Dans l'intimité du foyer familial
Chapitre 6 : Remords et pardons (Partie 2)
Parfois on aimerait que nos pressentiments ne soient pas exacts, et malheureusement, dans le cas de la pauvre Ruka, ils l'étaient. En lui faisant lire la lettre, elle espérait calmer son esprit, mais peut-être n'aurait-elle pas du lui réciter le post-scriptum qu'elle avait appris par cœur. Bien sur, lorsque Rua frappa à coups lents sur le bois de la porte, elle alla ouvrir d'un pas calme. Elle s'attendait à un spectacle spectral, mais c'était encore plus macabre que ce qu'elle avait imaginé.
En à peine quelques minutes, l'adolescent avait perdu toute sa joie de vivre, bien qu'il semblait déjà ne pas en avoir beaucoup avant de lire la lettre. Ses yeux étaient cernés à peu près comme s'il n'avait pas dormi depuis plusieurs jours, et ses cheveux, bien que toujours attachés derrière sa tête, avaient perdu leur lustre. Il avançait de pas qui semblaient laborieux et d'une voix encore plus morte que le reste lui lançait en boucle sa macabre requête.
Après quelques hauts le cœur, Ruka put se ressaisir et lui répliquait qu'il n'avait rien fait pour mériter la mort, que rien n'indiquait que l'homme d'Yliaster n'avait pas diminué la pitié qu'il avait ressentie pour Aki, même s'il ne pouvait plus le contrôler.
-Tu n'y crois même pas... menteuse... tu es dégoûtée juste à me voir, imagine dans quel état tu serais si tu connaissais vraiment tout ce que ce post-scriptum m'inflige. Allez... Tue-moi. Je l'ai grandement mérité.
-Non... non... tu... tu te rappelle la promesse que tu m'a faite?
-Quelle promesse? Crois-moi, aucune promesse ne peut me faire changer d'idée.
-Celle qui insinue que tu vas me protéger peu importe le prix. Si tu veux mourir aujourd'hui, réponds à cette question et je te tuerai : qui va pouvoir me protéger après ta mort?
-Yusei... Aki... Ils te protègeront. Ils ont dit que peu importe le problème, ils ouvriraient toujours leur porte pour nous.
-Tu n'y crois pas, j'espère? Celui qui m'a violée sans scrupule? Et Aki... je ne veux pas que tu lui donnes tes responsabilités après l'avoir violée comme si elle n'avait aucun sentiment. Ce serait encore plus stupide que de lui cracher au visage lorsqu'elle te demande réparation, ce qu'elle n'a pas encore fait, je te le rappelle.
-Crow... Jack... Eux, ils sont fiables.
-Crow a déjà bien trop de choses à faire pour me surveiller et Jack n'a plus de temps à lui à cause de son job comme directeur de la sécurité. Et je t'interdis de penser à Kiryuu : il passe son temps à boire pour oublier que son époque de gloire est terminée depuis longtemps.
Les noms continuèrent à s'aligner lentement, l'un après l'autre, tous réfutés par des arguments solides. Bientôt il fut clair qu'il ne restait plus personne.
-Vois-tu, maintenant pourquoi tu ne peux pas te permettre de mourir aujourd'hui? Tu as beau être la pire des créatures vivantes sur cette planète, il y toujours un endroit où personne ne peut te remplacer. Cet endroit, c'est à mes côtés.
Rua tomba à genoux, puis sur le ventre par terre. Il semblait inconscient, mais Ruka savait qu'il était parfaitement conscient, et surement plus lucide que les 10 minutes précédentes. Il pleurait.
-Je ne voulais pas te faire de mal en te révélant le contenu du post-scriptum, mais je sentais que je devais le faire. J'espère que tu comprends que je ne voulais pas que tu souffre.
Il acquiesça.
-Aide... moi...
Ruka avait déjà commencé à le soulever pour le coucher sur son lit à elle. Elle se coucha près de lui, dans l'espoir que sa présence le réconforte. Il semblait déjà plus humain, quoi que son teint fut encore très blême et que son regard soit encore un peu désespéré. Après une bonne nuit de sommeil, il serait surement remis de sa petite dépression-minute.
Rua se réveilla lentement. Il faisait noir, mais il pouvait reconnaître les décorations de la chambre de sa sœur dès que ses yeux se furent habitués à la noirceur. Personne ne savait comment il s'était senti la veille. On venait tout juste de lui apprendre qu'il avait consciemment et sans le moindre remord violé une femme qu'il considérait comme son amie. Il savait que ce n'était pas un rêve, parce que sinon, il aurait eu l'impression d'avoir dormi. Or, il avait plutôt l'impression d'avoir été écrasé sou des tonnes d'on ne sait quoi.
-Tu es réveillé...
-Visiblement...
-Ça va?
-Mieux... Merci d'avoir caché les couteaux.
-J'avais prévu ce moment depuis ce matin. Seulement, je ne pouvais pas savoir que tu tiendrais à te suicider au point de venir me demander de te tuer de me propres mains.
-Ouais... c'était stupide... pendant qu'on y pense, ce n'était vraiment pas ma faute ce que j'ai fait subir à Aki.
-Non... c'était celle de cet homme. Il ne t'a jamais dit qu'il ne pouvait plus te contrôler. Tu ne pouvais que le croire.
Il acquiesça.
-Pardonneras-tu à un violeur suicidaire de t'avoir fait subir tout ça?
-Comme si je pouvais ne pas pardonner à mon frère, quelqu'un qui est tout aussi victime que moi.
C'était tout ce que son cerveau voulait entendre visiblement car après un sourire, il s'endormit rapidement. Ruka l'embrassa sur la joue et se retourna pour s'endormir de son côté. Cette fois, autant l'un que l'autre dormit d'un sommeil réparateur. Rua ne fut pas tourmenté par ses remords, bien qu'ils les ait encore, et Ruka put enfin dormir en sachant que si son frère se réveillerait, il n'essaierait pas de se donner la mort.
Pleurant toutes les larmes de son petit corps, Ruka était accroupie à côté du cadavre de Rua. Celui-ci, couché sur le dos, avait un couteau dans une main et un mot dans l'autre. Elle n'avait pas eu le courage de lire le mot, pas eu le courage de le toucher pour vérifier s'il y avait un pouls, même si l'évidence était qu'il n'y en avait pas, pas non plus eu l'énergie d'aller appeler des secours.
Appeler des secours... il fallait qu'elle le fasse, mais que leur dirait-elle? « Toute l'histoire a commencé il y a 6 mois. On s'est fait kidnappés et Rua s'est vu forcé de violer Aki. Maintenant, il semble que le poids de son crime était trop lourd. » Très dur à avaler qu'un garçon de cet âge eut pu violer Aki Izayoi, la sorcière de la rose noire.
Elle espérait trouver une réponse dans sa tête pour chaque question qui lui passait. Elle n'était jamais satisfaite, mais elle ne pouvait pas se résoudre à le toucher. Que se passerait-il si elle avait de sa peau sous les ongles? Elle serait inculpée de meurtre. Mais elle ne pouvait pas non plus s'empêcher de savoir ce qu'il y avait sur le papier.
Ce fut ainsi que la curiosité l'empota sur le respect du cadavre de son frère. Elle effleura sa peau. Pas aussi froid qu'on eut pu le croire. Elle toucha sa main. Même plutôt chaud. Peut-être sa mort était-elle récente. En écartant ses doigts un par un pour dégager le papier, elle laissa tomber une larme sur son poignet. Bien sur il n'eut aucune réaction.
-Il y a toujours un espoir, Ruka... dit son dragon de pactisant au fond de sa tête.
En dépliant le papier elle, eut droit à une véritable panique. Elle n'avait pas lu plus d'une ligne que déjà elle flippait.
Chère Ruka,
Je te le dis clairement, comme ça tu ne feras pas le contraire : n'essaie pas de me réanimer ou d'appeler les secours. Je ne suis pas mort. Si tu as réellement paniqué, je m'excuse, mais je voulais simplement te montrer que j'avais repris goût à la vie. Si je ne bouge plus ni ne respire, c'est parce que j'ai prit une pilule de coma, tu sais, celles que tu m'avais données en cadeau il y a 3 ans à notre anniversaire? C'est la toute première fois que j'en prend une, alors je ne sais pas à quelle heure je vais me réveiller.
Ton frère qui t'aime...
Rua
P.-S.: Je crois avoir lu sur la boite que si tu m'aspergeais d'eau, je me réveillerais, mais je ne suis pas sur que ça marche.
