Un décès dans la famille

Titre : A death in the family

Auteur : Norah Rose

Traductrice : Azweig

Statut de l'histoire : terminée (14 chapitres)

Statut de la traduction : en cours (8/14 chapitres)

Note de l'auteur : Bonne Saint-Valentin, mes chéries ! Profitez bien et sachez que vos impressions sont toujours grandement appréciées !

Note de la traductrice : C'est sans aucun honte que je présente ce chapitre avec deux semaines de retard, parfaitement. Enfin, peut-être un peu de honte puisque pour me faire pardonner vous aurez les chapitres 7 et 8 dans le courant de la semaine (dimanche dernier délai, vous avez ma parole!). J'adore ce chapitre mais je vous laisse découvrir pourquoi... J'espère que ce début de vacances se passent agréablement pour vous toutes! Bonne lecture.


Chapitre 06

John dévala les escaliers jusqu'à la cuisine sans s'arrêter pour attendre Sherlock. Il ne savait pas quoi lui dire, alors il ne dirait rien. Il oublierait tout de l'incident si Sherlock en faisait de même et Sherlock le ferait certainement. Il n'était pas très porté à parler de ses sentiments, s'il en avait.

Par ailleurs, Sherlock avait sûrement seulement suivi les signaux de John. Signaux qu'il n'avait pas envoyés exprès, bien entendu. Signaux que Sherlock devait avoir mal interprétés.

Bien.

Cela n'importait pas dans tous les cas, n'est-ce pas ? Ils continueraient à faire comme si rien ne s'était passé. Ils s'assiéraient ensemble et passeraient un dîner charmant, participeraient au vain bavardage de sa mère, monteraient se coucher, se glisseraient dans leurs lits séparés et tout serait terminé au matin.

C'était le plan. Excepté le fait que lorsque John tourna au coin de la cuisine et trouva sa sœur en train de sangloter sur l'épaule de leur mère, le plan se brisa brusquement en mille morceaux.

Harriet avait toujours été l'émotionnelle. Là où John préférait de loin rester stoïque dans les situations difficiles, Harry était perméable à tous ses sentiments. C'était en partie la raison pour laquelle ils avaient tant de mal à s'entendre. Harry était souvent trop dure à supporter.

Elle était belle d'une certaine manière, simple et à l'aise. John avait toujours eu l'impression qu'elle était la plus attirante d'eux deux. Elle était petite et délicate, mais ses yeux, expressifs, étaient typiquement de ceux qui demandent le respect. Mais maintenant, avec ses cheveux couleur sable attachés en une basse queue de cheval et les ombres noires autour de ses yeux, elle ressemblait à une véritable épave. Elle avait bu. C'était immédiatement remarquable. John savait à quoi elle ressemblait lorsqu'elle avait bu. Il l'avait vu ainsi trop de fois.

Harriet n'était pas le type de personne qui pouvait boire un ou deux verres. Elle ne pouvait pas s'arrêter à quelques bières. C'était tout ou rien à chaque fois et c'était dangereux pour tout le monde.

Sa relation avec leur père avait été… tendue, au mieux, et c'était son addiction qui les avait empêchés de se parler pendant des années au final. Ses crises de larmes étaient compréhensibles. Elle n'avait pas du tout parlé à Roger depuis des mois et il était maintenant parti. John connaissait ce sentiment. Bien qu'Harry soit passée par des moments difficiles, elle avait tenté de se reconstruire. Mais elle était retombée dans ses vieilles habitudes destructives trop souvent et leur père n'avait finalement plus rien voulu avoir à faire avec elle jusqu'à ce qu'elle soit complètement clean.

John comprenait les sanglots qui secouaient son corps. Le perdre avait été un choc, pour dire les choses faiblement. Mais l'alcool. Il ne comprenait pas l'alcool. L'alcool avait déchiré sa relation avec Roger en premier lieu. L'alcool comme réaction à sa mort était l'exact opposé de ce qu'il aurait voulu. Et quelque part John était sur que c'était pour cela qu'Harry avait bu. Comme pour le contrarier une dernière fois, comme elle avait toujours essayé de faire.

Une colère aveugle emplit John avec une soudaine chaleur. Lorsque Harry vit qu'il était entré dans la chambre, elle se rua vers lui, les bras grand ouverts, et l'attira à elle. L'odeur de l'alcool emplissait l'air et John ne pouvait le supporter. S'il n'y avait pas eu ces circonstances, John aurait pu faire face à la situation. Il aurait pu être compréhensif. Mais son père était mort. Son père était mort et sa sœur, encore et toujours, ne pouvait pas faire une seule putain de chose comme il fallait. Il se défit violemment de l'étreinte et leva une main à son front, combattant l'envie d'exploser ici et maintenant.

« Je sors », dit-il, attrapant son manteau sur une des chaises sur laquelle il avait été déposé et se détournant de sa mère et de sa sœur avant qu'il ne puisse apercevoir aucun regard interrogatif.

« John, les funérailles sont demain. Il y a des choses dont nous devons discuter. »

« Je sors… pour boire ! » aboya-t-il, fusillant du regard Harry. Sa mère grimaça et baissa les yeux vers le sol. Il ne put pas retenir le grognement qui s'échappa de sa gorge. L'expression de sa mère resta blessée et il ressentit une vague de remords le submerger. Ce n'était pas sa faute à elle. Rien n'était de sa faute. Ni son père, ni Harry… « Je suis désolé », dit-il, serrant ses mains en poings fermés. « Je ne peux pas, maman. Je ne peux juste pas… » il désigna Harry d'un geste. « Je ne peux pas gérer ça dans l'immédiat. Je suis désolé, j'ai besoin de sortir. Je dois sortir. Nous discuterons lorsque je rentrerais, je te le promet. »

Harry sembla émerger assez de son brouillard d'ivresse pour réaliser qu'il faisait référence à elle. « John, John… » Elle chercha à atteindre son bras mais il la repoussa. « Je vais bien, John. Juste bien. J'ai juste bu un verre. Peut-être deux. Tu comprends. Ce n'est rien. Pas de problème. » Ses mots étaient mangés et mélangés d'une manière qui renseigna John sur le fait qu'il y avait définitivement un problème.

« Maman, j'y vais, d'accord ? » Il ne pouvait pas répondre à Harry. Ne pouvait ne serait-ce que la regarder. Son père avait travaillé si dur à tenter de lui venir en aide et aujourd'hui elle avait utilisé sa mort comme une excuse pour revenir doucement mais sûrement à ses vieilles habitudes.

John prit la direction de la porte et se rappela alors qu'il n'avait aucun moyen de transport. Il voulait appeler un taxi depuis son portable mais sa mère s'approcha de lui et lui glissa les clés de voiture dans la main. « Va alors. Prends l'air. » dit-elle, sa main chaude dans son dos.

« Et Sherlock ? » lança-t-elle juste au moment où John fermait la porte. John chancela, hésitant pendant un instant, avant de se secouer et de poursuivre sa fuite en avant. Au diable tout ce bordel. Il monta dans la petite voiture de sa mère et s'en alla en direction du bar du coin. Si Harry, l'alcoolique locale, était autorisée à boire alors putain, lui aussi.


Lorsque Sherlock trouva le chemin du bar, John était déjà bien parti pour être complètement bourré. Bordel, il était déjà complètement bourré. Il avait descendu verre sur verre dans l'espoir que tout disparaisse, juste pour un instant, mais une main chaude sur son épaule le sortit de ses divagations. Il se retourna brusquement sur son siège pour voir Sherlock surgir au-dessus de lui, un pli inquiet entre ses sourcils.

« Sherlock ! » dit John avec un sourire heureux. Il avait toujours eu la boisson joyeuse. De ses années d'université, il avait appris les dangers que son état émotionnel lorsqu'il buvait engendraient. L'alcool le rendait tactile et ouvert. Il se réveillait presque toujours aux côtés d'une femme… ou d'un homme… qu'il connaissait à peine. Apparemment l'alcool révélait le fait que son orientation sexuelle était elle aussi légèrement tactile et ouverte. « Allez viens, Sherly » bafouilla-t-il, attrapant Sherlock par son manteau pour le faire s'asseoir à côté de lui. « Prends un verre avec moi. »

« Je pense que tu as peut-être assez bu pour nous deux. » La voix de Sherlock était feutrée alors qu'il se penchait sur John. « Nous devrions y aller. »

Sherlock chercha à se saisir du bras de John dans le but de le conduire vers la porte mais John saisit promptement sa main. « Si tu voulais me tenir la main Sherlock, tu pouvais simplement demander. »

La tête de John lui tournait et il lui était difficile d'interpréter clairement l'expression de Sherlock mais il paraissait inquiet. Plus inquiet que John ne l'avait jamais vu, en fait. Bien que John mette un temps considérable à interpréter quoique ce soit à ce moment précis.

Il se perdit dans ses pensées confuses pendant un instant. Lorsque son esprit fut assez clair pour qu'il puisse distinguer Sherlock à nouveau, il trouva son ami en train de se disputer avec le barman.

« Il en a eu trop. Clairement. N'y a-t-il aucune limite à la consommation d'alcool que vous pouvez accepter de quelqu'un sans conducteur désigné et présent ? »

La voix de Sherlock était acérée, rude, comme s'il était véritablement en colère contre l'homme travaillant au bar.

« Allez John, » dit-il, attrapant le poignet de John et le tirant avec une telle force que John ne considéra même pas l'idée de résister. Sherlock était fort, songea-t-il, un léger sourire lui échappant et se répandant sur son visage.

A l'extérieur, la voiture de Mycroft était garée, les attendant. John se rappela momentanément qu'il avait pris la voiture de sa mère pour sortir mais cette pensée était partie dès qu'il réalisa que Sherlock tenait toujours son poignet fermement, l'entraînant vers la voiture. Il pourrait venir chercher la voiture de sa mère plus tard.

Sherlock le poussa avec ménagements sur la banquette arrière de la voiture et se glissa à ses côtés. « Si tu sens que tu vas être malade, avertis le conducteur. » annonça froidement Sherlock, regardant fixement la vitre.

L'absence de contrôle de John sur ses élans et impulsions l'amena à se glisser de manière à être plus proche de Sherlock dans le but d'examiner correctement son expression. Il semblait… en colère ?

John leva une main pour décrire la courbe des lèvres de Sherlock. Il semblait à son esprit embrumé et rendu confus par l'alcool que c'était une idée parfaitement géniale mais Sherlock fit un bond à son toucher comme s'il le blessait.

« Es-tu fâché contre moi, Sherlock ? » demanda John, parvenant à faire courir une main dans les cheveux de Sherlock qui semblaient juste si… agréable au toucher.

Sherlock poussa un soupir mais n'évita pas le toucher de John alors qu'il tripotait les boucles sombres. « Non, John. Je ne suis pas fâché contre toi. » Ses yeux restèrent fixés sur la vitre même lorsque John continua à faire courir ses doigts dans ses cheveux.

Ça ne le faisait pas. John ne voulait pas que Sherlock regarde la vitre. Il voulait que Sherlock le regarde lui. Dans un petit souffle vexé, John mit sa main contre la joue de Sherlock et tourna doucement son visage pour rencontrer ses yeux.

Sherlock semblait éreinté. Légèrement effrayé. Et un petit peu comme s'il était en train d'essayer de lutter intérieurement contre quelque chose. John arbora un large sourire face à ce mélange d'émotions. Sherlock. Ce cher vieux Sherlock. Quiconque soutenant qu'il n'avait aucune émotion ne le connaissait vraiment pas du tout.

Et soudainement John était désespéré de l'embrasser, de sentir ses lèvres contre les siennes. Normalement son cerveau aurait rapidement rationaliser cela. Peut-être qu'il se serait dit qu'il était simplement fatigué, ou confus, ou déprimé, mais il était ivre à cet instant. Et l'ivresse le rendait honnête.

Il voulait Sherlock. Pas parce qu'il était triste ou seul, mais parce qu'il voulait juste Sherlock. A ce moment précis, avec l'alcool pulsant dans son organisme, il n'avait besoin d'aucun autre raison que celle-là.

John se pencha en avant et pressa ses lèvres sur celles de Sherlock. John était suffisamment conscient pour réaliser que les lèvres de Sherlock étaient incroyablement douces et chaudes, puis après cela, son esprit fut réduit à néant.

Il ne pouvait pas réfléchir. Ne réfléchir à rien d'autre, excepté à Sherlock.

Sherlock approfondissant le baiser, se rapprochant.

Amener Sherlock toujours plus proche grâce au col remonté de son manteau.

Gémir à travers ses lèvres alors qu'ils se pressaient l'un contre l'autre, aussi proches qu'ils pouvaient l'être l'un de l'autre.

C'était une tempête. Une tempête tourbillonnante de pensées sans queue ni tête, indéterminées et merveilleuses.

Et puis cela prit fin. Sherlock repoussait John loin de lui, murmurant des mots que John pouvait à peine entendre.

« Pas comme ça, » cru entendre John mais il n'en était pas sûr.

Ils étaient arrivés à la maison. Sherlock ouvrit la porte de la voiture et attendit pour être sûr que John le suivrait. Le conducteur, qui avait gracieusement prétendu ne pas voir ce qui se passait sur la banquette arrière, ne dit pas un mot mais lança un regard suffisant à Sherlock.

John se sentait vraiment fatigué maintenant et vraiment confus. Tout s'était déroulé si vite et il se sentait comme s'il était en train de valser et qu'il allait être malade.

Il n'était pas entièrement conscient de ce qu'il se passait mais la seconde d'après il savait qu'il était étendu dans un grand lit, sans ses chaussures.

« Dors. » Il entendit l'ordre de la voix familière.

Il fit comme on lui dit.


Ah l'alcool et son pouvoir de désinhibition... Mais gare au déni qui refait surface avec la conscience. Comment John va-t-il gérer la grande révélation de son attirance pour Sherlock? La suite au prochain chapitre!