Mercredi 30 Septembre 2015

En cours de potions, les tensions entre les élèves se faisaient de moins en moins ressentir. Bien que, la semaine précédente, Pansy Parkinson avait volontairement saboté son breuvage de façon à ce que Neville se retrouve couvert d'une substance gluante et visqueuse, aucun incident n'était à déplorer. Le Professeur Rogue s'en félicitait régulièrement, pensant avoir fait preuve de génie.

Hermione et Zabini formaient une équipe parfaite, ou presque. Parfois, les deux Préfets en Chef se disputaient, n'étant pas d'accord quant à la recette d'une potion. Mais ils travaillaient parfaitement bien, récoltant les meilleures notes de la classe.

De son côté, Drago Malefoy en était encore aux prises avec sa binôme, Carlie Quest. Elle avait finalement accepté de lui adresser la parole mais elle restait froide et distante avec le jeune homme. Drago en était agacé. Leur animosité ne faisait que lui rapporter des notes plus basses que celles qu'il aurait obtenues en travaillant seul.

Harry, lui, s'entendait plutôt bien avec Daphnée. Le niveau de celle-ci ne cessait de s'améliorer, grâce au Gryffondor. Elle écoutait ses conseils, suivait ses instructions, s'opposait à lui quand elle n'était pas d'accord. Parfois, ils discutaient ensemble des cours de potions qu'ils avaient suivis les années précédentes, se racontant des anecdotes et tentant de juger si telle ou telle expérience était à reproduire pendant le cours.

Malheureusement, la bonne entente qui régnait le mercredi matin ne s'étendait pas à l'extérieur des cachots. Aucun autre enseignant n'avait appliqué la méthode du Professeur Rogue, et le reste des cours en commun entre les Gryffondor et les Serpentards se passaient dans une ambiance similaire aux années précédentes : compétitions, animosité, rancune et querelles. Et dans les couloirs, les élèves de Serpentards continuaient de martyriser les élèves des autres maisons.

La seule exception à la règle, c'était Hermione et Blaise. Une réelle amitié commençait à naître entre les deux étudiants. Principalement grâce à leur rondes quotidiennes où ils discutaient, plaisantaient et apprenaient à se connaître. Hermione s'était aperçue qu'Harry et Ginny passaient le plus clair de leur temps à se disputer à propos de tout et surtout de n'importe quoi ! Mais n'étant pas de nature intrusive, elle n'avait pas abordé le sujet, attendant simplement qu'ils viennent se confier à elle. Malheureusement, trop fier l'un comme l'autre, aucun des deux n'en avait parlé à la brune. Et la tension qui émanait d'eux commençait à lui peser. Elle s'était donc rapprochée encore un peu plus de Blaise, passant parfois du temps avec lui à la bibliothèque au lieu d'être avec ses amis.

Ce soir là, ils faisaient tous les deux leur ronde et riaient de bons cœur quand une voix retentit derrière eux :

- Le rire de Granger, quel son abominable !

Le sourire d'Hermione s'effaça. Elle se tourna vers Pansy Parkinson et la fusilla du regard. La Serpentard, accompagnée de Drago Malefoy et Gregory Goyle, ne se démonta pas :

- Vous ne trouvez pas que son rire de sang-de-bourbe donne envie de vomir ?

Goyle se mit à rire et acquiescer, tandis que Malefoy gardait son visage blasé et impassible. Hermione fut étonnée de ne pas le voir rire à ses dépens. Elle s'apprêtait à remettre Parkinson à sa place, mais Blaise prit la parole avant elle :

- Fous lui la paix, Pansy. T'es vraiment conne, quand tu t'y mets.

La jeune fille se tourna furieusement vers son ami et lui lança, acerbe :

- Tu prends sa défense, maintenant ? Dis-moi, Blaise, tu serai pas tombé amoureux de la sang-de-bourbe quand même ?

- Pourquoi, tu serais jalouse ? Vaut mieux elle que toi, ça c'est certain.

Pansy le fusilla du regard, vexée. Elle s'apprêtait à répondre quand Blaise l'en empêcha :

- Qu'est-ce que vous faites ici à cette heure ci ? Vous devriez être au sous-sol, dans notre salle commune.

Drago Malefoy continuait de regarder la scène d'un air absent et désintéressé. Hermione, elle, était à la fois surprise et touchée par le comportement de son ami. Pansy s'énerva :

- Je suis Préfète, je te rappelle. Je fais ma ronde, comme toi.

Blaise sourit, victorieux :

- Non, Pansy. Moi, je suis Préfet en Chef, ce qui implique que je peux faire mes rondes à n'importe quelle heure de la journée. Toi tu n'es qu'une simple Préfète, et tu n'as rien à faire dans les couloirs à cette heure ci. Et puis, Drago est Préfet, mais pas Gregory. J'en ferai un rapport à la Directrice. Tu ferais mieux d'arrêter d'outrepasser tes droits, je ne voudrais pas devoir enlever des points à ma propre maison à cause de toi.

Pansy le dévisagea d'un air complètement ahuri :

- Tu oses nous trahir ?

- Je ne trahis personne. Je fais mon job, c'est tout. Vous n'avez rien à faire ici, alors maintenant, retournez dans la salle commune !

Furieuse, Pansy fit demi-tour et s'en alla avec rage, suivie de Gregory qui ne comprenait décidément rien à ce qui venait de se passer. Drago s'attarda quelques instants, dévisageant son meilleur ami d'un air curieux. Puis il secoua les épaules et s'en alla de sa démarche dédaigneuse. Blaise se tourna vers Hermione :

- Ne fais pas attention à ce qu'a dit cette peste, elle ne sait pas de quoi elle parle. Son rire à elle ressemble aux grincements d'une craie sur un tableau noir...

Hermione le dévisageait, la bouche grande ouverte. Blaise en rit :

- Bah alors, Hermione ? Qu'est-ce que t'as à me regarder comme ça ?

Elle reprit ses esprits et lui répondit, honnête :

- Merci, d'avoir pris ma défense.

- Ne me remercie pas, j'attendais une occasion de remettre cette garce à sa place depuis des lustres. Et puis, encore une fois, je n'ai fait que mon job.

Elle posa sa main sur son bras avant d'insister :

- Non, Blaise. Tu as fait plus que ça. Merci, vraiment.

Il lui sourit, timide :

- Bah… C'est pas grand chose. J'aurais du agir ainsi il y a des années déjà. Alors bon…

Il ne dit plus rien, et Hermione comprit qu'il s'en voulait de n'être jamais intervenu au cours des années précédentes, quand elle se faisait persécuter par ses comparses. Elle sourit :

- Je ne t'en veux pas, tu sais. De n'avoir jamais rien fait. Je comprends. Et puis, au moins, tu ne participais pas, c'est déjà ça.

Il lui sourit et répondit :

- Je m'en veux quand même. J'ai souvent eu envie de les envoyer bouler, de leur dire qu'ils avaient un comportement exécrable et injustifié envers toi. Envers beaucoup d'autres, aussi. Mais je n'en ai jamais eu le cran. Ce sont mes amis, quoi qu'on en dise. Même s'ils me tapent souvent sur les nerfs. Alors, je suis désolé, Hermione.

- J'accepte tes excuses. Mais, vraiment, Blaise. Je ne t'en veux pas. Je t'assure, je comprends.

Ils se sourirent et reprirent leur ronde en se remémorant certains souvenirs en communs.

Une petite heure plus tard, Blaise était de retour dans la salle commune des Serpentards. Il fut soulagé de ne pas apercevoir Pansy. Il savait pertinemment qu'elle tenterait d'une façon ou d'une autre de se venger de cette pseudo humiliation et il n'avait pas vraiment envie de se battre avec elle ce soir. Il s'assit alors dans l'un des canapés et commença à travailler sur son devoir de métamorphose. Il avait presque fini son brouillon quand Drago vint s'installer à ses côtés. Patient, son ami attendit qu'il ait finit et reposé sa plume avant d'entamer la discussion :

- Alors comme ça, tu sympathises avec Granger ?

Son ton n'était pas mauvais, pas ironique, pas moqueur. Juste étonné. Blaise soupira :

- C'est une fille plutôt sympathique, quand on apprend à la connaître.

- Le plan brillant de Rogue a l'air de faire effet sur vous, on dirait.

Blaise sourit :

- Bah, pas vraiment. Enfin, je sais pas. C'est à la fois grâce au cours de potions, mais aussi grâce à nos rondes. Et puis, dans tous les cas, c'est une fille vraiment marrante alors je crois qu'on aurait finit un jour ou l'autre par devenir amis.

Drago réfléchit quelques instants à la réponse de son presque frère avant de demander :

- T'es vraiment sérieux ?

Blaise se tourna vers lui, vexé :

- Evidemment. Tu me connais, je fais toujours ami-ami avec tout le monde. Je me fiche des liens du sang, ou des affiliations aux maisons. Si le caractère d'une personne me plaît et que j'ai envie de faire connaissance, j'y vais. Hermione est vraiment sympa. J'admets que parfois, elle est agaçante. Quand elle prend plaisir à étaler son savoir faire, ça m'énerve encore aussi, des fois. Mais elle ne s'en rend pas compte. Elle est juste avide de connaissance, et elle aime partager ce qu'elle sait. Elle ne fait pas ça pour rabaisser les autres, mais surtout pour les aider à améliorer leurs connaissances. C'est une fille vraiment généreuse. Et elle peut être vraiment drôle, quand elle en a envie.

Drago le dévisageait, de plus en plus surpris :

- Tu serais pas entrain de tomber amoureux, toi ?

Blaise éclata de rire :

- Absolument pas. Quand j'y réfléchis, je la vois plutôt comme une petite sœur, que comme une petite-amie potentielle. Elle en bave un peu, niveau relationnel, ces derniers temps. Alors je lui apporte mon soutien, tout simplement.

Drago haussa un sourcil :

- Une petite sœur, hein ?

- Bah, tu me connais. Je suis fils unique, presque orphelin… Si j'ai réussi à considérer une petite fouine arrogante telle que toi comme mon frère, je peux bien considérer une petite miss je-sais-tout agaçante comme ma petite sœur…

Drago sourit :

- Et maintenant, tu me surnommes la fouine ? Cette fille a une mauvaise influence sur toi, Blaise.

Celui-ci éclata de rire :

- Ouais, peut-être bien.

Le silence s'installa entre eux. Drago était perdu dans ses pensées. Alors comme ça, son meilleur ami fricotait avec Granger ? Il n'en revenait pas. Mais le pire, c'était ses arguments….

Blaise décida d'aller se coucher, laissant le jeune blond dans ses pensées.

Son ami avait su mettre l'accent sur ses propres conflits internes. La Gryffondor était une insupportable miss je-sais-tout. Mais, au fond de lui, Drago savait pertinemment que ce n'était pas ça le problème. Lui-même était un garçon plutôt intelligent. Lorsqu'il était encore enfant, avant d'entrer à Poudlard, son précepteur n'avait de cesse de lui dire qu'il serait toujours premier de sa classe, avec un tel esprit, vif et brillant. Et pourtant, Granger continuait perpétuellement d'occuper la première place, le laissant, lui, en deuxième position. Ce qui l'énervait, c'était surtout cette manie d'étaler son savoir à tout-va. Pourtant, Blaise venait de lui dire que c'était involontaire. Elle ne fait pas ça pour rabaisser les autres, mais surtout pour les aider à améliorer leurs connaissances. Était-ce vraiment possible ?

Et puis, ce qui l'énervait aussi, surtout même !, c'était toute sa culture du monde sorcier, alors qu'elle était née-moldue. Il enrageait à l'idée qu'elle ait pu amasser autant d'informations et être aussi brillante en étant pourtant née dans un monde différent. Quelque part au fond de lui, Drago savait que c'était son ego qui en prenait un coup. Elle avait les mêmes connaissances que lui, qui avait pourtant grandit dans cet univers. Il ne pouvait s'empêcher de penser que, si Granger était née dans une famille de sorcier, elle serait aujourd'hui bien plus intelligente que lui… Et ça, c'était assez dur à encaisser.

Malgré tout, il se surprenait à l'envier. Appartenir à une famille de sang-pur lui avait toujours semblé être un grand avantage, une énorme responsabilité et surtout un sublime privilège. Jusqu'à il y a trois ans, quand le Lord était revenu et avait sali sa famille, son nom et sa réputation. Jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux sur les horreurs qu'accomplissaient son père et le Seigneur des Ténèbres au nom d'une cause qu'il trouvait de plus en plus pitoyable. Il avait alors réalisé que les liens du sang importaient peu, en fin de compte. Surtout grâce à Granger, d'ailleurs. Elle qui était une sang-de-bourbe était pourtant la jeune fille la plus brillante qu'il connaissait. Il se souvint alors de ce soir de mars, à peine quelques mois plus tôt, lorsque la Gryffondor avait été torturée sous ses yeux par la main de sa tante. Il n'avait eu de cesse que de vouloir intervenir, ne serait-ce que pour faire taire ses hurlements. Il s'en voulait toujours, aujourd'hui, de n'avoir pas bougé.

Soudain, il comprit. Ce qui l'empêchait réellement d'affronter la Gryffondor, c'était avant tout sa culpabilité. Un sentiment nouveau qu'il avait encore du mal à gérer. Mais il n'eut aucun doute. C'était pour ça qu'il continuait de la haïr silencieusement. Parce qu'elle faisait naître en lui cette culpabilité assourdissante qu'il refusait d'affronter.

Drago s'en alla dormir, la tête pleine de pensées douloureuses. Cette nuit là, ses cauchemars ne furent peuplés que de la Gryffondor, hurlant de douleur, recroquevillée à ses pieds, le suppliant du regard.