-Chapitre 6-

Jaejoong caressait les cheveux de Heechul avec tendresse, son ami s'était apaisé mais sa peine restait vivace. Il lui faudrait un peu plus de temps pour accepter le fait que Hangeng était parti. Le plus dur pour lui était de ne pas savoir quand il allait revenir. Après sept années à vivre de cette façon, il n'était toujours pas habitué aux séparations. Il resterait toujours en contact avec son amant, au moins trois fois par semaine, que ce soit par téléphone, par appel vidéo, par messages… mais cela ne remplaçait pas un véritable contact humain. Cela faisait deux jours qu'il était retourné en Chine, et Heechul n'avait pas quitté son lit.

— Et si je te ramenais une dizaine d'éclairs de la pâtisserie au bout de la rue ? Je sais que tu les aimes beaucoup, proposa Jaejoong.

— Je crois que prendre deux kilos d'un coup est la solution à mon problème…

La tête enfoncée dans son oreiller, il n'y avait aucun sarcasme dans sa remarque. Jaejoong savait très bien que les pâtisseries étaient le pêcher mignon de son ami et ils avaient la chance d'avoir un commerce non loin de l'immeuble du Lys Blanc qui était reconnu pour faire de véritables merveilles. Il était bientôt quinze heures et ce serait parfait pour un goûter gourmand. Le tout nouveau Directeur Artistique partit dans sa chambre pour mettre un manteau et il descendit jusqu'au bureau de Yunho. Celui-ci était en pleine discussion avec son Vice-président. Jaejoong ne prit pas la peine de saluer Siwon.

— Je pars chez le pâtissier, annonça-t-il.

— Et ? fit Yunho.

— Heechul ne va pas mieux. Je reviens vite !

— Tu prends Taec avec toi ?

— Je vais voir s'il est libre.

Quelques portes plus loin, il y avait une salle d'entraînement où les membres de la Fraternité pouvaient faire du sport avec des machines ou s'échanger des coups sur le ring. Jaejoong était certain de trouver Taecyeon à cet endroit, et justement, il était en pleine séance avec Chansung. Pendant cinq minutes, il le regarda attaquer son camarade avec des gestes précis et se défendre avec autant de fluidité. Comme il paraissait trop concentré et pas prêt à le suivre, Jaejoong décida de partir sans lui. Le magasin de pâtisseries n'était pas loin et cela ne servait à rien de le déranger pour un aller-retour au coin de la rue. Ses lunettes noires sur le nez et les mains dans les poches, il sortit du building.

Il lui fallut moins de dix minutes pour arriver jusqu'à l'enseigne de renom, tenue par un ressortissant français qui connaissait son métier. Il commanda alors d'une douzaine d'éclairs, la moitié au chocolat et l'autre moitié au café. Il comptait bien en profiter lui aussi, surtout qu'il venait de payer la note sur le compte de Yunho. Il sortit du magasin en chantonnant, la boite en carton soigneusement décorée contenant les gourmandises dans sa main. Il s'apprêta à rentrer quand une voiture noire s'arrêta dans un crissement de freins juste à côté de lui. Cela l'immobilisa sur le coup, surpris par une telle embardée. Un peu plus et le conducteur lui aurait roulé dessus. Il n'eut pas le temps de se plaindre quand deux hommes sortirent du véhicule et se précipitèrent sur lui. Jaejoong ne put même pas se défendre : ils lui bloquèrent les bras, couvrirent sa bouche pour étouffer ses appels à l'aide, et le carton rempli d'éclairs tomba sur le sol. Moins d'une minute avait suffi à ces hommes pour attraper leur proie, la mettre dans la voiture et démarrer en trombe pour l'emporter au loin.

xXx

Yunho s'étira de tout son long sur son fauteuil de bureau. Il n'avait pas bougé de l'après-midi et ses muscles n'en étaient pas satisfaits : il avait besoin de se dégourdir les jambes. Il était dix-huit heures trente, et à cette période de l'année, le soleil était déjà couché. A peine s'était-il levé que la porte s'ouvrit. Un Heechul habillé en tee-shirt et pantalon de jogging apparut devant lui. Ses clients ne le reconnaîtraient pas s'ils le croisaient à cet instant, lui qui portait habituellement des vêtements près du corps, bien choisis, accordés entre eux, avec de nombreux accessoires, le visage maquillés, les yeux pétillants et malicieux, dénués de toute cerne. Là, il semblait s'être réveillé d'une longue sieste.

— Ça ne va pas ? lui demanda Yunho avec inquiétude.

— Jaejoong n'est pas avec toi ? fit son ami d'une petite voix.

— Je le croyais avec toi.

— J'ai dû m'endormir après qu'il soit parti.

Le Président de la Fraternité du Lys Blanc se décomposa instantanément. Il se précipita hors de son bureau pour se rendre dans la salle d'entraînement. Il découvrit un Taecyeon en débardeur, les muscles saillants et luisants de sueur, une serviette autour du cou, en train de finir sa bouteille d'eau en écoutant Chansung lui raconter une anecdote amusante. Quand ils virent Yunho, ils se mirent presque au garde-à-vous. L'expression effarée sur son visage les alarma aussitôt.

— Jaejoong est-il venu te voir ? interrogea-t-il précipitamment.

— Je ne l'ai pas vu de toute l'après-midi, répondit Taecyeon en toute honnêteté.

— Il n'est pas passé ici ?

— Si, intervint Myungsoo, un autre membre de l'organisation qui avait passé des heures dans la salle. Il a observé Taec quelques minutes avant de partir.

Yunho sortit son téléphone de la poche intérieure de sa veste et appuya sur une touche qui composa directement le numéro de téléphone de Jaejoong. Il faisait les cent pas devant ses subalternes avec inquiétude et impatience. Heechul se tenait les bras comme s'il avait froid et son regard se posa alternativement sur Taecyeon et sur Yunho en espérant qu'un des deux lui dirait que tout allait bien. Les sourcils froncés, le garde-du-corps observait son patron en essayant de comprendre ce qu'il se passait, mais à l'évidence personne ne décrochait à l'autre bout du fil. Yunho raccrocha dans un grognement et Heechul prit sa suite en espérant que Jaejoong ait une bonne raison de ne pas répondre à son compagnon. Les yeux de l'hôte commençaient à se noyer quand il se rendit compte que le téléphone sonnait dans le vide pour lui également.

— Est-ce que ça a un lien avec les photographies ? murmura Heechul d'une voix douloureuse.

— Tais-toi, coupa sèchement Yunho en réessayant d'appeler Jaejoong.

Taecyeon posa sa serviette trempée de sueur et demanda à Chansung de le suivre. Ils sortirent du building presque en courant pour suivre les pas de Jaejoong jusqu'à la pâtisserie en espérant trouver quelque chose. Yunho tournait en rond, son téléphone collé à son oreille. Mais personne ne répondait. Étouffant un juron, il fouilla dans son répertoire. Il y avait un autre endroit où son compagnon pouvait être. Il appela Junsu. Évidemment, ce-dernier fut surpris de l'entendre, et pas spécialement ravi.

— Est-ce que Jaejoong est avec toi ? demanda Yunho en faisant de son mieux pour paraître détaché.

Je croyais que tu lui avais interdit de nous voir ? répliqua Junsu.

— Pour ton information, ce n'est plus le cas.

Il n'est pas avec moi, mais s'il a décidé de te fuir, je ne vais pas le lui reprocher.

— Écoute-moi, reprit Yunho d'une voix qui se voulait la plus calme possible. Je ne joue pas au petit-ami possessif et malsain. Jaejoong court un grave danger, et s'il n'est pas avec toi…

Un long silence s'installa entre les deux hommes. Junsu avait compris que quelque chose de grave était en train de se produire.

Retrouve-le, Jung Yunho. S'il lui est arrivé quelque chose, comment tu vas vivre en sachant que c'est de ta faute ?

— Tu m'insulteras plus tard, Junsu. Si jamais il t'appelle, préviens-moi.

Il raccrocha soudainement et sortit de la salle d'entraînement en trombe. De leur côté, Taecyeon et Chansung arrivèrent devant la pâtisserie qui était encore ouverte. Pendant que l'un demandait des renseignements au gérant de la boutique, l'autre observait les alentours. Ce n'était pas le froid de novembre qui faisait frémir Taecyeon, qui ne portait pourtant que son débardeur sur le dos. Il découvrit un carton étalé sur le sol, duquel s'étaient échappés quelques éclairs qui ne seraient jamais entamés. Chansung lui confirma que Jaejoong était bien passé par ici. Ils n'avaient plus de temps à perdre, ils devaient en informer Yunho. Le jeune homme ne serait jamais parti en laissant des gâteaux fraîchement achetés de cette façon. Il n'aurait pas laissé Heechul alors qu'il était parti lui prendre des pâtisseries spécialement pour lui. Taecyeon remarqua des traces de pneus proches du trottoir.

Yunho reçut le message du garde-du-corps. Il n'avait pas attendu son rapport pour se rendre au département informatique de la Fraternité du Lys Blanc, dirigé par Minjun. Analyste technique de talent et pirate informatique, ses écrans n'avaient aucun secret pour lui. Suite aux informations de Taecyeon, il chercha l'accès aux caméras de surveillance qui quadrillaient la capitale coréenne. Il trouva rapidement la référence de celle qui donnait sur le coin de la rue où se trouvait la pâtisserie. Il remonta jusqu'à l'heure où Jaejoong était sensé s'y trouver. Yunho et Heechul étaient derrière son siège, les yeux rivés sur l'écran avec appréhension. A côté d'eux, Sunggyu, le deuxième expert informatique, suivait également les événements, happé par la tension qui commençait à s'emparer de tout l'immeuble. Si Jaejoong avait disparu, tout le monde serait sur le qui-vive pour le retrouver.

Ils virent la voiture noire arriver à grande vitesse près du trottoir, surprenant Jaejoong alors qu'il venait de sortir du magasin. Ils virent les deux hommes l'embarquer dans leur véhicule sans qu'il ne puisse faire quoi que ce soit. Yunho les insulta de tous les noms, frappant contre le mur avec frustration.

— Suis le parcours de cette voiture, je veux savoir où elle est allée. Sunggyu, recherche le numéro de la plaque dans ton fichier.

— À vos ordres, fit l'informaticien.

Ils savaient qu'ils étaient trop tard : quatre heures s'étaient écoulées depuis l'enlèvement. Jaejoong était sûrement dans un lieu tenu secret. Mais ils devaient suivre le plus longtemps possible cette voiture pour comprendre qui ils étaient et où ils l'avaient emmené. La tension s'accentua au fur et à mesure que Minjun reconstituait les enregistrements de la voiture noire. Chansung et Taecyeon apparurent dans la cabine du département informatique, essoufflés : ils voulaient savoir eux aussi où la voiture était partie. Les ailes de ses narines frémissantes, Yunho ne lâchait pas l'écran des yeux pendant que le film se déroulait devant lui. Ils virent le véhicule emprunter une ruelle, après avoir tourné en rond dans le quartier. Dès lors, elle disparut totalement de leur vision et Minjun avait beau chercher sur les bandes qui avaient filmé des alentours, ils ne la retrouvèrent pas. Sans plus attendre, Taecyeon et Chansung repartirent, non sans avoir enfilé une veste cette fois. Ils se rendirent rapidement en voiture dans la ruelle où le véhicule incriminé avait été aperçu pour la dernière fois.

De son côté, Sunggyu se tourna vers Yunho d'un air désolé, indiquant que le numéro de la plaque d'immatriculation indiquait que la voiture avait été volée par un particulier qui avait déclaré le vol deux jours plus tôt. Cette piste-là était un cul de sac. Ils ne pouvaient compter que sur ce qu'ils allaient trouver dans cette ruelle. Heechul paraissait encore plus pâle que d'habitude, et il avait dû s'asseoir sur un des sièges à roulette de la salle informatique, son téléphone serré entre ses deux mains. Il s'attendait à recevoir l'appel d'un des deux gardes du corps, leur annonçant avoir trouvé le corps sans vie de son ami. Yunho paraissait moins défaitiste. Il était conscient du danger qui planait sur son compagnon, mais il ne pensait pas que ses ravisseurs l'auraient tué tout de suite. Il gardait l'espoir d'avoir suffisamment de temps pour le retrouver.

Arrivés à l'adresse qui leur avait été donnée, Taecyeon et Chansung découvrirent avec stupeur que la voiture qu'ils recherchaient était garée dans la ruelle, les portes ouvertes. Elle était complètement vide, comme ils s'en étaient doués. Taecyeon découvrit cependant une paire de lunettes de soleil qu'il reconnut parfaitement : c'était celle que Jaejoong avait achetée le jour où Chansung et lui l'avaient accompagné faire du shopping. Il la sortit de la voiture, la tenant comme si elle était précieuse à ses yeux. Son camarade le regarda d'un air grave sans rien dire avant de fouiller aux alentours à la recherche d'un indice. Les ravisseurs de Jaejoong avaient préparé ce coup minutieusement : ils se trouvaient dans un angle mort des caméras de surveillance de la ville.

— Tu crois qu'il est… commença Chansung d'une voix faible.

— On aurait retrouvé son corps s'ils l'avaient tué, répondit Taec.

Il essayait de paraître détaché, mais la pensée de découvrir le cadavre de Jaejoong lui faisait froid dans le dos.

— Que veulent-ils faire de lui ? continua Chansung.

— Aucune idée, mais ne traînons pas.

Il appela Yunho sans plus attendre pour lui transmettre au plus vite son rapport. Ils rentrèrent au quartier général, laissant la voiture telle qu'elle était. Le Président de la Fraternité du Lys Blanc n'attendit pas plus longtemps : il mobilisa toutes ses troupes. La priorité de l'organisation était de retrouver Jaejoong. Siwon le secondait dans les directives, tout le pôle sécurité s'était rassemblé : les gardes du corps comme les exécuteurs. Au sein du Lys Blanc, les exécuteurs rassemblaient les tireurs d'élites et enquêteurs de l'ombre de Yunho. La plupart étaient très jeunes : ils étaient rapides, silencieux et ne rataient jamais leur cible. Taecyeon avait fait partie de cette élite avant d'entrer dans la garde rapprochée du Président. Puisque cela concernait Jaejoong qui était sous sa responsabilité, il prit la directive du groupe. Sungyeol était aligné avec les autres. Il était un des rares membres de la Fraternité à avoir une double étiquette : quand il ne jouait pas les hôtes au bar et terminait sa nuit avec un inconnu, il parcourait la ville dans l'ombre avec son groupe recueillir des renseignements sur le terrain et parfois se débarrasser d'éléments gênants au nom du Lys Blanc. Il était à côté de Myungsoo, son partenaire de toujours. Taecyeon connaissait tous leurs noms : Jungkook faisait partie des meilleurs, avec Myungsoo. Tous les deux avaient un attachement particulier envers Jaejoong qui leur rendait bien. Hana se tenait près d'eux également, le regard déterminé, avec Hyejeong, une jeune femme extrêmement douée avec les armes blanches, tout comme son homologue masculin Hoseok. De leur côté, les hommes de main étaient un peu plus âgés, avec un peu plus d'expérience. Chansung se tenait droit comme un I, entre Kangin et Donghae. La salle d'entraînement était devenue un lieu de rassemblement et elle était remplie, si bien que beaucoup de membres de l'organisation étaient dans les couloirs, attendant les ordres.

Les prochaines heures allaient être déterminantes pour la Fraternité du Lys Blanc. En s'en prenant à Jaejoong, c'était leur Président qui était attaqué, et quiconque était à l'origine de l'enlèvement le savait très bien. Yunho n'avait plus aucun doute : les responsables étaient les mêmes qui avaient envoyé les photos de son compagnon en guise de menace. Il ne comprenait pas cependant qu'il n'ait jamais reçu de message de chantage, d'ultimatum. Ils avaient prévenu qu'ils allaient s'en prendre à Jaejoong, sans préciser quand, comment, ni pourquoi, ni même ce que Yunho aurait dû faire pour éviter cela. L'enlèvement était leur réponse. Plutôt que se laisser aller au désespoir, le Président de la Fraternité promit de leur faire payer cet affront.

Yunho élut domicile dans le département informatique. Minjun travaillait d'arrache-pied avec Sunggyu à la recherche du moindre renseignement, en compagnie de leur assistant, le jeune Jimin. La cabine était devenue presque trop étroite pour eux tant la tension était palpable. Toute la nuit ils restèrent silencieux, jusqu'à l'arrivée inopinée de Jungkook aux alentours des cinq heures du matin. Il était parti faire son enquête sur le voisinage autour de la ruelle où la piste de Jaejoong s'était arrêtée. Personne n'avait vu quoi que ce soit, excepté une vieille dame qui avait aperçu une camionnette blanche quitter les lieux quasiment peu après que la voiture noire ne soit arrivée. Minjun utilisa ces informations pour vérifier les bandes-vidéos de surveillance aux alentours, cherchant non plus un véhicule noir mais une camionnette blanche, mais beaucoup trop de ce type d'engins circulaient dans les rues de Séoul en même temps ce soir-là. Minjun se tourna vers Jungkook d'un air dépité.

— Tu n'as pas d'autres informations à me donner ? lui demanda-t-il.

Le jeune homme réfléchit longuement avant de se souvenir d'un détail.

— Un logo d'une société de livraison sur les deux côtés.

Un sourire se dessina sur le visage de Minjun. Derrière lui, Yunho croisa les bras, observant le travail de ses subordonnés. Il vit l'analyste technique réprimer un cri de victoire : il avait réduit le champ des possibles à trois camionnettes.

— Très bien, fit Yunho. Je veux que vous étudiiez le parcours de ces trois véhicules. Analysez les plaques, déterminez lequel transporte Jaejoong. Je veux un rapport détaillé des endroits où ils se dirigent, où ils font des arrêts, et enfin leur destination finale.

Sur ces mots, il les laissa travailler, le temps d'aller faire le tour des autres secteurs. Il remercia Jungkook pour les informations importantes qu'il leur avait données.

xXx

Jaejoong se réveilla dans le noir le plus total. Il lui semblait pourtant avoir les yeux ouverts, et il se rendit compte au fur et à mesure que son corps reprenait conscience qu'un sac en toile lui recouvrait toute la tête. Une douleur lancinante à l'arrière de son crâne se réveilla elle aussi, lui rappelant que quelqu'un l'avait frappé pour l'assommer. Il était allongé sur un sol dur et froid, probablement du béton. Les mains attachées derrière le dos, il était trop désorienté pour arriver à se redresser. La pâtisserie lui revint en mémoire, ainsi que la voiture noire qui s'était arrêtée en trombe juste devant lui, puis les deux hommes qui l'avaient forcé à y entrer. Ensuite, c'était le vide total. Comme il commençait à gigoter, on lui retira le sac en toile. La luminosité était faible, ses yeux ne mirent donc pas longtemps à s'habituer à l'environnement. Cependant, Jaejoong ne put savoir quelle heure il était, il vit seulement qu'il se trouvait dans ce qui ressemblait à un entrepôt désaffecté. Vide et sale, c'était les seuls mots qui lui venaient à l'esprit pour décrire cet endroit. Une voix interrompit le silence.

— Nous espérons que vous ne trouvez pas votre chambre trop… rudimentaire, Kim Jaejoong.

L'homme qui venait de parler devait approcher la cinquantaine. Les épaules larges sous son pull noir à col roulé, il regardait le jeune homme avec satisfaction. Jaejoong ne le connaissait pas mais il l'avait appelé par son nom. Il allait répliquer quelque chose quand un des hommes de main de celui qui semblait être le chef du groupe le força à se mettre à genoux avant de bloquer sa bouche par un morceau de duct-tape épais. Il n'avait que les jambes de libres, et le fait d'avoir été soudainement redressé, en plus d'avoir l'arrière du crâne toujours douloureux, lui avait fait donner le vertige. Il eut beaucoup de mal à soutenir le regard de son ravisseur. Qu'attendaient-ils de lui ? Allaient-ils se servir de lui pour faire chanter Yunho ? Étaient-ce les personnes qui avaient envoyé les photos de lui comme menaces ?

— Ne vous inquiétez pas, notre patron tient à ce que nous prenions soin de vous, dit le chef.

Jaejoong balaya la pièce du regard. Ils étaient cinq autour de lui. Deux d'entre eux devaient être ceux qui l'avaient pris par surprise dans la rue mais il n'arrivait pas à les reconnaître. Ils étaient quasiment tous taillés du même moule : des hommes de main qui avaient entre trente et cinquante ans. Le jeune homme était certain d'une chose : ils n'étaient pas là pour lui faire des cadeaux. Ils avaient l'air de vouloir le garder pour une raison précise, sous les ordres de quelqu'un. Le chef du groupe n'était qu'un subordonné lui aussi. Le commanditaire devait être quelqu'un d'important pour qu'il ordonne un enlèvement et ne pas se présenter lui-même devant sa victime. Jaejoong n'avait aucun doute : Yunho était la cible de ces hommes.

— Oui, nous allons prendre grand soin de toi, reprit l'homme en s'agenouillant devant lui.

Il lui caressa la joue avec une douceur appuyée. Celui qui l'avait relevé le tenait fermement par les épaules, il ne pouvait donc pas reculer pour éviter le contact. Sa seule défense était son regard, et il essayait tant bien que mal de lui faire comprendre que s'il le touchait c'était à ses risques et périls. Cela n'impressionna pas du tout le chef de ses ravisseurs et un sourire carnassier se dessina sur son visage. Sa main descendit le long de son cou pour se glisser à l'intérieur de sa chemise. Elle était chaude et légèrement rugueuse quand elle se posa contre sa poitrine, caressant son sein. Jaejoong se sentit nauséeux et il chercha à se débattre, en vain. Il ne détourna pourtant pas les yeux. Il ne pouvait pas parler mais la flamme dans ses iris était explicite. Il ne supplierait pas, ne pleurerait pas, ne se soumettrait pas. L'homme le comprit mais son sourire s'élargit d'autant plus. Il l'attrapa sous le cou, au niveau de la mâchoire, exerçant une forte pression entre ses doigts. Jae avait mal mais il n'en laissa rien paraître.

— Tu me regardes avec l'arrogance d'une épouse d'un mafieux.

Le jeune homme ne put répondre mais il ce genre de remarque ne le surprit pas le moins du monde. Il s'attendait à devoir subir quelques humiliations, les comparaisons avec une femme incluses.

— Il n'a pas des goût dégueulasses, Jung Yunho, il faut le lui reconnaître.

Il obligea Jaejoong à tourner la tête pour examiner ses traits. Il lui caressa doucereusement la joue, puis l'oreille. Jae n'était pas dupe : il savait bien où tout cela allait l'emmener, ou du moins il préférait envisager le pire tout en espérant que Yunho soit suffisamment rapide pour le retrouver à temps. Il haïssait l'idée de devoir attendre d'être sauvé, il devait trouver un moyen de s'échapper par lui-même. Cependant, ses poignets étaient reliés entre eu par des menottes épaisses et solides, elles-mêmes enchaînées à un anneau fixé dans le sol. La position à genoux lui était douloureuse, la chaîne était trop courte, ses bras étaient tendus dans son dos, faisant pression sur ses épaules. Il était si épuisé que lorsqu'ils le lâchèrent enfin il se laissa tomber sur le côté, sur le sol en béton, poussiéreux. Ils avaient fini de jouer avec lui, pour le moment.

Que préparaient-ils pour la suite ? Enverraient-ils un message à Yunho pour le faire chanter ? Qu'allaient-ils lui demander ? Se contenteraient-ils de le garder en otage en attendant que Yunho se plie à leur volonté ? Ou bien avaient-ils prévu un traitement particulier ? Jaejoong avait mal au crâne, et rien ne lui permettait de se repérer dans la journée. Il était même incapable de dire depuis combien de temps il était leur otage. Il ferma les yeux, à présent qu'il se trouvait seul dans ce grand entrepôt froid. Il s'endormit instantanément.

Lorsqu'il se réveilla, il mit un moment avant de comprendre que l'épaule sur laquelle il s'était allongé était ankylosée. Il était encore seul, enchaîné au sol, un scotch sur la bouche, et pas plus avancé sur l'heure. Il faisait juste sombre. Toujours sombre. Il était totalement désorienté, hors de toute notion temporelle et spatiale. Il se tortilla un peu pour soulager son épaule. Deux des hommes de main entrèrent dans son champ de vision. Ils semblaient partager une discussion animée mais Jaejoong ne parvint pas à comprendre ce qu'ils disaient. Ils s'approchèrent de lui avec décontraction, presque avec rires.

— Je suppose que tu as soif un peu, ça fait deux jours que tu n'as rien avalé, lui dit celui qui était le plus à gauche, plus grand et qui devait avoir le même âge que Jaejoong.

Il s'agenouilla près de leur prisonnier qui resta immobile. Jae comprit pourquoi il se sentait si faible. Son vis-à-vis retira lentement le duct-tape de sa bouche et l'air froid vint frapper brutalement ses lèvres asséchées.

— Appelle-moi Choi, fit l'homme sur un ton amical. Je suis ton sauveur. Et lui c'est Jun.

Il lui montra une petite bouteille d'eau pleine, et Jaejoong n'eut jamais eu autant envie de boire qu'à cet instant. Il ne bougea pas pour autant, ni ne dit un mot. Le camarade de Choi le fit asseoir d'un geste brusque. Le monde sembla tourner autour de Jaejoong, il serait bien resté allongé au sol, où il pouvait rassembler le peu de forces qu'il avait pour ne pas perdre le contrôle de la situation. Maintenant qu'on lui avait fait la remarque, la faim se faisait cruellement sentir, mais surtout la soif. Choi débouchonna la bouteille et posa le goulot contre les lèvres de Jaejoong qui ne se fit pas prier pour avaler ce qu'on lui donnait. La première gorgée fut comme un souffle de vie, une grande partie de ses forces lui revinrent. Un étrange sourire s'était dessiné sur le visage de Choi mais il le remarqua à peine, vidant peu à peu le liquide salvateur. Jun attrapa soudainement le bras de son comparse pour décrocher la bouteille de la bouche de Jaejoong. Interrompu dans son ravitaillement, le jeune homme se mit à tousser.

— Quoi ? fit Choi avec amusement.

— Pas trop, tu as entendu le patron. Ça le tuerait.

— Ne t'inquiète pas, j'ai respecté la dose.

Jaejoong avait beaucoup de mal à comprendre ce qu'ils se disaient. Il semblait perdu.

— Ça ira, lui fit Choi. Tu vas te sentir vite mieux.

L'évidence frappa immédiatement Jaejoong comme la foudre.

— Qu'est-ce que vous avez mis dans l'eau ? demanda-t-il d'une voix pâteuse et inquiète.

— Quelque chose qui t'aidera à te détendre, répondit Jun avec un sourire narquois.

Le cœur de Jaejoong battit la chamade dans sa poitrine. Il retomba sur le sol, tremblant de tout son corps. Ils avaient drogué l'eau, en sachant très bien qu'il serait incapable de le leur refuser. Dans combien de temps les effets se feraient-ils sentir ? Il ignorait totalement ce qu'ils lui avaient donné. Il essaya de retrouver son calme en faisant la liste de tout ce qu'il connaissait qui pouvait se prendre dans de l'eau sans que ça n'altère ni sa transparence ni son goût, et un seul nom marqua son esprit. Du GHB. Il se mit à trembler encore plus : le peu qu'il connaissait de cette drogue n'était pas bon signe. Il ne savait pas quel dosage il lui avait été donné, mais dans tous les cas il était en danger. Sa vision commença à se troubler, et il se demandait si c'était l'effet de la drogue ou bien la panique.

— Fais vite, murmura-t-il faiblement. Je ne suis pas sûr d'être capable de leur résister…

Il poussa un long soupir : la douleur à son épaule avait totalement disparu. Il n'arrivait plus à se concentrer, il avait l'impression de s'envoler. La situation même dans laquelle il était lui parut plus légère. Mais d'un autre côté, il était conscient que ce n'était que les effets de la drogue. Allaient-ils le laisser là, seul, pendant que cette chose prenait le dessus sur lui ? Il l'espérait.

Les effets avaient quelque chose de similaire au Poppers, mais ils étaient plus longs à agir, et duraient encore plus longtemps. Jaejoong essayait de se concentrer, de ne pas se laisser submerger par la panique, de ne pas penser à ce qu'ils pourraient lui faire alors qu'il était dans cet état. Il avait entendu beaucoup de choses sur le GHB, même si ce n'était pas un produit qui circulait dans l'enceinte de la Fraternité du Lys Blanc. Yunho n'avait jamais voulu l'inclure dans leurs jeux non plus en raison de la dangerosité de son dosage, et surtout il n'aimait pas perdre la maîtrise de lui-même. Les heures s'écoulaient lentement, ou étaient-ce des minutes ? Jaejoong n'était plus sûr de rien. Lui faire perdre tous ses repères avait été la première forme de torture imposée par ses ravisseurs. Il était seul, dans l'obscurité, dans le froid, allongé sur du béton, le corps affaibli, la terreur lui tordant les entrailles. Ce poison circulait dans ses veines, et il avait du mal à rester lucide. Il savait qu'à un moment ou à un autre, il finirait par succomber à l'euphorie et à la désinhibition. Ils l'avaient privé de nourriture pour cette raison. Au bout de longues heures interminables, il vit Choi et Jun revenir vers lui. Jaejoong remua pour la forme, tout en sachant qu'il ne serait pas capable de leur échapper.

— Alors, comment on se sent ?

— Comment je devrais me sentir ? marmonna Jaejoong, faiblement.

Choi s'accroupit à côté de lui, comme la dernière fois, et lui tendit une bouteille d'eau à moitié pleine. Bien que la soif le tiraillait, cette fois, Jaejoong n'allait pas se montrer aussi docile, mais il n'avait nulle part où se cacher, il ne pouvait pas fuir. Il n'était pas suffisamment fort pour repousser les bras puissants de Jun qui le maintenait assis, bloquant sa tête avec ses mains.

— Tout serait plus facile pour toi si tu te laissais faire, dit calmement Choi.

Jun appliqua une pression précise au niveau de la mâchoire de Jaejoong qui lui fit instantanément ouvrir la bouche contre sa volonté. Il ne pouvait pas lutter. Choi enfourna le goulot entre ses dents avant de vider son contenu dans sa gorge. Dans la panique, Jaejoong ne parvint pas à bloquer totalement le liquide contaminé avec sa langue, et il manqua de s'étouffer. Quand Jun le lâcha, il se mit à tousser, la tête penchée vers le sol, essayant de recracher le plus d'eau possible. Son front était humide de transpiration, ses tremblements redoublèrent, et Jun le libéra de ses menottes, considérant qu'il ne serait plus en mesure de s'échapper avec la drogue circulant dans son sang. Choi attrapa Jaejoong par la frange pour lui relever la tête. Les yeux perdus dans le vague, le jeune homme avait du mal à soutenir son regard.

— Le boss te l'a dit : on ne veut pas te faire de mal. On va y aller en douceur.

— Je me débattrai, répliqua Jaejoong d'une voix rauque.

— Tu essaieras, corrigea Choi tout doucement.

Le doute n'était plus permis. Son seul espoir était de voir Yunho arriver à temps. Il avait beau avoir été libéré de ses entraves, Jaejoong était incapable de se lever. Choi et Jun le regardèrent essayer avec amusement, mais le mieux qu'il put faire fut de se mettre à quatre pattes durant dix secondes tout au plus. Il était de plus en plus difficile de rester concentré, il ne vit même pas arriver les trois autres ravisseurs. Choi le prit par les épaules, Jaejoong se rendit à peine compte qu'il était presque affalé contre sa poitrine.

— Tu commences à être réchauffé, lui dit-il d'une voix lointaine.

Il déboutonna la chemise de Jaejoong. Cela alerta suffisamment le jeune homme pour qu'il trouve suffisamment de force pour le repousser.

— Ne me touche pas ! s'exclama-t-il en tentant tant bien que mal de mettre de la puissance dans sa voix.

Incapable de rester au minimum assis tout seul, il retomba sur le sol, s'appuyant sur son coude pour se donner une contenance. Sa vision devint plus nette tout à coup et il vit le chef du groupe finir d'installer une caméra sur un trépied.

— Il est encore vigoureux, boss, fit Choi avec amusement.

— Laisse-le épuiser les forces qui lui restent.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda sèchement Jaejoong.

— Un cadeau, répondit simplement le boss.

Il devait avoir fini de régler l'angle de la caméra. Malgré lui, une larme roula sur la joue de Jaejoong. Il était pris au piège entre cinq hommes au mieux de leur forme, alors que lui devait lutter contre une drogue qui l'affaiblissait et lui faisait perdre le contrôle de son corps. Ils allaient le déshabiller, et plus encore, devant l'objectif d'une caméra. Ils allaient filmer son humiliation et l'offrir à Yunho. Jaejoong le savait, et il n'avait aucun moyen de lutter contre ça. Il préférait mourir, s'il n'était pas conscient que Yunho allait mettre Séoul à feu et à sang s'il le perdait. Je ne pleurerai pas. Je ne supplierai pas. Qu'il était facile de se convaincre d'être fort. Choi l'attrapa par le cou et le colla contre lui, sa poitrine contre son dos. Jaejoong essaya de se libérer de lui, en vain. Les autres riaient de le voir se débattre aussi faiblement. La main de Choi commença à lui caresser le torse avant de faire glisser sa chemise de ses épaules.

— Ah le voilà, le Lys, commenta-t-il en voyant le tatouage. Tu es quand même bien marqué.

— Le spectacle vous plait ? cracha Jaejoong, à bout de souffle.

Le boss se pencha sur lui et le gifla.

— Silence. Les putains n'ont pas voix au chapitre.

— Tu es pourtant bien motivé à te la faire, cette putain, répliqua Jaejoong.

Comme punition à son insolence, il se prit un coup de poing dans le ventre. La respiration coupée, Jaejoong se plia en deux, à genoux, le nez effleurant le sol.

— Je t'ai prévenu, si tu es sage, aucun mal ne te sera fait.

Il l'attrapa par la frange pour le faire se redresser.

— Tu vas être l'acteur principal de notre petit film. L'idée te plaît ?

Il le poussa dans les bras de Choi qui l'allongea sur le sol, se positionnant entre ses jambes dans un simulacre de l'acte d'amour. Les mains à plat sur sa poitrine, Jaejoong essayait de le repousser mais c'était comme si ses muscles étaient faits de mousse. Cela n'eut aucun effet.

— Je vais te baiser, dit simplement Choi. Nous allons tous te baiser. Comme la petite pute que tu es.

— Tu n'auras rien de moi, siffla Jaejoong tandis qu'il lui retirait le bas de ses vêtements.

Il le défia du regard : c'était encore sa seule arme.

— Ce n'est pas le moment de se montrer arrogant, répliqua Choi.

Il le manipulait comme un pantin, et les autres semblaient attendre après lui pour agir. Il lui attrapa les poignets pour le surélever et le ramener contre lui, le remettant à genoux, mettant la cambrure de sa chute de reins en évidence devant l'objectif de la caméra. Il le prit ensuite par le cou pour empêcher toute évasion et commença à lui embrasser la joue. Son autre main glissait sur le dos de Jaejoong qui se mit à trembler à son contact. Le GHB était en train de le vaincre complètement, il ne pouvait que se reposer sur Choi pour ne pas s'effondrer. Ses ravisseurs le comprirent bien vite.

— C'est parfait, fit la voix lointaine de Jun. Il fallait qu'on te donne la bonne dose : suffisamment pour que tu sois bien docile, mais pas trop pour que tu restes conscient.

C'était exactement l'état dans lequel il était. Jaejoong ne pouvait que subir ce qu'ils avaient prévu pour lui. Choi put lui lâcher le cou et ses deux mains s'emparèrent de ses fesses avec délectation. Un des hommes décrocha la caméra du trépied pour pouvoir faire un gros plan sur le corps étendu de Jaejoong, avachi contre Choi, les jambes gracieusement repliées sur le côté. Choi goûtait à sa peau pendant qu'il s'enfonçait dans un état de semi-conscience. Il ne parvenait même plus à faire mine de le repousser malgré la voix au fond de lui qui lui criait de s'enfuir. Le caméraman braqua l'objectif sur la partie inférieure du corps de Jaejoong.

— Prenons un petit temps pour faire un gros plan sur cette partie. Cet enfoiré est trop sûr que ceci lui appartient, dit le boss. Ce sera une bonne leçon à lui donner.

Jaejoong luttait avec beaucoup de mal contre les sensations qui stimulaient son corps. Il ne les voulait pas, il les rejetait toutes entières. Une petite voix lui disait pourtant que s'il pouvait les accepter un peu plus, la douleur psychologique serait moins violente. La situation lui paraissait tellement surréaliste, comme si son esprit s'était détaché de son corps pour survoler au-dessus de lui. Il regardait la scène avec sidération, comme si ce n'était pas lui qui la vivait, tel un spectateur de son propre supplice. Il les sentait pourtant, ces corps étrangers qui forçaient pour le posséder. Il laissait Choi l'embrasser, sachant que la moindre marque de résistance lui valait un coup dans les côtes. Par instinct de survie, bien malgré lui, et surtout influencé par la drogue, son corps commença à répondre à ces caresses. Cela le mit en alerte aussitôt et un instant de lucidité lui rendit une partie de ses forces pendant quelques secondes.

— Tu vois que tu commences à t'y faire, fit remarquer Choi avec un sourire satisfait.

— Vous ne savez rien. Vous ne connaissez rien. Prenez mon corps si ça vous amuse, c'est tout ce que vous aurez. Et surtout... c'est le meilleur moyen de vous faire buter.

Choi lui donna un coup dans la mâchoire, rompant leur contact intime. Jaejoong bascula sur le côté, sonné par la réplique. Il sentit des mains s'emparer de ses membres pour le manipuler et lui faire pendre la position qu'ils voulaient. Le torse contre le sol, la joue collée au béton, les hanches relevées, Jaejoong ne pouvait pas se sentir plus humilié qu'il ne l'était à cet instant. Choi se pencha vers lui, les doigts agrippés à ses cheveux.

— Alors ? Comment Yunho te prend ?

— J'ai hâte de le voir te fendre le crâne en deux, répliqua-t-il du tac-au-tac sans se soucier des représailles.

Il n'avait rien pour s'agripper, ses ongles s'abimèrent sur le béton pendant qu'il sentait que ça remuait derrière lui : le chef du groupe avait défait son pantalon. Il devait se préparer psychologiquement à la suite, il devait faire cet effort, concentrer ses dernières forces sur la conviction de ne pas leur donner satisfaction. Mais il avait peur, il ne voulait pas qu'ils le touchent. Des mains chaudes et rugueuses se posèrent sur ses hanches. Il sentit quelque chose se presser contre son intimité et il contracta son corps instinctivement.

— Détends-toi, fit la voix du boss. Tu ne voudrais pas avoir mal.

Jaejoong sentit malgré lui son corps se soumettre peu à peu. Il se mordit la lèvre presque jusqu'au sang lorsque ses chairs s'écartèrent au passage non désiré de son ravisseur.

— Il fallait que je sois le premier de nous cinq à m'enfoncer en toi, lui dit-il dans un souffle.

Choi était à genoux devant lui, le pantalon ouvert lui aussi, lui présentant son membre durci par l'excitation. Il attrapa Jaejoong par le cou et força son entrée dans sa bouche. Le jeune homme ne put réprimé un cri étouffé. Son calvaire ne faisait que commencer : les trois autres paraissaient motivés eux aussi à se défouler sur lui, dans cet entrepôt loin de tout, sombre, froid, vide. Encore et encore. Sous l'objectif glacial de la caméra. Jaejoong était dépossédé de son corps, de son être. Il n'était plus qu'un jouet entre leurs mains. Il ne cria pas une deuxième fois, il ne sanglota pas plus, mais il ne pouvait empêcher ses larmes de couler, discrètement. Chacun des cinq malfrats eut sa part de lui-même. Certains plus d'une fois. Jaejoong s'était senti partir au milieu de son calvaire, comme si son corps avait eu un besoin vital de se déconnecter pour ne pas succomber à la folie. Il fut à la limite de perdre conscience à chaque instant : il avait épuisé ses dernières forces et la drogue l'avait totalement soumis. Il resta dans cet état jusqu'à la fin et une grande partie de son viol fut éludé par sa propre mémoire.

Alors il attendit, inerte, nu dans le froid, seul et désorienté, fébrile, encore sous l'effet du GHB. Il tremblait en continu et personne ne s'en souciait. Ils l'avaient laissé là, après s'être vidés sans pitié. Son esprit resta en veille, anesthésié par la drogue. Il réagit à peine lorsque, quelques heures plus tard, l'un d'eux revint auprès de lui pour le faire boire. Il ne se débattit pas. Il savait que l'eau avait encore été contaminée mais il n'avait plus la force de lutter. On lui releva la tête pour faciliter l'administration et on la lui reposa avec délicatesse une fois que ce fut fini.

— Ça ira, fit une voix sourde compatissante qu'il ne reconnut pas à cause de son état second. Ça t'évite de souffrir comme ça.

Jaejoong répondit par un soupir, les yeux mi-clos, perdus dans le vague.