Chapitre 6 - Méfait accompli

.

.

.

. Le Jack-o-Lantern lui renvoya son sourire grimaçant. Lily ne pleurait pas. Elle pleurait rarement. Se mettre en colère était tellement plus simple.

Et Potter avait frappé où ça faisait mal.

Pourquoi Lily était-elle toujours en colère ? Peut-être parce que sa sœur la détestait. Peut-être parce que le monde s'écroulait et que trop peu de gens s'en préoccupaient. Peut-être parce que les rares à s'en préoccuper n'étaient pas forcément du côté qu'elle estimait être le bon. Peut-être parce qu'elle était incapable de se ficher de tout.

Qu'importait qu'on la traite de Sang-de-Bourbe dans les coins des couloirs ? Même Slughorn lui avait dit que c'était à elle d'être au-dessus de ça. Faux ! C'était à tout le monde de changer. Etre éducateur, c'était aussi s'interposer entre un élève prometteur, dont le nom pouvait influencer toute une carrière, et un élève injustement insulté. Le professeur de Potions laissait s'installer dans sa maison et au-delà, des réflexes de pensée. Et laisser passer ça, c'était criminel.

Mais là, il était question de Severus. Elle en faisait une affaire bien plus personnelle. Elle avait le sentiment d'avoir échoué, précisément là où elle n'aurait jamais dû abandonner.

Mais par Circé, pourquoi était-ce à elle d'être responsable de son meilleur ami ? Pourquoi devait-elle être responsable du tournant que prenait la vie de qui que ce soit, sinon d'elle-même ?

.

.

.

- Waddiwasi, murmura Sirius à côté d'elle.

Lily soupira. Sirius était d'humeur massacrante et pensive depuis Halloween. Ce qui ne signifiait rien de bon pour leur place dans la course des quatre Maisons… ni pour sa tranquillité.

Elle n'avait pas vu qui il avait pris pour cible, mais des exclamations à la table des Serpentards lui apprirent bien vite qui était l'heureux élu. Lucius Malfoy faillit s'étouffer avec les cornflakes que le cabot lui avait magiquement fourrés dans les naseaux.

- Mr Black ! claqua la voix du professeur McGonagall. Expliquez-vous ! Dix points de moins pour Gryffondor !

- Professeur, fit-il très sérieusement. Je vous promets que je ce n'était pas lui que je visais mais Narcissa Black - c'est un petit jeu entre nous- mais était tellement occupé par ma cousine que ça a troublé ma visibilité et que j'ai mal visé…

C'était parfaitement faux (leur professeur de Métamorphose accepterait un devoir en retard avant que Lucius Malfoy ait un geste déplacé envers Narcissa Black), mais Lily lui enviait son aplomb.

Bon… peut-être pas l'heure de retenue qu'il récolta pour sa peine.

.

.

.
.

Un concert de Célestina Moldubec à Pré-au-lard, en milieu de semaine. Mais à quoi pensaient les organisateurs ! Les élèves allaient être intenables… Tous allaient déployer des trésors d'ingéniosité pour se rendre illégalement jusqu'au village, aussi sûr que faire couver un œuf de poule à un crapaud était une mauvaise idée...

Elle frappa doucement à la porte du bureau de sa directrice de maison.

- Professeur ? Puis-je vous parler un instant ?

- Miss Evans ? Bien sûr, prenez une chaise… Du thé ?

On ne risquait jamais de mourir de faim quand on se trouvait dans l'antre de Minerva McGonagall. A se demander comme la sorcière parvenait à avoir toujours une silhouette si élégante, quand elle avait autant de douceurs à portée de main (ou de baguette).

- Je veux bien du thé, dit-elle timidement.

- Alors, êtes-vous enfin venue me dire pourquoi vous n'êtes pas dans votre assiette ces derniers temps?

Etonnée, Lily hésita un instant à se confier à elle. Elle savait que le professeur de Métamorphose était de bon conseil et qu'elle ne trahissait jamais la confiance d'un élève. Mais elle savait aussi qu'elle était la seule à pouvoir régler ses histoires.

- Ce n'est pas pour ça que je suis venue… voyez-vous, il va y avoir un concert à Pré-au-lard, jeudi prochain…

McGonagall soupira.

- Non, Miss Evans, je ne donnerai pas de dispense aux préfets ou aux élèves majeurs pour se rendre à ce concert ! Je pensais avoir été assez claire, quand j'ai refusé la dix-huitième demande qui m'a été faite cet après-midi… A croire que cette Célestina vaut mieux que la chorale de Filius …

A son avis, Célestina chantait beaucoup mieux que certains des membres de la chorale, et elle avait une renommée internationale dans le monde magique, mais Lily se retint, parce qu'elle sentit que cette remarque serait légèrement contre-productive.

- Vous vous méprenez, Professeur. Ce que j'avais en tête est tout à fait différent…

.

.

.

.

- Célestina Moldubec à Poudlard ? hurla Alice dans son oreille gauche (ou… ce qui lui restait d'oreille gauche, devrait-elle dire).

Hildegarde ne semblait pas étonnée qu'elle soit au courant avant elles.

- McGonagall vient de me le dire, dit Lily. Comme ça, les gens aussi peu sains d'esprit que toi ne tenteront pas des idioties pour sortir du château…

- Des idioties ? dit-elle d'un air faussement étonné.

- Comme transplaner, insista-t-elle. Cinquante élèves hors de leur lit et désartibulés sur la pelouse, ça aurait fait désordre…

- J'ai mon permis, répliqua son amie, en la servant de soupe.

- Poudlard est protégé par des sortilèges très puissants, soupira-t-elle. Et vu les protections ajoutées par les Aurors, vous n'auriez eu aucune chance. Et puis tu connais Alastor… il aurait lancé les sorts avant et posé les questions après.

- Ce mec est paranoïaque.

- Ce « mec » est lucide et pragmatique. On ne manque pas de gens comme lui.

Alice ne la contredit pas. Sous son comportement exubérant, se cachait une fille on ne peut moins superficielle. Et très intelligente.

- Lily ?

- Mmmh ?

- Tu es sûre que tu n'as rien à voir avec ce concert ?

Et perspicace.

- Je n'ai jamais prétendu le contraire, dit-elle avec un petit sourire.

- Oh, toi alors ! dit-elle en la serrant contre elle.

- Alice ?

- Oui, ma-meilleure-amie-que-j-aime-le-plus-au-monde ? dit-elle avec un sourire extatique.

- Premièrement, ce mot n'existe pas. Deuxièmement, tu vas rendre Frank jaloux. Troisièmement, tu viens de me crever successivement le tympan gauche, puis le droit. Penses-tu pouvoir te retenir le temps de ma prochaine annonce ?

Alice posa sagement les mains sur les genoux, et battit des cils, la faisant rire.

- C'est moi qui me suis occupée d'écrire à Célestina, et je t'ai obtenu un entretien de vingt minutes avec elle après le concert : mon cadeau de Noël un peu en avance.

- Evans, Eyre, je ne vous connaissais pas… ces penchants, glissa sournoisement Sirius lorsque Lily put s'extraire de l'étreinte (miraculeusement silencieuse) de son amie.

Par solidarité avec James, l'Animagus ne lui avait pas adressé la parole depuis Halloween. Mais la veille, Nemesis (No. Comment.), le hibou grand-duc de Potter lui avait apporté un billet d'excuse – une réponse à celui qu'elle lui avait elle-même envoyé. Ils s'étaient surtout excusés de s'être emportés, mais aucun n'avait parlé de Severus, parce qu'ils savaient qu'ils avaient tous les deux raison, et c'était le plus dur à admettre. Lily n'aurait jamais pensé que les demandes en mariage compulsives de Potter et les taquineries de Sirius et Peter lui manqueraient, mais elle devait avouer qu'elle avait trouvé le silence de ces derniers jours pesant.

- Sirius, voue-lui plutôt un culte, exulta Alice. Elle nous a obtenu un concert de Célestina Modlubec, vendredi soir, dans la Grande Salle !

- Evans ? Noooon… ?

- Si.

Lily leva un sourcil.

Sirius ne dit rien, mais il venait de faire le même calcul qu'elle. Ce vendredi soir était la pleine lune. Si les Maraudeurs voulaient voir la diva, ils faudraient qu'ils se rendent au concert de Pré-au-lard - les connaissant, ce ne devrait pas leur poser beaucoup de difficultés.

- Il faut que j'aille dire ça aux garçons ! fit-il en piaillant, en une parfaite caricature d'Alice.

Il aurait pu être comédien.

Parce que s'il y avait un point sur lequel Lily et Sirius s'entendaient, c'était sur l'association entre musique et magie. Ils faisaient systématiquement peser un doute sur les talents réels des chanteurs doués de magie (problème que les Moldus commençaient seulement à rencontrer avec les progrès technologiques appliqués à la musique)… En l'occurrence, les doutes de Lily portaient moins sur la voix de Célestina que sur sa silhouette plantureuse, mais elle savait que Black, comme elle, était peu sensible à ses chansons mièvres.

- Tu as cours de quoi ?

- Arithmancie.

Alice fit la grimace. En troisième année, elle n'avait suivi que deux cours d'Arithmancie avant d'opter pour l'Etude des Moldus (matière dans laquelle elle excellait… ce qui avait peut-être à voir avec le fait que sa meilleure amie avait vécu toute sa vie parmi eux). Lily comprenait que la complexité de la matière puisse en rebuter certains, mais elle trouvait cela passionnant. Penser que tous les flux magiques, qu'on utilisait en potions comme en sortilèges, étaient affectés par le cycle des astres, des saisons et un tas d'autres paramètres mathématisables… Malheureusement, peu d'élèves prenaient ce cours, si bien que sur toute leur promotion, il n'y avait que deux Serpentards, trois Serdaigles et elle qui l'avaient conservé. Cela signifiait aussi que deux fois par semaine, elle se retrouvait dans la même salle que Severus, avec très peu de personnes pour faire barrage.

- Et toi ?

- Deux heures de trou… je vais réviser pour le cours de Sortilèges. A tout à l'heure ?

- A tout à l'heure.

Comme de coutume, le cours d'Arithmancie se passa dans un silence lourd. Elle l'ignora. Il l'ignora. La cloche sonna. Une journée dans la vie de Lily Evans.

.

.

.

Elle avait bossé une bonne partie de l'après-midi sur l'aménagement de la Grande Salle. Les autres préfets avaient également mis la main à la pâte, et leurs efforts avaient payés. L'heure du dîner avait exceptionnellement été avancée pour leur permettre de tout installer. Quelques gradins autour, mais surtout un grand espace au milieu. La scène avait été érigée là où se tenait habituellement la table des professeurs.

Lily sourit à Andromeda, qui était venue prêter main forte à Ted. Elle adorait cette fille.

- Il est vingt heures, tout le monde, fit soudain la voix de Lucius Malfoy, le préfet de Serpentard. On ouvre les portes !

Alastor Maugrey et Amos Diggory ne se firent pas prier (visiblement, retenir la masse d'élèves survoltés de l'autre côté des portes n'avait pas été une partie de plaisir) et la marée multicolore d'étudiants emplit la Salle. Sans les robes de sorciers habituelles, le public pouvait aisément passer pour celui d'un concert Moldu, pensa-t-elle. Sirius passa devant elle et lui adressa un clin d'œil. Tiens, les Maraudeurs faisaient une apparition… sans doute pour ne pas élever les soupçons.

Andromeda et Ted se dirigèrent vers la salle qui se trouvait derrière la scène, et où Célestina se préparait. Lily rejoignit Alastor à la porte. Elle avait la ferme intention de s'éclipser et de remonter se coucher avant la fin du concert.

- Oh, non…

Célestina venait d'apparaître sur scène, mais il semblait que Flitwick et sa chorale lui avait préparé un numéro pour l'accueil. Un Sonorus amplifiant sa voix aiguë, le professeur de Sortilèges expliqua à quel point il était ravi que son ancienne élève leur fasse cette faveur. Et la chorale chanta « Ulysse et les sirènes», un des premiers tubes de la sorcière. Pour une fois (Lily devait leur accorder ça) ils ne firent aucune fausse note. Mais quand Célestina commença à chanter, la comparaison fut assez humiliante... C'était tout de même plus puissant que leur gentil petit chœur de Boursoufflets …

Elle observa Sirius, qui regardait son frère de loin, Alice qui se balançait au gré de la musique, dans les bras de Frank Londubat, Andromeda et Tonks qui n'écoutaient déjà plus la musique. Plusieurs couples dansaient des slows. Narcissa et Lucius discutaient tranquillement au plus haut des gradins. Lily se prit à sourire. Cette école était vraiment unique.

Elle croisa un instant le regard de Severus, et s'employa à ne plus regarder dans sa direction de toute la soirée. Son cerveau était tellement déterminé à l'ignorer qu'elle ne remarqua même pas quand il quitta la Grande Salle. Vers dix heures, Sirius fit de même (elle ne vit pas Peter et James, mais elle ne pouvait exclure le fait qu'ils soient sous la cape d'invisibilité) et lui dit :

- Je pars rejoindre Remus.

- Moins fort ! lui glissa-t-elle.

- Oh, Evans, relax ! Tout le monde écoute la musique…

Elle ne dit rien et reprit sa conversation sur les Langues de plomb avec Alastor. A minuit, un bâillement trop prononcé lui fit soulever un sourcil. Amusé, l'Auror lui conseilla d'aller se coucher. Elle détestait la musique de toute façon.

- Allez vous coucher, Miss Evans, je vais vous remplacer, fit opportunément la voix de Miss Pomfresh.

Comment résister à l'idée de mettre Alastor Maugrey dans une situation aussi délicate ? Elle savait qu'il se préoccupait assez peu des femmes (ou des hommes, d'ailleurs) - le célibat à vie lui convenait parfaitement… Avec un regard mutin, Lily leur souhaita bonne nuit et remonta vers la Salle Commune des Gryffondors.

C'était sans compter sur les effets de la pleine lune sur son sommeil.

Elle commençait seulement à somnoler quand sonna une heure du matin et que les élèves rentrèrent dans les dortoirs, discutant du concert sans se préoccuper le moins du monde de ceux qui dormaient déjà. Elle eut la force d'aller leur dire de faire moins de bruit, mais une heure après, elle se retournait encore sous ses couvertures. Elle alla boire un peu d'eau, puis décida, que quitte à faire une nuit blanche, autant qu'elle soit productive. Mais une fois dans la Salle Commune, le livre de Botanique qu'elle avait emprunté à Maugrey (Propriétés des Plantes aquatiques magiques du bassin méditerranéen) sous le bras, ses pensées dérivèrent vers les quatre Gryffondors, qui en ce moment même s'amusaient dans la Cabane Hurlante.

.

….

Dès leur première année, Slughorn avait tenté d'endiguer les explosions qui ne manquaient pas d'arriver quand Serpentard et Gryffondor, les deux maisons traditionnellement rivales de Poudlard, se retrouvaient deux heures d'affilée dans la même classe, en faisant des cours Gryffondor / Poufsouffle. Il y avait ajouté sa drôle de lubie des binômes mixtes en cours de potions. Sirius s'était retrouvé à côté d'Alice (d'où le début de sa cordiale aversion pour lui), et Lily à côté de Remus.

Il ne lui avait pas fallu longtemps pour se rendre compte qu'ils tombaient malade avec la régularité d'un métronome. Elle avait deviné son secret avant même les Maraudeurs, et elle ne l'avait pas trahi. Elle l'avait même aidé à rattraper ses cours en retard et à trouver des excuses pour ses absences. Ça avait scellé leur amitié.

Mais il lui avait fallu près d'une année de plus pour apprendre dans quel endroit se rendait Remus pour accomplir sa transformation. Et puis, un sixième année s'était plaint de la dangerosité du Saule Cogneur devant elle, et elle avait compris que l'arbre avait été planté l'année de son arrivée à Poudlard. Les coïncidences de ce genre… elle n'y croyait pas. Mais pour que Remus lui avoue l'existence du passage secret, il s'était encore passé du temps.

Quant aux Animagi… Lily n'avait pas pu s'empêcher de remarquer l'intérêt qu'avaient porté Potter et ses amis à la transformation animale lors de leur quatrième année. Parce qu'elle était la meilleure élève de leur classe de Métamorphose, les garçons s'étaient d'abord adressés à elle. Et elle leur avaient conseillé de demander à McGonagall, puisqu'elle avait fait des Animagi le sujet de sa thèse…

L'affection que les Maraudeurs portaient à Minerva McGonagall s'accrut indéniablement ce jour-là. Remus lui avoua plus tard que Peter et lui avaient prétendu avoir des difficultés avec les sorts les plus complexes de leur programme des BUSES. Pendant ce temps-là, Sirius et James étaient entrés dans le bureau de leur directrice et avaient dupliqué les notes de thèses leur professeur, pour en avoir un exemplaire. Pauvre Minerva, si elle avait su qu'elle était indirectement responsable de leur « succès »… Lily était elle-même à la fois impressionnée par leur exploit, et effrayée par cet instinct immature que les Maraudeurs avaient de se protéger les uns les autres.

Elle n'avait pas pu s'empêcher d'espionner leur transformation, mais une fois seulement. Elle en avait conclu que c'était dangereux, mais brillant.

…..

Ce soir-là cependant, Lily sentit que ce n'était pas la lune, mais son instinct de préfète qui la maintenait réveillée. Elle ralluma le feu et s'installa, dans le fauteuil que Pettigrow avait défoncé lors de leur quatrième année. Il devait être plus de trois heures du matin. Elle se força à lire, mais elle n'avait pas fini un chapitre de son livre que le portrait de la Grosse Dame s'ouvrit.

Sirius, la lèvre fendue, et Peter, la respiration sifflante, soutenaient un James Potter très pâle et visiblement inconscient. Elle effleura à peine sa baguette, qu'un sort d'insonorisation se plaçait déjà entre eux et les dortoirs.

- Qu'est-ce qui s'est passé ! s'exclama-t-elle.

Aucun des garçons ne lui demanda pourquoi elle n'était pas couchée. Elle les aida à allonger James sur un canapé. Son bras et son épaule gauche étaient entaillées. Lily blêmit plus encore (elle aurait reconnu un Sectumsempra n'importe où) quand le sort de guérison traditionnel ne marcha pas. Elle connaissait une seule personne capable de modifier le maléfice pour qu'il ne réponde pas au contre-sort habituel.

- Où est Remus ?

Sirius avait le visage crispé par l'inquiétude, mais Lily perçut tout de même la note de culpabilité dans ses yeux.

- Toujours dans la Cabane Hurlante… mais on a dû l'attacher parce que l'odeur du sang l'a rendu fou.

- QU'EST-CE QUI S'EST PASSE ? répéta-t-elle.

Elle avait inconsciemment pointé sa baguette sur Sirius.

Peter s'était écarté, et continuait à marmonner des sorts de guérison mineurs. Lily pensa qu'il risquait d'aggraver l'état de son ami en pratiquant des sorts qu'il ne maîtrisait pas…Elle reporta son attention sur James. Un sort basique de Médicomagie la renseigna sur la régularité de son pouls et de sa respiration, sur sa tension et sa température. Elle observa donc les coupures.

- Il faut désinfecter la plaie, dit-elle d'une voix cassante.

- Le sort marche sans, d'habitude, dit Peter d'une voix plaintive.

Ah, oui. Les garçons et l'hygiène. Un miracle qu'ils aient survécu aussi longtemps à leurs « chasses ».

- Sirius, fais ton choix : la trousse à pharmacie des préfets au troisième étage ou la collection de bouteilles d'alcools que tu caches dans ta table de chevet et que tu recouvres avec votre cape d'invisibilité les jours où McGonagall inspecte les dortoirs ! Choisis vite.

Son expression aurait été drôle si la situation n'avait pas été si dramatique.

Le cabot disparut dans les étages sans attendre. Elle était trop inquiète pour lui rappeler qu'un Accio aurait fait l'affaire.

Ils ne pouvaient pas prévenir Pomfresh ou un professeur. C'aurait été avouer que Remus était accompagné à chaque pleine lune par ses trois amis. Elle n'avait pas pensé devoir aborder le côté pratique de la Médicomagie aussitôt.

Son cerveau n'avait jamais marché à une telle vitesse. Une fois que Sirius eut rapporté son alcool le plus fort, elle nettoya le bras et l'épaule de James et les pansa. Mais ses sorts de cicatrisation, même les plus complexes qu'elle connaissait (et c'était beaucoup dire), n'avaient toujours pas d'effet. Peut-être qu'une potion de régénérescence…

- Pourquoi ça ne marche pas ? demanda timidement Peter, à sa sixième tentative.

- Dites-moi plutôt comment vous avez fait pour rencontrer Rogue ce soir ? Enervatum ! ajouta-t-elle à l'intention de James.

- Rogue ? dit Sirius d'une voix blanche.

- Vous me prenez pour une idiote ? Ne tentes même pas de me mentir, Black ! Qu'est-ce que vous avez fait ?

- Oh, Lily, si ta douce voix pouvait s'éloigner un peu de mon oreille, grogna alors quelqu'un en-dessous d'elle, je t'en serais éternellement reconnaissant…

- James !

Elle était si soulagée qu'elle faillit le serrer dans ses bras. Mauvaise idée. D'un point de vue strictement médical. Et aussi pour sa réputation.

- Comment tu te sens ?

- Comme si une colonie de trolls m'était passée dessus…

- Est-ce que l'un de vous va me dire ce qui s'est passé ?

Potter sembla soudain très réveillé, et lança un regard furieux à Sirius.

- Ce crétin s'est dit qu'il serait drôle d'emmener Rogue à la Cabane Hurlante, dit-il d'une voix tendue où se disputaient la colère et la déception.

Lily eut l'impression d'avoir avalé un des puddings d'Hagrid.

- Tu… tu n'as pas fait ça ? Sirius !

Et Lily Evans lança son premier sort informulé. Un instant après, une vingtaine d'étranges petites chauve-souris poursuivaient Sirius autour de la salle commune et tentaient de lui lacérer le visage.

- Tu imagines un instant ce qui aurait pu se passer ? Si Remus l'avait mordu, lui ou un de vous ? Et vous l'avez laissé faire ? s'exclama-t-elle à l'intention de Peter et James.

- Non ! s'indigna James. A ton avis, pourquoi je suis dans cet état ! Il a fallu que je ramène Rogue hors du passage sans prendre ma forme de cerf !

- est Severus ?

James tourna la tête vers Peter, dont le visage pâlit.

- Sans doute dans sa Salle Commune…

Un deuxième sortilège de Chauve-furie l'atteignit sans même qu'elle y ait pensé. Mais vu la tête de James, c'était sans doute parce qu'il en était le lanceur de sort, non elle.

- Imbéciles !

- J'y vais, dit fermement Lily.

- Non ! Les Serpentards sont d…

- Parce que vous avez l'impression de vous être comportés comme des Gryffondors, ce soir ? cria-t-elle.

Puis elle leur adressa à tous les trois le regard. Cette marque déposée qui faisait qu'on la définissait souvent comme ayant un sacré tempérament.

Doux euphémisme…

Molly Prewett avait un sacré tempérament.

Lily Evans aurait fait faire demi-tour à une tornade.

.

.

.