Liz. Celui qui lui était destiné. Mais ce Shane-là était différent. Ce Shane-là avait le visage déformé, ses traits s'étirant en une grimace grotesque. Son corps était mal proportionné, ses muscles dépassaient trop d'un côté, pas assez de l'autre. Même la façon qu'il avait de se déplacer était risible. On aurait dit un singe, un macaque du cirque qu'on aurait forcé à marcher sur ses deux jambes.
Il avait raison. Shane n'avait jamais été son âme-sœur. Il ne pouvait pas l'être. Il n'était rien pour elle, juste un survivant comme les autres qui n'avait pas plus de valeur que les pierres à ses pieds. Alors Liz voulut baisser son arme. Ça ne servait à rien de tuer Lori. Elle pouvait bien le garder, son Shane. Déterminée, Liz bougea un peu son bras tenant l'arme dans la ferme intention de le baisser. Elle ne vit pas les yeux de Lori s'écarquiller alors que l'arme tressautait dangereusement devant elle. Elle ne vit pas le bras de Rick se lever brutalement tandis qu'il sortait de son fourreau son pistolet. Elle ne vit pas l'éclat de détermination dans les yeux de Shane.
Tout le monde fut surpris lorsque le coup partit. Andrea leva sa tête de la cuvette des toilettes et poussa contre la porte, qui refusa de s'ouvrir. Dale, sur le toit du RV, braqua aussitôt son fusil dans la direction du bruit. Carol tira sa fille à elle comme pour la protéger du son si annonciateur de mort, tandis que Carl tourna vivement la tête vers l'endroit où sa mère était partie. Glenn et T-Dog s'échangèrent un regard, alors que, dans un réflexe de chasseur, Daryl levait son arbalète devant lui afin d'accueillir d'autres rôdeurs attirés par le bruit. Rick regarda, choqué, le corps en face de lui, la bouche ouverte en un cri muet. Ça ne servait plus à rien. Lori, les yeux baignant de larmes, fixa son mari comme s'il était sa bouée de sauvetage. Seul Shane resta immobile, l'arme encore pointée devant lui, fumante. Il n'eut pas le moindre regard pour le corps désarticulé de la femme, gisant à terre devant lui. Il fixait Lori, le visage dur. Et, sans un mot, il rangea son arme dans son holster et fit demi-tour, aboyant déjà des ordres aux survivants.
Fin
Je suis plus qu'intriguée de savoir ce que vous allez en penser, donc n'hésitez pas à laisser une review. Je me ferais une joie de vous répondre !
P.S.: Le titre de ce chapitre est, contrairement aux autres, un titre de film. Il s'agit d'un film parlant d'un thème semblable a celui que j'ai traité et que je beaucoup aimé donc si Liz vous a plu, si vous voulez approfondir le sujet, je vous conseille vivement de le voir. (Même sans ça hein, ça reste un très bon film).
"A la folie...pas du tout" de Laetitia Colombani.
