Et voilà, de retour dans cette chambre. Il me pose sur le lit et me force à rester allongée. Mais je ne veux pas, je ne peux pas. En plus, elle est dans mon dos ma blessure ! C'est pas en m'allongeant que ça va résoudre le problème ! Je me recroqueville sur moi-même et je ne bouge plus, yeux fermés, bras passés autour de mes genoux repliés contre mon corps. Je veux oublier sa présence, son existence.

Que vaut un avenir qu'on sait déjà foutu d'avance ? Il ne me restait plus que cette solution. C'était un acte désespéré, presque du suicide. Mais qu'ai-je à regretter ? Il a tué mes parents, il a tué mon frère. Il ne me reste plus rien.


Sale gamine ! On peut dire qu'elle va me donner du mal celle-là. Après tout ce que je lui ai fait subir, comment peut-elle trouver le courage de s'enfuir pour aller se battre encore ? Ksss.

Elle s'est repliée sur elle-même et semble ne plus vouloir bouger, alors je m'en vais. Mais je ne serai jamais très loin, si l'envie lui reprenait de vouloir briser ses chaines.

Et vlan, ça allait pas rater ! L'autre boulet de Mustang qui vient me voir. Ouais ? Nooon je n'ai rien à te dire. Cette fille ? Quelle fille ? Ah oui, celle là. Morte, là voila. Décédée à la suite de ses blessures. Mais c'est qu'il ne me croit pas le con ! Tu sais que j'ai bien envie d'exploser ta belle gueule ? Non tu ne le sais pas, mais tu t'en doutes. C'est ça, retourne à la tente voir si j'y suis.

Bon, c'est pas tout ça, mais… elle est pas facile à briser celle là. Enfin un Ishbal UN PEU digne d'intérêt. Je crois que je vais m'amuser encore longtemps avec elle. Je ne peux m'empêcher de rire rien que de penser à tout ce qu'elle va encore devoir endurer.


Kimblee ou l'art de l'amabilité… Personne n'a jamais songé à lui offrir un dictionnaire pour qu'il apprenne ce quele mot "courtoisie" veut dire ?

Personne dans la tente, je peux enfin me détendre. Enfin, c'est beaucoup dire, se détendre. Je tremble comme une feuille, comme toujours à chaque retour de mission. Qu'est ce qui m'a pris de m'engager dans l'armée ? Encore aujourd'hui, tous ceux que j'ai croisé étaient des gosses. Armés bien sûr. Il a bien fallu que je me défende ! Non, la vérité est qu'ils ne font que défendre leur ville, et nous on les abat comme des chiens. Et lorsque j'entends Kimblee tenir de tels propos sur ces pauvres gens, ça me donne envie de le griller sur place ! Enfin… Je savais à quoi m'attendre pourtant en m'engageant. Alors pourquoi je pleure ?

La nuit est tombée depuis longtemps, mais je n'arrive pas à dormir. Le dernier à être parti se coucher, c'est bien sûr Kimblee.

Je me lève et sort respirer un peu d'air frais. Mais ces temps-ci, tout a l'odeur du sang, le goût du sang… Je fais quelques pas sous les étoiles, j'apprécie la caresse du vent sur mon visage. Je me sens bien, libre. J'étends les bras et je tournoie, comme dans une danse. C'est une danse, celle de la vie et de la mort. Puis la réalité me rappelle à elle, et je me laisse choir dans l'herbe. Mes yeux me piquent, encore.

Je me relève au bout d'une heure, tourne une dernière fois la tête vers l'infirmerie et me fige. Elle est là. Elle me regarde, la main posée sur la vitre, la belle Ishbal inconnue.

Je me suis avancé vers le bâtiment. Elle a ouvert la fenêtre et m'a attendu. Je me suis arrêté devant elle. Ses yeux ne reflétaient que sa douleur et sa tristesse. Ca m'a fendu le cœur. Si jeunes et déjà si désabusés de la vie, nous nous tenons face à face, en silence. Il n'y a pas besoin de mot pour exprimer ce qu'on ressent, depuis la première fois où nos regards se sont croisés. Je dois représenter tout ce qu'elle hait, elle est l'incarnation de ma culpabilité et de mes remords. Je ne sais pas son nom, elle ne connaît pas plus le mien. Nos yeux se ferment, je m'avance encore un peu. Nos lèvres s'unissent enfin en un baiser, sous la surveillance du ciel étoilé.