Chapitre V : « Une nouvelle vie commence »
- Tu commences à émerger Ciel ?
La main souple vint dégager les mèches d'un gris soyeux du visage encore assoupis.
Ciel s'en dégagea en grommelant. Il n'était pas un jouet que n'importe qui pouvait magner à sa guise. N'importe qui…C'était le terme adéquat pour le jeune homme, l'inconnu avec lequel il s'était retrouvé très tôt ce matin. Cela s'était passé très vite, Ciel dormait encore. Il l'avait violemment réveillé, lui retirant oreillers et couvertures, l'avait tiré hors du lit et l'avait fermement attrapé par le bras pour qu'il le suive à l'extérieur de sa chambre. Le comte n'avait pas résisté, l'esprit encore embrumé par le sommeil et donc peu conscient que l'autre aurait pu lui vouloir du mal. Ce n'était pas le cas. Ils se trouvaient présentement assis face à face dans une nouvelle pièce, une chambre, sur un grand lit immaculé. Ciel ne savait rien de son guide qui durant tout ce temps n'avait pas eu la décence de se présenter.
- Tu n'es pas très aimable, constata l'autre.
- Déclare la personne qui s'est conduite sans manière et sans se nommer ?
- Que de sarcasme chez un si jeune homme, répondit la voix amusée de l'autre.
Ciel releva sur lui deux grands yeux bleus agacés qui auraient paralysé de peur plus d'un. Le jeune homme avait plus de carrure puisqu'il ne cilla même pas (à son grand étonnement). Ciel en profita alors pour laisser promener son regard sur les traits de son visage. Le garçon face à lui avait un faciès long et fin, assez agréable. Des cheveux roux bouclés ici et là venaient encadrer ce visage enfantin qui avait tout de même deux ou trois années de plus que lui. De longs cils venaient souligner des yeux marron glacé légèrement en amande et était placés de manière symétrique au fin nez qui se relevaitlégèrement sur le bout, en trompette. Des pommettes saillantes donnaient de la maturité à ce visage juvénile que des lèvres savamment dessinées adoucissaient. Elles étaient glossées, leur concédant un charme lascif et invitaient étrangement à…
- Hum hum, fit le jeune homme en l'interrompant dans sa contemplation. Ce n'est pas bien de détailler ainsi une personne. Un comte devrait pourtant le savoir.
- Je…, bredouilla Ciel en rougissant, prit en faute puis il détourna le regard. Excusez-moi.
- Je te pardonne, répondit l'autre en passant sa main sous son menton qu'il releva délicatement pour le contraindre à le regarder.
Les yeux d'un marron rieur de l'autre hypnotisaient le jeune homme et il ouvrit imperceptiblement la bouche en repensant à ces lèvres charnelles. Le roux sourit. Ses intentions étaient douces bien que ses gestes soient complètement déplacés, ce que ne semblait plus réaliser Ciel.
- Qui êtes-vous ?réussit-il à articuler dans un sursaut de lucidité.
L'autre le lâcha et lui tendit sa paume ouverte. Le charme se rompit automatiquement.
- Julien enchanté. Je suis un serviteur de la maison Michaelis.
Le comte serra la main tendue, non sans réserves. Quelque chose le dérangeait à présent chez son vis-à-vis mais il ne savait pas exactement quoi ni y mettre de mot. Peut-être la situation dans laquelle ils s'étaient rencontrés et la précipitation de l'autre à le faire venir dans cette chambre sans explications ni informations, accentuait ce ressentiment…Quoi qu'il en soit, un climat de méfiance s'installa à l'encontre de son partenaire.
- Enchanté. Je ne me présente pas, j'ai pu constater que vous me connaissiez déjà.
- C'est vrai que je me suis un peu renseigné sur toi…Pour ta part tu dois te demander ce que tu fais ici avec moi !
- Et surtout pourquoi un serviteur me tutoie-t-il depuis tout à l'heure.
Julien se figea un instant, dérouté par la réplique de son cadet. Ciel sourit, pas peu fier de son effet. Enfin il pouvait tester l'entraînement de ses duels verbaux avec Sébastian sur quelqu'un d'autre. Bientôt l'incompréhension fit place à l'amusement qui se lut sur le charmant visage et un rire dérisoire lui échappa. Cela ne plut pas à l'autre qui s'offusqua que l'on se moque si ouvertement de lui et sa fierté disparut pour un prompt renfrognement. Comment pouvait-il même penser, lui, un simple serviteur, à se moquer de quelqu'un de son rang ? S'il n'était pas totalement dément (et avec les informations qu'il avait sur lui !), il ne pouvait décemment pas ignorer qu'il risquait le fouet.
- Excuse-moi je ne voulais pas me moquer de toi, Ciel. Ne fais pas cette tête voyons. J'ai juste oublié que le maître m'a laissé ton entière instruction.
« Le maître. Lui, les mercenaires,…Ils servent tous la même personne ici. »Réalisa soudain Ciel avec effroi.
Il se gifla intérieurement. Il aurait dû le comprendre plus tôt. Comment n'avait-il pas pu saisir la situation lorsque Julien avait parlé de la « maison Michaelis » ? C'était si évident ! Derrière tout cela ne se trouvait qu'un seul et unique homme, celui qui se tapissait dans l'ombre pour se servir de lui.
- Sébastian.
- Le maître a différents prénoms selon les contrats qu'il passe. Nous l'appelons tous « maître », c'est la règle et c'est plus simple. Tu devras t'y plier aussi, répondit Julien en retenant un gloussement qui pourrait relancer son rire.
- Certainement pas.
La réponse du comte fut sèche et glaciale. Le roux plissa légèrement les yeux, tout son sérieux retrouvé.
- Tu n'as pas le choix.
Lui aussi était déterminé. Ciel ne pouvait discerner aucune hésitation dans ce regard à la prononciation de sa phrase. Chaque mot était pesé et sans appel.
«Un enfant trop déterminé. »Pensa Ciel. « Nous nous ressemblons au moins sur ce point. »
- Je suis seul maître de ma vie et je ne tolèrerais pas qu'il en soit autrement.
« Plus jamais. »
- Je comprends mieux pourquoi tu es ici. C'est toute ton éducation qu'il y a à refaire et une bonne leçon d'humilité ne te ferait décidément pas de mal.
La claque partit toute seule vers la joue parsemée de taches de rousseur. Aux mauvais mots les bons remèdes. (NDA : Héhé vous avez vu le super jeu de mots ?:D « Maux »/ « mots » ? Ok je vous laisse continuer à lire u.u) La main dotée d'une bague surmontée d'un opulent saphir, héritage de la famille Phantomhive fut détournée en cour de route et son propriétaire reçut une gifle magistrale à la hauteur de son noble rang.
Julien n'était rien pour Ciel. Pas un serviteur, pas un ami, rien. Ils étaient égaux et il ne se gênerait pas pour le lui rappeler autant de fois qu'il le faudrait. Non, il ne se laisserait pas faire sous prétexte qu'il était le « petit nouveau ». Le maître comprendrait que parfois l'usage de la force était nécessaire pour se faire entendre.
La joue de Ciel était rouge sous la force du coup. Personne ne s'était jamais permis de le gifler, pas même ses parents qui s'étaient toujours contentés de petits coups si nécessaire. Son regard se fit assassin. Il se jeta sur Julien en serrant les poings et lui envoya une rafale de coups. Puis sa main se ferma sur des mèches orangées tandis qu'il griffait le visage de l'autre, hargneux.
- Arrêtes !cria l'autre en forçant sur son poignet pour le faire lâcher.
- Personne n'a la droit de me giffler !
Julien laissa sa colère déborder à son tour et il reprit le dessus sur l'autre auquel il envoya des claques. Il broya son épaule à l'en faire crier et son cadet du lâcher ses prises, paralysé de douleur. Il le poussa alors à terre, le faisant tomber du lit pour aller s'étaler au sol. Il le rejoint ensuite pour le bloquer face contre terre, la joue plaquée à la moquette.
- Lâchez-moi !cria Ciel en se débattant.
- Calme-toi alors.
- Non !
- Tant pis, répondit le roux en haussant les épaules.
Il appuya de tout son poids sur Ciel, à califourchon sur son dos, lui tenant tête et mains. Il finirait bien par s'essouffler. Le comte tentait d'attraper les pieds du lit pour se libérer, se servant de sa colère comme d'une force.
- Tu es vigoureux quand tu t'en donnes la peine, rit Julien en resserrant son étreinte pour ne pas la laisser filer.
Ciel finit par rendre les armes, fatigué et cessa toute agitation pour le faire comprendre à son dominant. Son poids lui comprimait les poumons.
- Tu comptes te calmer définitivement ou je dois t'attacher pour que tu m'écoutes ?
- Contentez-vous de descendre de mon dos pour me laisser respirer.
- Le mot magique ?
- Quoi ?
- Un « s'il-te-plaît », soupira Julien.
- Tu m'étouffes !cria Ciel en délaissant toute politesse.
- Tu cries beaucoup pour un agonisant je trouve.
« Je vais le tuer… »Pensa Ciel dont l'esprit commençait sérieusement à s'échauffer.
« Il fera un serviteur lamentable s'il continue ainsi… »Se désespéra l'autre.
- Tu m'agaces Julien ! Descend !
- Tu perds du souffle inutilement. Il serait bête que tu meurs étouffé pour ne pas avoir voulu dire un mot, ironisa le roux.
A qui l'avait encore confié ce maudit démon ? Ne pouvait-il pas engager des personnes seines d'esprit au lieu de tortionnaires sans vergogne ? Ciel voulut jouer sa dernière carte. Si Julien était un serviteur alors il devait obéir à son maître et le craindre. Le maître que justement Ciel connaissait puisqu'ils venaient de passer les cinq dernières années ensemble...
- J'irais me plaindre au maître !
- Oh je tremble (^^). Veux-tu que je l'appelle ?
- Non…S'il te plait, répondit aussitôt le comte d'une voix tremblante.
Sa ruse venait de se retourner incompréhensiblement contre lui. Il s'aperçut que pour rien au monde il ne désirait revoir Sébastian.
« Alors la menace l'aide à obéir. »
La peur qui s'était emparé de son compagnon n'avait pas échappé à Julien. Sa réponse avait été immédiate et la politesse lui était revenue. Julien ne savait pas pourquoi Ciel était ici. Le maître ne lui avait rien dit : « Tâche de bien t'occuper de lui sans poser de questions. C'est un ordre. » Il s'était exécuté comme à présent à l'entente du « mot magique » dit du bout des lèvres par le garçon à terre. Il se dégagea de lui et l'aida à se relever.
- Tu vois ça ne t'a pas tué.
Ciel se releva sans un mot. Ce que lui avait dit Julien l'avait refroidit comme un nouveau point faible…Il n'était pas habitué à des sentiments si vifs. Pour sa part, Julien avait laissé glisser son regard sur son cadet vêtu uniquement d'une chemise de nuit noire. Celle-ci s'était remontée lors de sa chute, dévoilant sa peau laiteuse, tel un poupon.
« Serait-ce pour son corps qu'il l'a choisis ?... »
Ses pensées s'évanouirent lorsque l'adolescent pudique rabaissa son vêtement de nuit.
- Je vais t'habiller et je t'expliquerais tout. Tu dois être un peu perdu.
Ciel hocha la tête, un peu penaud.
- Allons ne restons pas sur cette bagarre. Sans rancune ? demanda Julien en lui adressant un sourire franc et qui semblait sincère.
Il releva les yeux vers le plus grand et son sourire éclatant ne put que le faire sourire à son tour malgré ce qui venait de se passer entre eux. Ciel sentait qu'ils allaient passer un moment ensemble alors à défaut de l'asservir, autant bien s'entendre avec lui.
- Sans rancune.
Sans vraiment y faire attention, cela faisait du bien au plus jeune de sourire. C'était une lumière dans son existence ténébreuse dans laquelle il s'emblait s'enfoncer à chaque décision. Julien était (quelque part) d'une bonne compagnie même si tout les opposait dans leurs caractères pour le moment.
- Ton arrivée n'était pas prévue alors en attendant que le couturier vienne t'habiller ou qu'on aille t'acheter des habits, je vais t'en prêter, déclara Julien en allant farfouiller dans ses placards.
- Je ne sais toujours pas où je suis, répondit Ciel en s'asseyant sur le lit. Quelle région un démon pourrait-il habiter ? Il me semble qu'il aime l'Angleterre, alors quelle région… ?
Julien se retourna avec des vêtements dans les bras. Un sourire moqueur qu'il tentait de contrôler était apparu sur ses traits. Ciel fronça les sourcils. Il n'allait pas recommencer à se moquer de lui !
- Pas l'Angleterre, Ciel.
- La France alors ? Il me cuisinait beaucoup de plats français.
- Chanceux. Mais non, nous ne sommes pas en France.
- Le Japon ?
- Tu t'éloignes de l'Europe.
- Dois-je y revenir ?
- Non, non et non pas le Japon.
- En Océanie ? Ce démon sait que je n'aime pas le soleil pourtant!
- Ne t'énerve pas ! Ce n'est pas l'Océanie non plus, répondit Julien en lui indiquant de se lever alors qu'il revenait vers lui.
- Alors où sommes-nous ?s'impatienta-t-il en s'exécutant.
« Décidemment, il n'est vraiment pas patient. »
L'amusement de Julien à faire chercher Ciel aura été de courte durée. Il décida de lui céder la réponse par crainte qu'il fasse une nouvelle crise.
- Nous sommes en Enfer, Ciel, dit-il en lui ôtant son seul vêtement.
Une tête effarée réapparut lorsque le tissu glissa à terre.
- Pardon ?
- Tu sais le monde souterrain dirigé par Satan avec les démons et les méchants humains qui sont condamnés à brûler pour l'éternité dans les flammes. Bien sur on a dû déplacer les flammes au sinon il ferait trop chaud... Mais à part ça, et bien toi qui parlais d'un endroit idéal pour un démon, il n'y a pas plus idéal qu'ici.
- Mais…
- Hé non ce n'est pas qu'une légende, répondit Julien en lui passant des sous-vêtements puis une chemise.
Ciel ne s'en remettait toujours pas.
« Alors le Paradis et l'Enfer existent vraiment… »
Sur Terre, cette question était la préoccupation de beaucoup d'humains qui étaient bons pour obtenir leur place au Paradis. Ciel avait toujours trouvé cela futile et avait préféré se concentrer sur des choses plus concrètes telles que sa vengeance et les gens qu'il ferait souffrir. Il aurait surement pu s'en douter sachant que son majordome était un démon : « Un diable de majordome » se plaisait-il à répéter. Mais il n'avait jamais vraiment pris le temps de lui demander…Ni de parler avec lui de son ancienne vie.
- Notre maître est l'un des trois démons les plus puissants des Enfers. Il préside au conseil aux côtés de Sir Satan, c'est donc un privilège de le servir. Nous sommes dans sa demeure au centre de la zone des Enfers qu'il dirige. Il tient souvent conseils ici mais ne t'en fais pas nous avons une aile réservée aux serviteurs. Il ne vient pas souvent par ici, nous sommes tranquilles.
Julien lui enfila un pantacourt en tissu ample, d'un marron foncé qui ne lui sied pas vraiment au teint mais au moins il était habillé.
- Je te ferais visiter puis je t'apprendrais toutes les ficelles du métier de serviteur en attendant de prendre tes fonctions à la maison. Un serviteur du maître doit être irréprochable.
- Ou sinon ?le défia Ciel en croisant les bras, pas décidé à coopérer.
- Ou sinon le fouet viendra caresser ta peau avant d'être envoyé aux cachots sans nourriture, répondit le rouquin sans état d'âme.
« Sébastian ne me ferait pas ça »Tenta de se rassurer Ciel qui n'en menait plus large. « Alors c'est bien la maison d'un démon… »
- Tu es prêt !annonça-t-il fièrement comme un "Tadaaa!"
Il ne manquait plus que les roulement de tambours. L'aîné tourna le nouveau serviteur vers un grand miroir qui lui renvoya son image. Humiliante…L'autre lui avait passé une chemise ocre trop grande qui glissait sur son épaule gauche en dévoilant une grande partie de sa peau. Il lui avait ensuite donné un pantalon qu'il avait resserré d'une ceinture pour ne pas qu'il le perde lui aussi. Et pour les chaussures, des sabots ?
- Désolé je n'ai que des chaussons pour toi, dit Julien en lui passant des chaussons noirs avec des étoiles.
Sans talons. Sa vie allait vraiment être un enfer. Il ne voulait plus se regarder.
- Aller accélère tu es aussi rapide qu'un vieillard boiteux.
- Ah parce que tu as souvent rencontré des vieillards boiteux ?
- Non mais j'imagine que…
- Ridicule, trancha le jeune comte agacé.
Cela faisait deux heures qu'il suivait (en traînant les pieds certes) Julien dans le dédale de couloirs du manoir. Ils ouvraient toutes les portes à la volée, lançait leur fonction puis les refermait sans y prêter attention et leur course reprenait. La visite de son nouveau lieu de vie était un vrai marathon !
Soudain le roux s'arrêta sans prévenir et Ciel manqua de le percuter de plein fouet dans le dos.
- Tu ne peux pas faire attention ?râla-t-il en profitant de cette courte pause pour reprendre son souffle.
- Voici la salle à manger, répondit Julien sans prêter attention à ses sursauts de mauvaise humeur.
Ciel se tourna et…ne put rien dire, cause de l'étonnement. Julien venait de s'arrêter devant une lourde porte en ébène d'au moins trois mètres de haut. C'était gigantesque ! (NDA : Trois mètres ça peut l'être ^^) Il se tenait à présent d'une manière assez féminine, une main sur la hanche et patientait là, faisant des allers retours du regard, de Ciel à la porte, un sourire de contentement sur les lèvres. Son comportement était bien une incitation à la contemplation puis, surement, au compliment sur la pièce mais (hum…) celle-ci était close et plutôt quelconque si l'on passait son côté imposant.
- Cette pièce est magnifique, railla le comte. Très lumineuse, beaucoup d'or comme l'aime le maître,…
- Elle est fermée Ciel, le coupa Julien d'un air désespéré.
L'intéressé resta bouche bée à l'entente de la réponse de Julien qui venait clairement de lui parler comme à un enfant à qui l'on expliquait une évidence…Mais il la voyait cette évidence !
- Que… ?
- Et oui je ne suis pas aussi bête que tu le penses, malheureusement pour toi. Je voulais simplement que tu me fasses la réflexion du pourquoi de la porte scellée.
Le comte ne répondit rien, se terrant dans son mutisme. Après l'avoir fait passer pour un idiot il ne pensait tout de même pas qu'il allait lui reparler. Il ne cherchait pas le bâton pour se faire battre, lui.
- Bon, des serviteurs travaillent à l'intérieur pour le repas du maître. Tu n'es pas officiellement présenté comme serviteur du maître donc il vaut mieux ne pas aller les déranger dans leur travail.
« Présenté officiellement ? Et puis quoi encore ! Pour qui me prend-t-il? S'il pense que je vais me laisser mener à la baguette sans rien dire, il ne me connait pas. Je ne suis pas l'un de ses…sous-hommes sans volonté. »Pensa amèrement le jeune comte.
Julien enchaîna. Visiblement l'autre n'était toujours pas décidé à lui décocher un mot.
« Et susceptible pour deux sous. »Constata le rouquin intérieurement. « Son éducation ne sera vraiment pas des plus agréables. »
- D'ailleurs…
Le comte reporta son attention sur son interlocuteur. Il ne put empêchait son regard acéré de détailler chaque geste, chaque mimique et expression faciale qui trahissait son hésitation quant à la suite de sa phrase. Le regard marron glacé croisa le bleu roi. Il continua.
- Le maître m'a aussi envoyé te dire qu'il ne viendra te voir que lorsque tu souhaiteras sa visite. Il comprend parfaitement des réticences à vos retrouvailles et préfère te laisser le temps de te recentrer.
Perdu. C'est ce que pu lire le roux dans le regard bleu profond. Il ne comprenait pas le sens de cette phrase qui devait avoir un lien avec leur passé commun (celui dont il ne devait poser aucune question) et ne s'attendait pas une telle réaction de la part du plus jeune. Lui qui semblait si sûr de lui à l'ordinaire...Hormis le début, ces paroles étaient bien signées Sébastian. Un goût de bile monta dans la bouche de Ciel qui eut du mal à avaler. Sa gorge s'était asséchée et la tête lui tournait. Il aurait voulu préserver son masque d'impassibilité mais trop de sentiments le submergèrent d'un coup : la peur, l'angoisse, l'incompréhension, la douleur, l'appréhension. Tout n'était que noirceur dans son esprit torturé par d'aussi simples paroles. Ses sourcils se froncèrent et son regard se troubla. Ses mains ne formaient plus que deux gros poings le long de sa chemise. Certes, il n'oubliait pas leur dernière nuit où le diable n'avait été que douceur et attention à son égard. Mais cette nuit n'effaçait pas la nuit. Elle n'était qu'une infime partie du chemin vers le pardon. (Qui sait seulement si celui-ci existait…)
- Non…, souffla Ciel entre ses lèvres sèches.
Son vis-à-vis hocha neutralement la tête puis ils repartirent pour la fin de la visite, laissant derrière eux les ténèbres engloutir l'espoir de retrouvailles espérées.
A suivre…
Je parle à ceux qui auront eu le courage de lire jusqu'au bout ce chapitre ou de descendre en bas de cette page (en bref à ceux qui liront la suite qui vient ^^). Bonjour! J'ai eu beaucoup de mal à écrire ce chapitre :s C'était le seul que je n'avais pas écris en Angleterre et j'ai eu un gros manque d'inspiration. J'ai écris dix pages de bloc qui ne me plaisaient pas beaucoup avant de sortir...ça. Je ne sais pas si c'est mauvais ou bon. Je vous laisse juger! Personnellement je trouve que j'ai fait mieux...
PS: Ne soyez pas trop durs avec mon petit coeur fragile, je me rattraperais au prochain chapitre je vous le promets! Pardon d'avance à ceux qui n'ont pas aimé...Et merci à ceux à qui ça a plu. En tout cas vos reviews sont toujours les bienvenues et m'ont permis d'écrire ce chapitre (ou plutôt m'ont donné le courage de le publier au sinon vous ne l'auriez pas eu avant un mois, pour ce qu'il contient...).
En tout cas merci à tous d'être arrivés à là! Je vous dis à très bientôt pour un meilleur chapitre encore :D
