Merci pour les reviews et MP ;).

Voici pour les curieux qui veulent savoir ce que Castle a mis dans cette fameuse lettre!

Bonne lecture à tous


6 : La lettre

Mercredi restant de la journée :

Kate,

J'aimerai tellement être près de toi à cet instant. Ne serait-ce que pour voir ton visage lorsque tu liras cette lettre. Je me prive moi-même de ce petit plaisir que m'apporte ma vengeance. Tu dois te demander « mais de quoi parle-t-il? De quelle vengeance ? ».

Pour tout t'avouer, je me joue de toi depuis un moment déjà. Plus exactement depuis le jour où tu es venue faire dédicacer ton livre. Tu es subitement réapparue dans ma vie, après m'avoir dit de partir car tu avais besoin de temps. Ce que j'ai fait et tu m'as laissé sans nouvelles pendant trois mois. Temps durant lequel j'ai eu l'impression d'être un animal enchaîné dans sa propre cage.

Alors, quand tu m'as annoncé ta rupture, que tu m'as parlé de ce mur intérieur encore plus épais que celui d'un cachot, tout s'est déclenché en moi. J'ai vu l'occasion de te faire payer ces minutes, ces heures, ces jours, ces années que j'ai passés à t'attendre en vain. Mère serait fière de moi et de mes talents d'acteur. Tu ne t'es aperçue de rien, tu n'as rien vu venir.

Peut-être que lorsque je reviendrais à New-York, je contacterai un agent et monterai mon propre Show. Cette isolation volontaire arrivera certainement à enlever ton souvenir de mon esprit. Pour cela, la femme que je vois déjà depuis quelques mois, et auprès de laquelle je me trouve actuellement m'y aidera sans soucis.

Elle s'y emploie déjà, ton prénom étant prohibé de toutes nos conversations. Son petit jeu consistant à me mettre à l'amande à chaque fois que ton prénom maudit s'échappe de mes lèvres.

Peut-être ai-je trouvé ma nouvelle muse ou du moins une femme qui m'aime et me le montre tous les jours. À ses côtés je ne vois pas le temps s'écouler.

Adieu, je te quitte pour toujours.

Et, je te laisse méditer sur cette citation de Sénèque :

« C'est quand on a plus d'espoir qu'il ne faut désespérer de rien »

Richard A Castle

Kate est sous le choc après cette lecture. Elle ne parvient pas à croire aux mots qu'elle vient de lire. Touchée en plein cœur, seule la colère empêche les larmes de franchir la barrière de ses paupières. Elle serre les dents et relit une nouvelle fois cette lettre de rupture. La colère fait place à l'incompréhension et au doute. Pourquoi maintenant, pourquoi ferait-il ça ? Cela n'avait aucun sens. Naturellement elle reconnaissait qu'elle lui avait mené la vie dure en se cachant derrière son «fameux» mur. De quoi se cachait-elle d'ailleurs, du bonheur ? De l'amour qu'elle ressentait pour «son» écrivain ?

- Kate! Kate que se passe-t-il? Que dit mon père? S'inquiète Alexis, morte d'angoisse devant le visage défait de la détective. Kate répondez-moi, je vous en prie! Qu'y a-t-il?

Mais Beckett ne lui répond toujours pas. Perdue dans ses propres tourments, elle ne l'entend même pas. Ne réagit pas non plus lorsque Jordan s'empare de la lettre. N'étant pas comme Kate, investie émotionnellement, elle a remarqué deux mots bien précis qui ont tout de suite attiré son attention. Cela ne peut pas être le fruit du hasard. Mais, elle n'a pas le temps de relire la lettre que la fille de l'écrivain lui arrache prestement des mains.

Sans prêter attention aux deux femmes, Alexis s'assoit sur la chaise de son père et se met à lire. Elle est surprise par son contenu, mais la citation à la fin lui rappelle tout à coup un vieux souvenir. Se concentrant, elle entreprend une relecture.

La réaction de la jeune fille a sorti Kate de ses pensées. Elle se sent tout à coup confuse et honteuse. La brume du désespoir commence à se dissiper et la jeune femme recouvre peu à peu son esprit pratique. Comment a-t-elle pu seulement imaginer que ces mots étaient sincères. Cela ne faisait aucun doute que Rick avait dû être forcé d'écrire cette lettre. La jeune femme observe Alexis qui lit et relit celle-ci, montrant de plus en plus des signes d'agitation. Elle va pour lui parler lorsque cette dernière brandissant la feuille devant elles s'écrie toute excitée.

- C'est un message! Mon père nous fait passer un message! Cette lettre, elle veut dire autre chose! Il compte sur nous! Je ...

Kate se lève et saisit la jeune fille par les épaules.

- Calme-toi Alexis, d'accord?

- Hein? ... heu...oui, je. Bafouille-t-elle confuse.

- Tu veux bien nous dire de quoi tu parles, mais plus doucement, demande Shaw qui n'a plus de doute quant à son intuition.

- Bon alors voilà, c'était devenu un jeu entre mon père et moi. Pour m'apprendre la signification des phrases à double sens, lui et moi nous nous échangions des mots. Nous devions en trouver la signification exacte et y répondre de la même façon.

Les deux femmes ne peuvent s'empêcher de sourire devant les méthodes éducatives de Castle. Shaw devance Kate.

- Et tu penses que la lettre est écrite de cette manière?

- J'en suis sûre. Papa terminait toujours les siennes par une citation pour...

- Que tu fasses des recherches sur son auteur, complète Beckett.

- Oui, soupire la rouquine.

- Tu veux bien me donner la lettre?

- Bien sûr, tenez.

C'est donc avec une nouvelle approche que Kate la relit. Elle se rend compte qu'effectivement certaines parties peuvent être interprétées différemment. Et Alexis a raison en disant que son père compte sur elle. Au vu de cet éclaircissement, la citation prend une tout autre signification.

Il ne leur reste plus qu'à déchiffrer le message que Rick leur fait passer. Elle prend une pince aimant et se dirige vers le tableau pour y fixer la lettre, mais l'agent Shaw l'arrête en posant la main sur son bras.

- Non Kate, je ne pense pas que cela soit une bonne idée.

- Mais on doit étudier ce courrier, trouver son sens caché. Réplique Kate surprise.

- J'en suis consciente mais pas ici. Elle prend l'enveloppe sur le bureau de Kate et la lui donne. Rien ne vous gêne avec ceci?

- Oh mon Dieu! S'exclame-t-elle, venant de comprendre.

- Que se passe-t-il? Demande Alexis, soucieuse.

- Ce que Jordan veut dire, c'est que la personne qui a enlevé ton père, a fait apporter la lettre directement sur mon bureau.

- Mais alors ça veut dire aussi que cette personne peut savoir si on enquête toujours sur la disparition de mon père!

- Oui et ça peut être n'importe qui. Un officier, un détective, une personne du service d'entretien, une personne venant déposer une plainte, un avocat...

- Que va-t-on faire Kate?

- Ne t'inquiète pas, nous allons y travailler mais plus discrètement.

- Comment? Puisque ici c'est...

- Je pense que votre appartement fera très bien l'affaire Kate, coupe Jordan, qu'en pensez-vous?

- Excellente idée. Mais avant allons mettre le capitaine Gates au courant.

Sa supérieure écoute leurs explications et leurs doutes avec attention.

- Je suis d'accord avec vos conclusions. Je crois aussi qu'il serait plus prudent pour la sécurité de monsieur Castle, d'enlever tout ce qui le concerne du tableau.

- Vous croyez que la personne qui l'a enlevé pourrait lui faire du mal? Demande Alexis d'une voix alarmée.

Gates est prise au dépourvu par la question de la jeune fille. Heureusement Becket se charge de lui répondre.

- Pour l'instant nous ne savons pas ce qu'elle veut exactement de ton père. Mais une chose est certaine, elle fait tout son possible pour que l'on arrête de le chercher. Or si nous continuons à le lier avec les affaires des deux meurtres cela risque de la mettre en colère.

- Je comprends, mais c'est bien cette personne qui s'en est pris à mon père qui a aussi commis ces crimes?

- Oui, ça ne fait aucun doute. Nous le retrouverons Alexis. Termine-t-elle d'une voix ferme.

- Le lieutenant Beckett a raison Alexis, nous retrouverons votre père. Même si nos agissements laissent à penser le contraire.

- Merci capitaine Gates.

- Je vous en prie. Beckett qui d'autre est au courant pour la lettre?

- À part nous, personne.

- Très bien, vous en informerez Ryan et Esposito. Je vais demander au service technique de vous envoyer les vidéos de surveillances du poste. À quelle heure êtes-vous partie hier soir?

- Vers 18h30.

- Et ce matin vous n'avez pas vu la lettre en arrivant?

- Je n'y ai pas prêté attention, nous avons directement continué nos recherches.

- Je vais donc demander toutes celles entre 18h00 hier soir et midi aujourd'hui. Vous mettrez vos coéquipiers dessus.

Les trois femmes sortent du bureau de Gates. Alors que Kate et Alexis se dirigent vers la salle de réunion, Jordan les interpelle.

- Je crois que nous devrions prendre une pause. Allons déjeuner, je ne pense pas que Castle aimerait voir les deux femmes auxquelles il tient le plus se laisser dépérir, ajouta-t-elle, finissant de les convaincre.

Durant tout le repas, l'agent du FBI a beaucoup de mal à convaincre ces dernières de ne pas sortir la lettre et commencer à l'étudier. Kate promet alors à Alexis de partir plus tôt du commissariat pour y travailler chez elle.

De retour au 12ème elles aperçoivent Karpowski qui complète le tableau, elles sont bientôt près d'elle.

- Alors Roselyn, qu'as-tu appris sur Barns?

- Rien de particulier, il avait plutôt une vie calme. Il était apprécié de ses collègues et son patron m'a dit qu'il venait même d'avoir une promotion.

- Pas de petite amie?

- Pas à leur connaissance.

- Loisirs? Sports?

- Pas de loisirs, à moins que l'on ne considère qu'écrire en est un. Il entretenait sa forme en courant régulièrement à Central Park, mais ne fréquentait aucune salle de sport d'après ce que ma dit sa collègue, Jennifer Niemann.

- Il faudrait montrer sa photo aux coureurs pour savoir s'ils le connaissaient ou s'il a eu un problème quelconque. Quoi d'autre?

- J'ai noté sur son relevé de compte qu'il allait régulièrement dans deux restaurants. «The Palm» au 837 2nd Avenue et au «Ear Inn» au 326 Spring Street. Je vais aller questionner le personnel.

- Parfait. Tu as vu les gars?

- Non, ils ne sont pas encore revenus.

- Ok merci. Tiens-moi au courant si tu as des infos intéressantes.

- D'accord.

Karpowski appelle son coéquipier et part.

Kate fixe le tableau en espérant que les garçons auront trouvé de nouvelles pistes pour Inkall. Son regard se porte alors sur la photo de Rick et son cœur se serre. Se déconnectant totalement du monde qui l'entoure, elle se met à penser à ce qu'il peut bien ressentir en ce moment. Va-t-il bien? Qu'est-il en train d'endurer? Tient-il le coup. Fera-t-il quelque chose de stupide? Que lui veut la femme qui la enlevé? L'envie d'étudier la lettre se fait plus forte. « Je t'en prie Rick, tiens le coup. Garde espoir, on est là, JE suis là. Je ne te laisserai pas, où que tu sois je te retrouverai, je te le promets ».

- Kate?... Kate, vous allez bien? Questionne Alexis qui a noté la pâleur subite du visage de la jeune femme.

- Oui... oui, ça va. Allons voir ce que l'équipe a trouvé sur les sites internet.

C'est à cet instant que Ryan et Esposito sortent de l'ascenseur et se dirigent droit vers les trois femmes.

- Elle avait bien mérité son surnom de « vipère »! Clame Javier. Une vraie teigne, elle s'est mis de nombreuses personnes à dos.

- Des menaces sérieuses?

- Rien qui ne sorte de l'ordinaire, mais son patron va nous faire parvenir son courrier. Il a déjà dû nous envoyer une copie de ses E-mails, précise-t-il.

- Une des journalistes, Samantha Foller, nous a dit qu'elle avait été prise à partie lors d'une soirée. Ça a failli en venir aux mains aux dires de cette dernière. Ajoute Kevin.

- Vous savez de qui il s'agit?

- Oh oui, c'était Gina! Annonce Esposito.

- Convoquez-là je veux la voir.

- C'est déjà fait, elle passera demain matin. Elle est à Boston pour la journée.

- Quoi d'autre?

- Elle a mangé avec le patron du Ledger le midi le jour de sa mort. Devançant la question de Beckett, nous l'avons également contacté il passera lui aussi dans la matinée demain.

- Quel restaurant?

- «The Palm» sur la 2nd. Précise Ryan

- Vous en êtes sûr ?

- Oui, pourquoi ?

- Barns était un habitué de ce restaurant. On a enfin un lien entre nos deux victimes. Ryan envoie la photo d'Inkall à Karpowski et appelle-là pour qu'elle demande si l'un des employés se souvient d'elle. Et si un évènement inhabituel s'est produit.

- C'est parti!

Beckett savait que c'était plutôt mince comme piste mais, avec de la chance ils pourraient peut-être trouver quelque chose à exploiter. Elle attendit que Ryan termine et demanda aux gars de les suivre dans la salle de pause.

- Qu'est-ce qu'il se passe? Demande l'hispanique en voyant les mines graves des trois femmes.

- On a déposé sur mon bureau une lettre écrite par Castle.

- Quoi? Que dit-il?

Ils ont parlé en même temps. Kate leur explique alors toute l'histoire et leur montre la lettre.

- Donc à partir de maintenant nos recherches sur Castle doivent rester «invisibles»?

- Oui, pour sa sécurité.

- Et maintenant on fait quoi? Demande Ryan.

- Vous allez visionner les vidéos, elles ont dû être transférées sur vos ordis.

- Ok, mais ça va nous prendre du temps, même à deux. Note l'irlandais.

- Je peux les aider Kate, si vous voulez.

- D'accord Alexis. Jordan et moi allons retourner auprès des autres. Appelez-nous si vous trouvez quelque chose.

- Ok, viens Alexis, tu vas te mettre au poste de Beckett. Dit Kevin.

Un travail ennuyeux mais nécessaire commence alors. Il est presque 17h00 et, malgré les heures d'enregistrements visionnées, toujours rien d'intéressant. Esposito s'étire sur sa chaise et tourne la tête machinalement vers l'ascenseur quand les portes s'ouvrent. En voyant la personne qui en sort, il en reste bouche bée. Cela fait aussitôt réagir son coéquipier, qui lui aussi est surpris. Une fois que l'homme est à leur hauteur, Javier demande :

- Perlmutter? Qu'est-ce que vous venez faire dans le monde des vivants?

- Ceci, il montre un dossier. J'aimerai voir le lieutenant Beckett. Elle est là?

- Je vais la chercher dit Ryan en se levant.

Quelques secondes plus tard il est de retour avec Kate et Shaw.

- Que se passe-t-il Perlmutter?

- Je crois que vous allez devoir ajouter une photo sur votre tableau. Il y a une troisième victime. Tenez voici mon rapport.

- Comment ça? De qui s'agit-il?

- En fin de matinée j'ai eu à autopsier le corps d'une jeune femme retrouvée morte, en partie dissimulé sous un tas de feuilles mortes à Central Park. Nous n'avons pas encore son nom, mais ses empreintes sont au labo. Lorsque je me suis aperçu qu'elle était morte noyée, j'ai appelé le Dr Parish. Elle m'a montré ses rapports sur les deux premières victimes. Et j'ai découvert exactement les mêmes choses sur ma victime. Trace de piqûre et de sédatif. L'eau prélevée dans ses poumons est en cours d'analyse. J'ai dit au labo de vous envoyer directement les résultats.

- Merci, qui sont les enquêteurs?

- Rothman et Crowley.

- L'heure de la mort?

- Hier soir entre 11h00 et minuit. Si vous n'avez plus de questions, je retourne auprès de mes clients, j'en ai deux en attente.

Sans vraiment attendre de réponse, il repart. Kate va aussitôt prévenir Gates, celle-ci appelle les deux détectives en charge du dossier. Ils restent sur l'affaire mais doivent faire part de leurs recherches au lieutenant Beckett et à son équipe. Leur victime ayant de toute évidence un lien avec les deux autres.

Lorsqu'elle revient, l'agent Shaw qui remarque ses traits tirés, lui propose d'arrêter pour aujourd'hui.

- Vous avez raison et puis il y a la lettre de Castle à déchiffrer et on ne peut pas le faire ici. Alexis tu devrais prévenir ta grand-mère que tu viens chez moi. Dis-lui que je te ramènerai au loft.

- D'accord, dit-elle en prenant son téléphone et en s'éloignant.

- Jordan, vous vous joignez à nous?

- Bien sûr...comment allez-vous Kate?

- Bien, je suppose, je m'accroche à l'idée que Castle est toujours vivant...

- Quoi que lui veuille cette femme, tant que Richard jouera son jeu, ça devrait aller.

- Voilà, j'ai prévenu grand-mère.

- Dans ce cas allons-y.

Avant de quitter le commissariat, la jeune femme dit à tout le monde de rentrer chez soi.

En arrivant chez elle, Kate commande des pizzas pour 19h00 puis, invite Alexis et Jordan à prendre place à la table de la salle à manger. Elle sort la lettre et des copies qu'elle leur donne avec du papier et des crayons.

Chacune d'elle relève les mots ou phrases qui paraissent exprimer autre chose. Naturellement Alexis est la première à terminer, mais attend que ses aînées en fassent de même. En attendant, elle essaie de donner un sens à ce qu'elle a trouvé. Et ce qu'elle envisage lui fait peur. Imaginer la situation dans laquelle se trouve son père la fait craquer et elle fond en larmes.

Kate est aussitôt auprès d'elle pour la réconforter, la prenant dans ses bras. Elle ne peut qu'admirer le courage dont a fait preuve la jeune fille jusqu'ici. Elle imagine sans peine ce qu'elle peut éprouver.

- Viens, nous allons faire une pause, nous reprendrons plus tard.

Alexis se laisse faire alors que Kate la conduit sur le canapé. Jordan les y rejoint et s'assoit auprès d'elle.

- Nous ferons tout pour retrouver ton père. Et je suis sûre que le simple fait de penser à toi l'aide énormément et lui donne la force nécessaire pour tenir et garder espoir.

Les paroles rassurantes des deux femmes, leur gentillesse, finissent par apaiser Alexis qui se reprend peu à peu. En attendant les pizzas qui devraient bientôt être livrées, Kate propose un verre de vin à Shaw et un jus de fruit à la jeune fille. Ce n'est qu'une fois qu'elles se sont restaurées qu'elles se remettent au travail.

Toutes les trois comparent leur liste et en établissent une définitive. Pour chacun des mots, groupe de mots ou phrase, elles ont noté la signification la plus probable. Ce qui donne ça :

« L'impression d'être un animal enchaîné dans sa propre cage : Castle enfermé, peut-être attaché?

Mur intérieur & plus épais que celui d'un cachot : peut-être une pièce sombre? Avec des murs en pierre, donc certainement dans une maison ancienne? Une cave? Un souterrain?

Contacterai un agent & Show : référence à Jordan. Demander l'aide du FBI?

À enlever : confirme qu'il a bien été victime d'un enlèvement.

Prénom étant prohibé : la personne lui interdit de prononcer le prénom de Kate? Pourquoi?

Mettre à l'amande à chaque fois que ton prénom maudit s'échappe de mes lèvres : est-il puni? Si c'est le cas, que subit-il? Le blesserait-elle gravement?

Je ne vois pas le temps s'écouler : aucuns repères temporels, pas de possibilité de voir s'il fait jour ou nuit, donc pas de fenêtre dans la pièce où il se trouve.

« C'est quand on a plus d'espoir qu'il ne faut désespérer de rien » : ça concerne directement Castle, malgré sa situation, il garde espoir que Beckett le retrouve.

Alexis note aussi que son père a signé Richard A Castle. Il a mis un A pour Alexander et non pas le E pour Edgar, ceci pour faire comprendre que c'est bien lui qui a écrit la lettre. Mais le résultat leur laisse un profond sentiment de tristesse. Encore une fois, c'est Shaw qui reste la plus neutre et c'est donc elle qui prend la parole.

- Ton père est vraiment plein de ressources. Il ne perd pas espoir d'être secouru et en plus il nous donne une idée plus précise de sa situation.

- Oui mais... dans la phrase qui parle de le mettre à l'amende. Vous croyez qu'il veut dire... elle a beaucoup de mal à poursuivre. Qu'elle le fait...souffrir?

- Cela correspond avec son désir de possession vis à vis de ton père. Jordan préfère être sincère avec elle et continue. Alors oui, si elle croit qu'il ne partage pas ses sentiments, qu'il parle de Kate ou ne lui obéit pas, elle peut se montrer violente avec lui.

- Cette femme est folle! Elle risque de le tuer parce qu'elle l'aime?

- Oui, mais ça, ton père l'a compris, puisqu'il nous en parle. Il sait donc ce qu'il a à faire, il est intelligent. Je suis certaine qu'il ne fera rien pour la contrarier. Et plus longtemps il jouera son jeu, plus il a de chance de rester en vie. Et surtout il sait aussi que cela laissera plus de temps à Kate et à l'équipe pour le retrouver.

L'agent du FBI les quitte peu de temps après avec une copie de la lettre et de leur analyse. Elle va les montrer au psychologue de l'agence. Quant à Kate elle reconduit la jeune fille chez elle, lui faisant promettre de ne rien dire à Martha.


Lorsque Rick se réveille, il se sent un peu mieux, les brûlures à son cou piquent mais cela reste supportable. Il s'assoit sur le bord du lit sans gestes brusques puis, se lève tout aussi doucement. L'écrivain attend quelques secondes avant de se diriger vers le lavabo. Il regarde son reflet dans la glace et a du mal à se reconnaître. Le teint pâle, les traits tirés, des cernes sous les yeux et une barbe naissante lui donnent l'air d'un vagabond ou d'un fou.

Il se rafraîchit et va s'installer à la table où un plateau avec des sandwiches, un gobelet en plastique rempli de jus d'orange et une bouteille thermos l'attendent. Il a une pensée de remerciement pour Katiana. Sans sa gentillesse il n'aurait certainement pas pu faire face à sa situation. Cette cinglée de Kendra l'aurait probablement tué ou, du moins, laissé dans un état pitoyable.

Contre toute attente il mange avec appétit, à tel point où il se demande qu'elle heure il peut être et de quand date son dernier repas. Il se sert enfin un café, il est encore chaud, Rick en boit quelques gorgées et pense aussitôt à la femme qu'il aime. Le romancier donnerait n'importe quoi pour être en train d'en boire un à ses côtés.

Puis son esprit se focalise sur la lettre. Connaissant sa muse, il ne doute pas que ses mots ont dû lui faire autant d'effet que des coups de poignard dans le cœur. Avant, bien sûr, qu'elle ne se ressaisisse et comprenne que tout ceci n'était simplement pas possible. Mais, ce qui le préoccupe est de savoir si Kate a fini par comprendre le sens réel de sa lettre. Il se la récite mentalement, cherchant s'il a tout fait correctement, s'il n'a pas omis un détail.

Il se prend la tête dans les mains et soupire. Il a fait de son mieux sans risquer d'éveiller les soupçons de cette folle. Il ne peut guère faire plus qu'espérer. Il peut compter sur Kate, jamais elle l'abandonnera, elle cherchera le temps nécessaire. Oui, mais lui ? Sera-t-il toujours là ? Il n'en faut pas plus à son esprit fertile pour qu'il s'emballe et imagine les pires scenarii avec une fin pas toujours heureuse. Castle se lève et décide de prendre une douche, cela l'aidera sans doute à se détendre un peu.

Il va jusqu'à la commode et y trouve tout ce qu'il lui faut pour se changer. Les vêtements sont à sa taille et dans des marques qu'il affectionne. Aucun doute, cette femme est parfaitement renseignée sur lui et pour le coup cela n'a vraiment rien de rassurant. La douche lui procure le bien-être escompté, il prend plaisir à rester sous le jet brûlant qui détend ses muscles tout en emplissant la cabine de douche d'une vapeur opaque.

Le simple fait de s'être lavé lui donne une impression de normalité. Une fois essuyé, il s'habille en laissant la chemise de côté. Il va prendre la petite trousse que Katiana a laissée et refait son bandage. Il vient juste de finir lorsque la porte s'ouvre. Il se retourne et tout son corps se tend. Kendra vient d'entrer et se dirige vers lui, tapotant nerveusement sa cravache contre sa jambe. Elle sourit en constatant l'état de tension extrême de l'écrivain.

- Détends-toi Richard, dit-elle d'une voix douce. Je ne vais rien te faire, et je n'ai rien fait à la « Mère Theresa » qui me sert de sœur. Elle voit le soulagement dans ses yeux bleus. Je dois dire qu'elle m'a même rendu service.

Elle se rapproche un peu plus de lui et pose sa main sur son torse. Esquisse un sourire en voyant la mâchoire de Castle se serrer à ce contact. Puis, commençant à le caresser doucement :

- Ce collier était devenu lassant, je connais bien d'autres moyens de te punir si besoin était, comme un nouveau séjour dans le « cachot ». Elle rit en notant la crainte dans son regard d'azur. N'aie pas peur, je ne te ferai rien si tu ne m'y obliges pas. Tu le sais n'est-ce pas?

- Oui. C'est tout ce qu'il arrive à dire.

- Bien, il est temps que je t'explique ce que j'attends de toi. Va t'asseoir à la table, je reviens.

Castle attrape la chemise et la passe tout en allant prendre place alors que Kendra revient dans la pièce. Elle pose alors un ordinateur sur la table, ainsi qu'un bloc-notes et des crayons. Elle se saisit du câble d'alimentation et va le brancher à une prise dissimulée dans le mur.

Rick l'observe faire sans oser dire le moindre mot. Il essaie de rester sans réaction lorsqu'elle se positionne derrière lui et l'encercle de ses bras. Il sent son visage se rapprocher du sien et d'une voix encore plus douce, elle lui murmure à l'oreille :

- Ce que j'attends de toi est simple, je veux que tu fasses pour moi ce que tu fais le mieux...écrire. Je suis ta nouvelle muse maintenant, alors oublie Heat et Rook et trouve autre chose.

- Très bien, répond l'écrivain. Vous avez des idées ou je suis totalement libre pour l'histoire?

- Je ne t'impose qu'une seule chose : que le personnage masculin tombe amoureux d'une belle et riche héritière. Mais attention, elle doit aussi être intelligente et cultivée, cela va de soi.

- D'accord... il hésite craignant la réaction de Kendra. Mais je vais peut-être avoir besoin de faire des recherches et sans...

- Tu n'auras qu'à me faire une liste, je me ferai un plaisir de trouver toute la documentation dont tu auras besoin.

- Parfait. Est-ce qu'il y autre chose?

- Non, écris seulement une ébauche de l'histoire et prépare une lettre pour ton éditrice et ton agent. Explique que le personnage de Nikki Heat ne t'inspire plus et que tu travailles sur un autre projet.

- Elles vont vouloir me parler pour m'en dissuader.

- Eh bien je te souhaite d'être très convainquant dans ta lettre pour chacune d'elles. Surtout ne déçoit pas mes espérances Richard. Si je n'aime pas ce que je lirais les conséquences de mon mécontentement seront immédiates. Est-ce clair?

- Tout à fait.

- Dans ce cas, elle se redresse, je vais te laisser travailler.

Elle s'en va et l'abandonne à sa solitude. Rick ne sait pas trop ce qui est le plus menaçant chez cette cinglée, ses hurlements ou sa voix d'une douceur froide. Cependant écrire va l'occuper et lui prendre du temps. Temps qui sera peut-être suffisant à Kate pour le retrouver. Une idée s'impose alors à lui et c'est avec le sourire qu'il lève le clapet de l'ordinateur. Mais ce dernier disparaît aussitôt lorsqu'il voit les photos mises en fond d'écran.