Hello ! J'ai tardé pour écrire ce chapitre, je m'en excuse. Mais faut dire aussi qu'entre temps j'ai eu un petit stage dans mon école de formation, que j'en ai préparé un autre (professionnel cette fois... prions pour que ça fonctionne !)... et que j'ai aussi eu du mal à écrire ce chapitre, que j'ai un peu fini en "coup de vent" cet aprèm. Figurez-vous que je pars au ski cette nuit (yyyeess !!), donc je serez encore absente une semaine. Je me devais donc de vous livrer au moins un chapitre ! C'est fait.

Bonne lecture ! ;-)


Chapitre 5

Harry avait «réquisitionné» la salle sur demande : toute personne qui tenterait d'y entrer avant la fin des prochaines vingt-quatre heures, même pour atteindre la réserve parallèle, risquerait d'anéantir «l'expérience». Car cela en était bien une : tout ce dispositif était une expérience boiteuse qui n'avait peut-être pas la moindre chance de fonctionner. Après tout, Bram Van Helsing lui-même n'avait jamais expérimenté son invention, sensée délivrer les victimes du vampirisme de leur malédiction. Du moins, était-ce ce que Sanguini avait bien voulu lui raconter…

Pour le profane, le kaléidoscope circulaire pouvait paraître incongrûment quelconque ; son «assemblage» semblait même ahurissant de simplicité, le rendant ridicule. Son efficacité ne paraissait du coup qu'illusoire. Harry en avait bien conscience, sentant dans son dos le regard à la fois désapprobateur, sceptique et inquiet de Remus.

«C'es une folie, répéta ce dernier. Toute cette… farce lui fera plus de mal que de bien ! Si cela ne l'a pas tué avant l'aube…

«- Alors soit la malédiction aura disparu, soit les rayons du soleil l'achèveront.» La voix du jeune professeur avait sonné de manière cinglante. Les mises en garde de Lupin, Dumbledore et MacGonagall lui tournaient la tête. Mais quel autre choix leur restait-il ? «S'il meurt, asséna le Gryffondor sans un regard pour Lupin, quelque soit la façon dont il doit mourir, j'en prends la responsabilité…»

Le sujet était clos. Harry regarda leur «installation» une dernière fois : la salle sur demande avait pris une forme octogonale. Chacune de ses huit faces étaient un miroir, même la porte quand elle se refermait. Le sol lui-même en était un, ainsi que la coupole du plafond. Mais dans l'immédiat, ils étaient opaques : les deux sorciers leur rendraient leur réflexion en quittant la salle. En son centre, ils avaient étendu, nu, Severus, qui geignait et tremblait spasmodiquement.

Depuis qu'il l'avait vu pour la première fois au matin, Remus avait l'impression que son état avait empiré à vue d'œil : la peau devenue presque translucide du Serpentard semblait à présent marbrée. Elle était froide au toucher, et le lycanthrope avait cru porter un cadavre en aidant Harry à le transporter. Paradoxalement, Rogue devait souffrir d'une violente fièvre intérieure car son souffle était brûlant. Comme fasciné, Lupin ne pouvait détacher son regard de son cou, où les deux morsures à gauche semblaient pulser, tandis que la carotide droite, frénétique, pompait rapidement, trop rapidement, le sang du cœur vers le cerveau… Merlin ! Mais même s'il survit à cette nuit… dans quel état demeura-t-il ? En proie au malaise, Remus observa les veines violettes qui partaient de la blessure en se ramifiant le long de la joue gauche, de l'épaule, du bras et de la poitrine. Il ne pouvait se détourner du triste «tableau» que leur donnait à voir Severus. Ce dernier réagit soudain en laissant rouler sa tête vers eux : ses paupières sombres craquelèrent et deux yeux brillants vrillèrent les deux Gryffondors.

«Harry ! cria Remus, son instinct d'homme-loup ne le trompant jamais. On sort ! Maintenant !! Vite !!»

Il prit son ami par le bras et se rendit compte que le jeune homme s'était lui aussi laissé hypnotiser par ce spectacle morbide. Avec horreur, il eut juste le temps de constater que Rogue avait cessé de trembler et semblait s'être redressé sur les coudes. Il se traînait vers eux, nota Remus. Cette chose se traînait vers eux ! A moitié hystérique, il entendit dans un rêve Harry crier : «Reflectio !!». Un éclair les éblouit et le jeune professeur referma la porte sur eux : un hurlement étouffé retentit derrière le mur qui se reformait, recouvrant et cachant la salle sur demande. Quand cette dernière disparut, tout fut silence.

«La salle demeura inaccessible jusqu'à demain matin, marmonna Harry qui reprenait son souffle, appuyé contre le bord d'une fenêtre.

«- Cela ne fonctionnera pas ! éructa Lupin, tombé à genoux.

«- Alors le soleil qui rentrera par la porte se reflétera sur les miroirs, et tuera la créature qu'il sera devenu…

«- Tu n'as pas vu ses yeux à l'instant ? Il est déjà transformé !» Harry ne répliqua rien. Ils avaient fait ce qu'ils devaient faire, même si Remus persistait à ne pas le reconnaître. Il ferma les yeux de fatigue et espéra, comme il n'aurait jamais cru pouvoir le faire pour son ancien et honni maître des potions ; il espéra que Lupin avait tord et que le lendemain matin Severus serait toujours vivant dans cette salle…

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L'instant d'avant, il rampait nu au sol, attiré par une odeur de sang tel une bête féroce. Puis, il y avait eu un grand éclair de lumière magnifique : il s'était vu nimbé de blanc, et pendant un court instant, il s'était senti pleinement lucide. Cela faisait des jours que ça ne lui était pas arrivé. Il vit son pauvre corps, ravagé par le vampirisme, mais il n'en fut pas horrifié. En réalité, il crut qu'il était mort : en tant qu'alchimiste, il considérait la lumière comme la matière ultime, la limite de la transformation chimique de tous les corps ; un pouvoir et un état aussi difficile à obtenir que la pierre philosophale ; or, il lui semblait se fondre dans cette lumière aveuglante ; l'idée que son cadavre débile et monstrueux allait atteindre cet aboutissement apaisait son âme tourmentée. Il avait littéralement vécu une vie de souffrance, et ces derniers jours obnubilés par Lucius l'avaient plus accablé que des années de faux dévouement envers le Seigneur des Ténèbres. Mais c'était fini, mort… mort… mort…

Une douleur inhumaine lui frappa soudain le crâne, comme autant de coups portés par une multitude de Doloris. Les paupières serrées, un hurlement lui déchira les oreilles et il comprit que ce son affreux sortait de sa gorge. Il devait le reconnaître : il était toujours vivant. Il ouvrit les yeux et le regretta aussitôt : incapable de les refermer, il ne pouvait échapper à sa propre image.

Partout et à l'infini, des miroirs le démultipliaient. La coupole du plafond l'emmenait dans des hauteurs vertigineuses, mais le pire était le sol, qui était comme un gouffre sans fin. Il se força à ne regarder que les murs, mais peine perdue. Comment échapper à une quelconque dimension, que ce soit les points cardinaux, le levant et le couchant, la chute et l'élévation, dans une pièce qui n'était que réflexion pure ?

Ses paupières refusant toujours de se fermer, il plaqua ses mains tremblantes sur son visage. Sa tête tourbillonnait, il eut un vertige et un haut-le-cœur : mais il ne rendit rien, sa bouche demeurant désespérément sèche. Il avait soif, il voulait du sang. Ne sachant plus ce qu'il faisait, il se mordit le poignet et aspira avec avidité son propre fluide vitale. La sueur coulait de son front alors qu'il satisfait son besoin, ne se rendant pas compte qu'il s'affamait et se tuait en même temps.

Les pleurs improbables d'un nourrisson retentirent. Détournant son attention, il n'avait pas remarqué que les miroirs ne le reflétaient plus. Autour de lui, il y avait un décor : c'était une chambre où une femme dans un lit berçait doucement un nouveau-né. Un homme au nez aquilin regardait sa toute nouvelle fierté avec amour. Severus ne reconnut pas tout de suite son père et sa mère, car il ne les avait jamais vus aussi heureux.

La douleur revint dans sa tête, l'aveuglant un instant. Une autre chambre, sa chambre : il était au pied d'un lit, ses cheveux en bataille rabattus sur son front. Au dessus de lui, les ombres de ses parents poussaient des hauts cris : l'homme avait surpris sa sorcière de femme usant de la magie pour amuser son fils. Eileen faisait toujours de beaux papillons colorés pour le petit Severus, qui essayait vainement de les attraper. Mais désormais, il n'y aurait plus de papillons. Serrant ses genoux contre lui, il cacha sa figure pour pleurer.

Tout tourna une nouvelle fois, puis Rogue se vit lui-même assis sous le Choixpeau magique pour la cérémonie de répartition. Il voulait devenir fort, il voulait honorer le sang de sa mère ; il se vengerait un jour de son père, il lui rendrait coup pour coup. Il allait prouver aux yeux des autres qu'il valait autant qu'eux, non, qu'il les surpassait tous. Le Choixpeau cria : «Serpentard !!». Il sourit intérieurement : au moins, allait-il dans la maison de sa mère.

Rogue passa ses mains devant ses yeux, tandis que le décor changeait à nouveau. Pourquoi voyait-il tous ses souvenirs comme s'il était spectateur ? Un coup le fit tomber et il découvrit avec horreur son père penché au-dessus de lui. Il vociférait, mais l'adolescent à ses pieds ne comprenait pas un mot : le jeune homme tâta ses oreilles et sursauta en les découvrant en sang. La ceinture claqua à nouveau dans son dos, encore et encore. Il aurait pu l'arrêter à tout moment, mais il n'arrivait jamais à user de la magie contre son père. A croire qu'un sort l'en empêchait.

Le dos rouge de ces coups reçus pourtant vingt ans auparavant, Rogue reprit lentement son souffle, recroquevillé en boule sur le sol. Une main douce effleura ses cheveux : il n'était plus ni chez lui, ni à Poudlard, mais au manoir Malefoy, allongé sur le carrelage noir du bureau du seigneur Abraxas. Le grand homme était cependant mort, et son fils avait fait de cette pièce la sienne : il interdisait à quiconque d'y entrer, même à sa propre mère. Mais Lucius y avait emmené Severus. Non pas qu'il avait confiance en lui, mais il le dominait. Son petit Prince se laissait faire. Et incliné vers lui, il caressait ses mèches, son front, posant parfois des baisers dans sa nuque.

Rogue se rappela soudain ses crocs contre son cou. Il roula sur lui-même pour se dégager, mais il était seul, étendu dans l'herbe. Il faisait nuit et une bruine glaciale tétanisait son corps. Il eut à nouveau conscience de sa déchéance, mais cette fois nulle blessure due à un vampire : trois griffures de loup-garou profondes barraient son torse. Quelqu'un était encore penché vers lui. Il reconnut Potter. Le Maraudeur lui demanda s'il l'entendait. Evidemment, mais il ne lui fit pas plaisir de lui répondre. Si seulement il pouvait fermer les yeux.

Un tournis supplémentaire et il se retrouva à genoux, au milieu d'une étoile cabalistique. Son bras lui cuisait, mais cette souffrance n'était rien : un esprit étranger et intrinsèquement maléfique envahissait petit à petit chaque partiel de son être. La voix de son nouveau Maître siffla contre son cœur, lui retournant les entrailles : «Je t'accueille parmi mes Mangemorts, jeune Severus Rogue. Sois-moi fidèle. Que ta vie soit mienne, et tu n'auras pas à le regretter…» Merlin ! Qu'avait-il fait ? «Tu doutes, c'est normal, mais je ne le tolérai pas plus longtemps…» Un tiraillement comprima son avant-bras gauche, puis la tension se relâcha. Il inspira profondément. «Relève la tête, Severus. Je vais te donner ce que tu souhaites de tout ton cœur : une vengeance…»

Le sang lui éclaboussa le visage. A ses pieds, gisait le cadavre disloqué de son père. Encore et encore, il l'avait massacré, passant en revue tous les sorts de magie noire qu'il connaissait. Il l'avait achevé à coup d'Endoloris, n'arrêtant le sort que lorsqu'il fut sûr que le cœur de son père avait lâché sous la pression. Bizarrement, aucun charme ne l'avait retenu de commettre l'effroyable. Vengé, il était vengé. Et cette fois, il vomit pour de bon, de la bile, du sang… Les crampes ne lui laissaient aucun répit : les yeux grands ouverts, il ne voyait que du rouge. Il ne pouvait avoir voulu ça ?! Un rire sardonique résonna dans sa tête et il perdit connaissance.

Pas longtemps, car il fuyait à présent des Aurors qui les avait surpris dans une expédition punitive : les choses avaient dégénérés lorsque Roldolphus, Barty et Bellatrix s'étaient mis à torturer les Londubat. Severus avait essayé de les en empêcher, mais la femme l'avait repoussé d'un Expelliarmus. Cependant l'Ordre du Phénix avait au moins réussi à s'emparer des Lestrange, tandis qu'il coursait les Mangemorts en déroute. Très blanc, Severus sentait la fièvre le dévorer. Il trébucha.

Un vieil homme lui parlait doucement, mais il était trop malade pour le comprendre. Une main douce caressait son front : le geste se voulait apaisant, mais il le terrorisa. Il commença à s'agiter, tâchant de se dégager de chaînes imaginaires. Son avant-bras gauche était en feu, et rien ne parvenait à le soulager. Pourquoi n'était-il pas mort ? Il voulait mourir, laissez-moi mourir !

Il roula sur lui-même : le monde changeait encore et encore. Il se vit enfin adulte. Il revit Harry Potter et ressentit à nouveau le sentiment de haine qu'il avait depuis longtemps nourri envers le garçon. Il se vit encore à genoux devant le Seigneur des Ténèbres. Il sentit dans son corps la torture que se chargea de lui donner Bellatrix. Combien de fois avait-il supplié la Mort de le prendre ? Combien de fois ?!

Et la Mort avait alors pris visage : beau et étrangement jeune sous sa peau diaphane, Lucius s'était emparé de lui. Il s'était abandonné, car il n'avait jamais résisté à Lucius. Il l'avait laissé le mordre et boire son sang. Il lui avait ouvert sa porte quand il était revenu. Il l'avait appelé avec désespoir quand il ne venait pas. Il s'était donné tout entier, car c'était la seule choses qu'il eut jamais su faire : lui qui avait ardemment désiré soumettre, il avait toujours rampé. Devant son père, devant Voldemort, devant Albus, devant sa mère, devant Lucius…

Il était entouré de miroirs, et il se voyait à l'infini. Sa soif de sang était tarie et sa fièvre vampirique avait disparu. Lentement, il ferma les yeux et se mit à pleurer.

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Le soleil s'engouffra dans la pièce et deux silhouettes formèrent deux ombres dans le pourtour de la porte. Il tendit les mains vers la lumière, comme un mourant entrant en pâmoison. Quelqu'un s'agenouilla à ses côtés, mais il se trompa en reconnaissant Potter : «James…» Il eut un sourire. Sa voix était rauque, mais ferme : «Harry… Stupide Gryffondor… Toujours à vous mêler de ce qui ne vous regarde pas...»

(à suivre...)


Honnêtement, ce n'est pas tout à fait ce que je voulais écrire (je parle de toute la partie dans le kaléidoscope), mais au final je trouve que ça rend pas trop mal... Hein ? sadique ? mais vous devriez être habitués depuis le temps, non ? En tout cas, j'espère que ça vous a plu...

Dans le prochain chapitre, Severus aura le temps de souffler un peu. Je vais laisser se remettre de ses émotions, le pôvre petit, avant de...

NB : désolée pour les fautes d'orthographe qui, certainement, parsèment le texte. Je n'ai malheureusement pas eu le temps de me relire. Mais je corrigerai les éventuelles fautes à mon retour...

Edit du 24 fév : avant le chapitre suivant (pas fini), je vous informe que je suis "I'm back" et en un seul morceau (ce qui n'était pas couru d'avance, car moi et le ski ça fait trois...). J'ai corrigé quelques coquilles (mais des fautes ont dû m'échapper encore) ainsi que la plus grosse erreur de mon chapitre (carotide ! carotide !!) dont je m'excuse. Pourtant, je n'étais pas si mauvaise en biologie... mais voyez-vous, j'ai passé ces cinq dernières années à occulter les matières scientifiques... (depuis la fin de la 1ère) : une réaction stupide due à mon aversion pour les maths... Bref, je prendrai le temps d'ouvrir une encyclopédie la prochaine fois plutôt que de me fier à mon "instinct" erroné... Encore désolée...

A plus !