CHAPITRE 6.

Comment Dumbledore a t-il pu imaginer que j'allais sagement rester à attendre dans la salle commune des Gryffondors alors que Draco est en danger de mort?

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis caché sous la cape d'invisibilité dans le hall d'entrée, à fixer l'air absent les grosses portes de chêne, mais chaque minute me semble une éternité. Je n'ai pas soif. Je n'ai pas faim. Je ne ressens absolument rien à part ce noeud qui me noue l'estomac. Cette peur de perdre la seule personne avec qui je peux réellement être moi-même. Qui aurait cru que j'aurais un jour dit ça de Draco Malfoy? Certainement pas moi. Et pourtant…

Les portes s'ouvrent enfin avec fracas pour révéler une sombre silhouette. Snape. Qui tient Draco dans ses bras.

Draco...

Il ressemble à un pantin désarticulé dans les bras de Snape. Ses yeux sont clos, son visage est couvert de bleus et de lacérations, et sa chemise vert pâle est déchirée et trempée de sang. Son sang. Mon cœur s'arrête. Je suis si abasourdi que je n'entends même pas Dumbledore s'approcher.

"Severus… Est-il vivant?" Il pose la question que mes lèvres formaient en silence.

Snape acquiesce de la tête et je devrais me sentir soulagé, mais l'air plus que sinistre qui se lit sur son visage me fait penser que 'vivant' est peut-être le seul statut qui puisse encore définir Draco. Je les suis jusqu'à l'infirmerie, horrifié par les gouttes pourpres qui tombent sur le marbre en chemin. Ma soif de vengeance s'accroit avec chacune d'elle.

"Devrais-je faire venir Poppy?" Dumbledore demande lorsque Snape pose précautionneusement Draco sur un lit et déboutonne sa chemise. A cette distance, avec cette lumière, je peux seulement imaginer à quel point ses blessures sont profondes, et je serre les dents, essayant de chasser les visions de torture qui traversent mon esprit. Snape secoue la tête.

"Elle ne serait d'aucune aide, je lui ai déjà administré une puissante potion analgésique," dit-il, et il se met à tracer de sa baguette les blessures de Draco, marmonnant d'inaudibles incantations.

"Le pauvre garcon a perdu beaucoup de sang," remarque Dumbledore tandis qu'il dégage une mèche blonde des yeux de Draco.

Snape lève les yeux et lui adresse un regard sévère.

"Les tortures ont en effet été bien pires que les fois précédentes, et il m'était impossible de demander à ce qu'elles cessent sans sembler suspect, mais ce n'est pas de cela dont je me préoccuperais…"

"Que veux-tu dire, Severus?"

"Ce gamin a une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Il est en vie uniquement parce qu'il a passé un pacte avec le Seigneur des Ténèbres. Un pacte que je le crois fort peu capable d'honorer."

Le Directeur lance un regard intense à Snape et quelque chose dans ses yeux me dit qu'il a compris ce dont il était question. Ce n'est pas mon cas, et ça m'agace au plus haut point. Pas autant que cela ne m'inquiète, néanmoins.

"Y-a-t-il quelque chose que l'on puisse faire pour lui maintenant?" Dumbledore demande gravement.

"On ne peut plus faire grand-chose. Il a juste besoin de repos. Avec la potion analgésique et les sorts de guérison, il devrait se remettre assez vite. C'est de son âme dont je m'inquiète. Il a traversé bien trop de choses dernièrement, et il transporte un lourd fardeau sur ses épaules, je sais de quoi je parle…" Snape raille, relevant la manche de Draco pour révéler sa marque des ténèbres.

"Je te fais confiance pour garder un œil sur lui, Severus."

"Pourquoi cela me semble si familier?" Snape demande avec dédain, et je ne suis pas sûr de comprendre son sarcasme.

"Harry…" Draco marmonne soudainement dans son sommeil, interrompant leur conversation.

Mon coeur fait un bond dans ma poitrine. Ils ne devraient pas entendre mon prénom de sa bouche. Snape hausse un sourcil et regarde Dumbledore d'un air inquisiteur.

"Eh bien, ces deux-là viennent de passer plusieurs semaines confinés dans un petit espace. Cela crée nécessairement des liens."

Le vieil homme ne sait pas à quel point il a raison… Néanmoins, Snape semble peu convaincu. C'est alors que Dumbledore regarde droit dans ma direction. Je retiens mon souffle.

"Tu peux te montrer, maintenant, Harry," il dit avec un ton plein de malice, "il semblerait que quelqu'un t'appelle… Draco va avoir besoin de ton aide. Plus que jamais…"

Je reste bouche bée. Savait-il depuis le début que j'étais ici? Mes joues sont brûlantes et je me débarrasse lentement de la cape, pour trouver Snape en train de me dévisager avec dégoût.

"Encore en train d'enfreindre les règles, Potter? Tel père, tel-"

"Severus!" Dumbledore l'interrompt. "Il est plus que normal qu'Harry se soucie de Mr Malfoy. Je réalise à présent à quel point il était absurde de lui ordonner d'attendre dans la salle commune des Gryffondors. Harry, penses-tu que tu pourrais rester à ses côtés et nous avertir en cas de problème? Je dois m'entretenir avec le Professeur Snape… Nous serons dans mon bureau, si jamais tu as besoin de notre aide."

Trop heureux de bien m'en tirer, je me contente d'acquiescer et Snape me lance un regard noir. Ainsi qu'à Dumbledore.

"Très bien… Nous te verrons plus tard, Harry," Dumbledore dit en m'offrant un sourire poli.

Une fois qu'ils ont quitté la pièce, je m'assois près de Draco. Je peux à peine le regarder sans grimacer de douleur et de colère. Bien que les sorts de guérison aient aidé ses blessures à se refermer, la vue est loin d'être réjouissante. Son torse est encore pire que d'habitude. Pas un seul centimètre carré de peau n'a été épargné. Son beau visage de porcelaine, resté intact jusqu'à ce matin, est désormais couvert de coupures, de griffes et de bleus. Ses lèvres, qui avaient encore un goût de jus de citrouille il y a quelques heures, sont rouges, et bleues, et gonflées. Il a l'air tendu et fiévreux.

Je laisse mes doigts caresser ses joues, très délicatement par peur de le blesser davantage, et je me penche pour planter sur ses lèvres un baiser plus léger qu'une plume. Ses traits se détendent et sa main s'agrippe faiblement à la mienne, et je la serre fort, retenant les larmes qui menacent de s'échapper de mes yeux.

"Je suis désolé, Draco. Je n'ai pas tenu ma promesse…"


Merci d'avoir pris le temps de me lire, et merci pour vos commentaries, favoris et alertes! :)

Version anglaise publiée le 11 décembre 2011 / traduction le 3 juin 2012