Chapitre 6

En entrant je suis rapidement prise en charge par un groupe de gens du Capitole extrêmement étranges, et c'est un euphémisme. Leur peau, oui, leur peau est... rose, verte ou bleu. Je soupire et n'arrive même pas à leur faire un sourire poli. Je vois Ethan passer par un autre couloir et nos regards se croisent un moment. Je reste là à le fixer, je ne sais pas trop pourquoi et il continue à avancer pour finalement me tourner le dos. Re-soupire. Je ne sais pas du tout comment appréhender Ethan. Il est aussi facile à comprendre que la solution d'un labyrinthe. Soudain on me demande de m'allonger, on me met à nue -ce qui ne me gêne pas spécialement, je me baignais nue dans l'étang avec le risque, évidemment, d'être vue- et de toute manière, ils en ont vus d'autre.

-Je te l'avais bien dit Bertha, nous n'avons vraiment pas de soucis à nous faire avec celle-ci. Il lui manque de la poitrine mais as-tu vu le reste de son corps ? J'ai rarement vu une fille en aussi bonne forme pour les jeux, elle a été sculpté pour. Avec elle, c'est de l'art que l'on va pouvoir faire, dit une voit surexcitée, masculine. C'est Amric qui va être ravi !

-Il faudrait d'abord s'occuper de la rendre plus présentable Pétril, nous n'avons pas beaucoup de temps, arrête de rêvasser à chaque fois que tu vois un tribut un peu encourageant. Ils finissent tous de la même façon, ladite Bertha déclare.

Sans doute parlait-elle avec l'expérience que devait lui valoir un certain nombre d'Hunger Games pour les tributs du 11, mais je n'allais tout de même pas laisser passer ça.

-Merci, c'est motivant, je lâche au milieu de leur conversation, mais ils s'affairent déjà à me laver les cheveux. En plus de me sentir ignorée par mon père et Ethan, je le suis également avec mes préparateurs. Cette solitude commence à m'attrister et à me peser.

Ils se disputent un bon moment sur l'huile à utiliser pour rendre mes cheveux plus facile à coiffer, parce qu'après tout, ils sont à moitié crépus. Je grimace quand ils me les tirent mais je reste étendue, là, sans bouger. Ils s'occupent ensuite du reste de mon corps, utilisant ce qu'ils appellent de la cire, me coupent les ongles des mains et des pieds puis s'occupent de mon visage avec des pincettes pour retirer certains poils de mes sourcils. Une matière recouvre mon visage, il le nettoie, le masse, et je passe bien deux heure entière sur cette table à ne pas bouger et à retenir des gémissements de douleur. Puis il se passe quelque chose d'étrange. J'ai les yeux fermés alors je ne vois rien, logique mais je ressens très bien les minuscules piqures qui se prolongent sur mon corps. Sur mes jambes et mes avant-bras. J'écarquille les yeux paniquée, parce que ça ne se passait pas du tout comme Armine me l'avait dit. Je ne croise aucun regard, les stylistes sont concentrés sur leur tâche. Quand je lève la tête ils me la plaque sur le « bureau de travail » comme ils l'appellent. J'entends une voix à mon oreille qui se veut rassurante et m'assure que tout va bien. Pétril me regarde et j'aperçois dans sa main un drôle d'instrument, une sorte de … d'aiguille avec un tube en métal. Je me demande un instant s'ils ne sont pas en train de me scalper mais je me rappelle qu'ils sont là pour me rendre... mémorable. Je les laisse faire mais la seule pensée que j'ai est de me tirer le plus vite possible d'ici.

Une heure après avoir été piquée et repiquée un grand nombre de fois, je ne sens plus mes bras et mes jambes. Je soupire quand ils arrêtent enfin. J'ai souffert bien plus que ça, mais là, c'était vraiment de la torture, languissante. Ils me permettent de me redresser. Je regarde mes bras et mes jambes et je reste bouche bée. Je suis subjuguée par la précision des lignes, des arabesques qui jonchent mon corps. Je ne sais pas trop de quoi il s'agit, cette sorte d'encre doré qui me recouvre les avant-bras et le bas des jambes. Ça me donne presque un air sauvage et mystérieux. Je leur jette un regard interrogateur mais Pétril se contente de me demander d'aller rejoindre mon styliste personnel. Généralement, et assez bizarrement, ce sont les hommes qui s'occupent des femmes et inversement. Pour se mettre à la place du spectateur dit-on.

J'enfile le peignoir qui dévoile mes jambes justement et je pars accompagnée de gardes. Ça me fait bizarre, j'ai l'impression d'avoir changé définitivement quelque chose en moi. Mes cheveux ont étés domptés en de bel boucles lisses et encerclent mon visage. Je ne dois probablement plus avoir un poil sur le corps mise à part mes sourcils. Mes ongles n'ont jamais été aussi propre et beau, ma peau si brillante et douce. J'arrive alors dans une salle où seul un lit m'attend. Je m'assis dessus, comme on me l'a demandé et j'attends. Patiemment. Puis la porte s'ouvre sur un homme en costume vert avec des cheveux coiffés en brosse et un air sacrément fier sur le visage. Je commence à en avoir marre des gens fiers. J'ai presque envie de pleurer quand je le vois débarquer comme ça. Il doit bien avoir la quarantaine mais il doit aussi être le seul à ne pas s'en apercevoir. Cependant je remarque que mise à part ses vêtements complètement excentriques, son visage a quelque chose en plus.

-Laisse-moi voir ça, je retire mon peignoir. Trop de muscles pour une femme, grande aussi, il écrit sur son carnet à toute vitesse. Un visage passe partout. De longues jambes, une jolie silhouette, dit-il d'une voix neutre en haussant un sourcil et tournant autour de moi. J'ai vu bien pire.

Il passe quelques minutes à écrire et à m'observer mais sans jamais me regarder dans les yeux. J'ai l'impression de ne pas exister mais je découvrirais plus tard que cette distance avec moi est logique. Personne n'a envie de s'attacher à quelqu'un qui a 23 chances 24 de mourir.

-Vous vous êtes aussi occupé des autres tributs du 11 avant moi? Je me rappelle d'un tribut du 11, une année, à qui on avait fait porter le costume de travail des hommes. J'avais eu beaucoup de peine pour elle, c'était vraiment horrible. Si c'était lui qui l'avait fait, il allait falloir que le convainc que je valais mieux qu'une salopette et des chaussures sales.

-Mise à part ton père, non. Quand je l'ai vu à la télévision, j'ai tout de suite été inspiré. Je me suis occupé des carrières ensuite. De vrais têtes de mules ceux-là, a toujours croire qu'ils sont meilleurs que les autres. Après tout, je suis le styliste le plus réputé des Hunger Games, m'occuper de toi est une occasion en or de montrer de nouveau mes talents.

Je reste bouchée bée devant son audace et sa franchise. Qu'il pense que je sois un instrument qui lui ferai gagner en notoriété n'est pas un compliment, en quelque sorte. Le seul avantage dans cette affaire c'est qu'il a l'air de savoir de quoi il parle. Le plus renommé des stylistes ? Est-ce de la vantardise ou dit-il vrai ? Je tente de me rappeler des derniers tributs carrières des années précédentes. Tous les ans ils sont impressionnants mais je dois avouer que quelques fois, certains d'entre eux se démarquaient. Soudain, je sens l'espoir monter en moi. S'il dit vrai, j'ai une chance inouïe d'être mémorable pour le public ! D'autant qu'il va surement avoir sa propre promotion lui aussi, ce qui fera que je serais deux fois plus médiatisée que les autres ! J'en souris, je ne peux aps me retenir. La seule chose dont j'ai envie, c'est de voir ce qu'il m'a préparé et vérifier que cet espoir n'est pas fin.

-Et qu'est-ce que c'est ça ? Je lui demande en lui montrant mes avant-bras et le bas de mes jambes.

-Des inscriptions corporelles, ce que nous appelons des « tatouages ». Ca me rappelle tellement de choses. Après que ton père ait gagné les hunger games, en grande partie grâce à moi, ce genre d'inscriptions m'ont fait passé de débutant à professionnel. Tout le monde en voulait ! Les grandes stars se battaient pour que je vienne les habiller. C'était le bon vieux temps. Puis je me suis occupé des carrières. 6 victoires sur 16, un record dans le métier. Mais en toute sincérité, si tu n'avais pas été la fille de Tred, je me serais occupé de ton ami de district.

A chaque fois qu'il ouvre la bouche j'ai l'impression que c'est pour parler de lui-même. Je ne souris plus qu'à moitié, parce que l'idée qu'il préfère s'occuper d'Ethan plutôt que moi me met en colère. Qu'a-t-il de plus ? Pour ce qu'il appelle des « tatouages » je reste stupéfaite. Et je me souviens soudainement que mon père portait les mêmes en noirs sur ses avant-bras lors de l'interview ! Je suis ravie de les porter comme un héritage, mais je vois bien que l'idée est de rappeler au public le succès de mon père à ses Hunger Games.

-On est pas amis. Vous avez une idée précise ? Je veux dire, chaque année, on tombe sur des tributs qui portent les vêtements pour récolter les champs alors...

-Une vraie calamité. Mais ça devrait être à mon avantage, le styliste qui s'occupait des tributs femelle du district 11 était un débutant de première. Je me suis renseigné sur toi, tu t'en doute, et j'ai appris que tu faisais une formation en récolte de miel avant d'être tirée au sort. J'ai décidé d'utiliser cet élément, mais en y ajoutant quelque chose de noble, réservé à la classe haute. Parce que, vois-tu, j'y aie beaucoup pensé. Tu es la fille d'un vainqueur après tout. Logiquement, tu ne dois pas être mise à la même position que les autres tributs du 11. Tu as du sang noble. Façon de parler.

Après m'avoir autant parlé, ou plutôt s'être parlé à lui-même, il amène fièrement ladite robe. Et il a bien raison d'en être fier. C'est une merveille d'étrangeté, mais une merveille tout de même.

La robe est symétrique, en forme de losange pour couvrir le haut du corps et une espèce de jupe triangulaire pour le bas. On aperçoit mes tatouages dorée, en accord avec la couleur de la robe, dorée. Ce qui me surprend, ce sont les alvéoles dessinées sur la robe à la matière métallique. Les alvéoles d'une ruche. D'où la couleur dorée. Mais ce n'est pas tout, en haut du décolleté, plusieurs fleurs blanche au pollen dorée me couvre. Ce gars est un vrai génie. Il est tellement rare de voir du dorée dans la fin du défilé que mon « costume » va éblouir et attirer l'attention. On aurait tendance à penser à un costume de travailleur pour le district 11 mais pour moi, c'est différent. Je veux dire, il a parfaitement raison, je suis la fille d'un vainqueur, dans l'idée, je ne suis pas censée travailler dans des champs. Ce que je suis censée faire, c'est quelque chose de plus noble, comme la cueillette de fleur pour le Capitole, ou le miel.

Mais ce qui est tout aussi étonnant c'est ma coiffe. Mes cheveux noirs sont relevés sur ma tête et s'entremêlent avec la création de mon styliste. Une corne d'abondance, de la même matière que ma robe, avec des alvéoles. L'ensemble est joliment décoré de fleurs. Cette idée de la corne d'abondance, c'est surprenant mais tellement cohérent ! Après tout, n'est-ce pas le district 11 lui-même qui fournit la majorité de la nourriture non seulement pour le capitole mais aussi pour les Hunger Games ? Ca rappel à quoiqu'onques voudrait l'oublier que le district 11 est capital pour l'économie de Panem, et qu'il est un des fondements de la bonne santé du Capitol, sa source même, sa corne d'abondance. Je suis la corne d'abondance de ces jeux. J'aime cette idée.

On me maquille, avec du doré sur les paupières, couleur qui fait ressortir mes yeux, on m'ajoute du noir pour me donner un regard séduisant. Quand je suis prête Amric me regarde une dernière fois puis s'attarde sur mon visage avec intérêt. Il doit faire plein de calculs dans sa tête, cherchant à tout prix son intérêt dans cette histoire. Je ne suis pas Acacia à ses yeux, je suis un potentiel important d'argent, d'enjeu et de notoriété. Pas mal le coup de pub. Il sourit finalement, satisfait de lui-même et dans toute sa générosité j'ai même le droit à un : « Ravissante ». Il me mène enfin vers nos chars et lorsque j'arrive, j'attire les regards de ceux qui sont déjà prêts.

Je vois Ethan et je suis de nouveau choquée et quand je croise son regard il semble l'être aussi me dévisageant de bas en haut. Il porte une espèce de costume de travail dans les champs argenté, une salopette. Mais si ça avait été porté par quelqu'un d'autre, ça n'aurait pas été choquant. Enfaite... Ethan porte bien une salopette. Oui. Mais sans le tee shirt qui va en dessous. Ce qui laisse bien évidemment apparaître son torse et surtout ses muscles. Mais ce que je remarque tout de suite, ce sont ces mêmes arabesques qui jonchent ses bras, remontant jusqu'au épaules, noires. Ça lui donne un air sauvage et guerrier. Sur moi, ça me donne un air mystérieux et dangereux. Je ne sais pas ce qu'on pensés nos stylistes mais j'ai du mal à comprendre. C'est la seule chose que nous ayons en commun néanmoins mais je m'en passerais bien. Quand je relève les yeux vers son visage je vois qu'il me sourit d'un air charmeur. Je plisse les yeux pour lui montrer mon mépris et me pose à côté de lui haineuse. Je rêve. Il la joue séducteur maintenant. Je ne l'avais jamais vu torse nu, alors que la plupart des autres garçons de l'entrainement si. Rien de choquant mais quelque chose de surprenant. D'ailleurs je n'étais pas mal non plus comme ça. Il ne m'aura jamais avec ces sourires en coin, je ne suis pas assez bête pour ça.

-Alors princesse, prête ?

C'est dit avec tellement d'arrogance que je ne réponds même pas. Princesse ? Parce que mon père est un vainqueur. Depuis quand a-t-il du mépris pour mon père celui-là. Je le regarde de travers et j'observe les chevaux qui nous conduirons jusque Snow, le président de Panem. Je crois rêver en voyant que l'un d'eux est blanc, de mon côté, et noir, du côté d'Ethan. Un instant je soumets l'idée que tout le monde s'est mis d'accord pour qu'Ethan et moi soyons les plus éloignés possibles dans notre stratégie. Les tributs qui se haïssent. On veut les voir se battre, se croiser dans l'arène. Mon père est stupide de croire que c'est une bonne idée ! Les juges feront tout pour qu'on se croise Ethan et moi. Je tourne la tête et rencontre le regard des tributs du 8, serrés l'un contre l'autre, dont les costumes se ressemblent et un moment, je les envie autant que je les plains. Je préfère détester quelqu'un dans l'arène plutôt que de l'aimer. Puis je regarde arriver les tributs du 12, derrière moi et je dois avouer que j'ai pitié. Ils font pâle figure face à nous tous et personne ne les remarquera. Leurs costumes de mineurs est horrible et je vois que le tribut male pleur. J'ai envie de le couver mais je détourne le regard rapidement. Il est hors de questions que je sois sensible à qui que ce soit. Alors que je renonce à m'attrister sur le sort des autres, la parade commence et j'oublie tout. Ethan et moi nous éloignons au maximum l'un de l'autre.

On défile comme ça, sans nous regarder, opposés. Sa présence m'écœure. Ma tenue semble plaire au public, je lui lance des signes, des baisers mais mon cœur n'y ait pas. Je les vois exploser de joie face au spectacle que nous offrons et j'ai envie de les insulter. Ils adorent l'idée que nous allons nous entretuer d'ici quelques jours. Mais je souris, je vois bien que je plaie.

Heureusement que je sais mentir. Quand je me retourne pour regarder Ethan je le vois sourire et lever le poing au ciel. Je reste subjuguée par cette vision inhabituelle. Il est impressionnant. Je reste un instant figée à le regarder, les vivats de la foule dans les oreilles, l'image d'Ethan plein les yeux. Il transpire la puissance, la force. Il conquiert le public et j'entends les « Ethan » mêlés au « Amon ». Je me rattrape rapidement et j'entends mon nom être majoritairement scandé dans la foule, pour les tributs femelles. Je ne suis pas vraiment surprise, aucune autre fille, cette année et j'ai bien de la chance, n'est particulièrement jolie. Avec mon maquillage et mon costume, je suis surement la plus impressionnante. Nous arrivons alors devant Snow qui fait un rapide discours en notre « honneur ».

Les chars finissent ensuite par se diriger par l'entrée du bâtiment qui nous accueillera tous pendant les jours de l'entrainement. Quand nous arrivons, je descends du char suivie d'Ethan et je retrouve Armine –que je suis étrangement heureuse de voir-, mon père et nos stylistes. Nous discutons, ils nous félicitent et je crois presque que mon père me sourit. Armine m'avoue discrètement que notre stratégie à Ethan et moi est basée sur notre animosité pour susciter l'intérêt du public et que ça marche. Autour de moi tous les tributs font le point sur le défilé, en pleurant ou en riant, échangeant des regards avec les autres. Je relève la tête vers Ethan et je le vois fixer les tributs carrières d'un air distant et froid, presque dégouté. Je suis son regard et observe les carrières. Ils sont magnifiques, couverts d'or, d'argent et de joyaux pour le district 1, le luxe. Pour le district 2, je vois qu'Amon est également torse nu et que mise à part une espèce de short en cuir véritable, il n'a rien sur le corps. Sa compagne de district ne porte pas grand-chose non plus mais la couleur gris et la matière de sa robe rappel le travail de maçonnerie de leur district. Enfin, les tributs du 4 sont recouverts de bleu, en accord avec leur district, la pêche. Nous échangeons des regards, ils savent que nous avons fait très bonne impressions, nous aussi.

Mais il y a un regard qui m'attire plus qu'un autre. Ce regard a visiblement attendu de rencontrer le mien. Le temps se fige, mon cœur s'arrête de battre. C'est Amon, le garçon du 2. Je maintiens le regard, ne montre pas ma peur mais tout à coup, son visage s'illumine. Il me sourit. Il me fait un clin d'œil. Et c'est à ce moment que l'idée me vient. Une bonne idée, très bonne même, mais terriblement dangereuse.

Et si je m'alliais aux carrières ?

Annexes

(Idées pour le défilé et personnages principaux)