NOTE : Tout d'abord, je tiens à m'excuser car certains attendaient ces chapitres mais j'ai complètement oublié de les publier sur ce site-ci... Mais voilà quand même le chapitre 5 promis (même si ce n'est plus vraiment une surprise... x)...).
Merci à Eanna pour sa correction.
Note pour ma Choupetta : Fais-moi savoir quand tu auras du temps pour ça, j'aimerais te faire part de quelques idées (par forcément sur L'inachevé, je me doute que tu manques de temps en cette douuuulouuuureuuuuse fin d'année =p).
Sur ce, bonne lecture !
La supercherie
Le feu ne brûle plus depuis longtemps dans l'âtre de leur cloaque de fortune quand Jenkins se laisse littéralement tomber sur le vieux sofa élimé. Aussitôt, Stewart accourt vers elle et tire une fiole bleue d'un sac poisseux :
« Bois-ça. Doucement. »
Le sang coule le long de la besace de Stewart. A l'autre bout de la pièce, Harry observe avec une sorte de complaisante fascination ces gouttes pourprées tomber sur le plancher humide. L'amertume de la défaite gît encore sur sa langue.
Dans un gémissement, Jenkins semble s'être assoupie. Ce n'est qu'illusion car, une seconde plus tard, elle tressaille, se tenant le bras :
« Ça fait mal ! Ah ! »
Stewart enlève sa cape, soulève ses manches. Sous la peau, une ombre rougeâtre apparaît :
« C'est un sortilège qui ronge le muscle. Il faut la déshabiller. »
Harry s'approche. Le visage de Jenkins est constellé de gouttes de sueurs et une affreuse grimace tord sa bouche :
« Vas soigner ta main, Stewart. Tu saignes abondamment. »
Le jeune homme lance un regard confus à son supérieur. Ce dernier pose la main sur son épaule :
« Je m'occupe d'elle. »
Stewart, après un dernier regard vers le visage torturé de Jenkins, acquiesce et se détourne. Il se lève, va à l'écart et, sur un long bout de ficelle tendu de part en part de la pièce, étend sa cape, pudique. Harry soupire.
Tandis que, doucement, il ôte peu à peu le pull de Jenkins, il repense à ce pourquoi ils en sont arrivés là. Une embuscade. Une stupide embuscade dans laquelle lui, Stewart et Jenkins sont tombés tels des enfants. De l'autre côté de la cape, Harry entend Stewart demander :
« On devrait attendre Greney. Il pourra la soigner.
– Il n'aura pas le temps de la soigner si elle perd son bras avant, réplique Harry. Le reste de l'équipe ne reviendra pas avant deux heures. »
Derrière la cape, plus un mot. Harry laisse un débardeur sur la poitrine de Jenkins qui frissonne. D'un coup de baguette, il réanime le feu dans la cheminée. Aussitôt, une chaleur diffuse se répand dans l'habitacle :
« C'est mieux comme ça ? »
Seul un gémissement répond à Harry. Tandis qu'il esquisse des mouvements de baguette au dessus de l'épaule et du biceps rougis de sa jeune coéquipière, il soupire une nouvelle fois et tente de concentrer sur la blessure. Une seule pensée appelle pourtant tout son esprit. Au loin, au dessus des vertes landes de l'Irlande, quelqu'un l'attendait peut-être.
OoO
Si McEldell a trouvé la jeune Dame bien tourmentée, ces temps-ci, il convient rapidement que cela devient de pire en pire. En effet, il ne peut s'empêcher de remarquer qu'Astoria Malefoy est de plus en plus mélancolique et muette. De plus, elle semble développer un goût encore plus prononcé que d'habitude pour la solitude et s'enferme dans son kiosque des journées entières.
Il ne sait pas ce qu'il se passe à l'intérieur. Quand la jeune Dame en ressort, sa figure est encore plus bouleversée qu'à son entrée. Il ignore, bien malgré lui, ce qui la tourmente ainsi et, un jour, ose enfin demander au Sir Malefoy :
« Monsieur... Y a-t-il quelque chose que nous pourrions faire pour Madame ? »
Mr Malefoy lui retourne un regard étrange, comme s'il se demandait de quoi parle son vieux majordome :
« Non. Je ne vois pas. Pourquoi cette question ? »
McEldell secoue la tête vaguement :
« Ce n'est qu'une impression, Monsieur. Pardonnez mon indiscrétion. »
Le dos droit, le geste sûr, le majordome réajuste les fleurs trônant sur un guéridon recouvert de maroquin rouge, l'air affairé. Malefoy l'observe un instant puis reprend sa lecture.
Dans le kiosque, tout est immobile. Les yeux vagues, Astoria attend. Elle observe les branches se balancer dans le lointain, par les fenêtres, et essaye de ne pas penser à ces folies, à ce trouble. Si elle le fait, elle a peur de ce qu'elle pourrait faire. Peut-être perdrait-elle tout espoir. Peut-être se consumerait-elle elle-même en attendant vainement un signe.
Elle ferme brusquement les yeux, refrénant des visions trop dérangeantes pour son esprit déjà bouleversé. Depuis qu'Harry est parti, la laissant seule à ses remords, Astoria n'a de cesse de ressasser ce qu'il s'est passé, devant le Chaudron Baveur. Mais d'autres instants s'ajoutent subrepticement à ce dernier qui est d'autant plus marquant de par cet intense sentiment de solitude qu'elle a ressenti au moment où elle s'est retournée pour apercevoir Harry. Le traître, disparu.
Toute la journée, Astoria reste, apathique, dans sa cage cristalline. Elle se fait l'effet d'une poupée de verre dont les yeux pâles restent fixes, regardant droit devant eux. Pourtant, son avenir est plus que jamais flou. Elle a besoin de lunettes.
Cela fait longtemps qu'elle y réfléchit. Elle est sûre que Drago aussi. Ce n'est pas comme si leur mariage avait jamais été autre chose qu'apparence. Quoique, peut-être. Les premières années ne lui ont pas semblées surjouées, pas plus que la naissance de Scorpius.
De toute façon, dans leur milieu, cela ne se fait pas. C'est comme ça. De plus, le mariage... C'est beau, le mariage. C'est un lien sacré indéfectible. Pourtant, que dire d'un mariage d'amour sans amour, si ce n'est que ce n'en est pas un ?
Astoria porte son regard au loin, très loin. De toute manière, que fera-t-elle, ensuite ? Elle n'a jamais poussé ses études plus loin que ses A.S.P.I.C. Après tout, elle savait déjà quoi faire, à l'époque : être belle et se taire. Oui mais voilà, quelqu'un lui a ouvert d'autres perspectives. On lui a montré ce que c'était que d'être admirée pour autre chose que pour le fait qu'elle fasse partie d'une famille au passé prestigieux. Dans ce café qui invite aux confidences, elle s'est sentie, pour la première fois depuis longtemps et autre part que dans les yeux de son fils, qu'elle méritait plus d'attention qu'on ne lui avait fait croire jusque là.
C'est pourquoi elle ne peut plus retourner à sa vie d'avant. Ses mains tremblent rien que d'y penser. Elle se sent nerveuse et en proie à une incroyable énergie, si vive qu'elle a du mal à la contenir. Ses gestes sont mesurés mais saccadés. Ses regards sont de plus en plus vagues, tournés vers ses propres pensées. Elle a du mal à contrôler ce flot intense qui la traverse et lui donne envie de hurler, si bien qu'elle s'efface consciencieusement, méthodiquement, se confond avec les murs, les tentures, les portraits du manoir, de peur que quelqu'un ne remarque un changement si contradictoire de sa personnalité.
En fait, il ne faudrait qu'un mot, un geste pour qu'Astoria se décide enfin. Elle attend un signe quelconque lui garantissant la voie à suivre. Il est vrai qu'elle a peur. Mais la peur n'empêche pas le danger. Cependant un dernier remord l'attache encore à cette vie obscure et fade : Scorpius.
Dans ses jours sombres, c'est lui qui illuminé son quotidien. Maintenant qu'il est loin, Astoria se retrouve démunie de la seule étincelle de vie qui maintenait encore la sienne. Si elle part, le perdra-t-elle définitivement ? Non, Drago ne ferait pas cela, pense-t-elle avec angoisse. Il ne l'éloignerait pas impunément de son fils.
Un sursaut secoue ses épaules. Alors elle se battrait et elle récupèrerait son fils. Elle ne laisserait personne la séparer de cet être qu'elle avait tant chéri, plus qu'aucun autre à ce jour.
Tremblante, elle se lève. A pas lents, elle sort du kiosque. Elle longe plusieurs couloirs aux portraits assoupis avant de parvenir à la porte qu'elle voulait atteindre. Derrière elle, une petite pièce carrée, extrêmement haute de plafond, dont trois pans de murs sont recouverts d'étagères remplies de livres. Collée au quatrième mur, un petit secrétaire. Astoria se dirige vers lui et en ouvrit un tiroir.
Ses doigts se referment sur un morceau de parchemin. Elle les retire du tiroir. Quelque chose de très délicat est écrit dessus : Maman. Astoria déplie la lettre :
« Chère Maman,
Je sais que je t'ai déjà écrit hier, mais c'est, pour ainsi dire, une urgence. Tu sais, je t'ai déjà parlé de Rose, la cousine d'Albus. Elle et Al' m'ont invité à venir les voir pour les vacances de Noël. Leur grand-mère est d'accord pour m'accueillir et nous serions tous les trois, avec leurs frères et sœurs, là-bas pour les fêtes.
Je sais que tu aurais aimé me voir pour Noël mais je me disais que j'aurais passé un peu de temps là-bas avant de rentrer à la maison pour vous voir, toi et Père.
Réponds-moi vite, tous mes baisers sont pour toi, Maman.
Scorpius »
Les doigts d'Astoria se crispent tandis que ses yeux n'embuent progressivement. Petit oiseau devient grand. Petit oiseau prend son envol.
Avant la fin de la journée, Astoria écrit deux lettres. L'une d'elle est destinée à son fils. Le hibou prend son envol vers Poudlard pendant qu'Astoria rédige la seconde lettre qui déterminerait un avenir troublé et imminent.
OoO
La première fois qu'il a réellement connu la douceur d'un foyer, cela a été dans la salle commune de Gryffondor. Le feu ronronnant, la rougeur des joues des élèves, leurs rires et leurs sourires, heureux d'être de retour. Là, à cet instant, émerveillé, il s'est senti chez lui.
Lorsqu'Harry rentre chez lui ce soir-là, cette maison ne lui semble pas être la sienne. C'est juste trop gai. Le feu ronronnant dans la cheminée invite à s'étendre sur le sofa rouge sombre. Dans un coin, un pendule égrene tendrement les secondes. Un bouquet de lys trône au centre de la table de la salle à manger. Dans la cuisine, comme dans ces vieux films américains Moldus, Ginny, un tablier autour de la taille, surveille une sauce sur le feu.
Harry attend un moment avant de s'avancer pour venir baiser sa chevelure. La jeune femme sursaute :
« Harry ? »
Elle attrape un torchon pour s'essuyer les mains et l'embrasse du bout des lèvres en demandant :
« Alors ? Tu as l'air fatigué... »
Harry acquiesce vaguement, gardant pour lui cette impression de simulacre. Devant son mutisme, Ginny continue :
« Je t'ai préparé le repas, ce soir, et Liffy a pris une journée de congé. J'ai pensé que ça te ferait plaisir. »
Harry opine encore. Ginny guette une réaction qui ne vient pas et, en désespoir de cause, retourne à ses fourneaux. Son mari se laisse tomber sur une chaise et, le menton dans la main, observe sa femme. Cette dernière s'affaire rapidement, avec efficacité, rajoutant des ingrédients, goûtant, faisant la moue. Parfois, elle commente pour elle-même :
« Pas assez salé... Ça manque de goût... »
Et, parfois, pour Harry :
« Tu sais, ça fait longtemps que je n'ai pas fait ce plat. J'espère que je n'ai pas perdu la main. »
Peu à peu, Harry sent son corps se réchauffer. Il se laisse engourdir doucement, sent son menton vaciller dans sa paume. Ginny a des allures de sorcière diabolique au dessus de sa marmite. Ses doigts jouent au dessus du feu, son visage se joue d'ombres et lumières et se cheveux roux crépitent au dessus des flammes.
Harry pourrait presque entendre une litanie sombre percer l'air lourd de la pièce. Lentement, sa tête glisse sur son avant-bras posé sur la table. Il entrouvre les paupières et aperçoit le nœud du tablier de Ginny secoué par ses allers-et-venues. Par il ne sait quel enchantement, il oublie tout. L'odeur du sang ne blesse plus ses narines, ses yeux ne le piquent plus et ses épaules nouées se détendent enfin. Peut-être que c'est ça, être de retour chez soi.
Ça fait longtemps qu'Harry n'a pas ressenti cela. Plus tard, il sera mortifié par le fait qu'il ait fallu qu'il ferme les yeux pour s'en rendre compte. Seul avec lui-même et les crépitements du feu, il glisse dans un assoupissement aussi soudain qu'inespéré. Cela fait deux semaines qu'il ne s'est laissé aller ainsi.
Soudain, une main secoue gentiment son épaule. Harry ouvre des yeux troubles. Il a la bouche pâteuse et ses lunettes ont laissé une marque plus basse que d'habitude sur son nez. Ginny les repositionnent correctement, lui caresse la joue, comme lorsqu'elle réveillait les enfants, tout petits, qui, épuisés après les jeux de l'après-midi en compagnie de leurs cousins, s'étaient assoupis une heure ou deux avant le diner.
Sombre, Harry secoue la tête comme pour remettre ses idées en place. Ginny lui murmure :
« Tu viens ? Le diner est prêt.
– J'ai dormi longtemps ?
– Une heure. »
Dans le salon, Harry entend une voix fluette chantonner quelques mots incompréhensibles. Cela lui rappelle vaguement la façon dont Hermione décryptait des runes à voix basse lorsqu'il était encore à Poudlard. Ginny pose sa main sur son bras, attend qu'il se lève, et tous deux passent dans le salon. Un charmant spectacle les attend :
« Chiniahoti... »
Au milieu du salon, sa poupée à bout de bras, Lily tourbillonne à toute vitesse en riant et en répétant la douce litanie qu'Harry a entendue auparavant. Les deux adultes restent quelques instants immobiles, observant l'enfant de leur union tourner sur elle-même. Cela frappe Harry de plein fouet. Qu'est-ce que... Soudain, Lily s'arrête et les regarde en leur adressant le même sourire qu'à sa poupée :
« Tu as vu, Papa ? Tu as vu ? »
Elle lui tend sa poupée :
« Hugo avait tord, Elisabeth chante ! »
Lentement, elle recommence à tourner en chantant :
« Hioniya... »
Harry a du mal à s'extirper de cette vision, comme s'il ne s'était pas totalement réveillé. C'est Ginny qui, gentiment, pose la tête sur sa fille-toupie et lui dit :
« Ma chérie, c'est l'heure de manger. Tu viens à table ?
– Ah ! Palena, palena, palena ! »
Lily rit et Harry aussi. Il se baisse vers sa fille :
« Qu'est-ce que ça veut dire ? »
La petite fille s'arrête et fixe ses grands yeux bruns sur lui avec incompréhension :
« De quoi ?
– Ce que tu chantes. Qu'est-ce que ça veut dire ? »
La petite fille pouffe et fait signe à son père d'approcher. Tandis que Ginny hausse les épaules et va chercher le premier plat en attendant que ses deux garnements se décident à passer à table, Harry se baisse un peu plus. Lily pose sa main près du visage de son père, comme pour lui murmurer un terrible secret. Au creux de son oreille, elle chuchote :
« Je ne sais pas. »
Avant d'éclater de rire. Et Harry rit aussi. Nerveusement :
« Et tu ne veux pas savoir ? »
Lily continue à rire :
« Pourquoi faire ? »
Harry va répliquer quand la voix de Ginny les appelle de nouveau :
« A table ! »
Et la petite fille s'en va vers la salle à manger en tourbillonnant. Harry l'observe d'un air étrange quitter la pièce. Pourquoi faire, hein ? A quoi ça sert ? Tu as la réponse, Papa ?
Résigné, Harry suit Lily vers la salle à manger. Le repas est coupé par le babillage de Lily qui entreprend de raconter sa journée en détail à ses parents. Ginny écoute avec un sourire indulgent tout en observant son mari épuisé et morose. Ce dernier semble dans son monde, totalement coupé de la réalité. Il fixe la fenêtre, son assiette ou sa fille avec des yeux vagues. Cette dernière, sans s'en rendre compte, continue son monologue en le ponctuant de grands gestes.
Soudain, le raclement de la chaise de Lily semble tirer Harry de sa longue absence. Il observe d'un air vague sa fille bailler tout en se dirigeant vers l'escalier. Ginny lui dit quelque chose qu'Harry n'entend pas puis se tourne vers lui :
« Tu m'aides à débarrasser ? »
Il acquiesce et se lève. Peu après, devant l'évier, Ginny tapote du bot de la baguette les plats sales empilés et, aussitôt, une éponge et un torchon se charge de faire la vaisselle :
« Elle est… stupéfiante, non ? »
Harry met un temps avant de comprendre :
« Lily ? Oui, bien sûr ! »
Ginny hoche la tête doucement, le regard rivé à la fenêtre. Sa main joue une mélodie silencieuse sur le dossier de la chaise. Elle se mordille la lèvre, hésitante, ne sachant comment amener son mari là où elle veut. Elle n'a jamais été très douée à ce petit jeu. Ce n'est pas pour rien qu'elle a été à Gryffondor. Elle préfère la franchise et le regard droit aux sous-entendus et aux sourires dissimulés. Mais, cette fois-ci, elle se force à se faire violence. Par conséquent, d'une voix douce qui se veut calme, elle renchérit :
« Oui, c'est vraiment une enfant facile à vivre. Ça va être difficile de la voir partir à Poudlard. »
Ses paupières sont lourdes et ses yeux le brûlent. Il se laisse tomber sans aucune grâce sur une chaise, pose son menton dans sa main, comme avant le repas, et observe de ses yeux à demi fermés la silhouette demeurée gracile de sa femme malgré trois accouchements. D'une voix enrouée, il répond :
« Oui, certainement. »
Il faudrait qu'ils réapprennent à vivre à deux. Est-ce qu'ils supporteraient cela ? Subrepticement, l'image d'une autre femme se glisse sous les paupières d'Harry. Il retient un murmure, un prénom au bord des lèvres. Si Ginny l'entendait, que se passerait-il ? Se mettrait-elle en colère ? Pleurerait-elle ? Et lui, que ferait-il ensuite ? Serait-il mortifié ? Honteux ? Peut-être... Tout le contraire. Libéré de ce poids.
Harry fait mine de se redresser. Il n'a rien fait de mal. Pas encore, lui souffle une petite voix perfide. Quoique, tu la trompes déjà en pensée, mon grand. De qui as-tu rêvé pour la première fois, la nuit dernière ? Certainement pas de ta rouquine. Tais-toi ! Harry voudrait hurler mais le silence de Ginny l'en empêche. Alors il préfère se taire et l'écouter :
« Je sais que... Personnellement... Cette maison vide me rend mal à l'aise. Et puis, toi qui es toujours au travail... »
Harry fronce les sourcils. Oh non, ça ne va quand même pas revenir sur le tapis, si ? Il a juste envie de dormir et il pourra parler calmement demain. Est-ce trop demander ? Pourtant, Ginny continue :
« Tu n'as jamais pensé que... »
Le regard que lui lance Ginny est clairement un appel à l'aide auquel Harry n'a aucune intention de répondre :
« Je me disais qu'un autre bout de chou ne serait pas de trop, ici. Après tout, on a la place et de l'amour à revendre.
– La famille est déjà assez grande, non ? bougonne Harry.
– Là n'est pas la question. »
Harry détourne les yeux. Il n'a pas envie d'y réfléchir. Pas ce soir. Pourquoi ce soir en particulier d'ailleurs ? Il n'aurait pas réagi différemment si cela avait été à un autre moment. Juste plus diplomatiquement :
« Ginny, écoute, je n'ai vraiment pas envie de parler de ça pour le moment. »
Alors qu'Harry fit mine de se lever pour gagner la sortie, Ginny se retourne vivement et, telle une furie, riposte :
« Il va bien falloir, figure-toi ! »
Cette simple phrase pourrait être tout à fait anodine. Pourtant, cela fait des années qu'Harry connaît Ginny. Il sait, au ton de sa voix, si elle est exténuée, furieuse ou angoissée. Étrangement, ce ton-là, il ne le reconnaît pas. Intrigué, il reste debout, les sourcils froncés :
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Ginny devient subitement rouge. Elle le regarde avec de grands yeux apeurés. Elle hésite quelques instants, cherche un quelconque secours autour d'elle mais rien, dans la pièce, ne peut l'aider. Un soupir force le barrage qu'elle a tenté de dresser et, soudain, l'invasion, le déferlement :
« C'est trop tard.
– Pardon ? »
Ça y est. Enfin. Depuis combien Harry ne l'a-t-il pas regardé vraiment ? Ginny ne remarque pas que c'est un regard horrifié. Pour l'instant, tout ce qui compte, c'est... :
« Je... Je suis enceinte. »
Après un moment de flottement, Harry se laisse tomber sur sa chaise dont il n'a pas lâché le dossier depuis qu'il s'est levé. Il l'a serré tellement fort que ses jointures en sont blanches. Comme s'il n'était qu'un simple spectateur de cette scène absurdement tragique, Harry observe Ginny se tordre les mains, déjà prise de remords. Il bafouille :
« Comment... Que... C'est pas possible... »
Ginny lui renvoie un regard noir :
« J'aurais pensé que tu aurais été heureux d'apprendre une telle nouvelle. »
Harry, la bouche sèche, affirme :
« C'est juste... inattendu. On a fait attention pourtant, non ? »
Ginny se pétrifie soudain sur place. Vite, une excuse :
« Ça arrive, tu sais. »
Magnifique excuse, vraiment. Bravo, ma belle. Avec cela, tu pourrais embobiner le Ministre de la Magie lui-même, songe avec cynisme Ginny. Mais Harry ne relève pas son attitude étrange ou, sinon, la met sur le compte de leur discussion actuelle. Un enfant... Harry, la tête entre les mains, soupire. Ça ne pouvait pas tomber plus mal, songe-t-il amèrement.
OoO
Deux jours plus tard, la pilule ne passe toujours pas. C'est comme lorsqu'une mauvaise plaisanterie vous tombe dessus et que l'on prie, dans l'incertitude, pour que le trublion du groupe s'écrie soudain « Poisson d'avril ! ». Mais Harry sait bien que cela n'arrivera pas.
La veille, il a essayé d'en parler à Ron et Hermione. Impossible. Quoi faire, que dire ? Je ne veux pas d'enfant. Pas de nouveau. Pas maintenant. Peut-être après. Quand je serais de nouveau moi-même, pas ce type incapable de démêler ses propres sentiments, complètement largué, qui en vient à ne même plus comprendre ce que sa partenaire a écrit sur ce saleté de dossier de ***** !
Soudain, Harry se rend qu'il a consciencieusement broyé un document relatif aux résultats des Potionnistes d'une affaire en cours et grimace. Il le lisse avec application et, avec une moue dégoutée, replace le papier froissé. Lentement, il suit les conseils que son Médicomage lui avait donnés lors de sa dernière visite médicale annuelle que doivent subir tous les Aurors.
Détendez-vous, Mr Potter ! Une véritable boule de nerfs ! Je comprends que vos responsabilités puissent vous peser mais à ce point-là ! Allons... Allongez-vous. Voilà, comme ça. Et maintenant, vous imaginez un endroit cher à votre cœur ou particulièrement apaisant. Quelque de neutre, en tous cas ! Voilà, vous visualisez ? Maintenant, respirez... Haaaaaah, inspirez... Pfffouuuuu, expirez... Continuez.
Dans son bureau, appliquant avec agacement les exercices du Médicomage, le Chef des Aurors se sent passablement ridicule. Pfffouuuuu, expirez... Un endroit neutre, il en a de bonnes, l'autre. Il veut un endroit neutre, hein ! Eh ben, Harry n'en trouve pas, voilà ! D'un geste rageur, il se redresse et abat ses mains avec force sur son bureau tout en jetant un regard noir aux objets éparses dans son bureau. Mais ces derniers restent muets, ne glapissent pas que ce n'est pas de leur faute si leur propriétaire est de mauvaise humeur.
Lentement, Harry se masse les tempes comme si cela pouvait éclaircir ses idées. Quoi ? Il ne lui restait plus qu'à assumer ses propres idioties. Mais, lui soufflait une voix serpentine, Ginny peut toujours avorter... Harry frissonne à cette idée. Si l'enfant est en bonne santé, ne comporte aucun risque pour sa mère, quelle raison invoquer pour justifier un tel acte ? Lui et Ginny sont majeurs, ont une situation, une certaine expérience en matière d'enfant. Un quatrième serait inattendu mais pas surprenant. Harry soupire. Pas le choix...
Soudain, deux coups sourds contre sa porte :
« Chef ? Je peux rentrer ?
– Oui, Jenkins. »
La jeune fille pénètre dans le bureau et, aussitôt, aperçoit le regard sombre de son patron. Jenkins fronce le nez. Va-t-elle encore devoir le prendre avec des pincettes ? Elle joue avec ses doigts sur le dossier beige qu'elle tient entre ses mains puis, comme si elle approchait une créature particulièrement dangereuse et imprévisible, elle s'avance d'un pas et s'éclaircit la voix :
« Je ne voudrais surtout pas vous déranger...
– Que vous me dérangiez ou non, la question est réglée, maintenant, réplique Harry, acide. Qu'est-ce qu'il y a ? »
Jenkins se force à sourire aimablement :
« C'est le dossier Lingston, Chef.
– Quoi ? Lingston ? »
Jenkins tend le dossier à son supérieur qui s'en saisit fébrilement. Ce dernier parcourt rapidement les différents documents avant de constater :
« Je ne vois rien de nouveau.
– Nous sommes passés à côté de quelque chose quand même, Chef, affirme Lisa avec un brin d'autosatisfaction.
– Et c'est vous qui vous en êtes rendue compte, je présume ? »
Jenkins rougit sous les yeux inquisiteurs et malicieux derrière les éternelles lunettes rondes. Elle voudrait dire que Stewart l'a un peu aidée mais, déjà, Harry se replonge dans l'affaire :
« Qu'avons-nous manqué... »
Il repousse désespérément l'image de Mrs Malefoy, assise dans ce cabanon insalubre, le visage dans l'ombre de la capuche de sa cape, dont il n'a plus de nouvelles depuis une semaine. Sans compter les deux semaines de mission. Exaspéré, il referme brutalement le dossier et Jenkins, elle, interprète cela pour de l'impatience. Elle se précipite vers le bureau, rouvre le dossier et montre deux documents tout en expliquant :
« Voilà. Nous avons présumé que Mrs Malefoy n'avait rien à voir avec ce crime car son témoignage a été vérifié et des témoins l'ont corroboré. En apparence, rien ne la lie de près ou de loin à l'incendie de la maison de Miss Lingston mis à part le hasard. »
Harry grimace. Décidément, impossible d'échapper à cette femme... Jenkins poursuit en pointant du doigt une tête blonde sur une photographie. Draco Malefoy, l'air grave, solennel, serre la main de quelque important PDG maghrébin :
« J'ai... hum... croisé Mr Malefoy récemment. »
Harry hausse un sourcil mais la laisse continuer :
« Et, là, TILT ! J'ai réalisé que nous avions occulté certaines choses à propos de Mrs Malefoy. L'homme avec lequel elle est mariée... »
Harry soupire :
« Voyons, Jenkins, vous me décevez. Nous savons déjà tout ce que nous avons besoin de savoir. Malefoy a certes été affilié à des Mangemorts mais ce n'est pas une raison pour...
– Je ne veux pas en venir là, Chef. »
Sur ce, elle désigne un logo épinglé sur la robe de Malefoy sur la photographie. Harry fronce les sourcils puis, soudain, écarquille les yeux. Comment a-t-il pu louper cela ? « Drago s'est réorienté dans les laboratoires peu après avoir revendu une bonne partie des entreprises de mon beau-père. » Oui, c'est bien ce qu'elle lui a dit, lors d'un de leurs rendez-vous. Peut-être même est-ce pendant le premier qu'elle a prononcé ces mots. Au dessus de lui, Lisa arbore un sourire victorieux :
« Je pense que nous devrions creuser cette piste. Mrs Malefoy n'était peut-être pas là par hasard, finalement. Drôle de coïncidence, en tous cas... »
Harry ouvre la bouche mais Jenkins le devance, poursuivant :
« J'ai d'ailleurs déjà commencé... »
Elle sort de la poche de sa veste un long parchemin plié en quatre. Y sont inscrits quantité de noms et l'un d'eux a été entourée de rouge d'un geste rapide et sûr :
« Vous voyez ? John Kneed. C'est un chercheur qui avait été pressenti pour l'élaboration d'une nouvelle potion Tue-Loup dont la victime avait la lourde charge. D'ailleurs, il sera sûrement celui qui reprendra les recherches de Miss Lingston... »
Harry lui adresse un coup d'œil surpris :
« Comment savez-vous cela ?
– La Gazette, Monsieur. »
Sur ce, elle fait apparaître d'un geste souple de la baguette le fameux journal et entreprend de rechercher le bon feuillet. Enfin, elle désigne un article en cinquième page :
« Vous voyez ? C'est une déclaration officielle du Département des Mystères. Bien sûr, l'affaire a fait grand bruit quand elle a éclaté car l'enjeu des recherches de Miss Lingston est extrêmement important... Imaginez si le Département des Mystères parvenait à créer une telle potion ! Sa renommée à travers le monde serait telle que la Grande-Bretagne bénéficierait certainement d'un avantage certain sur ce marché plus que fructueux... »
Harry acquiesce, attendant la suite, les mains quelque peu tremblantes. Il appréhende, à raison, là où Jenkins veut en venir :
« Sauf que ! Imaginez maintenant qu'un laboratoire privé détienne dorénavant tous les droits sur cette fameuse potion ! Le marché échapperait au total contrôle du ministère et les propriétaires de ces laboratoires deviendraient, dès lors, extrêmement riches en plus d'être connus à travers le monde entier en tant qu'un laboratoire innovant...
– Les laboratoires Malefoy, souffle Harry, penaud.
– Exact ! »
Jenkins attend un instant, un sourire confiant aux lèvres. Mais sa bouche s'affaisse soudain en prenant conscience de la mine déconfite de son patron. A-t-elle raisonné de travers ? Non, impossible :
« Chef ? »
Les doigts d'Harry cornent nerveusement un coin du dossier tandis que ses yeux parcourent rapidement les documents sous ses yeux. Il n'arrive pas à y croire. Il s'est donc laissé stupidement aveugler. Une stupide erreur. Non, il doit y avoir une autre explication. Cependant, cette coïncidence paraît trop énorme pour ne pas être louche. Non, non, non. C'est impossible, impossible. Ses yeux ne lui ont pas menti. Cette femme ne lui a pas menti.
Et puis, ce n'est pas comme s'il devait se sentir trahi. Jamais ils n'ont abordé ensemble cette rencontre dans ce cabanon sombre. Jamais elle n'a tenté de lui soutirer quelque information à propos de l'affaire Lingston. Se pourrait-il néanmoins qu'elle ait compté le faire, peut-être dans un avenir proche, pour le compte de son mari ?
Dans ce cas, quelle supercherie absurde ! Elle aurait utilisé d'autres moyens pour faire fléchir le Chef des Aurors que... cette... cette... cette franchise, cette sincérité dont elle a semblé faire preuve lors de leurs multiples discussions. Sombrement, Harry se remémore ce baiser impromptu que lui-même a initié la dernière fois qu'il a vu Astoria et glisse une main nerveuse et moite sur ses paupières. Elle a du en être profondément offensée, c'est certain.
Mais alors... Si elle était vraiment une sorte d'espionne au service de son mari ou, peut-être, pour son propre compte, n'aurait-elle pas profité de cet avantage ? Tourmenté par tant de conjectures, Harry ordonne d'une voix monocorde :
« Convoquez ce monsieur Kneed, Jenkins. Je veux le voir dans mon bureau dans une heure. »
Jenkins blêmit subitement, déconcertée :
« Une heure, Chef ? Ah bon ? Vous êtes sûrs ?
– Certain, une heure. Vous pouvez sortir, merci. »
La jeune femme reste un moment stupéfaite puis finit par reprendre le dossier et tourner les talons. Juste avant de sortir, elle ne peut s'empêcher de se retourner. Derrière elle, immobile, le menton dans la main, pensif, les épaules basses, Harry James Potter ne lui a jamais semblé aussi las et désarmé qu'en cet instant.
