Chapitre6 :
Ils atterrirent juste devant chez James, dans le petit village de Godric's Hollow.
-« Il faut prévenir l'Ordre ! S'exclama celui-ci sans perdre de temps.
-Pourquoi nous as-tu amené ici, il aurait fallu que nous…
Mais Sirius n'eut pas le temps d'articuler une syllabe de plus.
-« James ! Le coupa Lilly en sortant de chez elle avec précipitation.
-Lilly », murmura-t-il avec un soulagement visible.
Sirius les regarda s'enlacer un instant en s'entend croître en lui un profond sentiment de solitude.
-« Puis-je utiliser votre cheminée ? Les interrompit-il plus brutalement qu'il ne l'aurait souhaité. Je vais aller à Poudlard prévenir Dumbledore.
-Bien sûr, accepta Lilly avec douceur.
-Je viens avec toi, décida James.
-Non. Ne t'inquiète pas, reste ici. De toute façon, il faudra aussi que je parle seul à seul avec Remus d'une autre mission importante. Je te tiendrai au courant pour la suite des opérations.
-Sirius…
-Quoi ? Ecoute, si ce n'est pas urgent, je suis un peu pressé.
-D'accord, on verra ça plus tard. »
Et ils s'engouffrèrent à la suite d'Evans dans la maison coquette et accueillante des Potter. Une douce odeur de chocolat titilla les narines de Sirius dès qu'il mit un pied dans la cuisine. Des photographies de leurs familles respectives recouvraient les murs. Dans l'évier, une éponge frottait les dernières assiettes d'un repas dont les restes témoignaient de l'excellence.
-« Reviens ici dès la fin de ton entretien avec Dumbledore », lui dit James.
Sirius poussa un grognement qui pouvait laisser supposer bien des choses et pris une bonne poignée de poudre de cheminette pour disparaître dans une fumée verte.
Il apparut dans la cheminée du bureau de la salle commune de Gryffondor, faisant sursauter quelques élèves au passage. Il sourit à un bon nombre d'entre eux qu'il connaissait encore de vue avant de se diriger à grand pas vers le bureau du directeur. Il ne savait pas exactement pourquoi il avait choisis d'atterrir précisément dans cette cheminée du château. Peu-être était-ce parce qu'après avoir vu le foyer de son meilleur ami, il avait éprouvé le besoin de retourner, ne serait-ce que pour quelques secondes, dans l'endroit qu'il considérait comme sa véritable maison.
Il frappa deux ou trois fois à la porte du bureau avant d'entrer. Le professeur se tenait face à sa pensine. Dans un coin se trouvait le professeur MacGonagall, qui paraissait au bord de la crise de nerf. Si la situation n'avait pas été aussi critique, Sirius aurait pu sourire de la figure qu'elle arborait alors: elle avait eu la même durant les sept années qu'il avait passé à Poudlard, durant les sept années où elle s'était évertuée à tenter de remettre Sirius et James "dans le droit chemin". Sans y parvenir toutefois. Il avait été plus que surpris de savoir qu'elle tenait dans l'Ordre une place des plus importantes.
-"Sirius, l'accueillit Dumbledore. Non, non, épargnez votre salive. Une dépêche du ministère vient de me parvenir, m'informant de l'attaque dont vous et vos condisciples avaient été la cible. Je ne puis m'empêcher de me demander ce qui a pu vous mettre autant de temps pour arriver ici?
-Je... Nous...
-Monsieur Potter n'est pas avec vous? Insista-t-il.
-Il est resté avec Lilly, monsieur.
-Ah, lâcha simplement le professeur sans faire d'autres commentaires.
-Que devons-nous faire? Demanda Macgonagall. Il nous faut agir rapidement!
-Je crois plutôt qu'il est sage d'attendre et de voir comment la situation évolue pour le moment.
-Quoi? S'exclama-t-elle avec une férocité que Sirius ne lui connaissait que trop bien, ne rien faire? Mais des sorciers du ministère ont été attaqué! Cela montrera au mieux une réelle faiblesse de la part de notre camp!
-Je suis d'accord avec Minerva", intervint Sirius.
Il prenait depuis qu'elle n'était plus sa professeur un plaisir enfantin à la nommer par son prénom, comme de parfaits égaux.
-"Il faut frapper maintenant! Insista-t-il.
-Non. J'ai un plan, dit simplement Dumbledore. Mais il nous faudra agir avec la plus grande prudence et la patience la plus totale. Sirius, je veux vous voir dans trois jours dans mon bureau à cette même heure avec monsieur Potter. Vous déléguerez complètement votre mission de surveillance à monsieur Lupin.
-Très bien. Je m'en vais l'en informer...
-Ne prenez pas cette peine et aller plutôt vous coucher. J'irai moi-même voir Remus demain dans la matinée. L'heure est déjà bien avancée et je veux que vous vous rendiez au ministère demain. Vous y suivrez votre formation et ferez comme si rien ne s'était passé.
-Professeur?
-Prenez toutes les informations que vous pourrez sur l'attaque de toute à l'heure. Vous apportez à Minerva la version véhiculée par le ministère dès demain soir.
-Bien, mais je vais tout de même...
-Vous pouvez utiliser ma cheminée pour rentrer chez vous, le coupa le professeur.
-Bonne nuit professeurs", lâcha Sirius à contre-cœur avant de disparaître une nouvelle fois.
Il atterrit brutalement dans la cheminée de sa maison et se cogna le front contre la paroi en jurant. Il observa avec lassitude les meubles que Remus et Peter l'avait aidé à installer dans les premières semaines qui avaient suivis son déménagement. Jamais Sirius n'avait vécu dans un lieu si propre. En effet, il passait si peu de temps chez lui qu'il n'avait pas le temps de salir grand chose. L'absence de décoration renforçait également l'impression de clarté qui se dégageait des murs donc presque totalement blancs.
Un haut le coeur puissant le prit, le faisant chanceler légèrement. Il venait de se rappeler l'apparition de son frère, devenu mangemort. Le dégoût qu'éprouvait Sirius à l'encontre de Regulus lui donnait envie de vomir. Regulus, mangemort! Mais à quoi pouvait bien servir cet imbécile précieux et craintif? Mais ce n'était pas là la question la plus importante qui se bousculait au fond de son esprit: il était persuadé d'avoir reconnu la voix de la femme qui avait parlé en dernier. Mais il n'osait pas vraiment s'avouer son nom. Cela aurait réveillé trop de douleur, trop de sentiments enfouis qu'il ne voulait ressentir de nouveau. Il avait voulu en parler à Remus, mais pour une raison qui lui demeurait obscure, le directeur avait insisté de manière peu subtile pour qu'il ne traîne pas d'avantage dans le château. Il jura avant de s'allonger sur son lit. Il n'avait même pas pris la peine de retirer ses vêtements, à moitié déchirés par endroit. Il ferma les yeux et sentit un poids incroyable compresser sa poitrine. Une larme coula le long de sa joue droite. Il fallait qu'il parle à Remus.
