Disclaimer : Bien entendu, Joanne Kathleen Rowling est la maman de Harry Potter et de tout l'univers magique qui lui est associé. Merci à elle d'autoriser les fanfictions sur son œuvre.
Résumé : Les Black forment une famille devenue légendaire : cinq générations de Sang-Purs et l'ambition de marquer l'histoire. Alors que la première guerre fait rage, la fin du mantra « Toujours Pur » s'écrit pourtant à l'encre rouge... Et Bellatrix n'aurait jamais pensé être celle qui tiendrait la plume.
Attention : Rated T pour le langage et les scènes violentes. Torture explicite dans ce chapitre.
A/N : Bonjour à toutes et à tous ! Un grand merci à ceux et à celles qui ont ajouté cette histoire en favoris ou en alert, ainsi qu'aux lecteurs silencieux. Merci à BellatrixStilinskiSalvatore pour sa review !
De vous à moi, celui-ci fait sans doute parti de mon top 5 pour la première partie ! J'espère qu'il vous plaira autant ;) Bonne lecture !
Un grand merci à Sundae Vanille pour la relecture !
Black Sunset
Première Partie : Stars.
Chapitre 6
« … And I see no bravery,
No bravery in your eyes anymore.
Only sadness… »
(No Bravery – James Blunt)
Mercredi 13 Août, Résidence de Sirius Black, Londres.
Sirius poussa la porte de sa maison avec soulagement et se contenta de fermer sa porte à clef, tout en priant pour qu'aucun Mangemort ne l'ait suivi jusqu'ici. Il était de loin bien trop fatigué pour relancer tous les sortilèges qui protégeaient sa maison.
Vigilance constante !
- Va te faire foutre, Fol-Oeil, grogna-t-il.
Il se hissa difficilement jusqu'au premier étage et se força à prendre une douche, sachant pertinemment qu'il ne réussirait pas à dormir s'il gardait sur lui l'odeur de la guerre.
Même si elle semblait tout envelopper dernièrement.
Il ne savait pas vraiment s'il devait blâmer sa forme Animagus ou les attaques presque quotidiennes des Géants à travers le pays, mais il avait l'impression que le savon arrachait de plus en plus difficilement la sueur à sa peau ou le sang sur ses mains. Le froid ne le quittait plus vraiment – la veille, il avait allumé un feu en plein mois d'Août sans succès – et il tenait les Détraqueurs qui hantaient les rues détruites après le départ des Mangemorts pour responsables, signe que les combattants de la lumière avaient de plus en plus de mal à conjurer des Patroni.
Il ôta ses vêtements et les déposa directement à côté de la poubelle, sachant qu'il ne pourrait ni réparer son jean déchiré, ni son t-shirt lacéré et encore moins le pull brûlé et taché à plusieurs endroits. L'eau brûlante de la douche emporta le sang de ses blessures et la crasse que la fumée âcre avait déposé sur lui. Il se refusa à compter les bleus qui ornaient ses côtes – il avait fait un vol plané durant un duel – ni la peau à vif de ses poings – les sortilèges et les potions ne pourraient bientôt plus rien faire pour lui –.
Il laissa l'eau qui battait contre les parois repousser le silence de sa maison, espérant que les cris finiraient par quitter ses oreilles, puisqu'il savait qu'il n'y avait plus aucune chance pour qu'ils quittent son cœur. Quand il réussissait à trouver le sommeil, ses rêves étaient peuplés de morts entassés aux pieds d'immeubles détruits, de Géants hideux et sanguinolents qui jetaient des projectiles dans sa direction. Tandis qu'il courait à travers des champs de ruines, il finissait toujours par trouver le corps d'un être cher – James, Lily, Remus, Peter, Marlène, Judy et même Fol-Oeil –. S'il ne se réveillait pas en sursaut à ce moment-là, ses rêves le ramenaient inlassablement dans cette ruelle de Glasgow. Son frère et Bellatrix – leurs visages découverts – l'accueillaient avec le même regard emplie de haine.
J'ai l'impression que tu n'apprécies pas assez l'occasion, Regulus... Je veux l'entendre supplier !
Il secoua la tête à la façon de Patmol pour éloigner la voix de sa cousine, désespérant d'y arriver un jour.
La guerre avait pris un tournant catastrophique en l'espace d'un mois. L'Ordre était englué dans les attaques et n'était plus qu'un renfort de moins en moins efficace pour les Aurors et les Tireurs d'Elite. Remus était parti depuis presque deux semaines en mission dans un groupe de loup-garous où il tentait de se faire accepter, Peter ne quittait les Archives du Ministère que pour dormir tant son service était sollicité pour l'identification des corps. L'opération de publicité était au point mort puisque seuls James, Lily et Alice avaient du temps à lui consacrer, et que les deux jeunes mamans préféraient utiliser leur talent en potions pour approvisionner tout le monde, laissant le soin à James de surveiller Harry et Neville.
Harry.
Malgré la fatigue et la douleur qui lui déchirait la mâchoire, Sirius eut un faible sourire à la pensée de son filleul adoré.
La guerre avait pris un tournant catastrophique et Harry était la seule lumière au milieu de tout ce chaos.
Ses sourires éloignaient les cris des victimes des Mangemorts, ses yeux innocents les images des attaques et sa chaleur le froid des Détraqueurs.
Sirius savait que s'il gardait espoir de vaincre Voldemort et la force de se battre, c'était uniquement parce qu'il ne voulait pas que son filleul grandisse dans un tel merdier.
Il coupa l'eau, essora vaguement les longues mèches noires qui touchaient maintenant ses épaules, et ne garda qu'une serviette autour de ses hanches.
- Godric Sirius ! Tu es dans un état lamentable.
Sirius sursauta violemment en trouvant Lily dans sa chambre, assise sur le bord de son lit, l'inquiétude brillant dans ses yeux verts.
- Par le caleçon de Merlin, Evans ! Qu'est-ce que tu fiches ici ?!
- Tu as oublié de nous envoyer un Patronus et James était inquiet. Comme je suis meilleure en Charme que lui, je suis venue voir si tu allais bien. Viens là.
Elle désigna le lit et Sirius repéra une grande boîte qui devait contenir un large choix de fioles et de bandages.
- Deux secondes, grogna-t-il tout en attrapant un caleçon avant de retourner dans la salle de bain, essayant de penser des malédictions silencieuses à destination de son frère de cœur.
Il lui sembla que son lit n'avait jamais été plus confortable quand il le retrouva, et il soupira d'aise quand Lily commença par jeter un sortilège sur le côté gauche de son visage.
Il ne savait plus vraiment s'il avait reçu un maléfice, s'il était tombé ou si un Inféri lui avait rendu un crochet du droit.
- Comment va Harry ? demanda-t-il tandis qu'elle inspectait ses côtes du bout des doigts pour vérifier si elles étaient cassées.
- Très bien. Ses yeux sont de moins en moins bleus. Je crois que James va gagner son pari.
- Tu es sure qu'il n'a pas utilisé la magie ?
- Certaine. Il sait qu'il dormira sur ton canapé si je le vois pointer sa baguette sur mon fils.
Il sourit en la voyant froncer les sourcils d'un air menaçant, se souvenant que pendant de longues années, cette expression avait été la seule qu'elle adressait aux Maraudeurs.
Il fallut une bonne demi-heure à Lily pour venir à bout de ses blessures superficielles.
- Je sais que James et toi vous pensez invincibles, mais ce n'est pas le cas. Il faut que tu prennes un peu plus soin de toi, Sirius.
Il garda le silence et s'enfonça dans son oreiller.
Lily lui attrapa la main et la serra avec force, avant de l'obliger à la regarder.
- Pas de ça, Black. James n'est pas le seul à pouvoir te faire des leçons de morale.
- Il se prend pour mon grand-frère, quand bien même je suis plus vieux que lui.
- N'a-t-on pas établi que je suis ta sœur ?
Un éclat de rire lui échappa malgré lui, face à son ton plein de défi.
- Petite-sœur.
- Tu as le droit de rêver.
Il voulut discuter mais un bâillement le coupa dans son élan, laissant une chance au silence de s'installer dans la pièce. Lily lui tenait toujours la main et le couvait du regard tendre qu'elle réservait aux gens qu'elle aimait.
- Merci Bichette.
Elle leva les yeux au ciel avant de se pencher pour redessiner les cernes sous ses yeux avec douceur, l'inquiétude à nouveau dans son regard.
- J'ai de la potion de Sommeil sans Rêves si tu veux.
Il fut presque tenté de jouer les durs, mais il y avait de bonnes chances pour que Lily réussisse à la lui faire prendre de force si elle estimait qu'il en avait besoin.
Il hocha la tête et elle lâcha sa main pour aller chercher une fiole au contenu violet dans sa boîte. Elle s'installa ensuite à sa gauche, sa tête sur son épaule et un bras en travers de son torse recouvert de pommades à l'odeur infecte. Il la serra contre lui et embrassa le dessus de sa tête, soulagé de ne pas être seul cette fois-ci.
- James va être jaloux.
- James est toujours jaloux. Sois un gentil garçon et bois ta potion.
Il se réveilla plusieurs heures plus tard avec le sentiment d'avoir dormi plus en une seule fois qu'en six semaines. Bien sûr, Lily était partie retrouver ses deux hommes, mais avait laissé quatre fioles sur sa table de nuit et un bout de parchemin recouvert par son écriture élégante.
Cul sec.
Il s'exécuta docilement puis s'habilla avant de rejoindre le rez-de-chaussée. Une bonne fée – Lily sans doute possible – avait fait disparaître la vaisselle sale dans son évier et rassemblé son courrier en retard en deux piles parfaitement alignées. Il trouva des pancakes dans son placard à froid et un nouveau petit mot.
N'en prend pas l'habitude.
- Merci, Lily, souffla-t-il tout en s'installant à la table de sa cuisine, l'assiette de pancakes dans une main et une tasse de café qu'il réchauffa d'un sort dans l'autre.
Lily avait rassemblé les numéros de La Gazette, trois lettres venant de Gringotts qu'il ignora et une enveloppe scellée par le blason des Malefoy.
Il grimaça en reconnaissant l'écriture de Narcissa et décida de manger avant de lire ce que sa cousine lui avait envoyé : sachant qu'elle ne s'était pas donnée la peine de le prévenir de la naissance de son fils, Draco, au début du mois de Juin, le contenu de la lettre n'allait certainement pas lui plaire.
Ce qui expliquait sans doute pourquoi Lily l'avait placé dans la pile des mauvaises nouvelles.
La seconde pile contenait une lettre d'Androméda – qui lui donnait des nouvelles et réitérait son invitation à manger, un dessin de Nymphadora – où il crut se reconnaître, tout en songeant que sa jeune cousine ne ferait certainement pas carrière en tant qu'artiste peintre – et une photo d'un Harry souriant vêtu d'une simple couche décorée de Vifs d'Or – ce qui était à coup sûr une idée de James –.
Il sourit et retourna la photo, retrouvant sans surprise l'écriture brouillonne de son meilleur-ami.
Le Baptême de Harry James Potter
se déroulera le Vendredi 22 Août 1980
à l'Eglise de Cokeworth à 15h.
Présence du parrain obligatoire.
Sirius retourna à nouveau la photographie et tenta de deviner la couleur définitive des yeux d'Harry. Il avait misé un Galion sur gris, puisque la mère de James était la fille de Belvina Black et surtout pour agacer Lily – qui avait été horrifiée à l'idée que son fils puisse être à l'image de James et lui – et James – parce qu'il jurait depuis qu'il avait commencé à s'intéresser à Lily que leur aîné serait son portrait craché mais avec les yeux de Lily –.
Il serait toutefois très étonné de gagner : James avait une tendance agaçante à avoir raison.
La dernière lettre venait de Judy et était accompagnée d'une boîte contenant quatre chargeurs pour son arme automatique.
Hey, beau gosse !
J'espère que cette lettre te trouvera vivant et pas trop abîmé. Les journaux américains moldus parlent tous les jours de votre « guerre civile » et je suis presque sûre de t'avoir aperçu lors d'un reportage. Ceci explique donc tes munitions : je serais ravie d'apprendre que l'un de ces salopards a fini avec une de ces balles entre les deux yeux.
A part le sujet qui fâche : je suis de retour au travail chez mon ancien patron – je suis apparemment irremplaçable – et mon père a adoré sa balade dans les airs. Mon oncle moins (je crois qu'il s'est découvert une tendance au vertige). J'ai une compétition de boxe dans un mois. Mon entraîneur ne me lâche donc pas et mon coach est un tyran. Il s'avère que ce dernier est aussi mon oncle, aussi lui ai-je promis de m'exercer sur lui s'il oubliait de m'acheter des gâteaux.
Comment va ton adorable filleul ? (Ironie, ironie, i-ro-nie !). Une demie page Sirius ! Tu es complètement gaga de ce gosse ! A croire que tu es le père ! Dois-je envoyer une lettre à Potter pour lui faire part de mes doutes ?
Ah, et Lily peut m'envoyer des lettres si ça lui fait plaisir. Je ne suis pas sûre que ma vie soit si passionnante mais je lui accorde que j'ai plus de conversation que vous quatre Maraudeurs réunis. Qui plus est, nous devons mettre sur pied notre business : j'ai parié avec mon oncle que je serais millionnaire avant mes trente ans et il va bien falloir que je commence quelque part (à moins que tu connaisses un héritier en mal d'amour ou un vieil homme riche sur le point de mourir ?)
Je vais te laisser, j'ai une journée shopping demain et Dieu m'en soit témoin, une compétition de boxe est une promenade de santé à côté de ça.
Sois prudent, ne joues pas les héros et achète-toi un coup de poing américain pour l'amour de Dieu !
Je t'embrasse.
Judy A.
Tout en se promettant de demander à Lily ce qu'était un coup de poing américain, il avala sa dernière bouchée de pancakes et se résigna à lire la lettre de Narcissa tant qu'il était de bonne humeur et à peu près reposé.
Avec un peu de chance, sa mère était morte.
Quand il réalisa que la lettre était arrivée près d'un mois plus tôt et qu'il ne l'avait tout simplement pas remarquée, il se résigna. Si Walburga Black était morte, il aurait fini par être au courant à un moment ou à un autre. Elle était très peu appréciée, certes, mais connue dans la communauté sorcière.
Sirius,
Je sais que tes relations avec Regulus sont encore plus compliquées qu'avec le reste de la famille, mais je ne pensais pas que tu irais jusqu'à tirer sur ton propre frère ! Il aurait tout aussi bien pu mourir par ta faute ! Par Viviane, il n'a que dix-huit ans ! Il vient tout juste de quitter Poudlard ! Pour quelqu'un qui dit se battre pour les bonnes raisons, je crois que tu ferais bien de te remettre en question ! Je ne pensais pas que tu me décevrais encore plus que le jour où tu as quitté le toit parental.
Et je te préviens jeune homme : je ne te laisserai pas faire à nouveau du mal à Regulus. Tu l'as peut-être oublié, mais j'ai le sens de la famille et je ne tolère pas que l'on touche à la mienne !
Lady Narcissa Malefoy.
Sirius dut relire la lettre de sa cousine deux fois avant de digérer l'accusation et la menace qu'elle contenait. Il n'était pas surpris de passer pour le méchant : Bellatrix avait dû raconter sa version des faits et avait toujours essayé de convaincre Narcissa qu'il était une erreur de la nature. La menace était toutefois une nouveauté qui lui fit plus mal qu'il ne l'aurait cru possible. Narcissa et lui s'étaient toujours entendus : elle était la plus joviale des trois sœurs Black, toujours à essayer que les cinq cousins passent du bon temps ensemble. Il avait arrêté de compter le nombre de fois où elle avait réconcilié Bellatrix et Androméda, ou Regulus et lui. Elle ne lui avait jamais reproché d'avoir été réparti à Gryffondor. Après qu'il se soit enfui, elle avait essayé de le ramener à la raison et était même venue prendre le thé chez les Potter pour assouplir sa décision. Ils s'étaient éloignés à cause de la guerre, quand la loyauté de Lucius et Bellatrix n'avaient plus fait de doute et que la sienne avait éclaté au grand jour après sa sortie de Poudlard.
Il n'aurait jamais pensé que Narcissa deviendrait son ennemie.
Bien joué, Bellatrix, songea-t-il tout en attrapant le stylo qui traînait dans le tiroir de sa cuisine depuis le départ de Judy. Il écrivit directement au verso de la lettre, décidé à ne pas se laisser faire.
Chère cousine,
Bellatrix a-t-elle précisé que Regulus m'avait soumis au Doloris, sous ses ordres, avant que ce regrettable incident ne survienne ? Je parie que ce petit détail lui a échappé.
Dois-je également te rappeler dans quel camp se trouvent ton mari, ta sœur et ton cousin ? Ils ont accepté les risques quand ils ont pris la Marque des Ténèbres !
Qui plus est, contrairement à eux, je n'ai encore tué personne.
Je me bats contre eux et pour les bonnes raisons, Narcissa. Les menaces de Bellatrix n'y ont rien changé et les tiennes non plus.
Tâche de faire en sorte que ton fils ne suive pas les pas de son père. Il a encore une chance de faire les bons choix.
Sirius Potter
Il enroula sa lettre et conjura un morceau de parchemin vierge.
Androméda avait raison, cela faisait bien trop longtemps qu'il n'était pas passé la voir.
…
Jeudi 15 Août 1980 - Manoir Avery.
Le moldu – un jeune homme d'une trentaine d'année qu'elle avait choisi sain et vigoureux – tomba à genoux et laissa échapper un râle avant de vomir une large quantité de sang.
Bellatrix recula d'un pas pour être certaine qu'aucune éclaboussure ne viendrait tacher ses vêtements et intensifia son sortilège, obligeant l'homme à tousser jusqu'à ce que l'air lui manque. Selon le livre de Magie Noire que lui avait offert son beau-père, sa victime devait avoir l'impression de se noyer dans son propre sang. L'air qui ne parvenait plus à ses poumons l'empêchait de crier, ce dont elle était un peu ennuyée.
Les cris impressionnaient toujours et le Maître lui avait demandé de faire sensation.
A force de manquer d'air, le moldu s'écroula, inconscient. Bellatrix leva sa baguette et murmura le contre sort. Il fallut de longues minutes à sa victime pour récupérer et ses gémissements de douleur emplirent la grande salle du Manoir Avery.
Bellatrix se tourna vers la table qui avait été dressée derrière elle. Le Seigneur des Ténèbres était installé en compagnie de Avery père et fils autour d'une tasse de thé. Un vieil homme se tenait à la droite de son Maître et Bellatrix retint son sourire satisfait en le trouvant livide et tremblant. Il avait fermé les yeux pour se soustraire au spectacle qui lui était présenté mais personne ne pouvait ignorer les gémissements de sa victime, ni les pleurs des deux autre moldus – une adolescente à peine sortie de l'enfance et un jeune garçon d'une dizaine d'années – qu'elle avait fait capturer la veille.
Si ses informations étaient exactes, ils avaient l'âge des petits-enfants de Servius Shafiq.
- Je ne suis pas certain que notre invité sache vraiment apprécier vos talents, Bellatrix, soupira le Lord Noir d'une voix égale. Peut-être quelque chose de plus radical ? Servius, je vous laisse le soin de choisir : éviscération, démembrement ou écorchement ?
- Vous êtes des monstres, souffla Shafiq d'une voix hachée, ses yeux toujours fermés.
- Et vous faites preuve de mauvaise foi : vous êtes celui qui a demandé à être convaincu par mes intentions. Bellatrix, écorchement je vous prie.
Bellatrix hocha la tête et fit face au moldu qui peinait à se redresser. Du sang maculait le bas de son visage et ses yeux injectés de sang tentaient de lui faire ressentir de la pitié.
Il perdait son temps bien sûr. Le seul sentiment qu'elle ressentait envers les moldus était du dégoût.
Elle pointa sa baguette sur le bras découvert de l'homme et lança le maléfice sans se donner la peine de bouger les lèvres. Elle maîtrisait parfaitement les sorts informulés depuis sa septième année, et celui-ci ne méritait pas un effort particulier.
La peau du moldu disparut du bout de ses doigts à la base de son cou et un hurlement de douleur lui échappa avant qu'il ne s'effondre secoué de pleurs incontrôlables. Bellatrix se demanda vaguement si Servius Shafiq se serait montré plus résistant à la place du moldu.
Il fallait dire, pour la défense de ce dernier qu'elle avait un don inné pour les sortilèges de torture. Le Doloris était le premier sortilège que le Seigneur des Ténèbres lui avait appris quand elle avait pris la Marque. Elle l'avait maîtrisé en seulement quelques essais, canalisant son dégoût pour les moldus et les Sang-de-Bourbes. La sensation de supériorité qu'elle avait ressenti en les voyant se tortiller sous elle était sans pareil. Les enseignements de son père avaient enfin trouvé un sens : une fois brisés, aussi bien mentalement que physiquement, les moldus retrouvaient leur place véritable dans la société. Ils avaient oublié ceux qui leur étaient naturellement supérieur et le seul remède possible était la peur.
Ou la mort.
Bellatrix aimait par dessus tout quand la première menait à la seconde.
Elle recommença le même procédé sur différentes parties du corps de l'homme, lui arrachant des cris de plus en plus déchirants, des appels à la pitié et des supplications, jusqu'à ce que ses dernières forces le quittent. Elle le réanima alors, avant de reprendre où elle s'était arrêtée. En moins d'un quart d'heure, le moldu n'avait plus que la peau de son visage et le reste de son corps n'était qu'un morceau de chaires sanguinolentes à vif.
Il la supplia de l'achever.
Elle éclata d'un rire froid.
- Certainement pas. Je vais laisser faire la nature. D'ici à demain, les plaies devraient être infectées, d'ici deux jours elles dégoulineront de pue et avant la fin de la semaine, la mort gagnera.
L'incrédulité remplaça la douleur une fraction de seconde sur le visage de sa victime et elle se délecta du désespoir qui se déploya dans son regard avant qu'il ne ferme les yeux, lâchant prise au profit de l'inconscience qui ne le soulagerait que quelques heures.
Un coup d'oeil en direction de Servus Shafiq lui apprit que le vieil homme pleurait en silence.
- Je compte sur votre voix pour le vote de demain, Lord Shafiq ? conclut poliment le Seigneur des Ténèbres avant de se lever et de quitter la pièce.
…
Vendredi 22 Août 1980, Cokeworth.
Sirius gara sa moto devant la petite église de pierres grises et lança discrètement un sortilège pour empêcher qu'on la lui vole.
Cokeworth était une de ces villes qui étaient sorties de terre en même temps que les usines, près d'un siècle plus tôt, pour héberger les ouvriers et leur famille. Des petites maisons en briques, toutes identiques, se succédaient le long de rues rectilignes dessinées à la règle et à l'équerre. Une rivière aux eaux sales et pleines de détritus coupaient la ville en deux.
Sirius n'était jamais venu dans la ville qui avait vu grandir Lily Evans et il se demanda si l'ambiance lugubre des lieux était en partie responsable de l'attirance de Severus Rogue pour la Magie Noire.
Parce que vraiment, Square Grimmaurd faisait figure de cadre festif en comparaison.
- Sirius ! Par ici !
Lily lui faisait de grands signes depuis l'angle de l'église. Elle avait revêtu une robe prune, simple et élégante, et relevé ses longues mèches rousses en une tresse compliquée. Il la rejoignit rapidement et la serra dans ses bras.
- Où est mon filleul ? demanda-t-il.
- Avec ma mère. Tu es très élégant.
Il haussa les épaules. James lui avait plusieurs fois répété que la cérémonie serait moldue et solennelle. Il avait donc troqué sa veste de cuir pour un gilet de smoking moldu, enfilé une chemise blanche à la place d'un t-shirt, et acheté un pantalon de toile noire sur le Chemin de Traverse.
Il avait même fait l'effort d'attacher ses longues mèches brunes avec un lacet de cuir, comme il avait vu son père faire depuis qu'il était en âge de se souvenir.
Ainsi vêtu, il avait presque l'air de l'aristocrate que sa mère avait toujours voulu qu'il soit.
Judy avait raison, il aimait beaucoup trop son filleul.
Lily le mena jusqu'au banc où étaient installés ses parents et Sirius s'amusa de voir Harry plus brun que jamais dans les bras de ses grands-parents, tous deux blonds.
- Maman, Papa, vous vous souvenez de Sirius ?
- Le frère de James ? répondit aussitôt Henry Evans en se levant pour lui serrer la main.
Le père de Lily était un homme dynamique d'une cinquantaine d'année, toujours souriant et plein d'humour. Sirius avait beaucoup discuté avec lui durant le mariage de James et Lily, redonnant vie aux épisodes les plus embarrassants pour le couple.
Iris se montra, elle, plus distante, en hochant la tête poliment. Sirius ne le prit pas personnellement, sachant que la femme se tenait au courant de la guerre et qu'elle avait essayé à plusieurs reprises de convaincre Lily de retourner vivre dans le monde moldu le temps que les choses se tassent. Lily avait fait son choix en épousant James.
- Coucou Harry, lança-t-il joyeusement, provoquant un sourire chez son filleul. Prêt pour ton grand jour ?
Le petit garçon eut un babillement qu'il ne sut interpréter, mais son sourire s'élargit. Sirius aurait aimé le prendre dans ses bras avant la cérémonie, mais Iris s'accrochait à son petit-fils comme si elle craignait que quelqu'un vienne le lui arracher et il se résolut à rejoindre son meilleur-ami.
James était aux côtés d'un homme au crâne dégarni et portant une robe de sorcier complètement démodée, ainsi qu'une écharpe d'un vert profond. Peter et Remus étaient installés sur le banc le plus proche, le visage dans leurs mains, des soubresauts secouant leurs épaules. Sirius passa dans le dos de James avec discrétion, volant un morceau de la conversation au passage.
- … parce que j'ai lu le bouquin.
- La Bible, vous voulez dire ?
- Oui. Et ce que fait Jésus ressemble beaucoup à de la magie.
- Nous préférons le terme miracle.
Il attrapa les épaules de Remus et Peter.
- J'ai loupé quelque chose ?
Remus se redressa et essuya les larmes de rire qui maculaient ses joues.
- James discute religion avec le pasteur depuis près d'un quart d'heure. Je crois que le pauvre homme a envisagé au moins deux fois de s'enfuir en courant.
- Il ne peut pas faire ça. Il doit baptiser mon filleul et m'officialiser en tant que parrain.
- Je crois que ton éducation de Sang-Pur t'empêche de comprendre ce qui est drôle ici, Pat', expliqua Remus.
A ses côtés, Peter avait de plus en plus de mal à rire discrètement, et Merlin seul savait à quel point il avait eu de l'entraînement pendant leurs années à Poudlard.
Sirius se résigna donc à s'installer sur le banc, détaillant la petite église. Des vitres colorées laissaient entrer une lumière tamisée, des statues trônaient aux quatre coins de la pièce, et des bougies étaient allumées à leurs pieds. Une odeur puissante de renfermé saturait l'air et le moindre bruit se transformait en écho. Sirius aurait aimé discuter pour passer le temps, mais à part les Mauraudeurs et les parents de Lily, il n'y avait pas d'autre invité. La sœur aînée de Lily, Pétunia, avait refusé de venir – arguant qu'elle ne voulait pas que son fils fréquente Harry – et Mary MacDonald, la meilleure-amie de Lily, avait quitté le Royaume-Uni un mois plus tôt, effrayée par la tournure de la guerre. Sirius n'était pas vraiment sûr qu'il la reverrait un jour.
Henry Evans sembla enfin remarquer que son gendre était en train de torturer le prêtre, car il abandonna sa femme et sa fille à leur discussion.
- Nous n'attendons plus personne, mon père, annonça-t-il à l'homme avant d'entraîner James à sa suite.
La cérémonie ne ressemblait en rien aux Baptêmes sorciers auxquels ses parents avaient eu l'habitude de l'emmener afin qu'il rencontre des enfants de son âge (et de son rang). Chez les sorciers, il n'était pas question de chants, de prières et encore moins de verser de l'eau sur la tête de l'enfant. Il s'agissait plutôt de présenter officiellement le nouveau venu au reste de la société magique. Dans certaines familles, on réalisait un petit rituel d'ancienne magie, censé révéler si l'enfant avait le don ou non. Sirius n'avait jamais aimé s'y rendre.
Au final, que des conneries, songea-t-il tandis qu'il allumait une bougie avant de la reposer sur l'autel, puis signait dans un large livre, devenant ainsi officiellement le parrain de Harry James Potter.
L'important était ailleurs : il allait être là pour Harry. Il allait l'aimer comme Alphard Black, Euphémia et Fleamont Potter l'avaient aimé. Il le protégerait contre Voldemort et sa bande de consanguins aliénés. Il allait faire en sorte que cette guerre se termine au plus vite pour que le petit garçon ne soit plus obligé de rester caché aux yeux de la société. Ce baptême n'aurait pas dû se faire dans une si stricte intimité. James et Lily avaient des amis dans l'Ordre du Phénix et d'anciens camarades de classe qui avaient été invités au mariage.
Il serra son filleul contre lui et sourit à l'objectif de l'appareil photo de Peter.
…
Dimanche 24 Août 1980 - Manoir Lestrange.
Bellatrix jeta un Incendio sur l'exemplaire de La Gazette qu'un de ses Elfes de Maison venait de lui apporter en même temps que son petit-déjeuner.
Le Magenmagot autorise les Aurors à utiliser les Impardonnables pour lutter contre le terrorisme !
Elle fixa les flammes avec hargne, peinant à contenir sa rage.
Comment le Magenmagot pouvait se montrer aussi incompétent et aveugle ! Ne comprenaient-ils donc pas qu'ils se battaient pour construire une meilleure société ? Pour rendre aux sorciers la place qui était la leur dans ce monde ? Leurs ancêtres avaient fait une erreur en choisissant de cacher la magie aux yeux des moldus. Ils avaient été effrayés par leur nombre grandissant, qui dépassait alors largement le leur... Mais n'avaient-ils pas prouvé à quel point les moldus leur étaient inférieurs ? Les tuer était aisé. Les contrôler encore plus.
Et au lieu de les aider à reconquérir un pays qui était de droit le leur, le gouvernement continuait à se dresser contre eux.
Le Seigneur des Ténèbres étaient pourtant soutenu par plus d'un tiers des membres du Magenmagot. Certains, issus des Vingt-huit Consacrées, étaient des Mangemorts. D'autres étaient sous l'influence de l'Imperium. Les derniers, comme Servus Shafiq, avaient eu besoin d'un peu de persuasion.
Tous leurs efforts avaient malheureusement été vains et elle soupçonnait Dumbledore d'avoir joué un rôle décisif en lançant des appels à la résistance partout où il se rendait.
Bellatrix quitta la table sans avoir touché à son petit-déjeuner et rejoignit la petite pièce en face de sa chambre. Elle l'avait transformée en pouponnière peu de temps après s'être installée au Manoir avec Rodolphus. Après sa troisième fausse couche, elle avait commencé à avoir la pièce en horreur et avait ordonné à ses Elfes de la vider de ses meubles et de la repeindre en noir.
Pour honorer la mission que son Maître lui avait confié en échange de son aide pour engendrer une descendante, et en attendant que la vie s'épanouisse en elle, Bellatrix l'avait réinvestie d'une nouvelle fonction.
Sur le plus large pan de mur, étaient accrochés les visages des membres de l'Ordre du Phénix les plus notoires. Un deuxième mur accueillait une liste de nom d'alliés de Dumbledore, mais elle s'était résolue à abandonner cette piste pour entrer les secrets de l'organisation secrète. Dumbledore était un illuminé, mais il n'était pas stupide. Seuls les membres de l'Ordre étaient à même d'espionner pour le compte du Seigneur des Ténèbres.
Elle s'installa sur le fauteuil de velours gris qu'elle avait installé en face du visage de ses ennemis et les parcourut un à un une énième fois.
Le plus important était Albus Dumbledore. Il jouait le rôle de chef charismatique et de stratège agaçant. Chacune de ses sorties dans le monde sorcier était ponctuée d'une déclaration sur l'importance de ne pas céder à la peur et de se battre pour le bien, aussitôt répétée par La Gazette du Sorcier et parfois même retransmise en direct par la radio sorcière. Bellatrix savait pertinemment que le vieil homme était intouchable, autant parce qu'il était le plus grand sorcier de son temps que parce que son Maître leur rappelait régulièrement qu'Il s'occuperait personnellement de lui.
Minerva McGonagall avait été le premier membre de l'Ordre du Phénix, mais son statut de professeur à Poudlard l'empêchait de prendre part aux attaques. Il était toutefois évident qu'elle avait un rôle essentiel dans le recrutement de nouveaux membres pour l'Ordre. Elle avait amèrement regretté que Regulus ait si publiquement affiché ses convictions depuis son entrée à Poudlard, sans quoi elle aurait essayé de le pousser à gagner ses faveurs. Elle pourrait toujours utiliser ce stratagème avec la jeune sœur de Jugson ou le fils aîné de Yaxley, mais ils étaient tous deux très jeunes et le Maître n'apprécierait certainement pas un aussi long délais avant de pouvoir compter l'un des leurs dans les rangs de Dumbledore. Bellatrix avait pensé menacer la petite garce qui lui tenait lieu de nièce, mais Madelyn McGonagall avait disparu après avoir été grièvement blessée par Nott sénior. Personne n'était vraiment sûr qu'elle soit encore vivante.
L'Auror Maugrey Fol-Oeil était ce que Dumbledore avait de plus proche d'un second. L'homme commandait durant les batailles et il recrutait parmi les Aurors. Là encore, il était impensable qu'un tel homme, Gryffondor jusqu'à la pointe de sa baguette et loyal à en mourir, puisse accepter de trahir son chef. Le chantage n'y changerait absolument rien puisque Fol-Oeil était le fils unique de Altair Maugrey mort lors d'un duel vingt ans de cela. Walburga – qui était au courant de tout ce qui pouvait se dire dans la société Sang-Pure – lui avait affirmé qu'il n'avait jamais eu de liaison connue et que certaines mauvaises langues imaginaient que cela cachait une liaison avec Albus Dumbledore.
Parmi les Aurors ayant rejoint l'Ordre du Phénix, il y avait le couple Londubat et les trois aînés de la fratrie McKinnon. Tous étaient bien trop fidèles à Dumbledore et Fol-Oeil, et faire pression sur des Aurors s'étaient révélés très compliqué à mettre en œuvre, d'autant plus que les rares tentatives avaient été très rapidement repérées par les collègues de ces derniers.
Elle avait vaguement envisagé les jumeaux Prewett qui avaient l'avantage d'avoir une large famille à travers leur sœur aînée, Molly Weasley et sa ribambelle de six garçons, tous trop jeunes pour être à Poudlard, donc vulnérables. Toutefois, convaincre un jumeau par le chantage obligeait à convaincre le deuxième à cause de leur complicité notoire. Les chances pour que Dumbledore ne remarque pas une taupe étaient assez faibles. Qu'il en loupe deux frôlait le délire.
Dorcas Meadows, la petite duelliste prodige des Tireurs d'Elite, était très clairement exclue. Elle avait refusé de rejoindre le Seigneur des Ténèbres sept ans plus tôt et clamait son allégeance à Dumbledore partout où sa notoriété la laissait entrer.
James Potter et sa Sang-de-Bourbe étaient à peu près aussi inenvisageables. Depuis leur sortie de Poudlard, les frasques du petit couple avaient animé Sorcière Hebdo et même quelques éditions de La Gazette. Chaque article chantait avec une mélodie différente comment ils comptaient incarner la résistance face à la montée du racisme anti-moldu. Bellatrix se souvenait les avoir croisés à de nombreuses reprises lors d'attaques où les deux jeunes gens passaient des paroles aux actes. De toute façon, ils se faisaient beaucoup plus discrets depuis le début de l'année et elle avait entendu parlé de la rumeur d'une grossesse. Ils ne tarderaient donc pas à trouver une cachette où disparaître et les atteindre deviendrait hors de question.
Bellatrix laissa son regard glisser sur la photo de son cousin, sachant pertinemment reconnaître une cause perdue quand elle en voyait une. Le seul sort qu'elle lui réservait était la mort.
Il ne restait donc que trois choix possibles.
Remus Lupin, un loup-garou, ami avec son cousin et Potter qui, s'il devait sa scolarité à Dumbledore – comment cet homme avait pu prendre le risque d'introduire une telle créature à Poudlard dépassait son entendement – restait une créature de l'ombre, facilement corruptible.
Peter Pettigrew, un autre ami de Potter. Il travaillait au Ministère d'après Rolf et sa mère pourrait toujours servir de moyen de pression.
Benjy Fenwick, un Sang-de-Bourbe qui avait fait ses classes à Serdaigle et travaillant à La Gazette. Ses origines le rendaient presque insoupçonnable s'il venait à trahir, mais trouver des membres de sa famille risquait d'être très compliqué.
- Bella ?
La voix de Rodolphus l'arracha à sa contemplation.
Son mari avait le teint blafard, les yeux rouges et les traits tirés. Bellatrix repéra ses mains tremblantes et reconnut l'un des effets secondaires du Doloris. Elle comprit aussitôt que le Maître avait puni chacun des Mangemorts qui avait pour mission d'empêcher la loi de Croupton Senior de passer.
Sa haine contre Dumbledore enflamma son cœur et elle se promit de réduire son organisation à néant.
- Il veut te voir cet après-midi, murmura Rodolphus d'une voix rendue rauque par les cris de douleur. Il a une mission pour toi.
…
Dimanche 23 Août 1980 – Résidence de Ted et Androméda Tonks, Angleterre.
- Cousin Sirius !
Il eut tout juste le temps de tendre le bras pour la rattraper alors qu'elle s'emmêlait les jambes, manquant de s'écraser dans l'allée qui traversait le jardin de ses parents. Tandis qu'il l'aidait à se redresser, les cheveux de sa cousine passèrent du blond presque blanc au rouge.
- Toujours aussi maladroite, Nymphadora ?
Elle récupéra son bras avec humeur et lui dédia un regard sombre.
- Ne m'appelle pas comme ça !
- Quoi ?
- Nymphadora !
- Pour que ta mère me jette un maléfice ? Certainement pas !
- Et bien va-t-en !
Sirius en resta bouche bée et la regarda retourner chez elle, ponctuant son départ en claquant dramatiquement la porte.
Des éclats de rire lui firent tourner la tête : Androméda et Ted étaient installés sur une petite terrasse ombragée, visiblement amusés par la scène de leur fille.
- Quelle mouche l'a piquée ? demanda-t-il avant d'embrasser sa cousine sur la joue.
- Elle a décidé que son prénom était horrible, expliqua Ted en serrant la main qu'il lui tendait. Elle se met une colère à chaque fois que quelqu'un l'utilise.
Sirius se tourna vers Androméda et sourit largement face à son regard intimidant.
- Franchement ? Elle a raison. Ce prénom est horrible, Andy. Je te l'ai toujours dit.
- Si tu es venu ici pour être désagréable, Sirius, tu peux repartir tout de suite.
- Telle mère, telle fille. Je t'admire, Ted.
Heureusement, Nymphadora n'était pas aussi rancunière que sa mère et la petite fille de sept ans réapparut alors qu'ils finissaient de boire leur apéritif. Elle attrapa les dernières chips dans le bol qui trônait au milieu des verres et s'installa sur ses genoux. Sirius la serra contre lui et embrassa ses cheveux d'un violet tendre.
- Alors, comment dois-je t'appeler, petite cousine ?
- Papa m'appelle Dora mais Maman s'obstine.
Sa moue boudeuse lui tira un sourire en coin et Androméda soupira bruyamment.
- Moi, c'est mon nom de famille que je n'aime pas. Je voulais le changer et m'appeler Potter mais la mère de James n'a jamais voulu. Elle disait que je devais le garder, pour montrer aux autres qu'il y avait encore des gens bien dans ma famille. Mais je ne l'utilise pas souvent. Je préfère qu'on m'appelle Sirius et qu'on oublie mon nom de famille.
Nymphadora ouvrit la bouche pour répondre quelque chose, changea d'avis, et se cala un peu plus contre lui. Ses cheveux s'allongèrent jusqu'à toucher ses épaules, imitant sa propre coiffure, puis virèrent au bleu. Il l'observa un moment jouer avec une mèche plus longue que les autres avant de surprendre le regard étonné de Ted et Androméda.
- Quoi ?
- Depuis quand sais-tu t'y prendre avec les enfants ? demanda sa cousine.
- Depuis que je suis parrain du fils de James et Lily.
- Ils ont eu un petit garçon, alors ? Tu leur transmettras mes félicitations. Euphémia aurait été enchantée. Elle a toujours pensé que James et Lily lui feraient de beaux petits-enfants.
Sirius laissa glisser la référence à sa quasi-mère adoptive, préférant dresser le portrait de Harry pour sa cousine.
- C'est impossible qu'il ait les yeux gris, Sirius... Il aura les yeux verts, comme sa mère.
- Comment tu peux en être aussi sûre ?! Tu ne l'as jamais vu !
- Je ne fais que te répéter ce que me disait Euphémia. Cette femme avait une tendance agaçante à avoir toujours raison.
Ted s'excusa pour aller faire griller de la viande sur le barbecue fumant. Connaissant la maladresse incroyable de la petite fille sur ses genoux, Sirius resserra instinctivement son étreinte pour l'empêcher d'aller rejoindre son père.
Il commençait à être drôlement doué pour guérir les brûlures superficielles mais ce n'était pas une raison.
En bonne hôtesse qu'elle était, Androméda réussit l'exploit d'éviter que les conversations abordent la guerre et les Black. Sirius fut donc instruit à la place de tous les ragots qui circulaient dans la société sorcière – ce qui allait ravir Lily et Peter –.
Nymphadora abandonna ses réflexions avec l'arrivée du dessert, retrouvant son bavardage incessant. Elle lui décrivit la maîtresse de l'école moldue qu'elle fréquentait, ainsi que ses exploits dans l'équipe de Rugby locale. Sirius fut surpris qu'Androméda laisse sa fille pratiquer un tel sport moldu – il avait été voir un match sous les conseils de Benjy Fenwick au début de l'année et avait retrouvé le frisson des matchs de Quidditch Gryffondor-Serpentard –.
- Et j'ai eu un balai pour mon anniversaire. Papa m'apprend à voler tous les samedis après-midi pendant une heure. On va dans une clairière, dans la forêt.
- Je suis sûr que tu es très douée.
- Pas trop pour le moment... Tu crois que je pourrais rentrer dans l'équipe de Quidditch, à Poudlard ?
- Si tu t'entraînes assez, pourquoi pas ? J'ai été batteur et tu as sans doute hérité de tous les bons côtés de la famille Black.
La petite fille se rengorgea et il lui sembla qu'elle envoya un regard plein de défi à sa mère.
- Tu sais quoi, Sirius ? Je crois que j'ai décidé comment tu peux m'appeler.
- Et alors ?
- Tonks.
Sirius faillit rire – Androméda venait de lâcher une exclamation outrée – mais Nymphadora semblait très sérieuse.
- Enchanté, Tonks. Mes amis m'appellent Patmol.
- Patmol ? Cool !
- Tu n'avais pas un dessin pour Sirius, Nymphadora ?
- Ah si. Je vais le chercher.
Sirius se retrouva donc seul face à une Androméda apparemment furieuse contre lui et un Ted qui avait de plus en plus de mal à ricaner discrètement.
- J'adore ta fille, Andy.
- Et moi je te déteste. Je commençais à lui faire entendre raison pour cette histoire de prénom. Elle va insister pour que tout le monde l'appelle Tonks et ce sera entièrement ta faute.
- Premièrement, tu mens. Je suis ton cousin préféré et tout le monde le sait. Deuxièmement, ce n'est pas ce que j'ai pu voir en arrivant. Troisièmement, je ne lui ai rien dit. Elle a choisi toute seule son propre nom. Et pour cela, je suis incroyablement fier d'elle. Si jeune et si déterminée... Avec un peu de chance, elle finira à Gryffondor.
Androméda leva les yeux au ciel mais fut coupée dans sa réponse par le retour de sa fille. La petite Tonks resta avec eux encore une demi-heure, avant que Ted décide qu'il était temps pour elle d'aller se coucher. Tonks essaya de négocier un quart d'heure supplémentaire mais se heurta à l'intransigeance de sa mère et abandonna.
- Bonne nuit, Patmol. Tu reviendras bientôt ?
- Je vais essayer... Bonne nuit, Tonks.
Il se retrouva seul avec sa cousine et le silence un peu plus pesant lui fit pressentir une discussion un peu moins légère que celles qui l'avaient précédée.
- Je t'avoue que j'ai été étonnée que tu acceptes mon invitation, Sirius, commença-t-elle.
- Pourquoi ? Ça faisait longtemps que je n'étais pas venu te voir. Et visiblement, Tonks avait besoin de ma guidance éclairée.
- Six mois que tu n'étais pas venu, répondit-elle, ignorant son commentaire sur sa fille. Et si je ne t'envoyais pas des lettres de temps à autre, je n'aurais aucune nouvelle.
- Je suis très occupé.
Elle haussa un sourcil.
- Avec l'Ordre du Phénix ?
Il soupira. Il pouvait mentir et feindre l'ignorance, mais si Androméda était la plus discrète des trois sœurs Black, elle était aussi la plus observatrice. Lui mentir était incroyablement difficile et il n'avait pas envie de jouer à ce jeu-là ce soir.
- Entre autres, oui.
Elle hocha la tête, comme pour approuver sa décision raisonnable.
- Narcissa m'a envoyée une lettre.
- A toi aussi ?
- Je suis curieuse d'entendre ta version cela dit, reprit-elle comme s'il ne l'avait pas interrompue. Bellatrix a une tendance à déformer les faits, ce qui m'a toujours agacée.
Sirius soupira et termina sa tasse de café pour se laisser le temps de mettre des mots sur un événement qu'il savait n'avoir toujours pas digéré. Si Bellatrix l'avait soumis au Doloris, les choses auraient été différentes : ça n'aurait pas été la première fois et elle était de toute façon une psychopathe avérée. Mais Regulus... Regulus avait seulement dix-huit ans et il avait encore eu un faible espoir de le sauver des griffes de Voldemort maintenant qu'il avait quitté Poudlard et qu'il pouvait donc disparaître, Marque des Ténèbres ou pas.
Il devait désormais admettre que son petit-frère était son ennemi. Et cela faisait plus de mal qu'il ne l'aurait jamais imaginé.
- Je suis tombé sur Bellatrix et Regulus, lors de la première attaque de Glasgow. Ils étaient en train de torturer une moldue, alors je suis intervenu. Je ne savais pas que c'étaient eux. Tous les Mangemorts portent des masques... Tu imagines bien que c'était Noël avant l'heure pour Bellatrix... Depuis le temps qu'elle a promis de me tuer ! Enfin... Apparemment je les avais interrompu en plein milieu d'une leçon. Bellatrix a ordonné à Regulus de me lancer un Doloris... Et... Enfin... J'avais une arme... J'ai réussi à la sortir, Bellatrix a voulu me la prendre. Les coups de feu sont partis tout seuls. Je ne l'ai même pas visé directement. Je suppose que j'ai eu de la chance...
- Oh Sirius...
Elle attrapa sa main et la serra avec force. Sirius se força à croiser son regard gris – le gris des Black, ce même gris qu'ils avaient tous les deux en horreur –. Il n'y avait aucune trace de pitié dans ses yeux, juste une compassion qu'il savait sincère, et une tristesse qui faisait écho à la sienne.
- Il n'y a plus que nous deux contre le reste du monde, pas vrai cousine ?
- Une chance que tu sois mon cousin préféré alors.
A/N : J'espère que vous avez aimé ! N'hésitez pas à me laisser un petit mot pour me faire part de vos impressions, bonnes ou mauvaises. Promis, je réponds toujours !
A dimanche prochain !
Orlane Sayan.
Mis en ligne le 10/04/2016
