Titre : Le principe de l'ataraxie
Auteur : Mokoshna
Manga : Naruto
Crédits :
Naruto est la propriété de Masashi Kishimoto. A force de le taper je vais finir par développer un réflexe conditionné devant un clavier.
Avertissements : Yaoi, du NarutoXSasuke, mais pas seulement.
Blabla de l'auteur : Un chapitre facile à taper, surtout parce que Sasuke est un peu plus... réactif. Et on approche de la fin.


Chapitre 5 :
Variation aigre-douce

Ataraxie Tranquillité, impassibilité d'une âme devenue maîtresse d'elle-même au prix de la sagesse acquise soit par la modération dans la recherche des plaisirs (Épicurisme), soit par l'appréciation exacte de la valeur des choses (Stoïcisme), soit par la suspension du jugement (Pyrrhonisme et Scepticisme).

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Sasuke sut immédiatement ce qu'il devait faire en ouvrant les yeux. Cette sensation lui apportait à la fois réconfort et appréhension, pourtant un seul coup d'oeil autour de lui le confirma dans cette idée. Il devait agir. Il devait chercher Naruto.

La pièce dans laquelle il se trouvait était simple et fonctionnelle : un lit, une armoire, une table et une chaise avec une bibliothèque où étaient rangés des recueils de techniques et des rouleaux contenant des informations diverses utiles en combat. C'était tout. Même à l'époque où Sasuke vivait seul, sa chambre n'avait jamais été aussi impersonnelle. Il se demanda quel rôle il jouait cette fois-ci dans le cours des choses.

Rien de ce qu'il trouva dans la pièce lui indiqua ce qu'il devait faire et de quelle manière il devait se comporter avec ceux qui formaient son entourage. Était-il encore à Konoha ou ailleurs ? Une salle de bain sommaire jouxtait la chambre ; il y alla pour se débarbouiller et vérifier son apparence. Il ne semblait guère changé par rapport à la toute première fois : son visage fin encadré de cheveux noirs lui fit la grimace dans le miroir. En regardant son corps de plus près, il vit la présence de multiples cicatrices sur les bras et les jambes, des traces de brûlures et de coupures nettes qu'il ne reconnaissait pas. Cela le troubla. Ces marques faisaient de lui presque un autre homme.

— Ce qui n'est pas si faux, quelque part, dit-il à voix haute en pensant à sa liste d'existences passées. Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui je suis ?

Sans surprise, le miroir ne lui répondit pas. Sasuke quitta la salle de bain sans un regard en arrière pour se diriger vers l'armoire. Celle-ci ne contenait que des vêtements pratiques et d'une coupe commune : des pantalons noirs, quelques hauts bleus, noirs et gris, des sous-vêtements propres et bien pliés en quantités. Sasuke s'habilla en vitesse en essayant de ne pas penser aux cicatrices nouvelles qu'il avait trouvées.

Le reste de l'appartement était aussi chichement décoré que la chambre. En passant dans la salle de séjour, Sasuke vit une télévision et un canapé, avec un unique vase en porcelaine en guise de décoration. Il contenait trois roses à moitié fanées qu'il jeta à la poubelle sans réfléchir, comme si c'était là une chose que son corps faisait par réflexe.

— Mais qui je suis, bon sang ?

Une lettre dans la boîte à lettres de l'entrée lui apporta un début de réponse. Sasuke déchira le haut de l'enveloppe, les doigts fébriles. La lettre était adressée à Sasuke Uchiha, mais en y repensant pas une seule fois il n'était devenu quelqu'un d'autre ; c'était seulement son environnement et son histoire qui changeaient sans cesse.

— Cher Monsieur Uchiha, blabla...

La lettre était une missive de l'Académie de ninja de Konoha qui lui indiquait qu'il était en charge des élèves de première année. Sasuke fit la grimace. Il était donc professeur ? C'était une première. Il détestait les enfants.

Retournant dans le salon, il examina la pièce de manière plus consciencieuse. Un tiroir situé sur le meuble de la télévision contenait ses papiers : il les lut et apprit ainsi qu'il était professeur à l'Académie depuis un an et qu'il n'avait pas passé le rang de chûnin. S'il en jugeait pas l'allure de son appartement, sa vie devait être bien monotone et rythmée aussi rigoureusement que celle qu'il avait menée avec Naruto dans sa première existence. Pas une seule photographie ne signalait s'il avait des amis ou des relations ; il ne savait même pas s'il avait une passion quelconque ou des activités de loisir. Sasuke s'assit dans le canapé du salon et réfléchit.

— Ce n'est pas le moment de flancher, se dit-il pour s'encourager. Tu dois chercher Naruto.

C'était la meilleure chose à faire. Une fois en face de son ami, il aviserait de la marche à suivre, à savoir s'il devait faire en sorte de changer pour pouvoir s'adapter à cette existence. Tout tournait autour de Naruto, il en était persuadé à présent.

Sasuke avait commis l'erreur de rester indécis les dernières fois, se contentant d'attendre la fin en espérant que sa prochaine vie serait moins pire que la précédente. Depuis que Naruto l'avait ramené au village, dans son monde d'origine, il n'avait fait que cela : rester en retrait sans réagir et laisser les autres décider pour lui. Il n'était pas si malheureux, mais pas heureux non plus. Cela ne se reproduirait plus. Cette fois, il ferait tout pour être heureux avec Naruto. Ceux qui tenteraient de l'en empêcher le regretteraient !

Sasuke avait déjà un avantage par rapport à la dernière fois : il disposait d'un corps sain, avait un travail respectable à Konoha et même s'il n'en savait pas plus, son existence semblait infiniment plus stable et normale que lorsqu'il avait été un fugitif ou un tyran. Son but était simple : trouver Naruto et faire en sorte d'être heureux avec lui, peu importe le temps et les efforts que cela prendrait. C'était un bon plan... en théorie. En pratique, cela pouvait se révéler plus ardu. Il n'était après tout pas le seul être à décider de ce qui arrivait dans le village ou ailleurs.

Quels étaient les obstacles qui pourraient bien se dresser devant lui ? L'Akatsuki, son frère ? Naruto était peut-être déjà pris, ou bien c'était Sasuke... Il se pouvait même qu'ils soient ennemis ou rivaux.

— Pas le temps de me faire du mouron, dit-il en se levant.

Sasuke mit des sandales, prit quelques armes et sortit, le ventre serré par l'angoisse. Il était temps qu'il affronte le monde extérieur. Si seulement il savait ce qu'il devait faire ! Avait-il cours, quel jour était-il ? Il y avait un peu d'argent avec les papiers, il l'empocha rapidement avec la vague idée d'acheter un journal en passant. Les clés de l'appartement se trouvaient dans un bol à l'entrée, il les utilisa pour fermer la porte. Une femme d'âge mûr le salua dans le couloir. Sasuke lui fit son plus beau sourire et lui rendit son salut. Il ne l'avait jamais vue et ne connaissait pas son nom.

Konoha était semblable à ses souvenirs, avec ses rues encombrées de passants et ses bâtiments colorés à l'architecture aléatoire. Plusieurs personnes lui adressèrent la parole, Sasuke fit mine d'être pressé pour éviter de leur parler (et ainsi dévoiler qu'il ignorait totalement leur identité). Un kiosque minuscule situé dans la rue principale lui fournit le journal dont il avait besoin, et il s'installa sur un banc du parc le plus proche pour le lire. La date était celle du jour où il s'était suicidé.

— Le Hokage décide d'organiser un tournoi chûnin, hein ? entendit-il à sa gauche.

Un vieil homme appuyé sur une canne était arrivé sur son banc sans qu'il le vît et lisait par-dessus son épaule. Sasuke eut un mouvement de recul. Comment cet homme avait-il fait pour se faufiler près de lui sans qu'il s'en rendît compte ?

— C'est une bonne chose. Quand j'étais jeune, ils les faisaient combattre les uns contre les autres jusqu'à ce que le plus fort gagne. C'était vraiment le bon temps ! Maintenant, ils les choisissent presque à la courte paille.

— Vous étiez ninja, monsieur ? demanda poliment Sasuke en surveillant les moindres gestes du vieillard.

— Et comment ! Kaoru Mitsumoto, meilleur jônin de ma section. Je suis un peu vieux pour ces frivolités, mais il y a toujours à faire pour un vieux roublard comme moi, n'est-ce pas ?

Sasuke ne put s'empêcher de sourire.

— Enchanté, dit-il. Je suis...

— Je sais qui tu es, mon garçon, le coupa Kaoru. Je t'ai vu l'autre jour avec ton frère.

Le sang de Sasuke ne fit qu'un tour en entendant cela, mais il prit bien garde à ne pas le montrer.

— Ah bon ? fit-il d'une voix blanche. Quand ça, exactement ?

— Lors du mariage de la petite Miyuki de votre clan avec mon petit-neveu Keiichi. Tu es venu avec Itachi Uchiha, je m'en souviens très bien. Quelle allure, quand même ! Je comprends que ton frère soit si populaire, si j'avais moi-même été une jeune femme de ton âge...

Sasuke avait envie de vomir. Kaoru ne remarqua pas son état et continua, d'une voix joviale :

— Sa femme n'était pas mal non plus, ils formaient un couple plutôt bien assorti...

— Il faut que j'y aille, fit brusquement Sasuke de peur d'entendre la suite.

— Ah ? Mais...

— Au revoir.

Sasuke partit sans faire attention au regard abasourdi que lui lançait Kaoru. Le journal était roulé sous son bras ; il le déplia et finit de lire l'article sur le tournoi chûnin. Il devait se passer cet été, c'est-à-dire dans trois mois. Le Yondaime Hokage avait spécialement fait la requête auprès des autres villages cachés afin de...

Sasuke lâcha le journal. Le Yondaime ? C'était impossible ! Un bref coup d'oeil sur cette section de l'article confirma ses doutes : on mentionnait bien le quatrième Hokage, celui qui avait vaincu le Kyûbi des années auparavant et ainsi libéré le village de la menace de ce monstre. La page suivante révélait une photographie en couleurs de ce personnage célèbre, encadré par plusieurs membres de l'élite ninja du village : Kakashi, Gai, Asume, et bien d'autres que Sasuke ne connaissait souvent que de vue. Ils souriaient et avaient l'air parfaitement à l'aise, comme s'il était on ne peut plus normal de poser en compagnie d'un homme censé être mort presque vingt ans auparavant.

— C'est une farce, grogna-t-il.

Levant les yeux, Sasuke vit qu'il était arrivé il ne savait comment devant l'Académie. Ses pieds l'avaient menés d'eux-mêmes pendant la lecture. Il déglutit. Il était temps d'affronter ce que ce monde avait à lui offrir.

— Sasuke ? fit alors une voix douce dans son dos.

Sakura se tenait à quelques pas de lui, une expression confuse sur le visage. Sasuke lui fit un sourire un peu crispé.

— Bonjour, Sakura.

— Qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que tu restais chez toi pour te reposer jusqu'à la rentrée ?

— Euh... Je me sentais beaucoup mieux, alors j'ai voulu prendre l'air.

— Je vois.

La jeune fille soupira. Sasuke vit qu'elle avait l'air plus épaisse que d'habitude.

— Euh... Tu n'aurais pas pris un peu de poids ?

Allait-elle le frapper, pour avoir osé faire une remarque sur son apparence ? Le visage de Sakura se fendit d'un sourire éclatant.

— T'es bête, tu sais bien que c'est à cause du bébé !

— Du quoi ?

Apparemment, cette Sakura-ci était aussi enceinte. Elle s'approcha de lui à pas lents et lui mit une main fraîche sur le front. Sasuke se retint de ne pas bondir en arrière à ce contact.

— Tu te sens encore mal ? Tu es bizarre.

— Pourquoi tu dis ça ?

— Tu as oublié que j'attendais un enfant d'Itachi, c'est normal que je m'inquiète. Tu as encore mal à la tête à cause du coup reçu ?

— Quel coup ?

Sakura le regarda comme s'il lui avait poussé une nouvelle tête.

— Celui que t'as donné... Gai.

— Ah. Oui, ce coup-là. Euh... non je vais bien, je t'assure.

Son amie fit un mouvement de recul, le visage blanc.

— Quoi ?

— Qu'est-ce que tu racontes ? Sasuke, tu es sûr que tout va bien ?

— Bien sûr que je vais bien ! fit-il sur un ton agacé.

Puis, voyant qu'elle le regardait avec suspicion :

— Écoute, je suis juste un peu fatigué à cause de... ce coup de Gai, mais je vais bien. Il faut juste que je voie Naruto. Tu sais où il est ?

Sasuke regretta aussitôt d'être allé aussi vite en besogne en voyant Sakura le regarder comme s'il était un traître à la solde de l'Akatsuki. Elle s'éloigna à bonne distance de lui et sortit ses kunai, ce qui ne manqua pas d'attirer l'attention des gens autour d'eux, civils comme ninja. Sasuke se raidit.

— Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Sasuke Uchiha ? dit Sakura d'une voix froide.

— Je suis Sasuke !

— Mensonges !

— Mais...

— À l'aide ! Ennemi dans Konoha ! se mit-elle à hurler.

Tout alla très vite. Les civils se poussèrent pour se mettre à l'abri, les ninja sortirent leurs armes et bondirent sur Sasuke pour l'appréhender. Il n'avait pas le choix ; il sortit ses propres armes et se prépara au choc. Sakura lui lança une douzaine de shuriken qu'il esquiva en un bond vif, puis il para les coups de ses adversaires du plat de ses kunai. Une dizaine de ninja étaient sur lui , mais ils étaient loin d'avoir le niveau requis, ce qui le surprit quelque peu. N'était-il pas un simple chûnin dans ce monde ? Il n'avait jamais eu le temps de peaufiner ses techniques depuis que Naruto l'avait ramené à l'âge de treize ans, ce qui faisait de lui un ninja à peine plus fort que la moyenne des professeurs de l'Académie. Quelque chose n'allait pas...

— Rends-toi, traître ! hurla un homme que Sasuke reconnut comme étant Hijiri Tsumon. Tu es cerné !

Le nombre d'adversaires avait bien triplé en cinq minutes. Sasuke vit Sakura se mettre en peu retrait, courbée en avant comme si elle voulait protéger son ventre. Si elle était réellement enceinte, ce n'était pas une précaution superflue.

— Arrêtez ! cria une voix grave. Qu'est-ce que vous faites ?

Iruka Umino apparut au milieu des hommes, le souffle court. Il se faufila jusqu'à Sasuke et se mit entre lui et les autres hommes.

— Ne restez pas là, Umino, cria Hijiri. Cet homme est dangereux !

— Que dites-vous là ? C'est Sasuke, le frère de l'un des héros du village ! Il n'est pas notre ennemi !

— Iruka, va-t'en ! intervint Sakura. Ce Sasuke est un imposteur ! Je suis sûre qu'il a été envoyé par l'Akatsuki !

Iruka secoua la tête.

— Ne dis pas n'importe quoi, Sakura, je suis quand même capable de reconnaître mon petit ami !

— Pardon ? s'écria Sasuke, les yeux révulsés par l'horreur.

Sakura lui jeta un regard méprisant.

— Tu vois ? Il ne te reconnaît même pas !

— Je sais très bien qui est Iruka, merci bien, mais c'est quoi cette histoire de petit ami ?

Sasuke était tellement atterré qu'il en avait oublié toute prudence, mais il n'était vraiment plus à ça près... Iruka se tourna vers lui, la pose indécise.

— Sasuke ?

— Depuis quand nous sortons ensemble, professeur ? Vous n'êtes même pas mon type, c'est presque de l'inceste ! C'est... C'est...

Plus ça allait, plus ces mondes étaient absurdes. Sasuke commençait à en avoir assez.

— Bon, je me fiche de savoir avec qui et comment et pourquoi. Je vais me montrer raisonnable et... Vous êtes sûr qu'on est ensemble ?

Iruka le regardait avec pitié, ce qui ne changeait guère de d'habitude. Sasuke fit la grimace en remarquant pour la première fois que sa fameuse cicatrice en travers du nez n'était plus là. Il avait le visage parfaitement lisse.

— Encore une différence, soupira-t-il.

Une immense lassitude l'envahit, à tel point qu'il se laissa docilement arrêter par les ninja dirigés par Sakura. Tant pis pour sa couverture, c'était de toute manière perdu d'avance. Sasuke n'avait jamais aimé jouer dans la subtilité ; il aurait fait un très mauvais espion, il le savait bien. Il vit Iruka protester auprès de Sakura avant de le perdre de vue au milieu de la foule qui s'était rapprochée en voyant que le combat était terminé. Trois gardes aux traits sévères l'emmenèrent jusqu'à un immeuble qui surplombait tous les autres : le bâtiment officiel où étaient installé le bureau du Hokage.

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On le fit attendre dans une salle aux murs blancs dans laquelle se trouvait une unique table dotée de deux chaises mises l'un en face de l'autre : une salle d'interrogatoire. N'était-ce pas une erreur de le placer aussi près du Hokage ? Pas que Sasuke ait à se plaindre, mais s'il avait réellement été un traître et un ennemi de Konoha... Et il n'y avait que deux gardes pour le surveiller, c'était bien peu...

La porte s'ouvrit en grinçant, le faisant presque sursauter sur sa chaise. Un homme au visage couturé entra. Sasuke reconnut Ibiki Morino, un ninja de la section Tortures et Interrogatoires qui avait organisé la première épreuve de son examen chûnin, des années et des vies auparavant. Ibiki s'assit en face de lui et ouvrit le dossier qu'il avait emmené.

— Sasuke Uchiha, lut-il à voix haute. Dix-neuf ans, professeur d'académie. Père Fugaku Uchiha, mère Mikoto Uchiha et frère aîné Itachi Uchiha. Un joli parcours. Vous sortez avec Iruka Umino qui s'occupe des petites classes avec vous, ce me semble.

Sasuke ne répondit pas.

— Vous niez ?

— Ça me serait difficile. Je suis à peu près sûr d'être celui que vous citez.

— « À peu près » ? Comment peut-on être à peu près sûr d'être quelqu'un ? Vous l'êtes ou pas ?

Sasuke décida de tenter le tout pour le tout. Il n'avait guère le choix, d'ailleurs ; toute tentative de dissimulation en face d'un tel professionnel ne serait qu'une perte de temps. Il ne connaissait pas les aptitudes d'Ibiki mais il avait toute confiance en ses talents.

— Je suis Sasuke Uchiha. Juste pas tout à fait le même qui est indiqué dans ce dossier.

Le regard d'Ibiki pétilla. Il referma le dossier d'un geste vif et n'y porta plus aucune attention.

— C'est-à-dire ?

— Jusqu'où êtes-vous prêt à me croire ?

— Cela dépendra de ce que vous avez à me dire.

Sasuke soupira un peu pour se donner du courage, puis il se mit à parler, sans qu'Ibiki l'interrompe une seule fois. Il raconta son enfance en tant qu'unique survivant du clan Uchiha avec son frère qui s'était joint à l'Akatsuki, ses années d'apprentissage dans les classes de l'Académie jusqu'à son affectation en tant que genin dans l'équipe de Kakashi avec Naruto et Sakura, les épreuves qu'ils avaient subies à l'examen chûnin et l'attaque surprise d'Orochimaru. Le reste fut un peu plus difficile mais il ne s'arrêta pas pour autant : sa trahison suite à l'activation de la marque que lui avait laissée Orochimaru, la mission montée par Naruto pour le chercher, son retour à Konoha couvert de honte. Les années qu'il avait passées en tant que petit ami de Naruto, un élément dérisoire dans le décor que l'on acceptait du fait de sa relation avec le héros du village qui portait le Kyûbi en lui. Enfin, son suicide suivi des existences qu'il avait traversées, jusqu'à son arrivée dans celle-ci.

Plus Sasuke s'écoutait parler, et plus il était persuadé qu'Ibiki devait le prendre pour fou. Il l'aurait pensé lui-même s'il n'avait pas vécu toutes ces vies en direct. Les souvenirs qu'il lui en restait étaient trop vivants, trop nets pour que ce ne soit qu'un rêve.

— J'en arrive à ma confrontation avec Sakura avant de me faire emmener ici, dit-il d'une voix lasse. Voilà, je vous ai dit tout ce que je savais.

— Je vois.

Ibiki ne semblait ni plus amical ni plus hostile qu'à son arrivée ; une vraie statue de glace à l'état d'esprit imprévisible. Sasuke avait envie de hurler.

— Quoi ? Qu'est-ce que je risque ? La mise à mort, un ticket gratuit pour un séjour à vie à l'hôpital psychiatrique du coin ?

— Pas du tout. Vous êtes quitte à aller voir le Hokage.

— Quoi ?

Sasuke ne comprenait plus rien. Devant lui, Ibiki lui fit un maigre sourire d'encouragement qui métamorphosa ses traits austères. Il avait presque l'air sympathique.

— Il est en visite officielle à Suna pour régler les derniers détails de l'examen chûnin, mais je vais de ce pas lui envoyer un message pour qu'il revienne au plus vite. En attendant, je vais devoir vous garder ici. Je vais demander à ce qu'on vous prépare une chambre confortable.

— Quoi ?

— Considérez cela comme une forme de vacances, continua Ibiki sans se soucier de Sasuke qui restait là, bouche bée. Le Hokage devrait être là dans deux jours, trois maximum. Je pense qu'il fera vite.

— Mais...

— Autre chose, pas un mot de cette conversation à Umino ou Haruno. Je vais vous assigner un homme de confiance qui vous aidera à passer ces quelques jours le plus agréablement possible.

— Je refuse ! Qu'est-ce que cela signifie ? Pourquoi ce traitement de faveur ?

— Je ne peux malheureusement rien dire tant que le Hokage ne l'aura pas confirmé.

— Confirmé quoi, par tous les dieux de l'enfer ?

Iibki lui fit un sourire mystérieux, ce qui agaça Sasuke au plus haut point.

— Vous comptez me retenir de force si je refuse ?

— Pourquoi refuser ?

— Pourquoi accepter ?

— Parce que c'est le seul moyen pour vous de trouver ce Naruto ?

Sasuke lui lança un regard furibond.

— Où est-il ?

— Nous verrons cela à l'arrivée du Hokage. En attendant, considérez-vous comme un invité d'honneur. Un invité qui ne doit surtout pas sortir ou voir certaines personnes par mesure de sécurité.

Sasuke en grogna de dépit, mais Ibiki semblait bien décidé à faire comme il l'avait dit. Cela valait-il la peine de le contredire en tentant de fuir ? Trois jours, ce n'était pas si long comparé aux mois qu'il avait passés à être torturé par Itachi, et cette fois il aurait peut-être des réponses, ou du moins il reverrait Naruto... Si ce n'était toujours pas le cas, eh bien ! Il pourrait toujours aviser.

— Trois jours, vous dites ?

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Sasuke avait toujours été un joueur de go et de shogi convenable, mais après deux jours passés à affronter Shikamaru il commençait à se sentir affreusement mauvais. La comparaison n'était même pas possible ; Shikamaru le battait à plates coutures sans même prendre la peine de faire des efforts. C'était plus que frustrant.

— On ne pourrait pas faire autre chose, pour une fois ? demanda-t-il au bout de sa cinquantième défaite.

— Si tu veux, fit son vis-à-vis d'une voix lente. Quoi ?

— Je suppose que je ne peux pas sortir ?

— Non.

Il soupira. C'était bien sa chance ; Sasuke s'était promis d'être patient mais l'attente se révélait plus difficile maintenant qu'il avait la motivation nécessaire pour continuer à vivre et à se battre. Il décida de tenter une autre approche.

— Je suppose qu'Ibiki t'a expliqué pourquoi tu dois me tenir compagnie ?

— Vaguement, fit Shikamaru d'un air prudent.

— Alors tu sais que je ne sais pas du tout quelles sont nos relations ?

Shikamaru lui fit un large sourire amusé.

— Et tu n'as pas pensé à me le demander avant ?

— Je te le demande maintenant.

— Ouais, c'est vrai.

Sasuke se leva pour aller préparer du thé, sous le regard méfiant de Shikamaru. Lorsque cela fut fait et qu'ils eurent deux tasses fumantes en face d'eux, il montra à son gardien les traces de brûlure et les scarifications qu'il avait au bras.

— J'ai trouvé ça sur moi, et je ne sais absolument pas quand ça a été fait, ni dans quelles conditions. Tu as une petite idée ?

Shikamaru détourna le regard, visiblement gêné. Sasuke attendit qu'il se décide à parler. La chambre qu'il occupait, au dernier étage du bâtiment du Hokage (il soupçonnait Ibiki de l'avoir mis dans la chambre d'amis des appartements privés du Yondaime), avait une vue splendide sur la montagne où étaient sculptés les visages de tous les Hokage de l'Histoire de Konoha. Sasuke s'était habitué à voir un cinquième visage se joindre aux quatre premiers, celui du Godaime Hokage Tsunade. Son absence était d'autant plus troublante en sachant que bientôt, il se trouverait en face du Hokage actuel, le Quatrième.

— Tout est si différent, chuchota-t-il. Même s'il est vrai que l'histoire change à chaque fois, j'ai toujours autant de mal à m'y faire...

— Alors c'est vrai ? dit Shikamaru. Tu viens vraiment d'un autre monde ?

— C'est ce que j'aimerais bien savoir. J'ai une foule de questions et pas l'ombre d'une réponse.

Il y eut un long silence. Sasuke but son thé, lentement, en savourant chaque gorgée. Shikamaru semblait avoir oublié le sien et l'observait à travers ses paupières à demi-fermées.

— Tu étais dépressif, dit-il brusquement.

— Quoi ?

— À cause de ton frère. Itachi.

Sasuke serra sa tasse si fort qu'elle se craquela sous sa poigne. En voyant cela, Shikamaru fit une grimace.

— Je ne sais pas quelles étaient tes relations avec ton frère dans ton monde, mais ici c'est loin d'être rose. Itachi est le génie de ton clan et le chouchou de tout le monde, et c'est bien mérité d'après ce que je sais. Seulement, toi tu es... étais... enfin bref, son frère, et tu étais loin d'avoir le même niveau. Pourtant tu faisais des efforts démesurés, tout ceux qui prenaient le temps de regarder un minimum voyaient cela. Ces traces, c'est toi-même qui te les aies faites quand tu habitais encore chez tes parents. Comme personne ne faisait attention à toi, t'as commencé à te couper et à te brûler pour essayer d'attirer l'attention des gens.

— Et ça a marché ? fit Sasuke d'une voix blanche.

— Si on veut.

Shikamaru donnait l'impression d'avoir avalé un aliment particulièrement amer.

— Il paraît qu'Iruka s'inquiétait que tu ne viennes plus en cours, alors il est allé voir ce que tu devenais. Tu devais avoir onze ans, un truc comme ça, en tout cas c'était juste avant l'examen genin. Iruka essayait de veiller sur toi, tu le connais... ou peut-être pas, dit-il en voyant l'expression de Sasuke.

— Si. Enfin je crois.

— Bref, il t'a trouvé en train de déprimer dans ton coin, les bras couverts de cicatrices. Ça l'a tellement choqué qu'il a proposé de t'adopter. Les Uchiha n'ont pas protesté.

— Les Uchiha, hein ?

Ainsi, sa famille était encore en vie dans ce monde et son frère n'avait jamais trahi Konoha, bien au contraire. C'était là une donnée intéressante.

— Et alors ? Je suis allé vivre chez le professeur Iruka ?

— Non. Tu as refusé et tu es allé vivre seul. Iruka te rendait quelquefois visite. Tu commençais à être à peu près stable, t'avais même réussi à décrocher une place en tant que professeur d'Académie.

Sasuke hocha la tête. Ça se tenait, y compris le contenu austère de son appartement. Si le Sasuke de ce monde était aussi perturbé qu'il semblait l'être, le fait qu'il n'y ait aucun signe personnel, aucune photographie d'êtres chers n'était pas si surprenant. Il avait dû être une bête de travail, comme l'avait été Sasuke lors de sa première vie. Il se mit à rougir en se souvenant brusquement d'un détail que lui avait révélé Iruka la dernière fois qu'il l'avait vu.

— Shikamaru... C'est vrai qu'Iruka et moi nous sommes...

Il n'osait pas finir. C'était si gênant !

— Amants ? fit Shikamaru sans se démonter. Ouais. Quoique, ça fait pas très longtemps. Mais ça se voyait depuis des années, que vous vouliez sortir ensemble. Je suppose qu'Iruka devait se sentir coupable parce que t'étais son élève, c'est pour ça que ça vous a pris autant de temps.

Sasuke baissa les yeux. De toutes les relations amoureuses ou sexuelles qu'il avait eues dans ses dernières vies, celle-ci était bien la plus embarrassante.

— Naruto va m'écorcher vif en l'apprenant, fit-il. Ou alors il le sait déjà... et il n'a rien dit ?

Shikamaru lui jeta alors un drôle de regard.

— Eh, Sasuke, je voulais te demander depuis un moment...

— Oui ?

— Ce Naruto dont tu n'arrêtes pas de parler... Qui est-ce ?

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Le quatrième Hokage était un homme au sourire facile et à l'aura si bienveillante qu'il donnait l'impression de luire en permanence, même si bien sûr ce n'était pas le cas. La première fois que Sasuke le vit, il fut grandement impressionné par la force qui émanait de lui, le sentiment d'amitié immédiate qui l'envahit sitôt qu'il eut posé les yeux sur lui.

— Bonjour, Sasuke, fit-il en lui tendant la main.

Sasuke hésita, mais il n'avait aucune raison de ne pas lui rendre sa poignée de main. Ibiki se tenait derrière lui ; sa présence était si forte, si pesante, que Sasuke dut lutter pour ne pas s'enfuir en sautant par la large fenêtre du bureau. Shikamaru était parti et ne pouvait guère l'aider.

— Bonjour, Yondaime Hokage, dit-il d'une voix tendue.

— Je t'en prie, appelle-moi (...)

— Pardon ?

Avait-il mal entendu ? Le Hokage avait cité son nom, mais c'était comme si tout son produit par sa bouche s'était évaporé dans l'air à ce moment. Le Hokage parut surpris.

— (...)

— Je suis désolé, je n'ai rien entendu. Vous avez dit ?

Le Hokage et Ibiki s'échangèrent un regard qui parut lourd de sous-entendus. Sasuke devenait de plus en plus nerveux. Il vit alors Ibiki ouvrir la bouche et remuer les lèvres, sans pouvoir capter ses mots comme pour le Hokage.

— Tu as entendu ce qu'il a dit ? demanda le Yondaime.

— Non. Je ne comprends pas. Vous vous moquez de moi ?

— Sasuke, connais-tu mon nom ?

— Le Yondaime ?

— Non, je te parle de mon vrai nom. Celui que je portais avant de devenir Hokage.

— Je ne pense pas l'avoir jamais rencontré, mais en même temps je n'ai pas vraiment cherché... et les livres d'Histoire citaient plus la fonction que le nom. Pourquoi ?

Sasuke frissonna. Cette conversation commençait à le mettre mal à l'aise. Depuis que Shikamaru lui avait avoué le matin même qu'il n'avait jamais entendu parler d'un quelconque Naruto dans tout le village, il se sentait de plus en plus nerveux, de plus en plus paranoïaque aussi. Un doute affreux lui taraudait le ventre : et si dans cette version parallèle de ce monde, Naruto n'existait pas ? Il ne pourrait pas le supporter. Alors qu'il s'était enfin décidé à tout faire pour contrôler sa vie, l'objet de sa quête n'était même pas présent. Que ferait-il dans un monde sans Naruto ?

— Quel étrange phénomène, tout de même, soupira le Hokage. J'ai presque envie d'en rire, mais la situation m'apparait un peu trop sérieuse pour cela.

— Si vous m'expliquiez, plutôt ?

Ibiki s'avança vers lui.

— Vois-tu, mon garçon, quand tu m'as raconté ton histoire je n'étais qu'à moitié surpris. Sais-tu pourquoi ?

— Comment le saurais-je ? Je vous ai tout dit, je ne sais rien de ce qui m'arrive.

— Parce qu'on a un autre cas qui te ressemble, tout simplement, continua Ibiki. Un gamin qui dit venir d'un autre monde après être mort. D'après ce qu'il nous a dit, c'est son troisième voyage.

Le coeur de Sasuke bondit dans sa poitrine.

— Qui ? Est-ce qu'il vient de mon monde ? Est-ce que...

— Du calme, fit le Hokage en lui prenant les épaules. Il s'agit là d'une information classée top secret.

— Mais cette personne...

— Est en sécurité quelque part dans le village. Nous avons hésité à le croire la première fois, mais avec le temps et les détails étranges qu'il connaissait malgré le fait qu'il ne devrait nullement être au courant, nous avons dû revoir notre position.

— Qui ?

— Je ne sais pas si tu le connais. Un gamin du nom de Gaara du Sable. Il dit venir de Suna.

— Gaara ?

Sasuke n'en croyait pas ses oreilles. Gaara, le grand ami de Naruto, celui qui contenait le démon Shukaku dans son corps ? Pourquoi était-il là lui aussi ?

— Il est apparu il y a quelques semaines déjà, au beau milieu de la forêt qui entoure Konoha. On le garde en zone de haute sécurité, mais il n'est pas très dangereux, fort heureusement. Il dit être le Jinchûriki du Bijû Shukaku. Tu sais quelque chose ?

— C'est vrai, dit Sasuke. Dans mon monde, il était même devenu Kazekage.

— C'est aussi ce qu'il a dit, fit Ibiki. Qu'il était le fils du Yondaime Kazekage et qu'il l'avait remplacé après que celui-ci a été tué par Orochimaru.

— C'était lors de l'examen chûnin. Orochimaru a monté un complot visant à détruire nos deux villages, mais il a échoué. Seulement, le Hokage et le Kazekage sont morts, et on a dû les remplacer. Tsunade pour le Hokage, et avec un peu plus de temps Gaara est devenu Kazekage.

Sasuke parlait comme s'il récitait une leçon, tant le choc était grand. Ainsi, Gaara était là lui aussi ? La situation avait pris une tournure étrange.

— Un instant, vous réagissez comme si vous ne connaissiez pas Gaara avant que vous ne le trouviez...

— C'est le cas, dit le Hokage.

— Comment est-ce possible ? C'est le Kazeka... Oh.

Ces fichus mondes parallèles commençaient à lui donner le tournis.

— Le Yondaime Kazekage est toujours en fonction ici, comme tu dois le deviner. Tout comme moi, d'ailleurs.

Sasuke ouvrit des yeux ronds.

— Votre nom, murmura-t-il, quel est votre nom ?

— C'est inutile. Tu ne l'entendras pas, pas plus que Gaara n'entend mon nom ni celui des personnes qui n'existent pas dans son monde. Et l'écrire ne servirait à rien non plus.

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

— Je l'ignore. Sa venue est entourée de mystères. Tout comme la tienne. Sais-tu pourquoi j'étais à Suna ces derniers jours ?

— Vous prépariez l'examen chûnin ?

— Oui, mais pas seulement. La vérité, c'est que j'étais en train de rendre des comptes au Kazekage qui voulait savoir pourquoi je gardais son fils dans le village plus qu'il n'était nécessaire. J'en ai parlé avec Gaara, il 'est d'accord pour dire qu'il est mieux qu'il reste ici.

— Comment cela ?

— Le véritable Gaara existe, comme il y a un Sasuke ici. Il est bien le fils du Kazekage aussi, mais contrairement à son alter-ego qui est venu d'ailleurs, ce n'est pas un Jinchûriki. Il n'a même rien d'exceptionnel, c'est juste un adolescent comme les autres, sans pouvoir et sans grand talent en tant que ninja. Gaara a avoué qu'il se sentirait mal à l'aise face à une telle existence, alors il a insisté pour rester ici, bien caché. Il voulait aussi chercher un certain Naruto Uzumaki...

— Alors c'est bien le Gaara de mon monde, soupira Sasuke. Naruto existe aussi dans le mien.

Le Hokage sourit d'une drôle de manière.

— Je ne pense pas. Disons que ta version et la sienne étaient comment dire... légèrement différentes.

— Différentes comment ?

— Pourquoi ne pas lui demander toi-même ?

Il y eut à ce moment-là un bruit à l'extérieur, et une main hésitante frappa à la porte.

— Entre, Gaara, fit la Hokage d'une voix sereine.

Sasuke sursauta. Sa surprise se mua en angoisse lorsqu'un jeune homme aux cheveux rouges entra dans la pièce, visiblement très mal à l'aise. Gaara du Sable était... différent par rapport à ses souvenirs, c'était le cas de le dire. Disparues ses cernes gigantesques sous les yeux, disparu le tatouage d'un goût douteux qu'il avait sur le front : c'était juste un jeune garçon roux ordinaire qui paraissait avoir grandi d'un coup.

— Vous m'avez fait demander, Hokage ? fit-il en jetant un coup d'oeil curieux à Sasuke.

— En effet. Sasuke ici-présent est dans le même cas que le tien.

Les sourcils de Gaara firent un bond sous le coup de la surprise. Encore un détail de son anatomie qui différait de l'original.

— Je vois, dit-il en se raidissant. Sasuke Uchiha ?

— Gaara du Sable.

Le regard glacial que lui lança son interlocuteur l'étonna. Le Hokage lui mit une main apaisante sur l'épaule tandis qu'Ibiki s'approchait de Gaara pour le maintenir en place.

— Calme-toi, celui-ci n'est pas le même que celui de ton monde. Il n'est pas ton ennemi.

Sasuke sentit son estomac se contracter.

— Comment ça, pas le même ?

— J'espère bien, fit Gaara d'une voix sifflante, ou alors vous vous exposeriez à de sérieux ennuis en le gardant en liberté. Sasuke Uchiha est une menace pour la sécurité de Konoha.

— Quoi ?

Le Hokage hocha la tête d'un air satisfait. Sasuke était de plus en plus perdu.

— Pourriez-vous m'expliquer, à la fin ?

— C'est un phénomène étrange, dit Ibiki. Vous êtes tous deux morts dans votre monde, et vous avez voyagé dans vos corps d'autres mondes parallèles qui avaient tous plus ou moins un même point commun, à savoir ce Naruto Uzumaki dont vous nous avez parlé. Mais le fait est que Naruto n'existe pas ici. En fait, plusieurs choses que vous nous avez décrites sont... contradictoires à ce que nous avons de notre côté.

— C'est-à-dire ?

Ibiki et le Hokage échangèrent un autre regard.

— Le mieux est de vous montrer directement, fit le Hokage.

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Le couloir s'enfonçait loin, très loin sous terre. Sasuke frissonna en repensant à l'existence qu'il venait de quitter, celle où son frère l'avait enfermé durant des années pour le torturer. À ses côtés, Gaara ne manifestait pas la moindre appréhension ; il semblait s'être coupé du monde. Le Hokage menait la marche, Ibiki la fermait. Ils les avaient emmenés dans une grotte qui se trouvait assez loin de Konoha, au plein coeur de la forêt touffue qui avait valu au village son nom. Sasuke se posait une ribambelle de questions. L'atmosphère se faisait plus lourde à mesure qu'ils descendaient, et au bout d'une demi-heure ils sentirent une pression affreuse peser sur leurs épaules. Sasuke tremblait de tous ses membres mais il se forçait à avancer. L'air était tellement saturé de chakra qu'il avait l'impression de marcher en portant une charge de plusieurs tonnes. Il y avait à présent dans sa bouche comme un goût étrange qui était apparu peu après avoir senti cette aura.

Un goût doux-amer, pas désagréable mais qui lui donnait un intense sentiment de frustration.

— Nous y sommes, fit le Hokage en levant sa torche un peu plus haut.

Il s'était arrêté devant une grille gigantesque fermée par une longue rangée de cadenas, si gros qu'il était possible d'en entourer un de ses bras sans pouvoir faire toucher ses mains. Le Hokage fit couler à terre le contenu de la gourde qu'il avait apportée avec lui. Sasuke sentit l'odeur tenace de l'huile. Une étincelle, et l'avant de la grille s'enflamma en une magnifique gerbe rouge qui leur montra ce qui se trouvait de l'autre côté.

Sasuke poussa un cri étouffé qui alla se répercuter dans la grotte. Gaara était plus calme mais sa peau avait pris une teinte cireuse.

Un animal aux dimensions titanesques se trouvait devant eux et paraissait dormir. Rouge ; des poils de l'épaisseur de son bras ; un museau allongé qui révélait de temps à autres des crocs luisants. Neuf queues rouges, posées sur le sol mais qui pouvaient en un seul battement réduire un village entier en poussière.

Le Kyûbi.

— C'est impossible, dit Gaara d'une voix rauque.

— Pas dans ce monde, dit le Hokage. Il est endormi grâce à un sort puissant que je lui ai lancé il y a presque vingt ans de cela, quand il est venu attaquer le village. Je crois que le Shukaku est contenu dans une prison semblable dans le désert par les tiens, Gaara, bien que je ne connaisse pas les détails. Nous sommes plutôt protecteurs vis-à-vis de nos secrets dans nos villages de ninja.

— Naruto n'existe pas ici, fit Sasuke d'une voix blanche en comprenant enfin, parce qu'il n'a pas besoin d'exister dans ce monde. Il n'est pas un Jinchûriki. Pas plus que Gaara.

— Mais moi j'existe ! s'écria Gaara. Pourquoi pas Naruto ?

— Tu existes parce que tu es le fils du Kazekage, dit le Hokage, mais de qui Naruto est-il le fils ?

Sasuke et Gaara se turent. Ils n'en avaient aucune idée.

— Aucun de vous deux ne peut entendre mon nom ni même le lire, continua-t-il. Pourquoi ?

Ce goût doux-amer rendait Sasuke infiniment mélancolique, sans qu'il sache pourquoi. Le Kyûbi dormait paisiblement, ses longues moustaches frémissant au moindre souffle. Gaara serra les poings. Il avait repris un peu de couleur.

— C'est impossible, dit-il, je refuse de le croire... Il doit y avoir une explication !

— Dans ce cas, je veux bien l'entendre, soupira le Hokage, parce que cette histoire me perturbe au moins tout autant que vous. Dans vos mondes respectifs, je suis mort mais ce Naruto est en vie et a changé vos existences, à ce qu'il paraît. Dans ce monde, Naruto n'existe pas mais vous ne pouvez pas entendre mon nom. Oui, si quelqu'un a une explication valable, je suis preneur, aussi étrange soit-elle.

Sasuke déglutit. Le goût était devenu insupportable.

Il vit alors avec horreur que les yeux du Kyûbi étaient ouverts et luisaient dans le noir. Gaara avait la tête baissée, le Hokage lui tournait le dos, mais Ibiki l'avait aperçu tout comme lui.

Sasuke ne réfléchit pas : il bondit en direction du Hokage, au moment même où l'une des queues du Kyûbi fendait l'air et traversait les barreaux. La dernière chose qu'il vit avant de mourir fut le sourire cruel de la bête.

Il se mordit la langue.

À suivre...


Enfin, le scénario apparaît ! Plus que deux chapitres avant la fin, n'hésitez pas à me donner votre avis, etc.

Merci de votre fidélité et à bientôt !