Le dernier mois que Amarilys passa chez les Dursley n'eut rien de très amusant. Dudley avait à présent si peur d'elle qu'il ne voulait jamais se trouver dans la même pièce. Quant à l'oncle Vernon et à la tante Pétunia, ils avaient tout simplement décidé de ne plus lui adresser la parole. Ils ne l'enfermaient plus dans son placard, ne la forçaient plus à faire quoi que ce soit, ne la réprimandaient même plus. D'une certaine manière, c'était mieux qu'avant, mais un peu déprimant malgré tout.

Amarilys restait donc dans sa chambre en compagnie de sa chouette qu'elle avait baptisée Hedwige, un nom trouvé dans son Histoire de la magie. Elle passait ses journées à lire ses manuels scolaires tandis qu'Hedwige allait se promener, sortant et rentrant par la fenêtre ouverte. Elle en avait appris plus sur sa vie ces derniers jours que toutes les années passées avec les Dursley. En effet, de nombreux manuels scolaires relataient l'inexpliquée disparition de Voldemort comme dans Grandeur et décadence de la magie noire, un livre particulièrement intéressant du point de vue d'Amarilys.

Tous les soirs avant de se coucher, Amarilys barrait un jour sur le calendrier de fortune qu'elle avait fait elle-même sur un morceau de papier accroché au mur. Elle attendait le 1er septembre.

La veille du jour où elle devait partir à Poudlard, Amarilys descendit voir l'oncle Vernon pour lui demander s'il voulait bien la conduire à la gare le lendemain.

Dans le salon, les Dursley regardaient un jeu télévisé et elle toussota pour signaler sa présence. En la voyant, Dudley poussa un hurlement et sortit de la pièce en courant.

—Heu... Oncle Vernon ?

L'oncle Vernon grogna pour indiquer qu'il l'avait entendu.

—Heu... Il faudrait que je sois à la gare de King's Cross demain pour... pour aller à Poudlard.

L'oncle Vernon grogna à nouveau.

—Est-ce que tu voudrais bien m'y conduire ?

Grognement. Amarilys pensa que c'était sa façon de dire oui.

—Merci Oncle Vernon.

Elle s'apprêtait à remonter l'escalier lorsque l'oncle Vernon se mit à parler.

—Drôle de façon d'aller dans une école de sorciers, le train. Les tapis volants sont en panne ?

Amarilys ne répondit rien.

—D'ailleurs, où se trouve-t-elle, cette école ?

—Je ne sais pas, dit Amarilys en prenant conscience pour la première fois de son ignorance à ce sujet. Je dois prendre le train à la gare de King's Cross à onze heures, sur la voie 9 ¾, ajouta-t-elle en regardant le billet que Hagrid lui avait donné.

Son oncle et sa tante l'observèrent avec des yeux ronds.

—La voie combien ?

—9 ¾.

—Ne dis pas de bêtises, dit l'oncle Vernon. La voie 9 ¾ n'existe pas.

—C'est écrit sur mon billet.

—Ils sont tous fous ! décréta l'oncle Vernon. Enfin, tu as de la chance, je devais de toute façon aller à Londres demain matin.

—Pour le travail ? demanda Amarilys, essayant d'être aimable.

—Non, j'emmène Dudley à l'hôpital. Il faut lui faire enlever cette queue en tire-bouchon avant qu'il entre au collège.

Le lendemain, Amarilys se réveilla dès cinq heures du matin et s'habilla d'un jean. Inutile de se faire remarquer en revêtant une robe de sorcière ! Elle se changerait dans le train. Elle jeta un coup d'œil à sa liste pour s'assurer qu'elle n'avait rien oublié, vérifia qu'Hedwige était bien enfermée dans sa cage puis fit les cent pas dans la chambre en attendant que les Dursley se réveillent. Deux heures plus tard, l'oncle Vernon chargea son énorme valise pleine de livres –qu'elle avait tous lu et relu– et de fournitures scolaires dans le coffre de la voiture et ils prirent la direction de Londres après que la tante Pétunia eut convaincu Dudley qu'il n'y avait aucun danger à s'asseoir à côté d'Amarilys.

A dix heures et demie, ils étaient devant King's Cross. L'oncle Vernon mit la grosse valise sur un chariot et accompagna Amarilys jusqu'à l'entrée des voies.

—Et voilà, dit-il. La voie 9 est ici, la voie 10 juste à côté. J'imagine que la tienne doit se trouver quelque part entre les deux, mais j'ai bien peur qu'elle ne soit pas encore construite.

Il avait raison, bien sûr. Il y avait un gros chiffre en plastique au-dessus de chacun des deux quais et rien du tout au milieu.

L'oncle Vernon repartit vers la voiture sans ajouter un mot. Amarilys se retourna et vit les Dursley repartir dans leur voiture en éclatant de rire. La gorge sèche, Amarilys se demanda ce qu'elle allait bien pouvoir faire. La chouette enfermée dans sa cage intriguait les autres voyageurs et elle sentait des regards se tourner vers elle.

Elle demanda à un employé où se trouvait le train à destination de Poudlard, mais l'homme n'avait jamais entendu ce nom.

Amarilys étant incapable de lui dire dans quelle région l'endroit était situé, l'employé s'énerva, croyant qu'elle se moquait de lui. Amarilys n'osa pas parler de la voie 9 ¾, elle se contenta de demander d'où partait le train de onze heures mais l'employé lui répondit qu'aucun train ne partait à cette heure-là et il s'éloigna en maudissant tous ces gens qui lui faisaient perdre son temps.

Amarilys s'efforça de ne pas céder à la panique. La grosse horloge, au-dessus du tableau des arrivées, lui indiqua qu'il lui restait dix minutes avant le départ du train mais elle ne savait absolument pas comment faire pour y monter. Elle était seule au milieu de la gare, avec une valise qu'il pouvait à peine soulever, la poche pleine d'argent qui n'avait cours que chez les sorciers et une grande cage avec une chouette à l'intérieur.

Elle se demanda si Hagrid n'avait pas oublié de lui dire quelque chose d'important sur la façon dont elle devait s'y prendre pour trouver son train, comme lorsqu'il avait tapé sur la troisième brique à gauche pour pénétrer sur le Chemin de Traverse. Elle se demandait s'il convenait de sortir sa baguette magique pour en tapoter le composteur situé entre les deux quais lorsqu'elle entendit un groupe de voyageurs parler derrière elle.

—La gare est pleine de Moldus, il fallait s'y attendre, dit une voix.

Amarilys fit aussitôt volte-face. Une petite femme replète parlait à quatre garçons aux cheveux roux flamboyants. Chacun des garçons poussait un chariot sur lequel était posée une grosse valise semblable à celle d'Amarilys. Et chacun d'eux avait un hibou.

Le cœur battant, Amarilys alla se placer derrière eux avec son propre chariot et décida de les suivre. Elle était suffisamment près pour entendre ce qu'ils disaient.

—C'est quoi, le numéro de la voie ? demanda la mère des quatre garçons.

—9 ¾, dit une fillette également rousse qui tenait la main de la petite femme replète. Moi aussi, je veux aller à Poudlard.

—Tu n'es pas encore assez grande, Ginny, ce sera pour plus tard. Vas-y, Percy, passe le premier.

Celui qui semblait être l'aîné des quatre garçons se dirigea vers les voies 9 et 10, Amarilys l'observa attentivement, mais un groupe de touristes arriva au même moment et lui boucha la vue. Lorsque le dernier touriste fut passé, le garçon avait disparu.

—Fred, à toi maintenant, dit la mère.

—Fred, c'est pas moi, moi, c'est George, dit le garçon. Franchement, tu crois que c'est digne d'une mère de confondre ses enfants ? Tu ne vois pas que je suis George ?

—Désolée, mon chéri.

—C'était pour rire, dit le garçon. En fait, Fred, c'est moi..

Il s'avança à son tour vers les voies tandis que son frère jumeau lui disait de se dépêcher. Et il se dépêcha si bien qu'un instant plus tard, il avait disparu. Le troisième garçon se volatilisa de la même manière, sans que Amarilys comprenne comment il s'y était pris.

—Excusez-moi, dit alors Amarilys à la petite femme replète.

—Toi, je parie que c'est la première fois que tu vas à Poudlard, Ron aussi est nouveau, dit la femme en montrant son plus jeune fils, un grand dadais avec de grands pieds, de grandes mains et des taches de rousseur.

—C'est... c'est ça, dit Amarilys et je ... je ne sais pas comment on fait pour...

—Ne t'inquiète pas, dit la femme. Il suffit de marcher droit vers la barrière qui est devant toi, entre les deux tourniquets. Ne t'arrête pas et n'aie pas peur de te cogner, c'est très important. Si tu as le trac, il vaut mieux marcher très vite. Vas-y, passe devant Ron.

—Euh... oui, d'accord... dit Amarilys.

Elle fit tourner son chariot et regarda la barrière entre les voies 9 et 10. Elle paraissait très solide.

Elle s'avança alors en poussant son chariot et marcha de plus en plus vite, bousculée par les voyageurs qui se hâtaient vers les voies 9 et 10. Penchée sur son chariot, elle se mit à courir. La barrière se rapprochait dangereusement. Trop tard pour freiner, à présent. Elle n'était plus qu'à cinquante centimètres. Elle ferma les yeux et attendit le choc.

Mais il n'y eut pas de choc. Elle continua de courir sans rencontrer aucun obstacle et lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle vit une locomotive rouge le long du quai où se pressait une foule compacte. Au-dessus de sa tête, une pancarte signalait: « Poudlard Express—11 heures ». En regardant derrière elle, Amarilys vit une grande arche de fer forgé à la place de la barrière et des tourniquets. Un panneau indiquait: « Voie 9 ¾ ». Elle avait réussi à trouver son train.

De la fumée s'échappait de la locomotive et se répandait au-dessus de la foule, des chats de toutes les couleurs se glissaient çà et là entre les jambes des passagers et la rumeur des conversations était ponctuée par le bruit des valises traînées sur le quai et des ululements que les hiboux échangeaient d'un air grognon.

Les premiers wagons étaient déjà pleins d'élèves. Certains, penchés aux fenêtres, bavardaient avec leurs parents pendant que d'autres se battaient pour une place assise. Amarilys poussa son chariot le long du quai, à la recherche d'une place libre. Elle passa devant un garçon au visage joufflu qui disait:

—Grand-mère, j'ai encore perdu mon crapaud.

—Neville ! Soupira la vieille dame.

Un petit groupe se pressait autour d'un garçon coiffé avec des dreadlocks.

—Allez, montre-nous ça, Lee, vas-y.

Le garçon souleva le couvercle de la boîte qu'il tenait dans les mains et tout le monde se mit à hurler en voyant surgir une longe patte velue.

Amarilys se fraya un chemin parmi la foule jusqu'au dernier wagon où elle trouva enfin un compartiment vide. Elle posa d'abord la cage d'Hedwige à l'intérieur du wagon, puis elle essaya de hisser sa valise sur le marchepied mais elle ne parvint qu'à la laisser tomber sur son pied.

—On peut t'aider ? demanda l'un des jumeaux roux qu'elle avait suivis à travers la barrière.

—Je veux bien, répondit Amarilys, le souffle court.

—Hé, Fred, viens nous donner un coup de main.

Avec l'aide des jumeaux, Amarilys parvint à s'installer avec sa valise dans un coin du compartiment libre.

—Merci, dit Amarilys en relevant sa capuche.

Un silence se fit.

—Ça alors ! s'exclama l'autre frère, ce ne serait pas...

—Si, c'est sûrement elle, dit le premier jumeau. C'est bien ça ? ajouta-t-il à l'adresse d'Amarilys.

—Quoi ? demanda celle-ci.

—Amarilys Potter, dirent en chœur les deux frères.

—Oui, oui, c'est elle, répondit Amarilys. Enfin, je veux dire... c'est moi.

Les deux frères le regardèrent bouche bée et Amarilys se sentit rougir. Puis, à son grand soulagement, une voix retentit à la porte du wagon.

—Fred ? George ? Vous êtes là ?

—On arrive, M'man.

Après avoir jeté un dernier coup d'œil à Amarilys, les jumeaux se hâtèrent de redescendre sur le quai.

Amarilys s'assit dans le coin près de la fenêtre. A demi-cachée, elle pouvait observer et entendre la famille aux cheveux roux sans être vu. La mère venait de sortir son mouchoir.

—Ron, dit-elle, tu as quelque chose sur le nez.

Le plus jeune des quatre frères essaya de se dérober mais sa mère l'attrapa par le bras et se mit à lui frotter le bout du nez.

—M'man ! Laisse-moi tranquille ! dit-il en parvenant à se dégager.

—Ma parole, le petit Ron à sa maman a quelque chose sur son nez ? dit l'un des jumeaux.

—Ferme-la, répliqua Ron.

—Où est Percy ? demanda leur mère.

—Il arrive.

L'aîné des garçons apparut, la démarche décidée. Il avait déjà revêtu la robe noire de Poudlard et Amarilys remarqua, épinglé sur sa poitrine, un petit insigne brillant qui portait la lettre P.

—Je ne peux pas rester très longtemps, Maman, dit-il. Je dois aller à l'avant du train, les préfets ont un compartiment réservé.

—Tu es préfet, Percy ? dit l'un de jumeaux avec surprise. Tu aurais dû nous prévenir, on n'en savait rien.

—Attends, je crois bien qu'il nous en a soufflé un mot, une fois, dit l'autre jumeau.

—Peut-être même deux fois.

—Maintenant que tu me le rappelles, je crois même qu'il nous en a parlé pendant une minute entière.

—Et même pendant tout l'été, à bien y réfléchir...

—Ça suffit, dit Percy le préfet.

—Comment ça se fait que Percy ait une robe neuve ? S'étonna l'un des jumeaux.

—Parce qu'il est préfet, répondit leur mère d'une voix émue. Fais bon voyage, mon chéri, et envoie-moi un hibou quand tu seras arrivé.

Elle embrassa Percy sur la joue et celui-ci s'éloigna. Elle se tourna ensuite vers les jumeaux.

—Vous deux, vous allez être sages, cette année ! lança-t-elle. Si jamais je reçois un hibou qui me dit que vous avez fait exploser les toilettes...

—Faire exploser les toilettes ? On n'a jamais fait ça.

—Mais c'est une bonne idée. Merci, M'man !

—Et occupez-vous bien de Ron.

—Ne t'en fais pas, le petit Ron à sa maman n'aura rien à craindre avec nous.

—Ça suffit, dit Ron.

Il était presque aussi grand que les jumeaux et son nez était tout Amarilys à l'endroit où sa mère l'avait frotté.

—Hé, M'man, devine qui on vient de voir dans le train ? dit l'un des jumeaux.

Amarilys se blottit un peu plus dans son coin pour être sûre qu'ils ne la voient pas.

—La petite aux yeux verts qui était à côté de nous, à la gare ? Tu sais qui c'est ?

—C'est qui ?

—Amarilys Potter !

Amarilys entendit la voix flûtée de la petite fille.

—Oh, M'man, je peux monter dans le train pour aller la voir ? demanda-t-elle.

—Tu l'as déjà vu, répondit sa mère, et d'ailleurs, cette pauvre petite n'est pas une bête curieuse qu'on va voir au zoo. Comment tu sais que c'est elle, Fred ?

—J'ai vu sa cicatrice. Elle a vraiment la forme d'un éclair.

—Pauvre petite, pas étonnant qu'elle soit toute seule, je me disais bien. Elle était tellement polie quand elle m'a demandé où se trouvait le quai.

—Tu crois qu'elle se souvient de la tête qu'avait Tu-Sais-Qui ?

Leur mère devint soudain grave.

—Je t'interdis de lui poser cette question, Fred. Elle n'a vraiment pas besoin qu'on lui rappelle ça pour son premier jour d'école.

Un sifflet retentit.

—Dépêchez-vous, dit la mère.

Les trois garçons montèrent dans le wagon. Percy, l'aîné, était déjà parti s'installer en tête du train. En voyant partir ses frères, la petite fille se mit à pleurer.

—T'en fais pas, lui dit l'un des jumeaux par la fenêtre verte. On t'enverra plein de hiboux.

—Et un siège de toilettes de Poudlard, ajouta son frère.

—George ! s'indigna sa mère.

—C'était pour rire, M'man.

Le train s'ébranla. Amarilys vit la mère des garçons faire de grands signes de la main tandis que la petite sœur, pleurant riant à la fois, courait le long du quai pour suivre le wagon. Lorsque le train prit de la vitesse, Amarilys regarda la mère et la fillette devenir de plus en plus petites, puis disparaître. Les maisons qui bordaient la voie défilaient devant la fenêtre du compartiment. Amarilys éprouvait un sentiment d'excitation. Elle ne savait pas ce qui l'attendait, mais c'était certainement mieux que ce qu'elle laissait derrière elle.

La porte du compartiment s'ouvrit et le plus jeune des frères aux cheveux roux entra.

—La place est libre ? demanda-t-il en montrant le siège en face d'Amarilys. Les autres compartiments sont pleins.

Amarilys hocha la tête et le garçon s'assit. Il jeta un coup d'œil à Amarilys puis se tourna du côté de la fenêtre d'un air indifférent. Il avait toujours une tache noire sur le bout du nez.

—Hé, Ron.

Les jumeaux étaient de retour.

—On va dans le wagon du milieu, dit l'un. Lee Jordan a une tarentule géante, on va aller voir ça.

—D'accord, marmonna Ron.

—Amarilys, dit l'autre jumeau, je ne sais plus si nous nous sommes présentés. Fred et George Weasley. Et lui, c'est Ron, notre frère. A plus tard.

Les jumeaux s'en allèrent après avoir refermé la porte du compartiment.

—C'est vrai que tu es Amarilys Potter ? demanda brusquement Ron.

Amarilys confirma d'un signe de tête.

—Je m'étais dit que c'était peut-être une blague de Fred ou George. Et tu as vraiment cette... tu sais, la...

Il pointa le doigt vers le front d'Amarilys. Celle-ci releva une mèche pour lui montrer la cicatrice en forme d'éclair. Ron la contempla avec des yeux ronds.

—Alors, c'est là que Tu-Sais-Qui...

—Oui, dit Amarilys, mais je ne m'en souviens pas.

—Vraiment pas ? demanda avidement Ron. Eh ben, dis donc...

Il fixa Amarilys pendant quelques instants puis, comme s'il s'était soudain rendu compte de ce qu'il faisait, il regarda à nouveau par la fenêtre.

—Ils sont tous sorciers dans ta famille ? demanda Amarilys qui s'intéressait autant à Ron que Ron à lui.

—Oui, je crois, répondit Ron. Il paraît que M'man a un cousin qui est comptable, mais on ne parle jamais de lui à la maison.

—Alors tu dois être déjà très fort en magie.

Les Weasley étaient certainement l'une de ces vieilles familles de sorciers auxquelles faisait allusion le garçon au visage pâle qu'il avait rencontré sur le Chemin de Traverse.

—J'ai entendu dire que tu avais vécu dans une famille de Moldus. Ils sont comment, ces gens-là ?

—Horribles, répondit Amarilys. Enfin, pas tous. En tout cas, ma tante, mon oncle et mon cousin sont abominables. J'aurais bien voulu avoir des frères et sœurs sorciers.

—Cinq, précisa Ron.

Son visage s'était soudain assombri.

—Je suis le sixième à aller à Poudlard, dans la famille. J'ai intérêt à être à la hauteur. Bill et Charlie, mes deux frères aînés, ont déjà fini leurs études. Bill était Préfet en chef et Charlie capitaine de l'équipe de Quidditch. Maintenant, c'est Percy qui est préfet.

—Préfet ? Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Amarilys.

—C'est un élève chargé de maintenir la discipline, répondit Ron. Une sorte de pion... Tu ne savais pas ça ?

—Je ne suis pas beaucoup sortie de chez moi, confessa Amarilys.

—Fred et George font pas mal de bêtises, poursuivit Ron, mais ils ont de bonnes notes et tout le monde les trouve très drôles. Et moi, on voudrait que je fasse aussi bien que les autres, mais même si j'y arrive, personne ne s'en apercevra, parce que je serai le sixième à le faire et on trouvera ça normal. Quand on a cinq frères, on n'a jamais rien de neuf. J'ai les vieilles robes de sorcier de Bill, la vieille baguette magique de Charlie et le vieux rat de Percy.

Ron sortit de sa poche un gros rat gris qui dormait.

—Il s'appelle Croûtard et il ne sert à rien. Il dort tout le temps. Mon père a offert un hibou à Percy quand il a été nommé préfet, mais il n'avait pas les moyens de... Enfin, je veux dire, c'est moi qui ai hérité de Croûtard.

Les oreilles de Ron devinrent écarlates, comme s'il avait eu le sentiment d'en avoir trop dit et il détourna la tête.

Amarilys ne voyait pas pourquoi il aurait fallu se sentir honteux de n'avoir pas les moyens d'acheter un hibou. Elle-même n'avait jamais eu d'argent jusqu'au mois dernier et elle raconta à Ron qu'elle devait se contenter de porter les vieux vêtements de Dudley.

—Jusqu'à ce que Hagrid me l'annonce, je ne savais pas que j'étais une sorcière, je ne savais même rien de mes parents, ni de Voldemort.

Ron laissa échapper une exclamation étouffée.

—Tu as prononcé le nom de Tu-Sais-Qui ! dit-il d'un air à la fois choqué et admirait. Je pensais que tu serais la dernière à...

—Ce n'est pas pour faire la maline, dit Amarilys. Simplement, je ne me suis pas encore habituée à ne pas dire son nom. J'ai beaucoup de choses à apprendre... Je suis sûre que je serai la plus mauvaise élève de ma classe.

—Oh non, dit Ron d'un ton rassurant. Il y a plein d'élèves qui ont vécu dans des familles de Moldus et ils apprennent très vite.

Le train était sorti de Londres, à présent. Pendant un long moment, ils restèrent silencieux, contemplant les vaches et les moutons qui paissaient dans les prés, le long de la voie.

Vers midi et demi, ils entendirent un chariot tintinnabuler dans le couloir du wagon et une jeune femme souriante fit glisser la porte du compartiment.

—Vous désirez quelque chose, les enfants ? demanda-t-elle en montrant les marchandises disposées sur le chariot.

Amarilys, qui n'avait pas pris de petit déjeuner, se leva d'un bond. Ron, les oreilles à nouveau écarlates, marmonna qu'il avait apporté des sandwiches. Pour la première fois de sa vie, Amarilys avait les poches pleines d'argent et elle était décidé à s'en servir pour s'acheter autant de barres de chocolat qu'il lui plairait. Mais en examinant les friandises que vendait la jeune femme, elle s'aperçut qu'elles lui étaient totalement inconnues. Jamais elle n'avait entendu parler des Dragées surprises de Bertie Crochue, des Ballongommes du Bullard, des Chocogrenouilles, des Patacitrouilles, des Fondants du Chaudron ou des Baguettes magiques à la réglisse. Comme elle ne voulait rien manquer, elle acheta un peu de tout et donna à la jeune femme les onze Mornilles et sept Noises qu'elle lui demanda.

Ron ouvrit de grands yeux lorsqu'Amarilys revint avec ses acquisitions et les étala sur la banquette.

—Tu as faim ? dit Ron.

—Je suis affamée, dit Amarilys en mordant avidement dans un Patacitrouille.

Ron était en train de déballer un paquet qui contenait quatre sandwiches. Il en prit un et fit la grimace.

—Ma mère oublie toujours que j'ai horreur du corned-beef, soupira-t-il.

—Si tu veux, on partage, je ne pourrai pas manger le quart de ce que j'ai acheté. Vas-y, sers-toi, proposa Amarilys, ravie de pouvoir partager quelque chose avec quelqu'un pour la première fois de sa vie. C'est quoi, ça ? demanda-t-elle en montrant un paquet de Chocogrenouilles. Ce ne sont pas de vraies grenouilles, j'espère ?

—Non, mais regarde la carte qui est à l'intérieur, j'en fais collection. Il me manque Agrippa.

—La carte ?

—Dans chaque paquet de Chocogrenouille, il y a une carte sur un sorcier ou une sorcière célèbre. J'en ai déjà cinq cents, mais il m'en manque encore quelques-unes, Agrippa et Ptolémée, par exemple.

Amarilys ouvrit un paquet de Chocogrenouille et trouva la carte. Elle montrait la photo d'un homme avec des lunettes en demi-lune, un long nez aquilin, une chevelure argentée, une barbe et une moustache. Sous le portrait était écrit le nom du personnage: Albus Dumbledore.

—C'est lui, Dumbledore ? s'exclama Amarilys

—Ne me dis pas que tu n'en as jamais entendu parler ? Tiens, passe-moi un autre Chocogrenouille, j'y trouverai peut-être une carte qui me manque.

Amarilys retourna la carte et lut:

« ALBUS DUMBLEDORE, ACTUEL DIRECTEUR DU COLLEGE POUDLARD.

Considéré par beaucoup comme le plus grand sorcier des temps modernes, Dumbledore s'est notamment rendu célèbre en écrasant en 1945 le mage Grindelwald, de sinistre mémoire. Il travailla en étroite collaboration avec l'alchimiste Nicolas Flamel et on lui doit la découverte des propriétés du sang de dragon. Les passe-temps préférés du professeur Dumbledore sont le bowling et la musique de chambre.»

Amarilys regarda à nouveau la photo et fut stupéfaite de constater que Dumbledore avait disparu.

—Il est parti ! s'écria-t-elle.

—Tu ne voudrais pas qu'il reste là toute la journée, dit Ron. Mais ne t'en fais pas, il va revenir. Oh non, je suis encore tombé sur Morgane. J'en avais déjà six... Tu la veux ? Tu pourras commencer une collection.

Ron regarda avec envie la pile de Chocogrenouilles qui attendaient d'être ouverts.

—Vas-y, sers-toi, dit Amarilys. Tu sais, chez les Moldus, les gens restent immobiles sur leurs photos, expliqua-t-elle. C'est quoi les propriétés du sang de dragon ?

—Ah bon ? Ils ne vont jamais faire un tour ? demanda Ron, étonné. Ça, c'est vraiment bizarre. Le sang du dragon est utilisé dans les potions, après je n'en sais pas plus.

Amarilys vit alors Dumbledore reprendre sa place sur la photo et lui adresser un petit sourire. Ron avait beaucoup plus de plaisir à manger les Chocogrenouilles qu'à regarder les portraits des sorcières et sorciers célèbres mais Amarilys, elle, n'arrivait pas à en détacher les yeux. Bientôt, en plus de Dumbledore et de Morgane, elle trouva les cartes de Hengist, de Woodcroft, d'Alberic Grunnion, de Circé, de Paracelse et de Merlin. Elle s'arracha enfin à la contemplation de la druidesse Cliodna qui se grattait le nez pour ouvrir un sachet de Dragées surprises de Bertie Crochue. Au fur et à mesure qu'elle découvrait les personnages célèbres sur ses cartes, elle se récitait mentalement leur biographie, lue dans ses livres achetés avec Hagrid.

—Fais attention avec ça, dit Ron. On peut vraiment avoir des surprises en mangeant ces trucs-là. Il y a toutes sortes de parfums. Si tu as de la chance, tu peux avoir chocolat, menthe ou orange, mais parfois, on tombe sur épinards ou foie et tripes. George dit qu'un jour il en a eu un au sang de gobelin.

Ron prit une dragée verte, l'examina attentivement et en mordit prudemment l'extrémité.

—Beuârk ! S'exclama-t-il. Du chou de Bruxelles !

Pendant un bon moment, ils s'amusèrent à manger les Dragées surprises. Amarilys tomba sur divers parfums, toast grillé, noix de coco, haricots blancs, fraise, curry, gazon, café, sardine. Elle eut même le courage d'en goûter une qui avait une étrange couleur grise et que Ron refusa de toucher. C'était une dragée au poivre.

Après avoir traversé des paysages de campagne aux champs bien dessinés, le train abordait à présent une région plus sauvage, avec des forêts, des collines, des rivières qui serpentaient parmi les arbres.

Quelqu'un frappa à la porte du compartiment et le garçon joufflu que Amarilys avait déjà vu sur le quai 9¾ entra. Il avait l'air de pleurer.

—Vous n'auriez pas vu un crapaud ? demanda-t-il.

Ils firent « non » de la tête.

—Je l'ai perdu, se lamenta le garçon. Il n'arrête pas de s'échapper.

—Il va sûrement revenir, dit Amarilys.

—Oui, soupira le garçon d'un air accablé. Mais si tu le vois...

Et il sortit.

—Je me demande pourquoi il s'inquiète tellement, dit Ron. Si j'avais un crapaud, je ferais tout mon possible pour le perdre. Remarque, je n'ai rien à dire, avec Croûtard.

Pendant tout ce temps, le rat de Ron avait continué de dormir sur les genoux de son maître.

—Il pourrait aussi bien être mort, on ne verrait pas la différence, soupira Ron. Hier, j'ai essayé de lui jeter un sort, je voulais changer sa couleur en jaune pour le rendre un peu plus drôle, mais ça n'a pas marché. Je vais te montrer. Regarde...

Il fouilla dans sa valise et en sortit une vieille baguette magique tout abîmée. Quelque chose de blanc brillait à son extrémité.

—Elle est tellement vieille que le poil de licorne commence à sortir.

Au moment où il brandissait sa baguette, le garçon qui avait perdu son crapaud revint à la porte du compartiment, accompagné d'une fille vêtue de sa robe de Poudlard.

—Vous n'auriez pas vu un crapaud ? Neville a perdu le sien, dit la fille.

Elle avait d'épais cheveux bruns ébouriffés, de grandes dents et un ton autoritaire.

—On n'a rien vu du tout, répondit Ron.

Mais la fille ne l'écoutait pas. Elle regardait la baguette magique qu'il tenait à la main.

—Tu étais en train de faire de la magie ? demanda-t-elle. On va voir si ça va marcher.

Elle s'assit sur la banquette. Ron sembla pris au dépourvu. Il s'éclaircit la gorge.

—Bon, dit-il, allons-y: Soleil, jonquille et canari, Que ce gros gras rat gris En jaune soit colorié De la tête jusqu'aux pieds.

Il agita sa baguette, mais rien ne se produisit. Croûtard était toujours aussi gris et n'avait même pas ouvert un œil.

—C'est ça que tu appelles jeter un sort ? dit la fille. Pas très brillant, comme résultat. Moi, j'ai essayé de jeter des sorts pour m'entraîner et à chaque fois, ça a marché. Personne n'est sorcier dans ma famille, j'ai eu la surprise de ma vie en recevant ma lettre, mais j'étais tellement contente ! On m'a dit que c'était la meilleure école de sorcellerie. J'ai déjà appris par cœur tous les livres qui sont au programme, j'espère que ce sera suffisant pour débuter. Ah, au fait, je m'appelle Hermione Granger, et vous ?

—Je m'appelle Ron Weasley, marmonna Ron.

—Moi, c'est Amarilys Potter, dit Amarilys.

—C'est vrai ? s'exclama Hermione. Je sais tout sur toi, j'ai lu quelques livres supplémentaires pour ma culture générale et je peux te dire qu'on parle de toi dans Histoire de la magie moderne, Grandeur et décadence de la magie noire et Les Grands Evénements de la sorcellerie au XXe siècle.

—Heu oui, j'ai aussi lu les livres… dit Amarilys, gênée de toute cette attention.

—Si c'était à moi que c'était arrivé, j'aurais aussi lu tous les livres où on en parlait, dit Hermione. Vous savez dans quelle maison vous serez ? Moi, j'espère bien aller chez les Gryffondor, ça m'a l'air d'être la meilleure. On m'a dit que Dumbledore y a fait toutes ses études, mais les Serdaigle ne doivent pas être mal non plus. Enfin, bon, on va essayer de retrouver le crapaud de Neville. Vous feriez bien de mettre vos robes de sorcier, vous deux, on ne va pas tarder à arriver.

Et elle s'en alla en emmenant le garçon joufflu abandonné par son crapaud.

—J'espère en tout cas qu'elle ne sera pas dans la même maison que moi, celle-là, dit Ron un rangeant sa baguette magique dans sa valise. Complètement idiot, ce sortilège. C'est George qui me l'a appris, il devait savoir que ça ne marchait pas.

—Tu pourrais m'en dire un peu plus sur les maisons de Poudlard ? demanda Amarilys.

—L'école est divisée en quatre maisons, répondit Ron. Les élèves sont répartis dans chaque maison selon leur personnalité. Il y a les Gryffondor, les Serdaigle, les Serpentard et les Poufsouffle.

—Et tes frères, ils sont dans quelle maison ?

—Gryffondor, dit Ron.

Cette fois encore, son visage s'assombrit.

—Mon père et ma mère y étaient aussi. Je me demande ce qu'ils diront si jamais je n'y suis pas. J'imagine que ce ne serait pas trop grave si je me retrouvais chez les Serdaigle, mais si jamais ils me mettent chez les Serpentard... C'était là qu'était Tu-Sais-Qui. C'était il y a très longtemps.

Ron se laissa aller contre la banquette. La conversation sur les maisons de Poudlard semblait le démoraliser complètement.

—On dirait que le bout des moustaches de Croûtard a un peu jauni, dit Amarilys pour changer de sujet. Qu'est-ce qu'ils font, tes frères aînés, depuis qu'ils ont fini leurs études ?

Elle se demandait ce que pouvait bien devenir un sorcier une fois ses diplômes en poche.

—Charlie est en Roumanie pour faire des recherches sur les dragons et Bill est en Afrique, en mission pour Gringotts. A propos de Gringotts, tu es au courant de ce qui s'est passé ? Il y a tout un article dans La Gazette du sorcier, mais j'imagine qu'on ne lit pas ça chez les Moldus. Des voleurs ont forcé un coffre.

Amarilys ouvrit de grands yeux.

—Et qu'est-ce qui leur est arrivé ?

—Rien, ils ne se sont pas fait prendre, c'est pour ça qu'on en parle tellement. Mon père dit qu'il faut être un grand expert en magie noire pour s'introduire chez Gringotts, mais apparemment, ils n'ont rien emporté. C'est bizarre. Bien sûr, quand ce genre de chose arrive, tout le monde a peur que Tu-Sais-Qui soit dans le coup.

Amarilys retourna dans sa tête la nouvelle qu'elle venait d'apprendre. Elle commençait à ressentir un frisson de crainte chaque fois qu'on lui parlait de Vous-Savez-Qui. C'était sans doute la conséquence de son entrée dans le monde magique. Elle se sentait beaucoup moins à l'aise qu'au temps elle pouvait prononcer le nom de Voldemort sans s'inquiéter.

—C'est quoi, ton équipe de Quidditch préférée ? demanda Ron.

—Heu... Je ne connais pas les équipes, avoua Amarilys.

—Quoi ? s'exclama Ron, abasourdi. Tu ne sais rien du Quidditch ? C'est le plus beau jeu du monde !

Il entreprit alors de lui en expliquer les règles, les quatre balles en jeu, les différents postes occupés par les joueurs. Il lui raconta les plus beaux matches qu'il avait vus en compagnie de ses frères et lui décrivit en détail le balai volant qu'il aurait aimé acheter s'il avait eu assez d'argent pour ça. Il était en train de lui expliquer les aspects les plus complexes du jeu lorsque la porte du compartiment s'ouvrit à nouveau. Cette fois-ci, ce n'étaient ni Neville, ni Hermione Granger.

Trois élèves de Poudlard entrèrent et Amarilys reconnut parmi eux la fille au teint pâle dont elle avait fait la connaissance dans la boutique de vêtements de Madame Guipure. Cette fois, elle regardait Amarilys avec beaucoup plus d'intérêt que lors de leur première rencontre.

—Alors, c'est vrai ? lança-t-elle. On dit partout qu'Amarilys Potter se trouve dans ce compartiment. C'est bien toi ?

—Oui, dit Amarilys, le rose aux joues.

Elle regarda les deux autres. Le premier était un garçon au teint aussi pâle que la première, nez relevé et cheveux blond plaqués en arrière. Le deuxième était un garçon métis, avec le même air hautin que les deux autres.

—Lui, c'est Malfoy et lui, c'est Zabini, dit la fille d'un air détaché. Moi, je m'appelle Pansy, Pansy Parkinson.

Ron eut une toux discrète qui ressemblait à un ricanement. Drago Malfoy tourna les yeux vers lui.

—Son nom te fait rire ? Inutile de te demander le tien. Mon père m'a dit que tous les Weasley ont les cheveux roux, des taches de rousseur et beaucoup trop d'enfants pour phouvoir les nourrir.

Il se tourna à nouveau vers Amarilys.

—Fais bien attention à qui tu fréquentes, continua Pansy. Si tu veux éviter les gens douteux, je peux te donner des conseils.

Pansy lui tendit la main, mais Amarilys refusa de la serrer.

—Je te remercie pour tes conseils, je te demanderai si j'ai besoin, dit-elle avec froideur.

Les joues pâles de la fille rosirent légèrement.

Zabini tendit la main vers les Chocogrenouilles qui se trouvaient à côté de Ron. Ron se jeta aussitôt sur lui, mais avant qu'il ait pu toucher son adversaire, celle-ci poussa un hurlement épouvantable.

Croûtard le rat était suspendu à un doigt de Zabini, ses dents pointues profondément plantées dans une phalange. Pansy et Malfoy reculèrent d'un pas tandis que Zabini, toujours hurlant, agitait la main en tous sens pour essayer de se débarrasser de Croûtard. Le rat finit par lâcher prise et fut projeté contre la fenêtre. Les trois élèves s'éclipsèrent aussitôt, craignant sans doute que d'autres rats se soient cachés parmi les friandises. Quelques instants plus tard, Hermione Granger arriva à son tour dans le compartiment.

—Qu'est-ce qui s'est passé, ici ? demanda-t-elle en voyant les friandises étalées par terre et Ron qui tenait Croûtard par la queue.

—Je crois bien qu'il est assommé, dit Ron.

Il examina le rat de plus près.

—Ça, c'est incroyable ! S'exclama-t-il, il n'est pas assommé, il s'est tout simplement rendormi !

En effet, Croûtard dormait paisiblement.

—Tu la connaissais déjà, cette Pansy ? demanda Ron.

Amarilys lui raconta sa rencontre avec lui sur le Chemin de Traverse.

—J'ai entendu parler de sa famille, dit Ron d'un air sombre. Ils ont été parmi les premiers à revenir de notre côté quand Tu-Sais-Qui a disparu. Ils ont prétendu qu'ils avaient été victimes d'un mauvais sort, mais mon père n'y croit pas. Il dit que le père de Pansy n'a pas besoin de mauvais sort pour se mettre dans le camp des forces du Mal.

—Vous feriez bien de vous changer, dit Hermione. Je suis allée voir le machiniste dans la locomotive et il m'a dit que nous étions presque arrivés. Vous ne vous êtes quand même pas battus, j'espère ? Vous cherchez les ennuis avant même qu'on soit là-bas !

—C'est Croûtard qui s'est battu, pas nous, répliqua Ron en lui lançant un regard noir

—D'accord, dit Hermione d'un air hautain. J'étais venue vous voir parce que les autres ne font que des bêtises, ils courent dans le couloir comme des idiots et toi, tu as une saleté sur le nez, si tu veux savoir.

Ron lui adressa un regard féroce tandis qu'elle sortait du compartiment. Dehors, la nuit commençait à tomber. Des montagnes et des forêts défilaient sous un ciel pourpre et le train semblait perdre de la vitesse.

Ron et Amarilys enfilèrent leur robe de sorcier. Celle de Ron était un peu trop courte pour lui, on voyait ses chaussures et le bas de son pantalon.

Une voix retentit alors dans le train:

—Nous arriverons à Poudlard dans cinq minutes. Veuillez laisser vos bagages dans les compartiments, ils seront acheminés séparément dans les locaux scolaires.

Amarilys sentit son estomac se contracter et elle vit Ron pâlir sous ses taches de rousseur. Après avoir rempli leurs poches des dernières friandises qui restaient, ils rejoignirent la foule des élèves qui se pressaient dans le couloir.

Lorsque le train s'arrêta enfin, tout le monde se précipita vers la sortie et descendit sur un quai minuscule plongé dans la pénombre. L'air frais de la nuit fit frissonner Amarilys. Une lampe se balança alors au-dessus de leur tête et Amarilys entendit une voix familière:

— Les premières années, par ici. Suivez-moi. Ça va, Amarilys ?

La grosse tête hirsute de Hagrid, le regard rayonnant, dominait la foule des élèves.

— Les premières années sont tous là ? Allez, suivez-moi. Et faites attention où vous mettez les pieds. En route !

Glissant et trébuchant, la file des élèves suivit Hagrid le long d'un chemin étroit et escarpé qui s'enfonçait dans l'obscurité. Amarilys pensa qu'ils devaient se trouver au cœur d'une épaisse forêt. Personne ne parlait beaucoup. Neville, celui qui avait perdu son crapaud, renifla à plusieurs reprises, et Amarilys ressentie de la peine pour lui.

—Vous allez bientôt apercevoir Poudlard, dit Hagrid en se retournant vers eux. Après le prochain tournant.

Il y eut alors un grand « Oooooh ! ».

L'étroit chemin avait soudain débouché sur la rive d'un grand lac noir. De l'autre côté du lac, perché au sommet d'une montagne, un immense château hérissé de tours pointues étincelait, de toutes ses fenêtres dans le ciel étoilé.

—Pas plus de quatre par barque, lança Hagrid en montrant une flotte de petits canots alignés le long de la rive.

Amarilys et Ron partagèrent leur barque avec Hermione et Neville.

—Tout le monde est casé ? cria Hagrid qui était lui-même monté dans un bateau. Alors, EN AVANT !

D'un même mouvement, les barques glissèrent sur l'eau du lac dont la surface était aussi lisse que du verre. Tout le monde restait silencieux, les yeux fixés sur la haute silhouette du château, dressé au sommet d'une falaise.

—Baissez la tête, dit Hagrid lorsqu'ils atteignirent la paroi abrupte.

Tout le monde s'exécuta tandis que les barques franchissaient un rideau de lierre qui cachait une large ouverture taillée dans le roc. Les bateaux les emportèrent le long d'un tunnel sombre qui semblait les mener sous le château. Ils arrivèrent alors dans une sorte de crique souterraine et débarquèrent sur le sol rocheux.

—Hé, toi, là-bas, c'est à toi ce crapaud ? dit Hagrid qui regardait dans les barques pour voir si personne n'avait rien oublié,

—Trevor ! s'écria Neville en tendant les mains.

Guidés par la lampe de Hagrid, ils grimpèrent le long d'un passage creusé dans la montagne et arrivèrent enfin sur une vaste pelouse qui s'étendait à l'ombre du château. Ils montèrent une volée de marches et se pressèrent devant l'immense porte d'entrée en chêne massif.

—Tout le monde est là ? demanda Hagrid. Toi, là-bas, tu as toujours ton crapaud ?

Puis le géant leva son énorme poing et frappa trois fois à la porte du château.