Note de l'auteur : Je déprime. Vous m'aviez habituée à une pluie de commentaires et voilà que pour le dernier chapitre ils n'étaient pas légion. Le chapitre ne vous a pas assez plu ? Plus sérieusement, dites moi ce que vous pensez des chapitres postés, que je sache où j'en suis. Cela aide toujours d'avoir des repères ou tout simplement un point de départ pour améliorer les choses. Merci !
Disclaimer : bla, bla, bla, Rick Castle n'est pas à moi...
SIX
Castle et Beckett étaient de retour au 12ème pour continuer à éplucher l'existence sans intérêt de leur victime. C'était toujours le même rituel: les listes téléphoniques du portable et du fixe, les comptes bancaires, casier judiciaire... La vie de Derek Morris ne leur offrait pas beaucoup de rebondissements et l'âme imaginative de Rick avait du mal à retenir les bâillements. Il commençait à trouver le temps long et jetait des coups d'œil fréquents à sa montre ce qui avait entamé la patience de sa coéquipière. Elle était pourtant assez alerte malgré son réveil précipité, mais les bâillements continuels de Castle étaient, comme tous les bâillements, contagieux. Une certaine ambiance soporifique parvenait peu à peu à les gagner et ils attendaient avec impatience l'arrivée de Ryan et Esposito pour leur offrir une distraction on ne peut plus nécessaire. Or, ils tardaient à revenir.
Toujours assise, Beckett s'étira légèrement et se massa les yeux. Son regard se perdit par la fenêtre et elle eut une envie furieuse de se trouver dehors, jouissant du soleil tout en mangeant son premier cornet de l'année. Elle appréciait cette chaleur douceâtre quasi-printanière qui venait effacer le froid mordant de Janvier et Février. Son regard se porta sur Castle. Il en aurait bien besoin lui aussi. S'il s'était montré joueur plus tôt dans la matinée, il s'était muré dans un silence inhabituel depuis leur retour au Poste. Son teint était un peu blafard et des cernes couraient sous ses yeux fatigués.
-Arrêtez de me fixer Beckett. Je sais que je suis plutôt agréable à regarder, mais là, vous commencez à me faire peur.
-En fait, je me disais qu'en ce moment vous avez plutôt une sale tête.
-Vraiment, sur ce coup vous manquez de tact, répliqua-t-il, boudant comme un enfant.
-Non, c'est juste que vous avez l'air fatigué. Très fatigué.
-Je manque un peu de sommeil, c'est tout.
-Vous pouvez rentrer si vous voulez. Prenez votre après-midi, reposez-vous et revenez demain, frais et dispos.
Castle mit un coude sur le bureau de Beckett et posa la tête sur sa main, fixant sa partenaire avec une lueur espiègle dans le regard, bien décidé à orienter leur conversation vers autre chose que sa fatigue.
-Avouez que vous vous en faites pour moi, lâcha-t-il avec un sourire en coin, ses yeux bleus plissés et plaisantins.
Kate imita le geste de Castle, s'approchant de lui et adoptant un ton faussement séducteur.
-Je m'en fais surtout pour la paperasse que j'aurai à remplir si vous me claquez dans les doigts.
-Faux prétexte. Avouez que je vous manquerais.
-Oui, certes... vos théories stupides me manqueraient.
-Ma logique implacable, Beckett.
-Vos blagues idiotes me manqueraient aussi.
-Mes traits d'esprit, détective.
-Votre comportement ingérable également.
-Ma capacité à surprendre, lieutenant.
-J'y ajouterais votre agitation puérile.
-Ma fraîcheur, Kate.
-Mais par-dessus tout Castle, ce qui me manquerait le plus, ce dont je ne pourrais plus me passer... Kate marqua une pause pour laisser planer le suspense. Ce qui me manquerait le plus... Ses yeux se posèrent sur les lèvres de Castle où le sourire s'estompa tout doucement, se sentant tout à coup vulnérable et exposé. Il retenait son souffle craignant qu'elle n'ose un geste trop éloquent en face de tous. C'est de ne plus jouir... La main de Beckett qui ne tenait pas sa tête avança légèrement vers Rick qui la suivit du regard pendant qu'il déglutissait. Il la voyait approcher de sa main gauche; celle qu'il avait posé à plat sur le bureau. Lorsque les doigts fins de Kate étaient sur le point d'effleurer ceux de son partenaire, celle-ci fit un geste brusque pour attraper la tasse vide posée juste à côté. Si vous n'étiez pas là, qui m'amènerait ma dose de caféine? Elle se redressa sur sa chaise et tendit la tasse à Castle.
Tout semblait s'emboîter assez facilement sans leur intervention. Un coup de fil de Ryan leur apprit que leur suspect avait mis les voiles. Une voisine l'avait vu tôt le matin quitter son appartement avec une valise. Elle avait ajouté qu'il semblait nerveux et pressé. Kate et Castle savaient pertinemment que dans ce genre d'affaires il n'y avait pas de place pour les coïncidences.
Un mandat d'arrêt avait été émis et ce n'était qu'une question de temps pour que les flics de toute la ville puissent avoir une photo de l'individu. Il était cerné. Il était leur suspect. Il serait peut-être bientôt leur coupable.
Sous ces conditions, Beckett n'eut aucune difficulté à envoyer un Castle quasiment amorphe chez lui. L'affaire était dans le sac. Et cette affaire avait déplu à l'écrivain depuis le début. La conjonction entre son aversion pour les clowns, la déception du dénouement et la fatigue qu'il éprouvait avait rendu possible que son pot de colle la quitte en début d'après-midi. La seule condition qu'il avait exigé: qu'elle l'appelle si un rebondissement se présentait ou si elle avait du mal à faire cracher le morceau à leur suspect.
Apparemment ils avaient vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Kate maudit Castle. Quel porte-la-poisse! A peine une poignée d'heures plus tôt il avait évoqué un rebondissement, une des ces déviations sadiques du scénario alors que la fin semblait toute trouvée. Le suspect n'avait pas encore été localisé mais cela restait une affaire de temps. On n'avait rien trouvé dans la vie insipide de Morris, aucun coup de fil suspect, aucune rentrée ou sortie d'argent inhabituelle. Rien à signaler. Une affaire sans intérêt. Un suspect, le seul qui avait cherché des noises à Derek. Le mobile restait flou mais sa fuite rendait sa culpabilité assez évidente. Tout s'enchaînait. En fait, Kate aurait pu écrire son rapport et ne rajouter qu'une petite ligne à la fin pour expliquer la cause du meurtre. Ou étais-ce un assassinat? La frontière entre les deux était mince. Elle s'appelait préméditation. Kate ne s'en souciait guère. Un coupable qui prend la fuite n'aurait pas le sang froid nécessaire pour repousser ses assauts durant un interrogatoire. Mais le sort en avait décidé autrement. Castle aurait son rebondissement puisqu'une nouvelle donnée venait s'ajouter à l'équation: un nouveau corps.
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