— Vous vous trompez, Sully. Tenez.
— Si tu en es aussi sûr, alors dis-moi pourquoi elle ne veut pas d'un autre enfant ?

Sully serra sa main sur sa tasse de café et Matthew se rassit à la table de bois en déposant un plateau de biscuits entre eux. Vivant seul, le jeune homme avait dû s'adapter et apprendre à cuisiner afin de ne pas être sans arrêt fourré chez Grace ou chez ses parents adoptifs, ou parfois chez sa sœur, quand il n'était pas à la tête d'un cheptel à convoyer à l'autre bout du pays.

— Le Dr Mike vous aime, Sully, mais si elle ne veut pas d'autre enfant ça la regarde, vous ne pouvez pas l'y obliger... De toute façon, elle est trop âgée maintenant pour enfanter...
— Non, bien entendu, mais j'ai entendu cette discussion avec Hank et maintenant, je doute.
— Vous doutez de son amour pour vous ? Sully !

Le trappeur pinça les lèvres. Matthew grommela. Il avait mis longtemps avant de considérer Mikaela comme sa mère mais à présent que c'était chose faite, il n'aimait pas qu'on la dénigre, en quoi que ce soit, et encore moins que son propre père s'y mettait, aussi adoptif qu'il soit !

— Vous déraillez, Papa, dit-il soudain. Jamais elle ne vous ferait une telle chose et cette discussion avec Hank n'était qu'une discussion banale de patient perturbé à médecin.
— Tu crois ?
— Oui. Maman est une femme honnête, si elle avait quelque chose à vous reprocher, quoi que ce soit, elle vous l'aurait dit en face, après en avoir peut-être parlé avec Dorothy, mais c'est un détail, ça.

Sully soupira puis hocha la tête. Il termina son café, remercia son fils adoptif puis le laissa retourner travailler. Il se rendit lui-même sur un chantier pour un couple sans enfants qui avait acheté une parcelle de terrain à un kilomètre de la ville vers le nord, et pour qui il construisait la maison d'un bout à l'autre avec une poignée d'assistants.

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À la Clinique, cependant, bien calfeutrée dans son cabinet, Mikaela traitait les dossiers qu'elle n'avait pas eu le temps de faire les semaines précédentes, et qu'Andrew n'avait pas pu faire faute de temps. Le jeune homme ne passait que quelques heures par jour avec elle pour l'aider les jours de grosse affluence, mais le reste du temps, il devait rester au Château des Sources ou, exceptionnellement et uniquement parce que Colleen était enceinte, rester chez lui à s'occuper de sa femme. Inutile de préciser que Preston était au bord de la syncope à voir son médecin partir pour la ville bien plus souvent que son contrat le lui permettait.

Une cloche retentit soudain et Mikaela leva le nez. Elle planta sa plume dans l'encrier puis se leva et gagna la chambre de Hank.

— Qu'y a-t-il ? dit-elle en entrant.
— Vivement que ça cesse, grommela le barman. Mais j'ai besoin de... enfin vous savez quoi.

Mikaela eut un sourire et elle s'approcha du lit.

— Vous ne devez pas être gêné de me demander ce genre de choses, Hank, j'en ai vu d'autres croyez-moi ! dit-elle en approchant une chaise roulante.

Elle replia les couvertures puis aida l'homme blond à sortir ses jambes et à s'asseoir dans la chaise en marmonnant. Comme elle lui plaçait une couverture sur les jambes, penchée vers lui, Mikaela cessa soudain ses mouvements et soupira profondément. Elle s'assit alors au bord du lit et Hank lui jeta un regard intrigué.

— Je peux vous confier quelque chose, Hank ? demanda-t-elle alors.
— Quelque chose de personnel sur Sully et vous ?
— Hm...

Le barman grimaça et Mikaela inspira profondément avant de vider son sac. Hank en entendit beaucoup plus qu'il ne le désirait sur la vie privée de celle qu'il aurait bien aimé avoir comme femme, mais d'un autre côté, elle savait qu'elle pouvait lui parler parce qu'il n'avait aucun intérêt à aller le répéter à qui que ce soit. Il apprit donc qu'entre Sully et Mikaela c'était la guerre froide depuis plusieurs mois, voire même années, puisqu'elle lui refusait un enfant supplémentaire.

— Je vois bien qu'il souffre de mes refus, dit Mikaela en croisant les bras. Mais je ne peux pas me résoudre à tomber enceinte en ayant une peur panique de perdre le bébé au bout de trois mois... De plus, je suis trop âgée maintenant.

Elle se tut puis baissa la tête.

— Je sais que je devrais parler de cela avec une femme et non vous, Hank, mais j'avais besoin de m'épancher et vous étiez le seul dans les parages alors... Je suis désolée.
— Ne le soyez pas, Dr Mike, je suis flatté que vous ayez suffisamment confiance en moi pour me parler à cœur ouvert...

Hank lui sourit doucement puis la femme grimaça un rictus avant de le conduire aux cabinets où elle le laissa se débrouiller avant de le reconduire dans sa chambre. Il désira cependant rester assis dans la chaise malgré ses côtes encore fragiles et elle l'installa devant la porte-fenêtre qui donnait sur la rue bondée et son Saloon.

— Jake gère la Pépite d'Or d'une main de maître, assura la femme médecin, une main sur l'épaule du barman. Prenez votre temps pour vous remettre, Hank, d'accord ?
— Hm...

L'homme posa sa main sur celle de Mikaela qui sourit, passa son pouce sur les doigts calleux avant de retourner travailler dans son bureau, laissant la cloche à proximité du grand blessé. Lorsqu'elle revint le voir à la tombée de la nuit, elle le trouva plongé dans de profondes pensées, le regard rivé sur l'extérieur et son arrivée le fit sursauter et aussitôt grimacer de douleur.

— Venez vous mettre au lit, dit alors la femme. Vous ne devez pas abuser de vos forces sinon elles vont vous trahir et vous en serez quitte pour des semaines supplémentaires de clinique.
— Chouette alors, comme ça, je passerais encore plus de temps seul avec vous, Dr Mike.

Mikaela rougit et leva les yeux ciel.

— Idiot, dit-elle.

Hank eut un sourire sardonique puis elle l'aida à remonter dans le lit et comme elle étendait les lourdes couvertures sur lui, il lui prit la main dans la sienne et elle tourna la tête vers lui. Elle baissa aussitôt les yeux et libéra sa main.

— Non Hank, s'il vous plait, ne faites pas cela...
— Mikaela, je ne vous veux aucun mal, vous le savez bien...

Il lui caressa doucement la joue et soudain, la porte de la chambre s'ouvrit à la volée et claqua durement contre le mur.

— Éloigne-toi d'elle ! s'exclama Sully en se jetant sur Hank.

Il le saisit au collet en repoussant Mikaela d'un coup d'épaule et la femme médecin poussa un cri.

— Sully ! hurla-t-elle. Non !

Elle se pendit à son bras et avec toute la force dont elle était pourvue, elle repoussa son mari qui lâcha Hank mais revint aussitôt à la charge.

— Mikaela, va-t'en ! rugit-il.

Il l'écarta d'un grand geste du bras et la femme trébucha sur sa robe. Elle s'écroula sur le lit puis glissa au sol et soudain, d'autres voix retentirent et on remit le médecin sur ses pieds. Elle découvrit alors Nuage Dansant plaquant Sully contre le mur de la chambre, son bras coincé contre sa gorge, et Mikaela s'approcha aussitôt de Hank. Il hocha la tête en se massant la gorge et elle se tourna vers son mari.

— Sors d'ici ! s'écria-t-elle. Va-t'en de ma clinique, Sully !
— Pas tant que cette erreur de la nature y sera ! répliqua aussitôt le trappeur. S'il veut me prendre ma femme, il devra me tuer d'abord !
— Sully ! tonna Nuage Dansant. Personne ne va prendre personne à personne, tu entends ? Maintenant, dehors !

Il poussa son meilleur ami dans le couloir des chambres, mais Sully tenta de résister. Le vieux Cheyenne était cependant encore vif pour son âge qui avançait indéniablement et il administra un solide coup de poing dans l'estomac de son protégé qui se plia en deux et tomba sur les genoux. Nuage Dansant le hissa ensuite sur son épaule aussi facilement que s'il avait été un sac de farine puis il quitta la clinique en pestant dans sa langue natale.

Mikaela ne comprit que quelques bribes et, choquée, elle déglutit bruyamment. Soudain, elle porta ses mains à sa bouche et se mit à pleurer. Jake la prit dans ses bras et elle appuya son front dans son épaule en sanglotant.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé, Hank ? demanda alors le barbier.
— Mais rien, je t'assure ! s'exclama le barman, secoué. Elle m'a aidé à me remettre au lit et il a débarqué comme une furie... Il l'a envoyée au tapis et m'a ensuite pris au col en me secouant comme un prunier... Il a pété un câble, moi je te dis ! Voilà ce qu'il s'est passé !

Mikaela hoqueta et se détacha de Jake. Elle se tourna vers Hank en reniflant et essuya ses joues striées de larmes en s'approchant du lit pour remettre les couvertures en place. Elle ne prononça pas un mot et quand Hank fut réinstallé, elle quitta la chambre et Jake la suivit.

— Dr Mike !
— Non Jake, je... Non, laissez-moi, s'il vous plait, vous...
— Pas question, Mikaela, répondit le barbier. Je ne vous laisse pas seule dans un tel état. Il vous a blessée ? Vous avez pris un coup ?
— Non, non... Non enfin, jamais Sully ne lèverait la main sur moi, il a juste...

Mikaela se tut.

— Il a juste cru...
— Il a juste cru quoi ? demanda Jake.

Mikaela soupira et repoussa ses mèches dans son chignon.

— Il a juste cru que Hank était en train de me séduire, dit-elle doucement en s'asseyant à son bureau. Oh Seigneur !

Elle plongea dans ses mains et Jake soupira. Il alla lui chercher un verre d'eau puis s'assura qu'elle n'allait pas plus mal avant de retourner au Saloon qu'il avait quitté en entendant les cris de Sully et le hurlement de son épouse.

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Mikaela resta prostrée sur son fauteuil jusqu'à tard dans la soirée, ignorant les coups de cloche de Hank. Elle était terrifiée par les actes de Sully. Il s'était énervé, l'avait repoussée et avait même menacé de tuer un homme devant elle, un homme alité et convalescent en plus ! Oh bien évidemment, c'était pour protéger sa famille, mais il n'avait pas à faire cela en public ! Depuis treize ans, Mikaela avait toujours pensé que son mari avait mis ses instincts sauvages de côté. Leurs nombreux voyages à Boston semblaient lui avoir prouvé sa capacité à être civilisé, mais apparemment, elle se trompait...

Hank n'avait eu aucune mauvaise intention à son encontre, il tentait simplement sa chance tout en sachant parfaitement qu'elle allait le repousser, quoi de mal à cela ?

Mikaela gémit longuement, la tête posée sur ses bras, affalée sur son bureau. Elle était complètement désappointée... Que devait-elle faire maintenant ? Elle savait que Sully avait quitté la ville, sans doute pour un de ses camps de chasse disséminés à travers le territoire, et elle savait aussi qu'ils devaient impérativement parler et ne pas laisser les choses stagner trop longtemps, mais d'un autre côté, elle ne pouvait pas abandonner Hank, il avait besoin de soins constants et elle n'osait pas demander à Andrew de la remplacer pendant plusieurs jours de suite pour courir après son mari... Preston pousserait aussitôt des hauts cris et elle n'avait aucune envie de se mettre quelqu'un de plus à dos.

On frappa soudain à la porte mais la femme ne répondit pas. La poignée tourna alors et Dorothy entra, suivie de Theresa. L'espagnole tourna la tête quand la cloche retentit et Dorothy lui fit signe d'y aller, qu'elle s'occupait de Mikaela.

— Mikaela, enfin, regardez-vous, on dirait une serpillière...
— Merci... C'est ce que j'ai l'impression d'être, marmonna la femme médecin dans ses bras. Vous savez où est Sully ?
— Partit au nord, à cheval, répondit la rousse. Nuage Dansant dit qu'il était enragé... Je ne comprends pas ce qui vous a pris, Mikaela...
— A moi ? croassa la femme médecin.

Mikaela se redressa aussitôt, surprise.

— Ce qu'il m'a pris à moi ? dit-elle, interloquée. Mais rien, enfin ! Ce n'est pas de ma faute, ni de celle de Hank, du reste ! Il n'a rien fait de mal !
— Alors expliquez-moi pourquoi Sully a manqué lui briser le cou !

Dorothy s'assit sur une chaise et Mikaela serra les mâchoires. Elle déglutit, s'adossa à son fauteuil et passa ses mains sur ses cheveux en soupirant.

— Il a cru que Hank était en train de me séduire, dit-elle en marmonnant.

Dorothy haussa les sourcils. Elle pinça les lèvres et demanda :

— Et vous ?
— Moi ? Quoi moi ? demanda Mikaela en regardant sa meilleure amie.
— Tout notre entourage sait que Hank a un faible pour vous, Mikaela, souffla Dorothy. Et que s'il n'y avait pas eu Sully, vous seriez sans doute mariée à lui en ce moment-même...

Le visage de Mikaela se tordit. Elle secoua la tête. Mariée à Hank Lawson ? Seigneur, non !

— Vous déraillez, Dorothy, répondit la femme médecin en se détournant.

Un grondement se fit soudain entendre et Mikaela posa sa main sur son ventre en marmonnant.

— Vous êtes morte de faim, dit Dorothy en se levant. Venez, allons manger quelque chose chez Grace.

Theresa apparut au même moment en annonçant qu'elle allait chercher le diner de Hank et qu'elle allait passer la nuit à son chevet, que Mikaela pouvait rentrer chez elle se reposer.

— Je ne vais pas rentrer en sachant que Sully est parti furieux, dit Mikaela, les sourcils froncés, butée.
— Ah ! dit soudain Dorothy. Vous êtes plus têtue qu'une mule ! Et Katie alors ? Est-ce que Brian va s'occuper de sa sœur indéfiniment pendant que sa mère, trop tarte pour admettre la vérité, se cache dans les ombres de son cabinet ?
— Trop... tarte ?

Theresa sourit et soudain éclata de rire. Mikaela pouffa et Dorothy rougit. Les trois femmes se mirent ensuite à rire et quand la cloche sonna impérieusement, Theresa se tut.

— Je suis partie, Hank ! s'exclama-t-elle dans le couloir. J'y vais, dit-elle à ses compagnes. Je nous rapporte de quoi manger, j'en connais une qui a besoin de discuter.

Au tour de Mikaela de rougir. Elle marmonna quelque chose et Dorothy quitta sa chaise. Elle alla fureter dans les vitrines de pharmacie et revint avec un bidon de terre cuite dont elle ôta le bouchon.

— C'est de la bibine... dit Mikaela, sachant parfaitement ce que cherchait son amie.
— C'est toujours de l'alcool, même bon marché...
— Vous comptez me faire boire pour que je vous livre tous mes secrets ? railla aussitôt la femme médecin avec un sourire en coin. Je n'ai jamais été soûle de ma vie...
— Parce que vous n'avez jamais suffisamment bu. Et je doute que vous supportiez l'alcool d'ici en grande quantité.
— Theresa ne peut pas boire...
— Non ? Allons, ce n'est pas une soirée entre filles qui va porter préjudice à son bébé, Mikaela !

Celle-ci plissa le nez et tenta de dissuader son amie mais quand Theresa revint avec un panier abondamment rempli de toutes les cochonneries que Grace avait pu lui fournir, ainsi qu'un plateau pour Hank, la femme médecin baissa les armes.

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— Hank, nous allons rester dans le cabinet médical avec Mikaela, dit Theresa en déposant le plateau du repas sur la table roulante. Il y a Dorothy et nous allons essayer de faire vider son sac à Mikaela. J'aimerais, si c'est possible, que vous ne nous dérangiez pas...
— Et si j'ai un besoin quelconque ? demanda le barman.
— Sonnez, je viendrais, mais n'abusez pas. Mikaela a besoin de parler et si elle ne le fait pas, sa famille va éclater et elle ne pourra plus rien faire pour la ressouder.

Le barman serra les mâchoires et Theresa posa une main sur son bras.

— Ce n'est pas de votre faute, assura-t-elle. Ni celle de personne d'autre. C'est un problème latent entre Sully et sa femme et cela dure depuis trop longtemps...

Hank hocha lentement la tête et regarda le plateau sur ses genoux. Le repas était copieux et il avait même de l'alcool et des friandises. Plus trois livres.

— J'ai de quoi tenir toute la nuit avec ça... dit-il en posant sa main valide sur les livres. Heureusement que vous m'avez appris à lire autre chose que les étiquettes de bouteilles d'alcool !

Theresa eut un rire. Elle embrassa l'homme sur la joue, lui souhaita un bon appétit puis s'en alla rejoindre ses compagnes en fermant toutes les portes entre elles et le blessé afin de jouir d'un peu d'intimité.

— Ta mère m'inquiète, Colleen...
— Et moi non ?

Colleen se leva de son fauteuil et s'approcha de la fenêtre par laquelle Andrew regardait. La jeune femme posa ses mains sur son ventre et regarda dehors. De là, on voyait une partie de la Clinique et les bureaux de la Gazette. Si les lampes de celle-ci étaient éteintes, celles de la Clinique semblaient encore bien vives et des ombres dansaient derrière les rideaux opaques.

— Il est plus de minuit, constata alors le jeune médecin. Que fait-elle encore debout ? Ne devrait-elle pas se reposer ou mieux encore, être rentrée chez elle ?
— Chéri...

Andrew pivota.

— Elle vient de se disputer avec Sully... dit Colleen. Elle n'aura aucune envie de rentrer à la maison tant qu'elle n'aura pas pris un peu de recul. De plus, si j'en crois le nombre d'ombres, elle n'est pas seule. Dorothy doit être avec elle, et peut-être aussi Theresa. Laissons-les parler entre filles et demain l'abcès aura été crevé.
— Et Sully ? Ton père est un sanguin, il réagit au quart de tour et voir un autre homme proche de sa femme l'a rendu fou... Pourtant il connait Hank depuis bien plus longtemps que Mikaela, il devrait...
— Sully est profondément amoureux du Dr Mike, Andrew, le coupa la jeune femme. Mais il n'a jamais complètement accepté la relation privilégiée qu'elle a avec ses patients. C'est comme toi avec tes grosses femmes du Château des Sources... Elles sont tellement familières avec toi que parfois, j'en suis jalouse... même si je sais que tu m'aimes et que tu ne ferais jamais une telle chose...

Andrew ravala ce qu'il allait dire et prit sa femme dans ses bras. Il l'embrassa et la serra contre son torse avant de proposer qu'ils aillent se coucher, car demain, Mikaela ne sera peut-être pas capable d'assurer son cabinet...