Et voici le dernier chapitre ! ;) Il contient l'épilogue. Je n'ai pas vraiment le temps ni la force de le relire ce soir, alors je suis désolée s'il reste des mauvaises tournures ou des fautes. J'ai relu il y a quelques jours cependant, donc je me permets de publier.
Bonne lecture ;)
Chapitre 6 : Cœur d'artichaut ? Moi ?
Ce matin-là, Maria ne leva pas les yeux de ses tartines beurrées et recouvertes de confiture de citrouille.* Elle n'avait pas faim et pourtant, elle ne se souvenait pas avoir jamais mangé autant pour un petit-déjeuner. L'altercation qui l'avait opposée à Elliot la veille tournait et retournait dans sa tête. Elle ne savait absolument plus que penser.
« Il faudrait avant toute chose que je mette un peu d'ordre dans mes sentiments », se dit-elle. L'amour ne se range pas comme de la vaisselle dans les armoires de la cuisine mais cela ne lui coûtait rien d'essayer. Tout d'abord, les sentiments qu'elle éprouvait pour Blake – avec les tasses de café, pour les discussions en tête à tête, la nuit. Maria ne savait plus très bien ce qu'elle devait en penser. Chaque heure passée avec lui la rendait heureuse, chaque discussion qu'ils avaient lui donnait le sentiment de recevoir un magnifique présent, chaque baiser qu'ils échangeaient la bouleversait… Mais, tout cela, était-ce parce qu'il s'agissait de Blake ou était-ce dû au fait qu'elle n'avait jamais rien connu de tel ? Au fond, un autre aurait très bien fait l'affaire. Sylvan, par exemple, il était gentil et drôle. Elliot, aussi : s'il lui avait proposé des virées nocturnes ou embrassée avec autant de passion, Maria n'était pas sûre que ses défenses eussent tenues bien longtemps. De plus, cela aurait satisfait tout le monde : sa famille, celle d'Elliot, et les deux concernés.
Elle touchait du doigt le problème. Ses parents. Elle avait voulu les défier, voilà tout. S'opposer à leurs choix, pour la première fois de sa vie, lui avait procuré une telle jouissance ! C'était cela, évidemment. Plus elle se rapprochait de cette conclusion, plus son cœur se serrait. Ce maudit cœur.
Elle avait envie de pleurer.
Ce n'était pas aussi simple que cela. Si, au début, elle n'avait ressenti que de l'affection pour Blake, au cours de ce mois qu'ils avaient passé ensemble, elle avait appris à le connaître et à l'apprécier. Dès lors, son cœur avait pris le relai. La rendant heureuse rien qu'à l'évocation de son nom, lui tirant un sourire idiot à chaque pensée de lui, la laissant en redemander plus, toujours plus.
Elle aimait Blake. C'était la triste vérité.
Elle ne pouvait plus faire machine arrière.
Et Elliot, alors ? Lui, il était à ranger avec les couteaux et fourchettes, bien alignés et fonctionnels. Il était son avenir tracé, la gomme magique pour effacer ses soucis, le devenir prospère et pur de sa famille. Il était la facilité.
Elle eut pincement au cœur à cette pensée. Ce maudit cœur ! Parler d'Elliot en ces termes, c'était tout simplement cruel. Il était bon et loyal ; elle n'aurait certainement pas pu rêver mieux. Seulement, ils n'avaient jamais cherché à faire réellement connaissance, tous deux, au cours de leur scolarité à Poudlard. Quelle erreur… C'était…
- Heu… Tu comptes finir tout le stock de beurre et de confiture avant d'aller en cours, ou bien ? demanda alors Amanda, qui la regardait d'un air interloqué.
Maria soupira.
- Non, ch'est bon, ch'arrife, fit-elle, la bouche encombrée de son dernier morceau de tartine.
Les deux filles prirent leurs affaires et sortirent de la Grande Salle. Le regard de Maria évita de s'attarder sur la table des Serdaigle, tout comme il avait soigneusement évité de vérifier la présence d'Elliot à celle des Poufssoufle.
Elle aurait peut-être dû ; cela lui aurait permis de comprendre que, si elle voulait rester en paix avec ses pensées, il valait mieux qu'elle presse le pas.
- Maria ? Je peux te parler ?
Trop tard. Elle se retourna, bien qu'elle n'eût pas besoin de voir son interlocuteur pour le reconnaître.
- Heu… J'ai cours, là, Elliot.
- Ca commence dans dix minutes. Je ne serai pas long, ajouta-t-il, les yeux presque suppliants.
Maria acquiesça et fit signe à Amanda qu'elle pouvait y aller. Une fois son amie partie, le silence s'installa de nouveau entre eux. Ils se trouvaient juste devant les portes de la Grande Salle et Maria aurait préféré qu'ils discutent ailleurs. Cela ne semblait pas être dans les projets de Blake cependant, qui finit par reprendre la parole :
- Ecoute, Maria…
- Je suis désolée.
Elle l'avait devancé. Il la regarda, surpris.
- Je… Je n'aurais pas dû faire ce que j'ai fait ; j'aurais au moins dû t'en parler avant, voire même ne pas accepter. Je ne connais pas très bien mes sentiments pour… Pour lui alors… J'aurais dû réfléchir, j'ai des engagements envers toi et ta famille. Je suis désolée.
Elle avait dit la dernière phrase d'une toute petite voix, les yeux rivés sur ses chaussures, incapable de le regarder en face. Heureusement que le Hall était vide, elle avait déjà assez honte sans qu'elle eût besoin en plus de spectateurs. Elle sentit alors des bras l'enserrer : Elliot l'amenait tout contre lui, dans un geste doux. Elle avait déjà vécu cette scène ; avec un autre.
Elle étouffa un sanglot. Elle était prise entre deux eaux et son incapacité à choisir l'exaspérait. Pourquoi devait-elle être si faible ?
- C'est moi qui m'excuse. Je n'aurais pas dû te parler comme ça. Quand on aime, on ne sait pas ce qu'on fait. Je sais de quoi je parle.
Il eut un petit rire.
- Si tu l'aimes, Maria, je ne t'embêterai pas, ne t'inquiète pas.
Les portes s'ouvrirent alors derrière eux, laissant passer tout un troupeau d'élèves qui se turent en les voyant ainsi enlacés ; ils se dégagèrent l'un de l'autre, rouges, mais il était trop tard.
- Vous, là ! Il n'y a rien entre nous, c'est clair ? Faites pas les malins, j'peux vous pourrir la vie si vous mettez votre grain de sel dans mes affaires !
Les élèves de seconde année s'en allèrent, l'air outré mais ne parvenant pas à masquer leur crainte de représailles de la part d'un élève de septième année. Maria les regarda partir, un peu sonnée. Elliot ne parlait jamais de cette façon, d'ordinaire. Elle le regarda et, pour la première fois, il lui apparut sous sa condition d'homme avant celle de « Mari forcé ». Il était beau, d'ailleurs.
- Maria, reprit-il alors, rompant le charme. Est-ce que tu aimes Blake Salamander, oui ou non ?
Maria sursauta. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il prononcât son nom si clairement ; ils avaient donc été si peu discrets ?
Elle haussa les épaules en hochant la tête, l'air de dire qu'elle n'en savait rien. Puis, sans ajouter quoique ce soit, elle tourna les talons, avant qu'il ne se rende compte que les larmes dévoraient déjà ses joues.
•••
Elle prit de la distance avec Blake. Elle l'évita. Elle ne vint plus aux rendez-vous des Chercheurs fous.
Elle refaisait les mêmes erreurs. Elle s'en rendait compte, mais ne parvenait pas à mettre un terme à ses agissements. A sa fuite vers la fuite.
Elle était tellement couarde que cela lui donnait envie de vomir ; et, apparemment, elle n'était pas la seule à le penser.
- On peut savoir où est le problème ? demanda Blake en la lâchant enfin, l'air particulièrement furieux.
Il l'avait coincée dans un couloir alors qu'elle se trouvait en compagnie d'Amanda. Cette dernière semblait tout simplement blasée de voir son amie la quitter sans cesse pour des garçons, aussi avait-elle simplement haussé les épaules en s'éloignant. Maria avait accusé le coup. Puis elle s'était rabrouée, en se disant que c'était à elle de prendre soin de son amie, délaissée. Blake l'avait alors attrapée par le poignet, comme le jour de la sortie à Pré-au-Lard, pour l'emmener sur le balcon de la Tour d'astronomie. Ce n'était pas la première fois qu'ils y venaient ; ce soir-là, cependant, l'ambiance n'était plus tout à fait la même. Moins romantique, sans doute.
- Alors ? reprit Blake. La dernière fois, tu étais effrayée de ma proposition, maintenant que je ne fais rien tu me fuis ?
Voyant qu'elle ne répondait rien, il ajouta avec hargne :
- Tu ne résoudras rien avec ce comportement ! Arrête de fuir, fais face à tes responsabilités, merde !
Le dernier mot était sorti tout seul et il cueillit Maria au creux du ventre. Elle sentit les larmes lui brouiller de nouveau la vue.
- Pardon, pardon… fit-elle.
Elle resta quelques instants à pleurnicher ainsi. Blake ne semblait pas s'attendrir, aussi essuya-t-elle vivement ses larmes du dos de la main pour lui faire face.
- Je suis désolée, Blake. Je refuse ta proposition.
Il la regarda sans comprendre.
- C'est fini, fit-elle, sa voix se brisant sur le dernier mot.
Elle ne le lâchait pas des yeux malgré tout. Lui non plus. Il semblait avoir saisi.
- L'automne n'est pas fini ! s'exclama-t-il.
- Si, Blake. Le froid s'insinue, mordant, sous nos manteaux. Les feuilles sont définitivement tombées des arbres. L'automne n'est plus là.
Elle avait dit cette dernière phrase avec un regard perdu, triste.
- Pourquoi ? Quel est le problème ? Tout se passait bien…
- Ce n'est pas de ta faute. C'est moi. J'ai décidé à présent : je vais vivre avec Elliot, tu sais. Je t'ai embarqué dans une lutte contre mes parents, mais c'était stupide. Je suis désolée. Je ne te dirai jamais assez pardon, je crois. Sache que… Les moments qu'on a passés ensemble resteront… Merci, finit-elle par dire, ne trouvant plus ses mots.
Blake la fixait, abasourdi. Il semblait tenter d'assimiler la nouvelle, à laquelle il eut été à mille lieux de songer. La question « Pourquoi ? » s'était emparée de son visage, façonnait toutes ses expressions. Il ne comprenait pas ; et, plus les secondes s'égrenaient, plus Maria avait honte de ce qu'elle était.
Mais elle avait choisi. Alors ce choix-là, elle le défendrait, quoiqu'il lui en coute.
- Je…
- Pourquoi ?
Il s'agrippait au mur crénelé de la Tour, comme s'il avait peur de tomber. Les sourcils froncés et les dents serrées dans un effort de maîtrise de soi, il regardait au loin. Croiser son regard devait lui être insupportable.
- Pourquoi ? hurla-t-il. Tu t'amuses bien, pendant un mois avec moi ! Et puis après, quand t'en as assez, tu me largues ? Tu… Tu…
Il tremblait de rage, à présent. Si Maria était désemparée, elle s'était cependant juré de défendre sa position. Elle sentit la colère monter en elle, alors qu'elle ne devait, ne voulait pas la ressentir. Elle n'avait rien à reprocher à Blake : tout était de sa faute.
- Je rêve ! C'est toi, toi qui m'as proposé ce marché ! Toi qui m'as dit que je choisirais, toi… Toi qui… Tu m'as menti ! finit-elle, hurlant à son tour.
Pourquoi ressentait-elle ce besoin de lui faire mal ?
- C'est vrai, tu as raison.
Ces simples paroles, froides de calme, la firent revenir à la réalité. Ses poings se desserrèrent, cependant que son cœur continuait de battre douloureusement.
- Tu m'as déçu, c'est tout.
Et, sans plus un regard pour elle, il lui tourna le dos et rentra à l'intérieur de la Tour. Maria était restée figée, son cerveau tentant d'assimiler les dernières paroles de Blake. En vain. « Tu m'as déçu, c'est tout. »
Les larmes continuaient de couler le long de ses joues, sans qu'elle bougeât un muscle. Elle avait l'impression que, si elle le faisait, ce serait la fin. Elle avait choisi. Elle devait cesser de pleurer, cesser de s'apitoyer, elle avait fait un choix.
Celui de la facilité.
Epilogue : Ces derniers mots aux couleurs changées
L'herbe craquait sous ses pas. Il avait neigé, puis gelé. Emmitouflée dans sa cape et sa grosse écharpe aux couleurs de Poufssouffle, Maria avançait lentement. Il y avait peu d'élèves ; de fait, certains endroits du parc étaient devenus de vrais pièges à jambes cassées, pour peu que l'on n'y fît pas attention. La jeune femme avait entendu dire qu'une fille de première année s'était foulé la cheville. Bien que Pomfresh eût le don de remettre les os en place en un rien de temps, la nouvelle en dissuada plus d'un de quitter le cocon douillet et chaleureux de la salle commune. On pouvait même plus faire de bataille de boules de neige, de toute façon.
Il y en avait un, cependant, que ni le froid ni la dangerosité du sol ne semblaient résigner. Maria, pour qui l'hiver restait la saison la plus déprimante après l'automne, ne comprenait pas ce qu'il pouvait bien apprécier dans le fait de rester des heures dehors à se les geler. Il lui parlait du paysage, de sa beauté. Cela la faisait rire. C'était peut-être beau, en attendant, c'était froid. Une fois de plus, elle se maudit d'avoir oublié ses gants ; elle souffla sur ses doigts pour les réchauffer, avant de les remettre prestement dans les poches de sa cape.
Il était là, bien sûr, au bord du lac, à le contempler comme un idiot. C'était ce qu'elle pensait, mais cette scène la faisait fondre à chaque fois. Elle aimait également arriver par surprise et cacher ses yeux de ses mains en criant « Qui c'eeest ? » comme une imbécile. Couple d'idiots. Cette fois, cependant, le sol craquait tellement sous ses pas précautionneux que crier son arrivée aurait été plus discret. Il tourna la tête et, la reconnaissant, lui sourit. De ce sourire doux qu'elle affectionnait tant. Pour lequel elle aurait donné tant.
Elle s'assit à côté de lui. Le sol était glacé, elle aurait bientôt les fesses gelées. Comme si elle n'avait pas assez froid ainsi ; ce qu'on peut être idiot, lorsqu'on est amoureux ! Maria sortit une main de la poche de sa cape et se saisit de celle d'Elliot, qui la serra. Fort. Sa peau était sèche et elle-même était transie, mais ce contact sembla la réchauffer de l'intérieur, en partance de ses doigts. Elle contempla le lac gelé ; il faudrait qu'ils viennent y patiner, un de ces jours.
Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, ils étaient là, tous les deux, rien qu'eux deux. C'était amplement suffisant pour panser son cœur blessé.
* Parfaitement, de la confiture de citrouille ! Rooh, on peut bien s'amuser un peu (n'empêche, j'aimerais bien goûter !)
N'hésitez pas à laisser une review^^ (un pot de confiture à la citrouille pour chaque reviewer !) En espérant que cette fic' vous ait plu, malgré son atypie ;)
