Merci pour les reviews... Et si vous continuiez comme cela? hein? Moi j'aime...Et une Hagaren contente est une Hagaren qui publie! :p (ben vui, ça marche comme ça ^_~) Allez hop, au taff ^^

Enjoy!

Hagaren


Chapitre 6 :

- Arrête de bouger ! tu vas finir par me foutre en rogne pour de bon!

Il rapproche sa bouche de mon oreille, et son murmure aviné me terrifie :

- Et tu sais ce qu'il va t'arriver si je me mets en colère ?

Ses acolytes se réjouissent grassement. Je voudrais vomir, tellement le dégoût me submerge. Mais je ne peux pas : la peur scelle mes lèvres.

- Retourne-toi, petite pute !

Encore une fois, les mains sur moi cherchent mes vêtements pour mieux les déchirer. J'ai compris que plus je résiste, plus je me débats, plus les trois hommes sont excités. Je demeure glaciale, insensible, totalement méprisante envers ces trois adultes qui s'en prennent à une adolescente. J'ignorais alors que je garderais cette attitude des années durant.

Soudain, j'entends une voix qui se rapproche. Une voix qui crie mon nom. L'espoir, un espoir fou me saisis : j'ai reconnu la voix de Grand Frère ! Il vient me sauver !

**********************

Je me redresse brusquement, et demeure assise sur la couchette, en proie à une terreur qui me broie littéralement toute entière. Mon cœur cogne dans ma poitrine comme un marteau piqueur fou. Je prends ma tête entre mes mains : Mais quand est-ce que ces cauchemars vont-ils enfin arrêter d'hanter mes nuits ?

Je regarde autour de moi, cherchant des yeux quelque chose qui pourra apaiser ma peur et me faire oublier les images de mon cauchemar.

Je ne cherche pas longtemps : je viens de voir Edward endormi près de moi. Un léger sourire flotte sur ses lèvres ; il a l'air plus détendu, plus jeune aussi. De le voir ainsi abandonné dans son sommeil, enroulé autour de moi et sa main près de ma cuisse me console rapidement. Grâce à lui, au moins je n'ai plus peur des contacts, désormais.

Comme s'il avait senti mon regard peser sur lui, il entrouvre les yeux, et ses prunelles d'or croisent les miennes. Il me sourit, et se redresse à son tour pour venir contre moi. Le dos calé contre son torse, je ferme les yeux et me laisse complètement aller contre lui, comme si je tentai d'absorber son énergie, sa chaleur.

J'ai l'impression que ma place a toujours été là, entre ses bras.

Son automail effleure doucement mes cheveux, pour redescendre le long de mon bras. Même si c'est un morceau de métal qui touche ma peau, la caresse est si douce que je réagis instantanément. Je m'abandonne encore plus, savourant le contact de son corps contre le mien.

Nous en somme à nous embrasser éperdument encore une fois, quand un énorme claquement, sec comme un immense coup de fouet, retenti à l'extérieur de la tente. Nous sursautons tous les deux, mais Edward est le plus rapide ; il se lève d'un bond, et ouvre le pan de tissu à la volée. Il est complètement nu, mais ça n'a pas l'air de l'inquiéter beaucoup. En l'espace d'une fraction de seconde, il a transmuté son automail en une lame acérée, prêt à se lancer dans la bagarre si besoin est.

Mon intuition me dit pourtant que nous ne sommes pas en danger, et quelques secondes plus tard, le grondement du tonnerre qui se propage me donne raison. Le bruit de tout à l'heure n'était que le foudre tombant certainement tout près d'ici.

Tout en me rinçant l'œil devant le spectacle d'Ed nu de dos devant l'ouverture de la tente, je me lève à mon tour et viens me coller contre lui une seconde fois. J'ai besoin de sentir sa peau contre la mienne. Et dire que les contacts me dégoutaient jusqu'il y a peu…

Mes mains s'égarent depuis sa taille jusqu'à son torse, poursuivent leur course dans le dos pour revenir sur son ventre. Je l'entends gémir sous mes caresses. J'adore.

La foudre se manifeste à nouveau en zébrant le ciel. Visiblement, l'orage arrive droit sur nous.

Tout en continuant mon exploration de son corps, je lui glisse à l'oreille :

- Tu ne crois pas qu'on ferait mieux de lever le camp ? Si ça continue, on va se retrouver grillés par les éclairs…

Et à peine les mots sortent de ma bouche que la lumière se fait dans mon esprit : Je viens de comprendre pourquoi Edward et moi ne pouvons nous empêcher de se toucher lorsque nous nous retrouvons près de l'autre ; c'est tout simplement dû à la foudre.

Lorsque j'ai eu cet « accident » chez moi, j'ai été foudroyée alors que j'embrassais le Ed de papier. Je croyais mourir, mais au lieu de ça, je me suis retrouvée projetée dans un endroit qui n'existe que sur une planche de dessins, celui que je tenais précisément dans mes bras.

Vu que j'avais mes lèvres collées aux siennes à cet instant, le fait de me retrouver à proximité de leur propriétaire en chair et en os doit avoir une incidence sur l'électricité ambiante. Comme elle a été interrompue dans son travail en en me tuant pas mais en me projetant dans un autre monde, la foudre nous a joué un tour à se façon : nous devons recommencer le même geste de départ, et nous toucher encore et encore pour éviter d'être foudroyés encore une fois.

Quand je suis proche de l'Edward vivant, je suis tout simplement… électrisée.

Je me mets à rire : nous venons de réinventer malgré nous l'expression « avoir un coup de foudre ».

Interloqué, il se retourne vers moi :

- Qu'est ce qu'il y a de drôle ? C'est l'approche de l'orage qui te met dans cet état ?

Tout en continuant de rire, je noue mes bras autour de son cou et pose mon front dans le creux de son épaule :

- Non, c'est rien, je viens juste de penser à une chose… Je t'expliquerai plus tard.

Pendant que je parlais, il avait replié son bras vers moi, et sa main avait chatouillé mon oreille, pour ensuite faire exactement la même course sur ma peau que celle qu'il avait subit de ma part quelques secondes auparavant.

Je me sens mollir, et si je ne me raccroche pas à lui très vite, mes jambes ne vont bientôt plus me porter.

Il se sépare pourtant de moi, visiblement à regrets, et tout mon être se plaint de cette soudaine absence.

- Tu as raison : je crois qu'il vaut mieux qu'on se casse vite fait.

Une légère pluie fine tombe, et les chevaux sont trempés. Mais ils sont visiblement ravis de nous voir nous approcher d'eux pour les seller. Rendus nerveux par l'orage, ils piaffent d'impatience, et agitent la tête pour nous faire partager leur volonté de s'éloigner d'ici au plus vite.

Nous avons replié notre maigre bagage assez rapidement, vu que nous avons bien pris soin de nous rhabiller loin de l'autre, afin de résister à l'envie de nous déshabiller mutuellement encore une fois. Au bout de quelques centaines de mètres, les chevaux semblent se détendre un peu ; notre présence a dû les apaiser, car ils s'agitent moins et gardent un petit trot régulier.

Même si je n'ai pas eu un vrai sommeil réparateur digne de ce nom depuis très longtemps, je me surprends à ne pas être fatiguée ; de plus, je garde le sourire et une bonne humeur que je ne connaissais plus. Et je ne veux même pas savoir pourquoi.

- Dis-moi… Est-ce que je peux te poser une question ?

- Vas-y…

- Qu'est ce qui te fait peur comme ça ? Ce doit être terrifiant, pour que tu cries de la sorte à chaque fois que tu dors.

Ma bonne humeur s'envole aussitôt. Il se tourne légèrement vers moi, et encore une fois, j'ai vraiment l'impression de passer un scanner quand il me regarde de cette manière; aucune échappatoire possible, je suis obligée d'entendre ses paroles.

Mais je me dérobe, comme toujours. Je n'y peux rien, je me suis conditionnée à me replier, à ne pas m'exposer, et surtout à cacher ma sensibilité par mon cynisme et mon agressivité:

- Qu'est ce que tu raconte ? Je n'ai pas peur ! il n'y a rien qui m'effraie !

J'ai haussé le ton sans même m'en rendre compte, espérant me convaincre moi-même par ma voix haut perchée. Manque de bol, ça n'a pas l'air de fonctionner vraiment. Aucun de nous n'est dupe.

Edward ne réplique pas. Il me regarde longuement, et il fait passer tellement de choses par ses prunelles limpides que les larmes montent aux miennes. Puis il se penche doucement vers moi pour caresser mes cheveux. Il attire mon visage vers le sien, et me chuchote à l'oreille avant de m'embrasser :

- Nous en reparlerons… Quand tu seras prête.

Freud et tous les autres, tous ceux qui ont voulus « m'aider » après mon agression et qui n'avaient fait que vous écouter parler, vous pouvez aller vous rhabiller.

Visiblement, l'orage n'a pas changé de place, car plus notre chevauchée nous éloigne de l'endroit ou nous nous trouvions, plus le bruit assourdissant des coups de tonnerre s'estompe, devenant un lointain grondement sourd, comme un chat en colère.

Concentrés sur l'orientation de notre course, nous ne parlons pas. Mais il n'empêche que je me triture les méninges non stop devant l'attitude à tenir désormais vis à vis de l'alchimiste. Dois-je parler librement avec lui de la nature de mes cauchemars, chose que je n'ai jamais avouée à personne, ou bien vais-je garder encore une fois le silence, comme je sais si bien le faire depuis toutes ces années ?

Une partie de moi souhaite se libérer de ces démons qui me taraudent, même si jusqu'à présent, je ne lui pas laissé l'occasion de s'exprimer. Le pire, c'est que je sais pertinemment que cette attitude est en train de me bouffer toute entière.

Je sais que j'ai peur, et que c'est simplement de la lâcheté qui me bâillonne ; mais d'un autre côté, c'est tellement plus confortable pour moi… En étant inapprochable, je n'ai pas à m'expliquer, et sans explications, je n'ai pas à revivre cette douleur. Seuls mes cauchemars me rappellent l'horreur que j'ai vécue cette nuit là.

Alors pourquoi changer d'attitude, pourquoi me mettre en danger devant quelqu'un que je ne connais pas malgré notre nuit passée ensemble, et mettre mon âme à nue ? Pourquoi devrais-je changer de comportement, alors que j'ai tout juste réussi à prendre le contrôle sur ma vie, même si ce contrôle là est bancal ? Que dois-je faire ?

Ed me tire brusquement de ma rêverie :

- Nous avons avancé plus vite que prévu, on dirait. Nous arrivons bientôt près de la forêt qui mène à Rizembul. Est-ce que tu te sens de continuer encore, histoire qu'on puisse camper dans la forêt plutôt que dans le désert ?

- C'est bon, je ne suis pas fatiguée, on peut continuer… Après tout, c'est toi le guide de cette expédition!

Beau joueur, Edward accepte ma blague à deux balles, et sourit à son tour. Qu'est ce qu'on peut avoir l'air débiles, tous les deux, à se forcer à sourire, alors que ni lui ni moi n'en avons envie !

Mais la tension installée entre nous était trop forte ; il apprécie sûrement autant que moi toutes les tentatives, si médiocres soient elles, pour la faire retomber.

Je relève la tête et regarde autour de nous : l'aube est déjà là, elle s'est pointée subrepticement sans qu'on la remarque, et maintenant ses couleurs si particulières jouent à cache-cache avec les montagnes environnantes. Mais je n'ai pas l'âme particulièrement bucolique, et mon cynisme refait surface. De me voir assise sur un canasson, à côté d'un mec beau à tomber par terre, avec lequel je viens de m'envoyer en l'air, et tout ça dans le soleil levant aurai de quoi faire fondre n'importe quel cœur un tant soit peu fleur bleue.

Mais en ce qui me concerne, je sens que si j'entends des piafs se manifester, je vais me mettre à vomir. Je comprends mieux pourquoi j'ai hérité du délicat surnom de « Reine des Glaces ». Je soupire et reprends mon dialogue avec ma conscience, à moins que ce ne soit avec mes démons, je n'ai jamais vraiment su qui j'essayai de convaincre.

Regarde les choses en face, Ran, et sois honnête avec toi-même pour une fois : il y a deux jours, tu devenais hystérique en te rendant compte que tu avais perdu les repères de ta vie quotidienne, et maintenant tu serais capable d'exécuter une danse de la pluie au beau milieu d'un désert afin de rester près d'Edward le plus longtemps possible.

Bon sang, arrête ! Tu es en train de tomber amoureuse d'un personnage de bd ! Et le tien, en plus ! Cette situation est infaisable, ma vieille ! De plus, as-tu seulement remarqué à quel point ça t'a été facile de faire l'amour avec lui, de le laisser te déshabiller, te toucher, te pénétrer ? Et tu crois sincèrement que c'est quelque chose de parfaitement cohérent, de faire ça, la chose que tu avais jusqu'à présent le plus de mal à simplement envisager, avec un mec qui n'existe pas dans ton monde ? Même s'il vient de te prouver plus d'une fois qu'il était un être fait de chair et de sang ?

Tu imagines les conséquences pour toi, pour vous deux même, si tu décidais de rester ici ? Songe à ta famille, à Hiromu, comment réagiraient-ils si jamais tu disparaissais brusquement ? Tu ne sais pas par quel miracle tu as atterri ici, et tu crois naïvement qu'il y en aura un tous les jours pour que l'équipe d'Hiromu te dessines sans se poser de questions, et sans rien remarquer ?

Si tu arrêtais de regarder que ton nombril pour une fois, et pensais un peu aux autres pour changer ? Et Ed ? Tu ne crois pas que ta présence va chambouler pas mal de choses dans sa vie ? Al, Winry, et les autres, sans parler des militaires que tu as réussi pour l'instant à éloigner, tu crois sincèrement qu'ils vont accepter ta venue sans broncher ? Et puis, tu deviendrais quoi, ici ? Menteuse professionnelle ? Écran de fumée pour les dirigeants de l'armée ? Ou bien passer les prochaines décennies en prison pour réparer ce que tu as fait ?

Mets-toi un peu à la place des autres : si tu étais la petite amie d'une bombe comme lui à Tokyo, et qu'une fille débarquée de nulle part se mettait à lui rouler des pelles, et partait plusieurs jours en tête à tête avec lui, tu le vivrais comment, hein ? Tu dirais « amen » sans rien faire ?

Alors, arrêtes de gémir sur ton sort, et regarde la vérité en face : il vaut mieux, et pour tout le monde, que tu repartes d'où tu viens.

Et pour cela, tu dois commencer par faire une chose qui t'es très difficile : avouer la vérité.

Et le plus tôt sera le mieux.