Chapitre 6 : Un Noël chez les Nott
La neige avait recouvert d'un épais manteau une bonne partie de l'Angleterre. Les flocons tombaient sans discontinu depuis presque une semaine, comme pour célébrer au mieux Noël. Le soir tombait doucement et le crépuscule offrait au ciel des teintes mauves qui chassaient le gris lourd des nuées qui était parfaitement assorti à la couleur de la mer. Même l'écume des vagues avait perdu sa brillance, ternie par le temps maussade.
J'étais appuyée contre la vitre froide et de la buée s'était formée là où mon souffle avait rencontré le carreau. Il y eut un petit bruit et je tournai la tête. Pipo était là. Il s'inclina comme à son habitude. Mon elfe posa sur le lit une somptueuse robe bleue.
- Pipo va vous aider, annonça ma petite créature magique.
Il s'inclina une nouvelle fois et claqua des doigts. La robe lévita jusque devant moi. La passer fut plus difficile et douloureux que prévu. Je ne pus empêcher une grimace de douleur apparaître sur mon visage. Mon bras gauche était toujours aussi douloureux et j'avais énormément de mal à le plier. Aussi faire passer une manche fut un véritable calvaire. Au moins le bandage que je devais porter avait réduit de volume.
- Pipo est désolé, il ne voulait pas vous faire mal ! Pipo s'excuse !
Je me tournai vers mon elfe.
- Arrête Pipo, ce n'est pas de ta faute !
J'avais parlé d'un air un peu absent. Je posai un instant ma main sur mon bras gauche, frottant doucement le bandage. Mon regard se fit un peu plus féroce.
- Tu n'y es pour rien … Ce sont ces saletés d'Auror à la solde du vieux citronné … Marmonnai-je plus pour moi-même.
Ma robe était finalement enfilée, j'allai m'installer devant la coiffeuse et laissai faire mon elfe. Pipo était plus que doué pour s'occuper de ma coiffure. Pendant qu'il peignait mes longs cheveux, mes pensées se perdirent et revinrent sur ce qui s'était passé il y a peu.
Le Lord continuait à prendre de plus en plus de puissance, mais nos ennemis aussi. Nous avions subi plusieurs déconvenues et la plus grande d'entre elle restait notre incapacité à mettre la main sur les Potter. Impossible de savoir où ils se cachaient, malgré tous nos efforts. Et nous avions beau torturer et tuer sorciers et sorcières pour le découvrir, ils nous échappaient. A croire qu'ils avaient disparu … Nul doute que le vieux citronné y était pour quelque chose.
J'avais été envoyée entre autre avec Antonin pour essayer de récupérer des informations. Nous nous étions attaqués aux Prewett, grâce à nos espions, nous savions qu'ils faisaient partie de l'ordre du vieux citronné. A cinq contre deux nous pensions nous en sortir facilement, mais les deux sorciers nous avaient donné du fil à retordre et malheureusement pour nous, les Aurors dont Fol-Oeil étaient venus se mêler à la danse. Le résultat n'avait pas été très brillant : certes les Prewett étaient morts, mais sans rien révéler et au cours de l'attaque, Antonin s'était fait arrêté et un serviteur du Lord avait été tué : les Aurors avaient à présent le droit d'user d'Impardonnables …
Moi-même, j'avais été sérieusement blessée et j'avais réussi à échapper de justesse à l'arrestation.
Je fus alors tirée de mes pensées par Pipo qui m'annonçait qu'il en avait fini. Je lui souris et le remerciai. Pipo s'inclina si bas que ses grandes oreilles touchèrent le sol. Il disparut alors quelques instants et revint avec le coffret à bijoux. Il l'ouvrit pour que je puisse faire mon choix. Je choisis une discrète parure en or blanc : collier et boucles d'oreilles assorties, serties d'un saphir et d'un diamant.
J'étais prête. J'observai mon reflet dans la glace tandis que Pipo m'apportait ma cape en fourrure.
- Pipo a déjà emmené là-bas les présents.
- Parfait, lui répondis-je machinalement.
J'allai partir mais me retournai une dernière fois vers mon elfe.
- Aucune nouvelle ?
La petite créature secoua la tête.
- Pipo est désolé …
Je le fis taire d'un geste de la main. Le coeur lourd, je quittai le cottage pour transplaner. Normalement la Fête de Noêl aurait dû avoir lieu chez Richard, mais l'état de santé d'Apollonia ne faisait qu'empirer. Au final, ce furent les parents de Richard qui se chargèrent de tout.
Le manoir Nott brillait de mille feux. Le parc ici aussi était sous la neige, mais le chemin menant à la demeure avait été dégagé et malgré la neige qui tombait pas un flocon ne venait s'accrocher aux graviers blancs.
L'elfe des parents de Richard me fit entrer et m'indiqua le Grand Salon. Cela faisait longtemps que je n'étais pas venue ici. J'étais arrivée parmi les premières, mais c'était voulu. J'allais saluer les parents de Richard.
- Tante Catherine, Oncle Thémistocle !
Aucun lien du sang ne nous unissait, mais j'avais toujours connu les parents de Richard. Pour moi, ils faisaient partie de ma famille, au même titre qu'un oncle ou une tante. Et puis je n'avais jamais oublié que c'était eux qui s'étaient occupés de moi, à la mort de mon père … J'avais toujours été accueillie à bras ouverts chez eux …
La mère de Richard me sauta presque au cou, ravie de me revoir.
- Caly, ma chérie, tu vas bien ?
Son regard se porta immédiatement sur mon bras, l'air renfrogné.
- Les brutes ! Marmonna-t-elle.
Elle regarda alors autour de moi.
- Tu … tu es toute seule ?
La question à mille gallions … Celle qui fit resurgir la petite boule que j'avais au creux du ventre.
- Rabastan n'est pas rentré …
- Oh …
Heureusement, Richard vint à mon secours. Je me retins de lui sauter dans les bras.
- Arrête t'embêter Caly, maman et joue plutôt avec elle à la grand-mère gâteuse !
Richard n'avait pas plutôt parlé que je me retrouvais happée par Catherine Nott qui m'entraîna dans la pièce d'à côté.
Elle se pencha au-dessus d'un berceau et je l'imitai. Théodore était réveillé et ouvrait de grands yeux curieux sur le monde qui l'entourait.
- Tu peux le prendre si tu veux, Caly …
La voix de Richard avait résonné, je n'avais même pas vu qu'il nous avait suivies. Il prit alors dans ses bras son fils qui allait sur ses dix mois.
Je fis non de la tête. Mais Richard insista.
- Mon bras, mentis-je.
Mais il fit semblant de ne pas m'entendre et me fourra le bébé dans les bras. Je ne savais guère comment le prendre pour ne pas le faire tomber, avec un bras blessé ce n'était pas évident … Richard cala Théodore tout contre moi et je pus le soutenir presque d'un seul bras. Mon ami me sourit.
- Tu vois … me sourit-il. Ce n'était pas si compliqué …
Je soupirai et levai mes yeux un instant sur lui, avant de reporter mon attention sur le bébé. La question buta sur mes lèvres, mais elle finit par sortir.
- Et … Apollonia ? Comment va-t-elle ?
Je sentis que j'aurai mieux fait de me taire …
Voyant sans doute qu'elle était de trop, la mère de Richard nous abandonna, prétextant ses invités à s'occuper. Richard m'invita à aller m'asseoir dans le canapé. Je m'installai du mieux que je pus, son fils toujours dans les bras.
- Rien de nouveau, marmonna Richard, elle a besoin de repos et de calme …
Il laissa alors échapper un soupir.
- Elle se repose à l'étage, elle essayera de descendre nous rejoindre tout à l'heure …
Il soupira de nouveau et me regarda avec sérieux.
- Mais je préférerai qu'elle reste tranquille …
Je hochai la tête.
- Je comprends …
- Et … je … je ne lui ai toujours pas dit pour Antonin …
J'ouvris grand les yeux. D'un autre côté, je pouvais comprendre Richard. Ce genre de nouvelle ne pouvait que détériorer l'état de santé de sa femme.
Antonin Dolohov et Apollonia étaient cousins, mais ils étaient très liés, aussi proches que s'ils avaient été frères et soeurs.
Richard m'observa à la dérobée … Je relevai les yeux pour croiser son regard qu'il détourna, presque gêné.
- Et toi ? Finit-il par me demander. Comment vas-tu ?
Je souris.
- Ca guérit … Lentement mais sûrement … Grâce à toi !
Je ne dis plus rien, les yeux baissés, j'observai Théo. Cela me faisait tout drôle de me retrouver avec lui dans les bras. Le bébé était très calme, il semblait nous écouter parler, nous regardant avec ses grands yeux sombres, aussi noirs que ceux de son père.
- C'est ton portrait craché, finis-je par murmurer. J'espère seulement qu'il n'aura pas ton caractère …
Ca, c'était pour toutes les piques que Richard n'avaient cessées de me lancer depuis le temps que nous nous connaissions. Avec douceur, je posai ma main sur les cheveux épars de Théo.
- Quel charmant tableau !
La porte s'était ouverte brusquement sur Bella. Si je n'avais pas eu Théodore dans les bras, j'aurai bondi.
La sorcière eut un sourire narquois en nous dévisageant. Bellatrix était seule et je ne savais si cela était bon ou mauvais signe. Je n'eus pas le temps de me poser plus de questions. Richard répliqua avec un ton cinglant.
- - Si tu te décidais toi aussi à fonder une famille, tu serais moins aigrie ma chère Bella !
Alors la question qui brûlait mes lèvres finit par sortir. Et puis si c'était pour assister à un règlement de comptes entre Bella et Richard, non merci … Une diversion ne ferait pas de mal !
- Où est Rabastan ?
Ma voix avait fusé, presque agressive, impatiente aussi.
Les deux Mangemorts avaient été envoyés en mission pour le Maître, il y a trois jours. Et cela faisait trois jours que je vivais dans l'inquiétude. Ils auraient dû être rentrés depuis longtemps … J'avais peur qu'il ne soit arrivé quelque chose à mon mari.
La sorcière eut un petit rire moqueur, elle darda son regard sombre sur moi … Elle secoua la tête, faisant voler ses longs cheveux châtains.
- Caly, Caly … répéta-t-elle d'une voix mielleuse et moqueuse.
Je la fusillai du regard, n'attendant qu'une seule chose d'elle : qu'elle réponde à ma question. Ce que, bien entendu, elle ne fit pas.
- J'aurai dû t'offrir un pot de Glu Perpétuelle à Noël …
Son rire de nouveau envahit la pièce et dans mes bras, Théodore sursauta.
- Vraiment pathétique … ajouta-t-elle.
La colère grondait en moi et heureusement pour elle que j'avais Théo dans les bras, sinon je lui aurai fait avaler depuis longtemps ses paroles ! Je me contentai de la fusiller du regard mais cela la fit simplement rire.
- Tu te ramollis, Caly … Autrefois, tu aurais déjà sorti ta baguette !
Et avant que je ne puisse lui rétorquer quoique ce soit, elle poursuivit.
- Et ne te cache pas derrière ce bébé ! C'est une excuse un peu trop simple …
Richard reprit la parole. J'avais tourné la tête vers lui. Il était en colère comme rarement je l'avais jamais vu.
- Que sous-entends-tu par là, Bellatrix ?
Un éclat de rire résonna dans la pièce et fit sursauter Théo. Je tentai de l'apaiser du mieux que je pus.
- Je ne sous-entends rien du tout, déclara avec force la Mangemort. Je constate … J'énonce simplement une vérité … Il est tellement plus simple de se cacher derrière un bébé plutôt que de s'engager vraiment …
Elle fit mine de réfléchir quelques secondes. Une lueur presque hystérique s'était allumée dans son regard.
- Prenons un exemple ! Continua-t-elle sur le même ton. Regarde ma soeur ! Elle n'a jamais vraiment osé franchir le pas et avoir l'infini honneur de porter la Marque … Et maintenant, elle ne le fera jamais ! Trop lâche pour servir le Maître alors on cherche des excuses où on peut … Un bébé … Une maladie … ou les deux …
Bellatrix avait appuyé la fin de sa phrase en dévisageant Richard avec un sourire malsain sur les lèvres. Cette fois, le sorcier n'y tint plus. Il s'était levé d'un bond et sa baguette était soudainement pointée sur la gorge de Bellatrix qui riait de plus belle.
- Retire ce que tu viens de dire ! Tonna-t-il.
Mais seul le rire de la sorcière lui répondit. Elle cessa soudain de rire et regarda sans crainte aucune mon ami.
- Pourquoi, Nott ? Tu te sens concerné ?
Bien sûr qu'il l'était … cette allusion à une maladie et une naissance … Bellatrix avait pris pour cible Apollonia et une chose était sûre, Richard ne laisserait pas passer cela. Les sarcasmes de Bella contre sa propre personne ne lui faisaient plus rien, mais dès qu'on touchait à sa femme et à sa maladie, il ne répondait plus de rien.
Théo au même moment se mit à pleurer. Les cris et le rire de la sorcière sans doute ; la tension devenue palpable peut-être.
Richard se tourna vers moi qui essayait tant bien que mal de calmer le bébé. Sa colère sembla disparaître. Il finit par reporter son attention sur Bella et quand il l'interpela, ce fut d'une voix très calme.
- Je crois que ta présence aux festivités n'est plus souhaitée, Bellatrix …
Elle le fusilla du regard avant de tourner les talons. Arrivée près de la porte, elle se retourna.
- De toute façon, j'ai mieux à faire ! Rétorqua-t-elle. Vous voir vous amuser, boire et discuter au lieu de vous rendre utile … Ca me rend malade ! Et en attendant les Potter nous échappent toujours !
Elle ouvrit la porte et sortit sans plus de cérémonie. Il y eut un claquement sec puis plus rien.
Sans mot dire, le visage fermé, Richard vint me rejoindre sur le canapé. Je secouai la tête, l'air désolée.
Le silence ne fut plus troublé que par les pleurs de Théo. Le bébé finit par se calmer, s'endormant à moitié dans mes bras. Cela fit sourire Richard.
- Il t'a adoptée, me murmura-t-il.
Je ne répondis rien. Le regard rêveur, j'étais un peu ailleurs, j'écoutai la respiration paisible de Théo contre moi. C'était un drôle de sentiment qui s'éveillait en moi. Malgré moi, un soupir s'échappa d'entre mes lèvres.
Richard déposa alors un baiser sur mes cheveux.
- Ne t'en fais pas Caly, tu finiras aussi par tomber enceinte. Il faut juste être patiente …
Je secouai doucement la tête, sans mot dire. Mon coeur battait d'une étrange chamade.
La porte s'ouvrit alors de nouveau. Rabastan venait d'apparaître dans l'encadrure de la porte. Un immense sourire éclaira mon visage. Voyant mon impatience et mon soulagement, Richard récupéra son fils et je pus me lever pour venir me jeter dans les bras du sorcier. Il m'enlaça avec force et sourit à son tour.
- Caly, murmura-t-il à mon oreille.
Je me sentis libérée d'un immense poids. Il était de retour, en pleine forme et en un seul morceau. Je nichai ma tête dans le creux de son cou, fermant les yeux un instant et me raccrochant à lui. Je finis par me détacher lentement, relevant la tête, je croisai son regard.
- Tu vas bien ? Lui demandai-je ? Tout s'est bien passé ?
Il sourit tout en passant une main dans ses cheveux. Je l'observai avec attention. Il avait l'air fatigué : de grosses cernes étaient apparu sous son regard las. Une barbe naissante mangeait le bas de son visage aux traits tirés. Mais à part ça, il semblait aller bien.
- Ne t'en fais pas, tout s'est bien passé ! Me rassura-t-il. Mieux que prévu même …
Je haussai un sourcil interrogateur. Il tourna alors la tête vers Richard, un étrange sourire sur les lèvres.
- Nous aurons plein de travail demain ! Lui annonça-t-il.
A son tour, Richard afficha un étrange sourire empreint de sadisme et de cruauté. Rabastan nous regarda alors successivement.
- J'ai croisé Bella … Elle repartait furieuse … Il s'est passé quoi ? Nous demanda-t-il alors.
Je ne répondis rien mais tournai la tête vers Richard qui prit la parole.
- Elle n'est plus la bienvenue ici … répliqua-t-il succinctement et sèchement.
Il se leva soudain et alla recoucher Théo qui s'était endormi. Il resta un moment près du berceau à observer son fils. Puis il se tourna vers nous.
- Et si nous retournions à côté ? Proposa-t-il.
En silence, Rabastan et moi acquiesçâmes et emboîtâmes le pas à Richard.
