Shikamaru s'énervait contre les piles de dossiers. Il se sentait ridicule d'avoir demandé toutes les archives qu'avait Kusa avec Suna. Deux ninjas masqués lui avaient amené trois cartons plein à craquer de dossiers qu'il devait finalement éplucher jusqu'au dernier pour trouver la raison de l'agression de Temari. Depuis qu'il était chargé officieusement de cette affaire, Shikamaru avait réalisé que selon l'issue de cette enquête, la jeune fille risquait de voir sa vie démolie. Il espérait énormément qu'ils faisaient tous fausse route concernant Kaito et ce gang. Car même s'il était jaloux comme pas deux de la savoir avec un autre, il était aussi bien conscient que la relation qu'elle entretenait avec Kaito allait voler en éclat, que son bonheur allait voler en éclat, qu'elle allait voler en éclat. Et cette douleur, Shikamaru l'imaginait assez bien pour ne la souhaiter à personne.
Survolant une dossier de couleur ciel, il lut « Cas Shigakani ». Il entreprit d'ouvrir la chemise cartonnée quand une douce brise lui caressa le menton. Il s'arrêta net et leva la tête. Elle était là, sans comprendre.
-Où sont Sasuke-kun et Neji-kun? Où sont-ils?
Sasuke avait fait valser la porte d'entrée d'un coup de pied et s'était rué sur les trois gros bras qui discutaient à quelques pas de là. Son chidori les atteignit, transperçant l'un deux au niveau de l'épaule la plus éloignée du coeur, et sonnant les deux autres avec sa tension électrique. Il put observer sur la nuque de l'un d'eux la même goutte qu'il avait pu remarquer sur l'homme qui s'était introduit chez lui. Autour de lui, la maison ressemblait énormément à la sienne, des panneaux de papiers de riz séparant toutes les pièces. Derrière ces minces cloisons, en ombres chinoises, Sasuke voyait s'agiter des hommes. Ils se levaient et se dirigeaient vers la porte coulissante qui les séparaient. Ils devaient être au moins dix à s'avancer vers lui, maintenant, enragés et bruyants. Il évita le premier s'écartant derrière la porte qu'il venait d'abattre. Surpris, le gorille qui se jetait avidement sur lui ralentit l'histoire d'un instant, laissant le temps à Neji de se faufiler derrière lui. Entouré des membres du gang les plus lourds, il tourna sur lui-même, une aura de chakra l'entourant. Le tourbillon divin que Sasuke n'avait pu apprécier que dans le but de se protéger des kunais et autres attaques longues distances lui avait permis de se défaire des hommes. Étendus par terre, gémissants et grommelants, les ennemis se laissèrent marcher dessus par les deux ninjas.
-L'enfant, la vieille dame et un homme se trouvent dans la pièce du fond. Je me charge des autres, va rejoindre Saori-kun! Aboya Neji à l'intention de Sasuke.
Ce dernier acquiesça de la tête avant de suivre Neji qui s'était lancé devant lui à l'encontre des mercenaires qui se trouvaient dans la pièce devant eux. Sitôt qu'ils étaient apparus dans l'encadrement de la porte, une demi-douzaine d'hommes masqués sautèrent sur les deux jeunes hommes. Plus sveltes, ils furent tous éjectés et surpris par une vague de chakra provenant de la paume de Neji. Sasuke sourit et traça sa route, balayant les portes et les ninjas qui se dressaient devant lui. Il entendait derrière lui les cris des malheureux qui avaient préféré s'attaquer à Neji et à ses soixante-quatre poings du Hakke. Il frappa une cloison et se retrouva nez à nez avec un jeune homme de son âge, qui l'envoya valser d'un coup de poing. Le jeune Uchiwa se releva sans effort, et fixa cet inconnu. Il était un peu plus grand que lui, un peu plus mince aussi. Les yeux de jais de Sasuke plongés dans les yeux gris de son adversaire, il grogna. C'était lui. Il n'avait aucun doute, c'était l'amant de Temari.
-Kaito, espèce d'enflure!Lâcha Sasuke, remonté.
Le principal intéressé laissa apparaître sa dentition droite et blanche, puis disparut. Sasuke, pantois, marmonna quelque chose avant de se faire aplatir par un coup de pied dans la nuque. Le jeune Uchiwa eut juste le temps de sentir la présence de son ennemi avant de perdre sa trace à nouveau. Il subit une série de coup de poing, de pied et de genoux qui le firent cracher du sang. Le jeune Uchiwa sentit le monde tourner légèrement autour de lui, la nausée lui montant à la gorge. Il se mordit la lèvre, qui finissait d'enfler et essaya de se relever. Son corps étaient lourd, et il s'en voulut d'être si faible. Mais Kaito était fort, vraiment. Cela ne l'étonnait plus vraiment que Temari l'ait choisi lui, et qu'il ait même réussi à tromper les ninjas de Suna. L'avoir avec eux était certainement un avantage considérable. Sasuke enfin debout, il chercha la présence dans la pièce de son adversaire et comprit enfin son subterfuge: il était anormalement rapide. Tellement rapide que son propre chakra disparaissait dans l'espace, le rendant invisible. Fort, vraiment fort. Sasuke réussit à localiser Kaito, et se sentit tiré en arrière. Il était là, derrière lui, sa main serrant fort ses cheveux et l'obligeant à se cambrer. Dans son regard nuageux, Sasuke put distinguer de la colère. Beaucoup de colère. Pourquoi tant de haine? Ah là.. Quelle question admirable, pour quelqu'un qui s'était oublié au profit de la haine! Quelle hypocrisie! C'était pas le moment de trouver des excuses à cet inconnu, surtout qu'il avait osé profiter de Temari et essayé d'attenter à sa vie. L'histoire d'une seconde suffit à Sasuke pour rendre ses iris rouges et y faire apparaître trois petites gouttes noires tournoyantes. Kaito sentit le danger et lâcha l'arrière du crâne de Sasuke pour s'effacer à nouveau.
-C'est trop tard Kaito; Tu vas payer!
Sasuke le voyait parfaitement bien, maintenant. Tous ses déplacements étaient tracés et prévus par le sharingan qui avait rendu si puissant son défunt clan. Le jeune Uchiwa devança son ennemi lorsque celui-ci voulut lui asséner un uppercut, en s'écartant pour lui écraser la mâchoire de son poing. Sasuke avait Kaito à sa merci. Aucune de ses attaques n'étaient de son niveau, et il réussit à le clouer au sol grâce à quelques coups électrifiés. Par l'abdomen, la mâchoire et les côtes, la tension se propagea dans le corps du traître. Des convulsions surprenantes parcoururent l'échine de Kaito avant de cesser. Incapable de se mouvoir, les muscles raides, l'intéressé réussit à grogner quelque chose. Sasuke le regarda longuement, et son propre regard devait en dire long sur la colère qu'il ressentait à l'égard de cet homme. Il ne savait pas quels étaient les mobiles de toutes ces manipulations, mais il était certain que Temari n'avait rien fait pour mériter ça. Finalement, il soupira et s'accroupit aux côtés du ninja immobile. Il farfouilla dans sa propre poche. Il en tira une toute petite photographie aux bords abîmés, la couleur quelque peu délavée.
-C'était dans la poche d'un de tes hommes.
Kaito resta impassible à cette annonce, alors que Sasuke paraissait maintenant triste. Cette image, il l'avait trouvée lorsque les trois exécuteurs du gang avaient été écrasés par Temari. Il s'était interdit d'en parler à quiconque, et encore moins à son amie. Sur le cliché sali, le visage rayonnant de la jeune fille était lové dans le cou de Kaito, qui souriait également. Leurs cheveux blonds se mêlaient dans un superbe camaïeu. En observant les airs joyeux des deux modèles, Sasuke ne put s'empêcher d'espérer que Kaito n'avait pas rencontré Temari que pour la manipuler par la suite. Cette idée le répugnait au plus haut point, mais c'était sans compter sur l'ordre de la tuer. Le chef de gang avait montré qu'il n'avait aucune limite, même pour jouer avec les sentiments et avec les vies des gens. L'espoir s'évanouit, laissant place à une forte rancoeur.
-Tu lui as donné cette magnifique photo de votre amour pour qu'il la reconnaisse bien, hein?
-Il n'y avait aucun amour de ma part.
Kaito n'avait pas hésité une seconde avant de répondre, comme si sa phrase avait été préparée pour tomber à ce moment précis de la conversation. Cette réponse de but-en-blanc décontenança Sasuke qui se laissa quelques secondes pour réaliser l'ampleur de la situation. Temari allait en mourir. La seule personne qu'elle aimait dans ce monde l'avait trompée du début à la fin, avait profité de ses sentiments, avait essayé de la tuer, et l'assumait entièrement sans être gêné. Il se releva sans préavis et un coup de pied atterrit dans les côtes de Kaito qui serra fort les dents pour ne pas exprimer sa douleur.
-Salaud.
A nouveau la cage thoracique du blondinet en prit pour son grade, lui arrachant un soupir de souffrance et un crachat sanguinolent.
-Salaud! Pourquoi? Elle t'aimait profondément!
Kaito et Sasuke se dévisagèrent. Pour des raisons trop éloignées, leur regard était empli d'une profonde haine. La mâchoire contractée, le mafieux n'essaya même pas de répondre. Il se contentait de transmettre toute son ire à son bourreau. Neji choisit cet instant pour rejoindre Sasuke. Il marchait correctement mais s'était suffisemment démené face à l'ennemi pour avoir quelques plaies et de nombreuses contusions. Il grimaça en voyant la lèvre enflée de Sasuke, sa peau rougie par les coups et ses vêtements sales. Il s'approcha de son camarade, surplombant le corps douloureux de Kaito.
-C'est lui, le roi des crabes? Demanda Neji histoire de détendre l'atmosphère qui l'étouffait.
Sasuke se contenta de marmonner son habituel « Hn. » en replongeant le cliché dans sa poche. Il fit alors face à Neji et lui intima d'aller chercher Saori et leur grand-mère, s'il s'en sentait capable. Ses blessures le tiraillaient un peu, mais le détenteur du Byakugan accepta la requête du jeune Uchiwa. Il chercha de son regard perçant les deux innocents et s'attarda sur sa tâche. Sasuke vit son ami faire la moue.
-Ils ne sont plus dans la pièce, annonça-t-il, gêné.
Sasuke se sentit mal. Étaient-ils partis seuls, ou bien aidé d'un membre du gang? D'après ce que Temari lui avait dit, Saori était un enfant totalement naïf et enjoué. Il était aimé de tous et adorait la terre entière également. Sasuke imagina le petit garçon embobiné par ses proches depuis le début. Il fallait qu'il le retrouve, le plus vite possible. Il était peut-être en danger. Et Temari ne le pardonnerait jamais de ne pas avoir fait son possible pour sauver ce gamin. Faible et inquiet, Sasuke posa sa main sur l'épaule de Neji. Il se sentait responsable et devait de sa propre main, trouver cet enfant.
-Je vais le chercher. Occupe-toi de ne pas lâcher cet enfoiré des yeux.
-Ce ne sera pas la peine.
Sasuke sentit un frisson parcourir son échine. Neji le regardait, silencieux. Il s'excusait d'avance des yeux, et l'obligea à se retourner. Elle était là, juste derrière lui. Que faisait Temari ici?
