La bénédiction de mon père déclencha l'euphorie d'Alice. Tout s'enchaîna et je pense avoir perdu le fil après les essayages de ma robe de mariée. Je me contentai de faire ce que l'on me demandait.

Comme si l'extravagance de ma meilleure amie ne suffisait pas, ma mère, toujours à l'affût de me rendre plus angoissée que je ne le suis, exigea de rencontrer ma future belle-famille. Mes arguments furent vains et je fus contraint de m'y soumettre.

_J'ai vraiment hâte de les rencontrer affirma-t-elle.

Serait-elle si ravie, si elle savait que mon fiancé est le cadet d'une famille de Vampire ? En réalité, ce qui m'inquiétait davantage c'était Charlie. Je craignais les retrouvailles entre mes parents, d'autant plus que Phil était également de la partie. J'aurais tellement aimé lui épargner cette douleur. Celle de revoir les deux supposés femmes de sa vie réunis auprès de lui pour un si bref instant avant de devoir leur dire adieu.

Le matin même, mon père et moi sommes allés chercher ma mère et son époux de l'aéroport. La poignée contrite que durent s'échanger Phil et Charlie me mit mal à l'aise. Dans la voiture de patrouille, seule la voix de ma mère s'élevait. Elle voulait tout savoir.

_Maman, c'est Alice qui organise le mariage.

_J'ai quelques idées.

Je fus sensible au coup d'oeil compatissant que m'accord Phil me regarda. Il vivait cela au quotidien après tout.

_Ce ne sera pas nécessaire…

Elle ne m'écoutait déjà plus et se remémorait tout au long de la route, quelques souvenirs qui lui demeuraient de Forks. Charlie ne cillait pas.

Nous les déposâmes enfin à leur hôtel, pour mon plus grand bonheur et leur indiquâmes que nous devions nous rendre chez les Cullen, à 20 heures. Cela rendant ma génitrice d'autant plus extatique. J'étais certaine qu'elle devenait de plus en plus ingérable avec le temps.

Le voyage du retour se fit dans un silence reposant pour mon père et moi. Ce genre de conversation nous convenait à tous les deux, celles où nous nous taisions.

oOo

La simple perspective de voir Edward, ce qui ne m'avait été possible la journée durant, me permettait de supporter l'ambiance tenue dans la voiture, celle qui nous avait accompagné tout le long du trajet jusqu'à l'hôtel de ma mère.

A notre arrivée, les Cullen nous attendaient sur le perron. A peine le véhicule à l'arrêt, Edward ouvrait déjà ma portière, en me tendant la main pour y descendre. Lui accordant un large, il déposa un chaste baiser sur mes lèvres, me murmurant combien je l'avais manqué.

Nous rejoignîmes les autres et fîmes les présentations. Je pus admirer le trouble de ma mère face à Carlisle, la gêne de Phil lorsque Esmé vint le saluer et son attitude légèrement craintive en apercevant Emmett ce dont mon père s'amusa grandement. Je fronçais les sourcils, le morigénant silencieusement d'une telle réaction. Il se contenta de hausser les épaules avant de serrer la main que lui tendait Edward.

_Comment allez-vous ? S'enquit mon fiancé, tentant de s'amender face à un père encore récalcitrant.

_Bien, merci, maugréa cependant ce dernier avant de suivre Carlisle à l'intérieur.

J'enlaçais tendrement la taille afin de le réconforter.

_Laissons le temps faire les choses, murmurais-je, à son encontre.

Il opina, maussade.

oOo

Pourquoi ce genre de choses n'arrivait qu'à moi ? Ma mère, Esmé et Alice repassaient au peigne fin tous les préparatifs, le moindre détail. Si je devais entendre encore une fois où en était la composition florale, je commettrais un meurtre.

Je bénissais Emmett d'avoir réussi à détendre mon père en faisant passer le match de baseball de ce soir, du moins avant que Phil ne les rejoigne. J'étais certaine avoir perçu une tension étreindre le corps de Charlie.

Jasper, Carlisle et Edward se tenaient non loin d'eux, conversant tranquillement et à l'abri de nos oreilles innocentes.

Je me retrouvais donc seule, avec Rosalie, une des personnes qui me supportaient le moins.

_Etais-ce vraiment nécessaire cette soirée ? Lâcha-t-elle.

_Avais-tu d'autres projets ?

_Feuilleter quelques magazines, me mirer.

_Je vois.

Me retenant de lever les yeux au ciel, ce fut un doigt glacé caressant mon bras qui calma mes ardeurs. Je lui souris tendrement alors qu'il prenait place près de moi.

_Ah non ! S'exclama Rosalie en se levant furibonde.

Je la regardai s'éloigner, ébahie.

_Qu'a-t-elle ?

_Elle refuse de nous voir batifoler et se retrouver seule, Emmett va en prendre pour son grade.

J'eus un sourire, navré pour mon futur beau-frère avant de me blottir contre l'épaule de mon fiancé. Il caressa tendrement mes cheveux, descendant sur ma tempe.

_Tu as l'air crevé murmura-t-il.

J'allais lui répondre lorsque ma mère nous interrompit.

_Je suis heureuse de rencontrer enfin les Cullen et de nous voir ainsi réuni. Nous formons une très belle famille.

Ce fut ce moment que Charlie choisit pour se prendre une nouvelle bière alors que Rosalie levait un sourcil parfaitement ironique à l'annonce de ma mère. Je dus véritablement me retenir de rire. Ma mère ne pouvait pas être plus loin de la vérité. Cependant, René ne se démonta pas.

_Si je prends la parole, c'est pour t'annoncer quelque chose Bella.

Cela eut le mérite de me couper l'herbe sous le pied. J'étais certaine que je n'aimerais pas ce qui allait suivre. Qu'elle pense nécessaire la présence de tout ce monde pour me l'annoncer ne pouvait que signifier qu'elle craignait ma réaction. Phil lui fit un hochement de tête, encourageant.

_ Phil et moi allons avoir un bébé, Bella.

Pardon ? Je restai bouche bée un moment, ma main serrant la chemise d'Edward. Il me scrutait, je le savais. Tournant vivement la tête vers Charlie, j'eus le temps de voir son verre lui glisser des doigts et heurter le sol avec fracas. Le bruit de l'éclat sembla le secouer légèrement de sa torpeur et il finit par rire gauchement avant d'excuser sa maladresse.

_Je m'en occupe, murmurai-je.

_Non laisses Bella, je m'en occupe…s'enquit Esmé.

_Non je vous assure.

Je pris un torchon dans la cuisine et vint nettoyer les éclats de l'espoir brisé de mon père. Il venait définitivement de la perdre. Un curieux silence s'installa. Je me concentrai sur ma tâche, peu désireuse d'assimiler les paroles de ma mère. Pourquoi cela me dérangeait-il tant ? Je devrais être ravie. C'est alors qu'Edward, en l'homme parfait qu'il était vint la féliciter et le mouvement suivit. Je me réfugiai dans la cuisine où je me mis à frotter un peu trop énergiquement mon torchon. Bon sang ! J'étais censée être heureuse. Pourquoi ressentais-je soudain l'envie de pleurer ?

La porte s'était ouverte mais je ne me retournai pas. Ce n'était pas un Cullen. C'était un membre de ma famille. Ou du moins ce qu'il en restait. Je dissimulai mes larmes et tentai de camoufler mes sanglots. Je refermai le robinet et restai un moment dans cette position.

_Bella ?

Il s'agissait de René. De ma mère enceinte.

_Que se passe-t-il ? J'ai pensé que tu aurais été ravie de l'apprendre ?

_Je suis ravie.

_Ce n'est pas l'impression que tu en donnes.

_C'est l'émotion. J'ai toujours été enfant unique.

Je me retournais et lui offrait un sourire que j'espérais convaincant. Ce dut avoir l'effet escompté puisqu'elle me le rendit et vint m'enlacer.

_Félicitations Maman, murmurai-je.

Je mordais ma lèvre pour ne pas hurler. Lorsque nous ressortîmes un moment plus tard, je rejoins mon père. Il semblait sonné.

_Papa ?

_C'est merveilleux n'est-ce pas Bella ? Soupira-t-il.

_Oui.

Il me regarda et sourit tristement.

_Je suis heureux d'avoir une fille comme toi.

_Ne dis pas cela.

_Si. Je le pense vraiment.

Il m'embrassa sur le front. L'ambiance régnante était trop dérangeante malgré les apparences. Lorsque mon père prit congé, je l'accompagnais, sachant qu'il aurait parfaitement besoin de moi, ce soir-là.

Edward me raccompagna à l'entrée, tenant mon visage entre ses mains, m'examinant afin de s'assurer que j'allais bien.

_Je vais bien, Edward. C'est juste Charlie…

Il n'était pas convaincu mais ne chercha pas à me tirer les vers du nez. Il déposa un chaste baiser sur mes lèvres avant de m'enlacer. J'humai son odeur qui me calma instantanément. J'appréciais cette faculté apaisante qu'il avait sur moi. Je restais un moment, nichée contre son cou avant de me souvenir de la raison de mon départ qui m'attendait déjà dehors.

_Je t'aime Edward.

_Je t'aime Bella.

Je savais qu'il me rejoindrait plus tard mais lui étais reconnaissante de l'espace qu'il m'accordait maintenant. Je finis cependant par lui avouer avant de partir, comme si le besoin ne pouvait être retenu jusque là. Je m'assurais que nous étions seuls et finis par lui dire à mi-voix.

_J'ai l'impression qu'elle a refait sa vie, une vie où je n'ai plus ma place. Je ne connaitrais jamais cet enfant et il ne me connaitra pas. Ne te méprends pas Edward. Je suis décidée. Mais je regrette de ne pouvoir assister à la naissance de cet enfant, de le connaître. Je suis désolée de te dire cela mais je ne saurais le contenir davantage.

Les mots prenaient plus d'importance, chaque fois que je les prononçais. Il se raidit, je le sentis mais il se borna à acquiescer. Nous nous dîmes plus rien. Il m'embrassa une dernière fois avant de me laisser m'en aller. Je perçus cependant alors que nous quittions l'asphalte une détermination qui étirait son visage à mon aveu. Une détermination nouvelle émanait de sa voix, se reflétait dans ses yeux. Une détermination que ce soir, épuisée par les émotions vécues et refusant de l'admettre, je me contentai d'ignorer.