4. La salle de bain révèle ses secrets...
Remus et Tonks arrivèrent dans la soirée, Luna et Neville ne venant que le lendemain matin.
Il faut croire que cette première journée avait été des plus désagréables pour Draco, car le soir même, alors qu'il était au petit coin, il pestait à tout bout de champs en son fort intérieur.
"Cette fois, c'est officiel, ma vie est devenue un Enfer! Si vous ne me croyez pas, je vous résume la situation: je suis prisonnier chez des ennemis du camps de mon père, je suis contraint de vivre dans la vieille baraque toute pourrie des Weasley, et je suis en permanence confronté à des personnes que je hais depuis que je les connais! Voilà! La situation est assez dramatique, comme vous le voyez! Les adultes sont plutôt correctes avec moi, j'ai parfois l'impression qu'ils essayent de me reconvertir et de me rallier à leur cause...insensé...mais les mômes, ils en profitent pour me prendre de haut...aarrrrgh! Je les hais! Pourquoi me traitent-ils comme ça? Je ne suis pas impur, moi! J'ai du sang bien magique! Comment peuvent-ils compter sans ça? C'est quoi leur raisonnement? Encore heureux que la confiture de fraise de la mère Weasley soit bonne, mais elle peut crever la bouche ouverte pour que je lui dise!"
La seule toilette des Weasley se trouvait dans la salle de bain, isolée par un paravent, et alors que Draco passait ses nerfs en déchiquetant du papier toilette, Harry entra, ne remarqua pas la présence du blond silencieux et se fit couler un bain. Pendant que la baignoire se remplissait, il se regarda dans la glace, inspecta ses cheveux, tenta de les coiffer, cassa deux peignes avant de se résigner: ce n'était pas aujourd'hui qu'il y parviendrait, et commença à se déshabiller. Pendant ce temps, Draco restait sur le pot comme un con, se demandant ce qu'il devait faire, quand il aperçut le caleçon de Harry dans le miroir, d'un gris-bleu délavé avec des petits Vifs d'Or dessus (probablement un cadeau de Dobby). Draco n'en croyait pas ses yeux et bientôt n'en crut plus ses oreilles non plus: quand Harry entra dans la baignoire et commença à se laver, il se mit à chanter...
...et faux en plus!
-"Ma Ginnyyyyyyy chériiiiiie,je t'aaaimmme à la foliiiieee ,tu es joliiiiiiieeeee,ma puuuuuuce!"
Harry n'étant pas très inspiré pour une création originale, il préféra poursuivre son récital en reprenant un tube de Stubby Boardman particulièrement hideux, toujours en étant hors du ton:
"Je t'aime plus que la soupe à la citrouille
Quand t'es pas là, je suis mort de trouille!
T'es encore plus drôle que tous mes potes
Quand je te vois, 'ai l'cerveau en compote!
T'es ma sorcière Bien-Aimée
T'es ma saucière Bien-Aimée
Tu me fais de bons p'tits plats
Pour pas qu'j'sois tout raplapla!
Avec toi,la vie est un délice
Grâce à tes baguettes en réglisse!
Vraiment ,tu m'ensorcelles
Avec tes herbes thaïs et ta citronnelle
Je t'aime plus que la soupe à la citrouille
Quand t'es pas là,je suis mort de trouille!
Mon amour, fais moi un gâteau Malakoff
Je bave comme le chien de Pavlov!
J'ai l'impression que tu m'as jeté un sort
Ton soufflé au camembert est bon à mort!
Les potions dans ton chaudron
Ont l'odeur d'un merveilleux bouillon
Je t'aime plus que la soupe à la citrouille
Quand t'es pas là,je suis mort de trouille!
Ma guitare chante ta cuisine
Je t'aime, ma magicienne libertine!"
Draco eut tout à coup envie que Rogue soit là pour dire: "Potter, 10000 points de moins pour Gryffondor pour avoir massacrer une chanson déjà moche au départ!"
Harry finit par terminer son bain, et après s'être séché et habillé, il s'en alla.
Mais avant que Draco n'ait eu le temps de dire "ouf", Ron entra à son tour, et ne fut pas plus observateur que Harry.
Autrement dit, le blond resta encore sur le pot comme un con.
Ron fit à nouveau couler de l'eau.
Draco sentit tout à coup une odeur forte et enivrante: Ron venait de rajouter trois tonnes de bain moussant, huiles essentielles, sel de bain, etc.
En l'épiant à travers le paravent, le Serpentard le vit additionner tellement de produits différents que le souvenir d'un cours de Potions lui vînt à l'esprit à plusieurs reprises.
Une autre surprise l'attendait: alors qu'il s'imaginait que le roux portait un sous-vêtement d'aussi mauvais goût que Harry, il constata qu'en réalité Ron portait un string rouge vif.
Draco était tellement éberlué qu'il lui fallut un certain temps avant de se rendre compte qu'il avait la bouche grande ouverte, ce qui lui donnait l'air vraiment stupide.
Le Gryffondor entra dans son bain aromatique qui sentait au moins jusque de l'autre côté du champs voisin, et commença à...jouer avec des petits bateaux! Il se prenait pour Neptune, le dieu des mers, qui provoquait des raz-de-marée et coulait les coquilles de noix.
Draco se retînt de se taper la tête contre le mur, ce qui aurait signalé sa présence.
Quand Ron eut finit d'engendrer des "catastrophes maritimes", il sortit de l'eau, se sécha, mit son pyjama mauve trop petit avec un R brodé dessus et fila en chantant:
"Oh, non songea le blond, pas encore!"
Ron chantait plutôt juste mais...
"Manon la gueuze ne porte jamais de culotte
Chevalier, sort ton dard et décalotte
Et bourre la ribaude, fourre-zy ta rapière
Et bourre la ribaude, un coup par devant..." (1)
Il rencontra Hermione dans le couloir.
-T'as vraiment rien de mieux à chanter?
-Rhoolala...tu vas pas t'énerver pour ça, quand même?...ben si, tu t'énerves pour ça à ce que je vois...et c'est pour quoi faire ce sac?
-Ça ne te regarde pas!
-Bon, il faut que j'y aille...
Draco (qui était toujours sur le pot comme un con) voulut en profiter pour s'échapper, mais trop tard: Hermione venait d'entrer! Et elle avait effectivement un sac avec elle. Après avoir fermé la porte derrière elle, elle en sortit un concombre.
"Mais qu'est-ce qu'elle va faire avec ça?" pensa Draco,"...Nooonnn? Elle ne vas quand même pas...Pensait-elle à Weasley quand elle est allée le chercher dans le frigo? Rhooo c'est bien le genre des filles coincées de faire ça...et justement, Granger EST une fille coincée!"
La tête qu'il tirait valait son pesant d'or.
Hermione sortit d'autres choses de son sac: de la cire à épiler, du lait corporel, du masque facial, et un couteau pour découper deux rondelles au concombre.
"Ah ben non, elle va se payer une séance d'esthéticienne" se dit le Serpentard qui avait la tête rouge de ce à quoi il venait de penser.
Quelque chose clochait: ce genre de truc ne ressemblait pas du tout à Hermione, Draco l'imaginait bien dire que c'étaient les filles bêbêtes et superficielles qui prenaient soin d'elles comme ça,alors pourquoi diable avait elle amené tout ça?
Comme pour répondre à sa question, la jeune fille se mit à maugréer:
-Il va voir que je suis une vraie fille! Marre de passer pour une intello qui n'a rien d'autre pour elle! Il va voir! Moi aussi je peux me pouponner comme sa Lav-Lav à la noix...à la noix de coco monoï!
Ce que Draco entendit ensuite laissait suggérer que Ron Weasley était le pire connard que la terre n'ait jamais porté...Elle avait vraiment une dent contre lui...
Elle continua à s'énerver tout en se mettant en sous-vêtements. Le blond cherchait un trou pour y enfuir sa tête à la manière des autruches.
Quand Hermione fut étendue le visage recouvert de crème d'avocat et des rondelles de concombre placés sur les paupières, et ses jambes poilues sous la cire, Draco profita qu'elle ne voyait plus rien pour se relever, remettre son pantalon et partir sans un bruit. Si elle l'entendait, c'est lui qui, tout de suite après, allait l'entendre. Potter et Weasley, ok, c'étaient des mâles, mais si Granger le voyait, elle le traiterait de pervers et il se retrouverait bien vite avec un grand trou là où normalement il avait des incisives!
Il parvînt à sortir sans se faire remarquer d'Hermione. Il espéra de tout cœur de ne jamais avoir l'occasion de renouveler l'expérience, et espérait aussi que personne ne l'épie un jour de cette manière ( personne ne voudrait être observé entrain de percer ses boutons d'acné devant le miroir).
Alors qu'il venait juste de refermer la porte derrière lui en douceur, il entendit une voix:
-Tu faisait quoi, là, dans la salle de bain avec Hermione? fulmina Ginny qui lui faisait maintenant face.
-Merde!
(1) Chanson fredonnée par la sulfureuse Cixi dans la bédé Lanfeust de Troy
